[Trad] « Le glyphosate cause le cancer… tout comme les pommes ».

Article publié sur Skeptical Raptor le 26 mars 2015.

Le glyphosate (le Roundup de Monsanto) est un herbicide systémique à large spectre utilisé pour tuer les mauvaises herbes, spécialement les dicotylédones et l’herbe connues pour entrer en compétition avec les différentes espèces cultivées autour du monde. Il a plusieurs avantages sur beaucoup d’herbicides en cela qu’il se dégrade dans le sol en molécules organiques non toxiques et en réduisant ou éliminant la contamination des eaux de ruissellement et de sous sol.

Monsanto à développé des semences génétiquement modifiées (GM) résistantes au glyphosate de sorte que les agriculteurs puissent utiliser le Roundup pour éradiquer les mauvaises herbes compétitrices sans risquer de toucher les cultures. Ainsi, les agriculteurs peuvent supprimer ces herbes et obtenir une meilleure production des semis.

Quels que soient les bénéfices du glyphosate, les OGM et l’herbicide sont intimement liés dans beaucoup d’esprits, et il y a eu un effort grandissant à prétendre que le glyphosate est cancérigène. Regardons un peu du côté de la science, nous obtiendrons peut-être quelques informations.

Qu’en est-il du cancer ?

La fameuse (ou infâme ?) étude de Séralini, qui proclamait que les glyphosates et les semences de maïs OGM provoquaient le cancer chez des rats est assez populaire grâce aux forces anti-OGM. L’article a été rétracté pour diverses raisons incluant de mauvaises statistiques, un protocole expérimental inadapté, et des mauvaises conclusions.

Comme cet article a été rétracté, il ne compte pas vraiment car il n’existe pas réellement (bien qu’honnêtement, il fût republié ultérieurement dans un journal à très faible Impact Factor). Cette histoire est effroyablement similaire à la fraude
d’Andrew Wakefield à l’origine d’un article frauduleux finalement rétracté à propos des vaccins et de l’autisme. Je pense que Séralini est le Wakefield du monde des OGM.

Il y a probablement de meilleures études disponibles. La plus récente est une revue de l’International Agency for Research on Cancer (IARC), récemment publiée dans Lancet Oncology dont l’Impact Factor est extrêmement haut, probablement même le journal le plus respecté dans la recherche sur le cancer.

Par ailleurs, le IARC, l’une des agences intergouvernementales de l’OMS, est largement respecté pour ses recherches dans les causes du cancer. Selon le IARC,

« La preuve de carcinogénicité du glyphosate pour les humains était limitée. Les études de cas d’exposition aux USA, au Canada, et en Suède ont rapporté des risques accrus de lymhome non-Hodgkinien persistant après l’ajustement d’autres pesticides.

La cohorte AHS n’a pas montré d’accroissement significatif des risques de lymphome non-Hodgkinien. Chez les souris mâles CD-1, le glyphosate a induit une tendance positive dans l’incidence d’une tumeur rare, le carcinome du tubule rénal.

Une seconde étude a rapporté une tendance positive pour l’hémangiosarcome chez les souris mâles. Le glyphosate à accru les adénomes des îlots de Langerhans du pancréas chez des rats mâles dans deux études. Une formule du glyphosate à promu les tumeurs de la peau chez les souris dans une étude d’initiation-promotion. Le glyphosate a été détecté dans le sang et l’urine de travailleurs agricoles, signe d’absorption.

Le glyphosate et les formules de glyphosate ont induit des dommages génétiques chez les mammifères, et chez des cellules animales et végétales in-vitro. Une étude a rapporté des augmentations des marqueurs sanguins de dommages chromosomiques chez les résidents de plusieurs communautés après l’épandage de formules glyphosates.

Le groupe de travail a classé le glyphosate comme ‘probablement carcinogène pour les humains’ (groupe 2A) ».

Premièrement, le IARC est vraiment précautionneux dans ses déclarations et ses conclusions. On peut donc penser qu’ils sont beaucoup plus portés à classer un composant comme carcinogène plutôt que de ne pas le faire. Sûrement un effet secondaire du principe de précaution.

Deuxièmement, le IARC a fait cette revue dans une courte période de temps. La blogosphère pro-OGM qui semble se battre pour donner l’impression d’être des agents de Monsanto (ce qui m’embarrasse vraiment), sélectionne quelques unes des « attaques » les plus ridicules contre la revue du IARC, dont celle-ci :

« D’un autre côté, les revues des corps de régulation sur le glyphosate aux USA, au Canada, en Allemagne et ailleurs dans le monde ont pris jusqu’à 5 ans ».

Ceci n’a rien à voir avec la qualité des revues, mais simplement que l’EPA et la FDA sont des bureaucraties assez lentes ce qui limite les flots incontrôlés d’informations. Et supposer que des corps de régulation sont entrain de passer en revue le glyphosate 24/7 est simplement au-delà de ma capacité à hocher la tête négativement.

Troisièmement, le IARC ne fait pas de recherches originales, ce qui a déjà été souligné par le monde du blogging pro-OGM et qui est complètement impertinent.

« Le IARC ne conduit pas de recherche originale, il ne fait que des revues d’études déjà publiées pour déterminer le status carcinogène ».

La Cochrane Collaboration, probablement ce qui se fait de mieux dans la publication de revues systématiques ne fait pas de recherches originales. Ils font des revues, vérifiant les données de multiples études. Dans le monde réel de la science, les revues sont le pinacle de la science et représentent les meilleures connaissances disponibles. C’est donc une sorte d’argument de l’homme de paille que les vrais scientifiques rejettent de toute façon.

Non.

Mais le IARC dit que le Roundup cause le cancer !

Ok, le IARC à une classification en 5 grades pour les composants potentiellement carcinogènes :

  • Groupe 1 : Carcinogène pour les humains
  • Groupe 2 : Probablement carcinogène pour les humains
  • Groupe 2B : Possiblement carcinogène pour les humains
  • Groupe 3 : Non classable comme carcinogène pour les humains
  • Groupe 4 : Probablement pas carcinogène pour les humains

Le groupe 2A dans lequel se trouve le glyphosate semble sérieux. Mais un élément chimique commun produit par les fruits et par votre propre corps cause le cancer. Le formaldehyde, la marotte de toute tête de mule antivacciniste qui se respecte. Selon le IARC, c’est un carcinogène du groupe 1, donc il provoque clairement le cancer. En d’autres termes, il est beaucoup plus dangereux que le glyphosate.

Et le formaldehyde est présent naturellement partout. On le trouve dans les pommes jusqu’à 22 ppm (parties par million). Peut-être qu’on devrait revoir le vieux principe d’une pomme par jour ?

Non, ça serait aller trop loin, car la seule occurrence ne suffit pas à déterminer que le produit va donner le cancer. Ça veut dire qu’il pourrait (ou qu’il peut, dans le cas du formaldehyde) si la dose était suffisante. Il y a un principe selon lequel la dose fait le poison, qui détermine à quel dosage du produit apparait la réponse (comme le cancer). Pour le formaldehyde, la dose qui cause le cancer n’est pas exactement connue, mais c’est environ 1 ppm chaque seconde de chaque heure de chaque jour. Vous devrez consommer un camion de pommes pour arriver à ça. Tous les jours.

Bon, ne buvez pas des litres de formaldehyde, et ça sera plutôt facile de rester sous la dose augmentant le risque de cancer.

Pour le glyphosate, il y a un gros problème. Le lien entre le cancer (quel qu’en soit le type) et le glyphosate semble inexistant. C’est troublant, après avoir lu le rapport du IARC. Beaucoup de leur recherche semble venir de :

  1. Des résultats montrant du glyphosate dans le sang et l’urine de travailleurs agricoles, ce qui ne montre aucun lien causal d’aucune sorte, à moins qu’il s’agisse d’une étude épidémiologique massive.
  2. Quelques études sur des modèles animaux, et j’abhorre les études utilisant des animaux pour montrer quoi que ce soit en dehors de quelques rats et souris forcées de manger du glyphosate.

Une meta-revue récente publiée dans un vrai journal est arrivée à une conclusion totalement différentes (et rappelez-vous, je considère les meta-revues comme le pinacle de la vraie science) :

« Notre revue n’a pas montré de schéma consistant d’associations positives indiquant une relation causale entre le total des cancers (chez les adultes et les enfants) et aucun site spécifique de cancers et d’exposition au glyphosate ».

Ces chercheurs ont basé leur revue sur 21 cohortes et études de cas contrôlées. C’est une preuve extrêmement puissante que le glyphosate ne cause pas de cancer et n’est pas relié au cancer.

Encore une fois, je ne mets pas 1 litre de glyphosate dans mon bol de céréales OGM au petit déjeuner. Plus sérieusement, je voudrais qu’il soit moins utilisé parmi les cultures résistantes au glyphosate (ce qui permet d’en utiliser moins et dans des proportions plus contrôlées).

Parfois je suis fatigué de toutes ces psychoses de cancer sur le net. Le fait est qu’autant qu’on sache, il y a 12 choses à faire pour réduire le risque de cancer. Arrêter de fumer. Limiter l’exposition au soleil. Rester en forme. Ne pas boire trop. Rien de tout ça n’implique que vous arrêtiez de manger des pommes ou évitiez le glyphosate.

Mais il y a environ 200 sortes de cancers, plutôt 250 même. Chacun d’eux à une cause et une physiopathologie séparées. La plupart du temps, le corps se débarrasse lui-même du cancer, à moins de séries de 5-10 mutations dans une cellule et vous n’imaginez pas à quel point c’est rare, même dans un corps de 20 à 50 billions de cellules. Si le glyphosate provoque une seule mutation, c’est toujours moins que ce qui est causé par le soleil.

L’exposition au glyphosate ne provoquera probablement pas de cancer. Peut-être qu’elle augmentera le risque de 1/10 000 000, mais 1 vie humaine ne suffit pas à rendre ce danger significatif. Fumer, c’est bien, bien pire. Le tabagisme passif est quasiment aussi mauvais.

Le résumé TL ;DR

[ndtr : To Long ; Don’t Read, est une expression-critique pour des argumentations trop longues pour qu’on prenne le temps de les lire dans un débat écrit. Ici l’auteur fait un résumé lapidaire à l’attention des « anti » qui n’auraient pas envie de lire tout son billet]

  • L’OMS dit que le glyphosate est carcinogène.
  • Peut-être. Mais à quelle dose ? On ne sait pas.
  • Les meilleures preuves épidémiologiques, apparemment ignorées de l’OMS, disent qu’il n’y a pas de corrélation ni de causalité entre le glyphosate et le cancer.
  • Les gens pro-OGM : attaquez les arguments, pas les personnes. L’OMS et le IARC font des erreurs de temps en temps, mais ils font du bon travail comme au CDC et à la FDA. Dans ce cas, leurs arguments semblent vraiment mauvais en ignorant les autres données scientifiques. Rappelez-vous que l’OMS a déclaré que les produits OGM sont probablement sans danger.
  • Je vais continuer de manger des pommes. J’aime les pommes.
  • Ne fumez pas.

Citations clefs :

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4 commentaires sur “[Trad] « Le glyphosate cause le cancer… tout comme les pommes ».

  1. […] Il y a un peu plus d’une semaine, l’International Agency for Research on Cancer (IARC) a annoncé que le glyphosate devrait être ajouté à leur sa liste des produits « probablement carcinogènes aux humains ». Le glyphosate n’était pas le seul pesticide ajouté à la liste, mais comme Nathanael Johnson l’a soulignée sur Grist, le glyphosate à tendance à faire paratonnerre du fait de son association avec les cultures GM Roundup Ready. Le présent billet intervient un peu tard dans la controverse. L’IARC est une agence respectée de l’OMS, et cette annonce a été largement diffusée. Personne ne sera surpris de voir que Monsanto a farouchement réfuté les risques sur la santé, alors que ceux qui par habitude s’opposent aux OGM et aux pesticides en profitent pour avancer leurs agendas. Je pense que le billet mentionné supra de Nathanael Johnson sur Grist et celui de Dan Charles sur NPR remettent correctement en contexte cette nouvelle classification. Grist a aussi posté une vidéo vraiment cool qui explique en quoi consiste réellement la classification de l’IARC dans le groupe 2A, « probablement carcinogène pour les humains » [ndtr : sur la signification réelle de cette classification]. […]

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  2. A propos de l’article de l’infâme (sic) Séralini : « Comme cet article a été rétracté, il ne compte pas vraiment car il n’existe pas réellement (bien qu’honnêtement, il fût republié ultérieurement) »

    Je ne comprends pas, il a été republié ULTÉRIEUREMENT, c’est-à-dire avant d’être une première fois publié ??? Postérieurement serait plus correcte sur le plan de la langue française. Deuxième chose, il ne compte pas parce qu’il a été rétracté par pression de certains groupes mais puisqu’il a été republié il compte n’est-ce pas ? On ne peut pas dire que cet article n’a pas de valeur scientifique, à part par partisanerie mais ça, ça n’a vraiment pas de valeur scientifique.

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  3. J’aime beaucoup votre blog, très informatif, et je m’en sers dans des discussions avec des non scientifiques.

    Permettez-moi de vous signaler que TL;DR signifie Too Long, *Didn’t* Read (et non  » don’t « ).

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