[Trad] « Les règles de la logique, partie 2 : bons arguments vs. mauvais arguments »

Article publié sur The Logic of Science le 27 janvier 2015.

Les arguments sont le cœur de tout débat. Pour remporter un débat, vous devez montrer que vos arguments sont bons et que ceux de votre contradicteur sont mauvais. Cela semble simple, mais pourtant beaucoup de gens ont du mal à distinguer les bons et les mauvais arguments. Assez souvent, ces notions sont utilisées de manière subjective et aboutissent à des désaccords sur la solidité de l’argument. En réalité, ces notions sont très objectives, et il est possible de savoir et de démontrer avec certitude si un argument est bon ou mauvais.

Il y a trois critères définissant un bon argument :

  1. Il ne contient que de vraies prémisses
  2. Il ne contient aucun sophisme
  3. La conclusion découle nécessairement des prémisses (si le point 3 n’est pas respecté, on parle du sophisme de non-sequitur, ce qui est une redondance du point 2, mais assez importante en elle-même pour la distinguer).

Tout argument qui ne satisfait pas l’ensemble de ces trois critères est un mauvais argument. Si un argument est bon, alors vous DEVEZ accepter ses conclusions. Si un argument est mauvais, alors vous DEVEZ rejeter l’argument. C’est une distinction importante. Si l’argument est bon, alors la conclusion doit être vraie, mais si l’argument est mauvais, la conclusion peut être ou ne pas être vraie. En ce cas, la seule chose que vous puissiez conclure est que l’argument lui-même ne fonctionne pas. Par exemple :

  1. Tous les hommes sont mortels
  2. Socrate est un homme
  3. Donc, Socrate est mortel

C’est un bon argument. Toutes les prémisses sont vraies, il n’y a pas de sophismes, et les conclusions découlent nécessairement des prémisses. Socrate DOIT être un mortel, il n’y a pas d’autres possibilités. Ce n’est pas une opinion, c’est une certitude logique. L’argument suivant en revanche est un mauvais argument :

  1. Tous les hommes sont mortels
  2. Socrate est un mortel
  3. Donc, Socrate est un homme

Cet argument ne fonctionne pas car la conclusion ne découle pas nécessairement des prémisses (en termes techniques ce sophisme est appelé l’affirmation du conséquent). Le fait que Socrate soit mortel ne signifie pas automatiquement que c’est un homme. Remarquez cependant que même si l’argument ne fonctionne pas, sa conclusion est vraie. Nous ne pouvons pas utiliser cet argument pour arriver à cette conclusion, mais ce n’est pas toujours le cas :

  1. Tous les hommes sont mortels
  2. Trogdor (mon gecko) est un mortel
  3. Donc, Trogdor est un homme

Maintenant le problème avec cet argument est encore plus évident car la conclusion n’est plus vraie. Ça me ramène à un point très important : si quelqu’un démontre que l’un de vos arguments est mauvais, vous DEVEZ rejeter cet argument. Cet exemple vous montre clairement qu’un mauvais argument ne vous dit rien de la conclusion, et que continuer à l’utiliser tout en sachant cela serait ridiculement sot.

Il n’y a qu’une seule et unique exception à ce nécessaire rejet du mauvais argument et non pas de sa conclusion. C’est le cas dans lequel l’argument est absolument nécessaire à la défense de la position de vos adversaires. Dans ce cas, démontrer que l’argument est mauvais revient aussi à démontrer que la conclusion est fausse, mais c’est assez rare.

Remarquez que ce que je viens de décrire ne vaut que pour les arguments déductifs. Ils sont les plus communs et les plus puissants des arguments car ils montrent ce qui doit être absolument vrai. D’autres types d’arguments, comme les arguments inductifs, montrent ce qui est probablement vrai, pas ce qui doit être vrai. Ainsi, pour qu’un argument inductif soit bon, il doit uniquement comporter des prémisses vraies, ne pas contenir de sophismes, et les conclusions doivent être le plus conforme possible aux prémisses. Pour les arguments inductifs donc, vous acceptez que les conclusions soient la réponse la plus plausible, mais pas qu’il s’agit d’une réponse définitive. Il est cependant toujours illogique de rejeter cette conclusion à moins que vous démontriez que les prémisses sont fausses, qu’un sophisme a été utilisé, ou qu’une autre réponse est plus plausible.

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2 commentaires sur “[Trad] « Les règles de la logique, partie 2 : bons arguments vs. mauvais arguments »

  1. Bonjour,

    Je tombe à l’instant sur cet article, qui est imprécis, ambigu ou carrément faux en presque tous points.
    Je ne sais pas bien si mon commentaire sera lu si je le poste ici, mais comme je ne connais pas d’autre moyen, je vais me lancer.

    « En réalité, ces notions sont très objectives, et il est possible de savoir et de démontrer avec certitude si un argument est bon ou mauvais. »
    -> D’abord je ne sais pas bien ce que peut vouloir dire « très objectif », mais passons. Ensuite, quitte à parler en termes logiques, on dit qu’un argument est « valide » ou « invalide » plutôt que « bon » ou « mauvais ». Enfin, la logique permet effectivement de déterminer si un argument est valide ou non, mais seulement au sein de son propre système. Autrement dit, la logique ne nous informe pas sur ce qu’est un argument valide de manière absolue. Il existe de nombreuses logiques différant sensiblement, et il n’est pas aisé de déterminer laquelle serait « la bonne ».
    On se réfère souvent à la logique dite « classique », qui est cependant loin d’être sans étrangeté (par exemple, en logique classique, on doit considérer comme valide l’argument suivant: « Ce n’est pas le cas que si Dieu existe, alors il a une existence matérielle. Donc Dieu existe »).
    Donc objectivité oui, mais sans doute pas dans le sens dans lequel l’auteur me semble l’entendre.

    « Il y a trois critères définissant un bon argument »
    -> Je ne sais pas ce que c’est un « bon argument », mais s’il est question de validité (c’est-à-dire la seule chose qui intéresse la logique), alors les critères qu’il donne sont erronés.
    Un argument est dit logiquement valide si et seulement si la vérité de ses prémisses implique nécessairement la vérité de sa conclusion.
    Donc le critère n°1 est faux, puisque la logique ne s’intéresse pas à la vérité empirique des propositions (exemple : l’argument « Socrate est un chat, tous les chats sont mortels, donc Socrate est mortel » est valide).
    Donc le critère n°2 est, suivant les cas, superflu, faux, ou imprécis.
    Donc le critère n°3 est partiellement faux : tout argument logiquement invalide n’est pas un non-sequitur, puisqu’il suffit que la conclusion ne découle pas nécessairement des prémisses dans le premier cas. On parle de non-sequitur uniquement quand la conclusion n’a rien à voir avec les prémisses.

    « Remarquez que ce que je viens de décrire ne vaut que pour les arguments déductifs. Ils sont les plus communs (…) »
    -> N’importe quoi. Les raisonnements inductifs sont absolument centraux dans l’activité scientifique autant que dans notre vie quotidienne, car c’est à travers eux que nous pouvons faire des inférences sur le monde qui nous entoure. Les raisonnements déductifs sont beaucoup plus l’exception que la norme, dont nous ne pouvons faire usage à peu près que dans les sciences formelles (mathématiques et logique). C’est justement là que se trouvent les limites de l’usage de la logique (classique) pour analyser les raisonnements.

     » Il est cependant toujours illogique de rejeter cette conclusion à moins que vous démontriez que les prémisses sont fausses »
    -> C’est exactement le contraire. Cf. Hume, Enquête sur l’entendement humain -> tous nos raisonnements inductifs sont logiquement erronés.

    BREF : l’auteur de cette article me donne l’impression d’avoir mal écouté un cours de logique de L1, ou d’avoir parcouru hâtivement un article wikipedia sur le sujet.
    Je recommande vivement de retirer cet article du site.

    Concernant mes sources, tout me vient de mes cours de logique formelle à l’université.
    Cependant, tout pourra être corroboré au choix dans les premières pages des ouvrages suivants :
    – G. Forbes, Modern Logic, Oxford University Press (trouvable sur internet)
    – F. Lepage, Elements de Logique Contemporaine, PU Montréal
    – M. Peeters & S. Richard, Logique Formelle, Mardaga

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