[Trad] « Pas de piqûre, pas d’alloc »

Article publié par Steven Novella sur Neurologicablog le 13 avril 2015.

Tony Abbott, le premier ministre australien, vient d’annoncer une nouvelle mesure politique, dite « pas de piqûre, pas d’alloc » qui prendra effet en janvier 2016. Cette mesure prévoit la déchéance des exemptions fiscales des couples avec enfants pour les parents refusant de faire vacciner leurs enfants. Cela pourrait leur coûter jusqu’à 11000$ par an (voire même 15000$) et par enfant.

Cette nouvelle politique est semble-t-il bipartisane et est soutenue par l’Association Médicale Australienne.

Elle ne s’appliquerait pas aux exemptions médicales et religieuses, mais renforce l’extrême rareté de cette dernière.

Bien entendu, les parents anti-vaccinistes protestent, arguant que cela enfreint leurs droits parentaux. Est-ce seulement exact ? La communauté anti-vacciniste brandit souvent cet argument selon lequel les parents ont le droit de prendre des décisions médicales pour leurs enfants et que le gouvernement ne peut pas les forcer à les faire vacciner.

Dans le contexte plus large du droit parental, il est clairement établi que l’Etat a le droit et la responsabilité de protéger les enfants des abus et négligences de leurs parents. Les parents ne peuvent pas, éthiquement ou légalement, négliger médicalement leurs enfants et ne pas les protéger contre les maladies transmissibles constitue raisonnablement une négligence médicale. Le consensus scientifique et médical sur l’efficacité et la sécurité des vaccins est absolument écrasant, et en l’absence de toute controverse pertinente à ce sujet, les parents anti-vaccinistes n’ont pas non plus d’argument éthiquement valable à revendiquer.

Par ailleurs, les vaccins permettent l’immunité grégaire, incluant celle des membres vulnérables de la société qui ne peuvent pas être vaccinés pour diverses raisons. Nous ne donnons pas le droit aux gens de conduire à toute vitesse sur l’autoroute pas plus que nous donnons le droit aux restaurateurs d’élever des poulets dans leur cuisine. Il y a de nombreuses restrictions personnelles au nom de la santé et de la sécurité publiques.

La question éthique est la suivante : comment comparer la restriction des libertés individuelles à la protection de la santé publique ? Le gouvernement est-il en conflit d’intérêt ? Dans le cas de la vaccination, je pense que la réponse est que le gouvernement et le public ont clairement un conflit d’intérêt, et la restriction de la liberté est justifiée par le risque pour la santé publique.

De plus, il n’y a pas de pays autant que je sache (corrigez moi si je me trompe), qui forcent les enfants à être vaccinés. Aucun enfant n’est pris de force par des agents du gouvernement et vacciné contre la volonté de ses parents. Les pays qui rendent la vaccination obligatoire comme les USA exigent simplement la présentation du carnet médical attestant des vaccinations pour l’entrée dans certains services publics ou appliquent certaines pénalités en cas de manquement. Aux USA par exemple, les vaccins sont exigés pour entrer à l’école publique. Les parents cependant peuvent toujours refuser la vaccination et faire l’école à domicile ou encore inscrire leurs enfants dans certaines écoles privées.

L’Australie est entrain d’amorcer une politique plus agressive qui repose cependant toujours sur le même paradigme. Les parents se voient refuser un bénéfice s’ils refusent de vacciner leurs enfants. Les parents peuvent toujours choisir de ne pas vacciner, mais ils perdront des exemptions fiscales s’ils le font. Le gouvernement est en son plein droit d’user des exemptions fiscales pour encourager ou décourager certains comportements dès lors que ce n’est pas discriminatoire. Dans ce cas, le gouvernement encourage un comportement dans l’intérêt de la santé publique.

L’augmentation des prix des soins de santé pour les fumeurs repose sur le même principe. Vous êtes libre d’adopter ce comportement néfaste à votre santé, mais la communauté ne payera pas le prix de votre choix mais c’est vous qui en payerez les conséquences. Dans le même temps, vous n’êtes pas libre de fumer dans certains lieux publics et donc d’imposer votre comportement néfaste à la santé aux autres membres de la société.

Il est raisonnable de penser que les parents qui choisissent de ne pas vacciner leurs enfants mettent les enfants des autres en danger et imposent un coût supplémentaire à la société. La société dès lors a le droit de répondre à leurs mauvais choix (et nous avons suffisamment de preuves et de consensus pour les appeler effectivement des mauvais choix) en leur restreignant l’accès à certains lieux publics et bénéfices.

Je pense dès lors que l’Australie se place sur un terrain solide en termes d’éthique et de droit et je les applaudis pour avoir le courage de soutenir une politique aussi audacieuse. Il est à espérer que ces actions serviront d’exemple à d’autres pays, et je soutiendrai une loi similaire aux USA.

L’épidémie de rougeole de Disneyland a semble-t-il fait peser la balance de l’opinion publique contre les mouvements anti-vaccinistes et le temps est venu de soutenir les lois protégeant la santé publique contre ces derniers.

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