Pétition DTPolio : du Pr. Peter au Pr. Joyeux, plus de 100 ans d’anti-vaccinisme pseudoscientifique

Figure 1 Michel Peter et Louis Pasteur se faisant face à l’Académie de Médecine en juillet 1885, image tirée du téléfilm Louis Pasteur, portrait d’un visionnaire.

En mai dernier a été initiée une nouvelle campagne anti-vacciniste. La chose serait grotesque si elle n’était pas mortifère. Toutes les postures pseudoscientifiques sont plus ou moins dangereuses, ou bien pour la raison, ou bien pour la vie. Mais c’est bien d’un péril mortel dont il est question ici. L’estocade a été portée par un habitué de ce combat pour l’obscurantisme morbide, le Pr. Joyeux, en soutien de l’IPSN. Du Pr. Michel Peter, défenseur patenté de la génération spontanée qui présentait en 1887 devant l’Académie de Médecine un réquisitoire aux données falsifiées, des appels à l’émotion et autres anecdotes contre le vaccin antirabique de Pasteur et fabriquant de toutes pièces des preuves de son inefficacité et dangerosité ; au Pr. Henri Joyeux, adepte de positions pseudoscientifiques et manipulant toujours, quelques 130 ans plus tard, les mêmes sophismes criminels, on serait tentés de se dire que bien peu de choses ont changé. Pourtant, plus d’un siècle les sépare. Les sycophantes chantent, et la meute aboie, toujours.

Retour sur plus de 100 ans de redites pseudo-scientifiques

L’anti-vaccinisme est aussi vieux que la vaccination elle-même. En effet, dès l’inoculation de la vaccine en Angleterre et aux États-Unis au début du XIXe siècle, la contestation s’est organisée en ligues bruyantes. Aujourd’hui, les mêmes groupes alimentent de fausses controverses par leurs discours anxiogènes injustifiés voire mensongers, autour notamment de la sécurité et de l’efficacité du DTP ou du ROR, ou encore de la présence de produits entrant dans la composition des vaccins.

Les âges héroïques : variolisation et premières oppositions

La vaccination généralisée contre la variole a commencé dès le début du XIXe siècle en Angleterre. En effet, Edward Jenner avait pu démontrer qu’il était possible de significativement prémunir la population de la variole par l’inoculation d’une forme atténuée de celle-ci venant des vaches. L’idée, absolument nouvelle à l’époque, a rapidement rencontré différentes oppositions aux motivations variées : politiques, religieuses, scientifiques, sanitaires…

Beaucoup de parents redoutaient la vaccination car elle nécessitait de léser légèrement la peau de l’enfant. D’autres, notamment des membres du clergé considéraient la vaccination comme non conforme au christianisme dès lors qu’on utilisait la substance venant d’un animal pour l’introduire dans le corps humain. D’autres encore s’opposaient à la vaccination par défiance des autorités de santé ou encore pensaient que l’agent causal de la maladie était tout autre. Enfin, beaucoup estimaient que la vaccination était une atteinte à leur liberté de se soigner eux-mêmes.

En dépit des efforts des adversaires de Pasteur, de Pouchet à Peter en passant par Rochefort, l’anti-vaccinisme n’a jamais été très puissant en France à cette époque. L’État mise sur la communication plutôt que l’obligation, et les médecins anti-vaccination échouent à montrer par des statistiques crédibles les méfaits allégués de la vaccination ainsi que les accidents vaccinaux. En Grande-Bretagne en revanche, le Parlement vote en 1853 l’obligation vaccinale, accrue par un nouvel Act de 1867. Dès lors et en opposition, le mouvement anti-vacciniste prend une ampleur considérable : en 1870 le mouvement pour l’abrogation de l’abolition vaccinale compte plusieurs dizaines de milliers d’adhérents et 200 sections locales, en 1885 (alors que l’opposition de Peter en France est à son apogée tout autant que du bord de sa chute), le mouvement britannique rassemble 80 000 personnes à Leicester, portant en tête de cortège une effigie à brûler de Jenner. L’anti-vaccinisme se révèle très ancré dans les villes industrielles comme Manchester et Sheffield ou Leicester qui accusent 90% de parents anti-vaccinistes en 1870. Ses causes sont néanmoins complexes, et on y retrouve là encore une certaine diversité de motivations : défiance vis-à-vis des politiques de santé publique, crainte de la dissection des pauvres dont les corps ne sont pas réclamés (ce que l’Anatomy Act avait autorisé en 1832 afin de contrecarrer la profanation de sépultures et le commerce des cadavres), revendication du droit de se soigner soi-même par les libéraux, revendication du maintien de la pureté de leur sang familial par les bourgeois victoriens. An Angleterre comme en France, l’anti-vaccinisme est également porté par le féminisme en lutte pour le suffrage et l’anti-vivisection, bruyamment représentés par Louise Michel lors des réunions antipastoriennes des années 1880, aux côtés d’autres incantateurs d’inepties pseudoscientifiques comme le Dr. Boëns alors secrétaire de la Ligue contre les vaccinations.

En réaction à l’opposition générée par l’obligation vaccinale, une commission chargée d’évaluer la sécurité et l’efficacité de la vaccination conclut que celle-ci protège de manière significative contre la variole, et suggère également de revenir sur les amendes prévues par l’Act d’obligation vaccinale en cas de non vaccination. Ainsi, le Vaccination Act de 1898 revient sur ces amendes et instaure des exemptions pour les objecteurs de conscience.

Aux États-Unis, l’implantation de l’anti-vaccinisme est plus tardive qu’en Grande-Bretagne. La fondation de la société américaine anti-vaccination en 1879 fait suite à la visite en Amérique de l’anti-vacciniste britannique William Tebb. Suite à une épidémie de variole en 1902, la ville de Cambridge dans le Massachusetts, ordonne la vaccination de tous ses résidents. L’un d’eux, Henning Jacobson, refuse au motif du droit à se soigner soi-même. La ville lui attente des poursuites judiciaires et gagne contre Jacobson qui se tourne en appel vers la Cour suprême des États-Unis. En 1905, celle-ci confirme la décision du tribunal de Cambridge et entérine le droit pour un état de promulguer de telles obligations afin de protéger le public en cas de risques épidémiques. Il s’agit de la première décision de justice de la Cour suprême US relative au pouvoir des états dans le champ de la santé publique.

Au début de l’année 1887 s’engage en France la dernière campagne des grandes figures de l’anti-vaccinisme. En juillet 1887, leur sort est réglé lors du dernier combat des titans à l’Académie de Médecine : les plaidoyers de Charcot, Brouardel et enfin Pasteur mettent un terme définitif aux agitations de Peter et de ses soutiens. Contrairement à la situation anglaise, le bruit des scientifiques et médecins anti-vaccinistes n’a finalement qu’assez peu touché le public, comme semble en témoigner le succès de la souscription nationale ouverte peu après ce dénouement pour la fondation de l’Institut Pasteur. En revanche, l’activisme de petits groupes a pu jouer sur le report ou l’annulation de politiques de santé publique.

Première controverse du DTP

La controverse sur le DTP émerge dans les années 1970. En 1974, un rapport du Great Ormond Street for Sick Children de Londres rapporte le développement de troubles neurologiques chez 36 enfants successivement à l’injection du DTP. Les médias s’emparent de l’affaire comme il se doit, et une association de parents d’enfants victimes de la vaccination est bien entendu formée. Après une chute de la couverture vaccinale et trois graves épidémies de coqueluche, l’Angleterre mit en place une commission chargée d’évaluer la sécurité de la vaccination qu’elle confirma par la suite. La peur persistait néanmoins auprès du grand public, d’autant que bon nombre de praticiens de santé continuaient de ne pas recommander la vaccination chez les enfants. Dans la foulée, un médecin anti-vacciniste publiait une étude corrélant certains troubles neurologiques au DTP. La même commission chargée d’évaluer la dangerosité de la vaccination mena une étude nationale à ce propos en identifiant tous les enfants de 2 à 36 mois hospitalisés au Royaume-Uni pour des troubles neurologiques et évalua la corrélation de cet état avec l’injection du DTP. Les résultats montrèrent un risque extrêmement faible et servirent de base de données pour une campagne d’immunisation.

La controverse aux USA arriva en 1982 à la suite d’un documentaire alléguant certaines réactions secondaires au DTP et en minimisant les bénéfices. Il fut suivi en 1991 d’un livre, A Shot in the Dark, mettant en avant les risques potentiels. La réponse des autorités de santé étasuniennes fut ferme, mais se solda par l’habituel impact médiatique : plusieurs procès, augmentation du prix des vaccins, voire parfois arrêt de la production de DTP. En revanche, le recul de la couverture vaccinale fut moins sensible qu’au Royaume-Uni.

La controverse du ROR

Beaucoup des mythes véhiculant une terreur injustifiée vis-à-vis de la vaccination de nos jours viennent directement de cette controverse. En 1998 un chirurgien britannique publia dans The Lancet une étude corrélant certains troubles intestinaux et autistiques au vaccin contre la Rougeole, les Oreillons et la Rubéole (ROR). L’auteur déclara par la suite que les vaccins n’étaient pas correctement testés. Sur le terreau fertile de l’habituel cirque médiatique, les conséquences morbides émergeaient des peurs infondées. Il apparut rapidement qu’aucun chercheur à travers le monde ne pouvait reproduire les résultats de l’article publié en 1998, et qu’en outre, certains biais méthodologiques et éthiques graves jetaient la suspicion sur ces travaux. Plusieurs enquêtes commencèrent à l’issue desquelles il apparut clairement que cette étude en plus d’être biaisée, était le produit de falsifications expliquant sa non reproductibilité, qu’elle avait été l’occasion de très graves violations éthiques, que ses résultats avaient en réalité été commandités et l’auteur payé pour cela, et enfin que l’auteur l’avait fait pour tirer bénéfices financiers de cette fraude. The Lancet, qui avait initialement publié l’étude, déclara plus tard qu’elle n’aurait jamais du l’être. Le chirurgien à l’origine de cette controverse fut radié de l’Ordre des médecins. Aujourd’hui pourtant, énormément de tenants de l’anti-vaccinisme continuent d’alléguer un lien de causalité entre la vaccination et l’autisme, et continuent de recourir à cette étude falsifiée de 1998.

Actuellement, les recherches n’ont jamais pu montrer de lien entre le ROR et l’autisme.

L’anti-vaccinisme New-Age : Green Our Vaccines

Cette dernière tendance repose sur l’opposition parfaitement infondée du chimique contre le naturel, où, bien entendu, ce qui est naturel est forcément bon, et ce qui est chimique est forcément mauvais. Cette vision naïve de l’univers est hautement erronée, et plus que de l’idéologie, repose bien souvent sur la méconnaissance des bases les plus élémentaires de la science. Dans cette optique, beaucoup de personnes en sont venues à scruter la composition de différents produits dont elles faisaient peu de cas auparavant, et à juger comme néfaste voire clairement poison tout composant de plus de deux syllabes et sans jamais se soucier de doses, de physiologie, ou simplement de réalités.

Face à ces peurs infondées, certains de ces produits furent néanmoins retirés des vaccins destinés aux enfants dans la mesure du possible. Par la suite, plusieurs études montrèrent qu’il n’était pas possible de confirmer la dangerosité alléguée de ces produits aux doses prescrites dans les vaccins, et qu’il n’existait pas de corrélation apparente entre les troubles pathologiques habituellement dénoncés et la vaccination, notamment en ce qui concernait l’autisme. Régulièrement, de nouvelles études actualisent nos connaissances sur l’évaluation des risques-bénéfices de la vaccination. Ces études font l’objet de revues systématiques établissant clairement le consensus scientifique sur la sécurité et l’efficacité de la vaccination ainsi que la valeur infondée des peurs agitées dans le grand public à ce propos. Cette évaluation reste néanmoins permanente.

En dépit de toutes ces évaluations scientifiques solides, certaines personnes restent convaincues de la nocivité de certains produits qu’ils appellent systématiquement et à mauvais escient des « toxines », et de la nécessité de lutter contre au profit de produits « naturels » (ou du moins fantasmés comme tels). C’est le cas du mouvement Green Our Vaccines, conduit par Jenny McCarthy et actuellement leader étasunien de l’obscurantisme anti-vaccinal.

La Ligue Nationale pour la Liberté Vaccinale

La LNPLV a été créée en France en 1954 et est actuellement présidée par Jean-Marie Mora. Le but de cette association est d’alerter le public sur des allégations de danger attribué à la vaccination. La stratégie de cette association repose sur les mêmes redites connues depuis le XIXe siècle : allégations infondées d’effets secondaires graves et/ou courants, négation des bénéfices de la vaccination, invocation de concepts pseudo-scientifiques…

Henri Joyeux et la pétition Halte au scandale du DTPolio

En mai 2015 a été lancée une nouvelle pétition anti-vacciniste par Henri Joyeux avec l’IPSN. Les arguments soulevés en motifs de cette pétition reposent sur les habituels sophismes, approximations, falsifications et fabrications ressassés depuis plus d’un siècle de vaccin en vaccin.  Toutes ces moisissures intellectuelles en rupture avec la réalité factuelle ont été efficacement passées en revue sur le blog Rougeole-épidémiologie.

In fine, du XIXe au XXIe siècle, le mouvement anti-vacciniste s’illustre comme très semblable au mouvement créationniste : il repose sur la redite immodérée de poncifs pseudo-scientifiques et autres appels à la nature maintes fois invalidés par la science. Et alors que la science avance, que la masse et le détail des connaissances augmentent, qu’elle accepte d’investiguer les allégations infondées de ces mouvements, ceux-ci, multipliant sans gêne les failles logiques et arguments circulaires, ne produisent que de la peur et de la morbidité.

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