Les OGM alimentaires sont-ils naturels ? [difficulté : facile] (2400 mots / ~15 mins)

Beaucoup de méconnaissances et de véritables inconsistances sont souvent à l’origine du rejet des OGM chez des personnes n’étant pas pour autant dans une posture d’opposition idéologique. Cette opposition repose sur l’idée fausse que les OGM seraient intrinsèquement moins bons, car moins naturels, que les autres produits de l’agriculture. Voici donc une courte introduction aux PGM (Plantes Génétiquement Modifiées), dans le contexte des autres méthodes de production végétale.

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La sélection artificielle

La sélection artificielle est le premier jalon dans la manipulation et la production végétale (et aussi animale) initiée par l’être humain. Cette sélection s’inscrit dans le cadre de la Révolution Néolithique, il y a environ 10 000 ans, et qui a vu l’apparition de l’agriculture et de l’urbanisation. Il s’agit d’un résumé extrêmement schématique évidemment : l’agriculture par sélection consciemment exercée ou non de plants intéressants a longtemps été pratiquée en complément d’une activité de cueillette, jusqu’à ce que les proportions de l’une et l’autre s’inversent totalement. Si à l’échelle de l’évolution de l’espèce humaine, la domestication des plantes semble apparaitre et s’imposer assez rapidement, il y a entre 11 500 et 8000 ans, cela se fait concomitamment dans plus d’une dizaines de zones géographiques, aussi bien en Amérique du Nord, en Amérique Centrale et en Amérique du Sud qu’en Europe, en Afrique et en Asie. Les preuves suggèrent que certaines cultures ont pu apparaitre plusieurs fois indépendamment dans différentes régions de ces zones, comme le haricot commun. Différentes disciplines nous permettent de comprendre ce processus de domestication en apportant des preuves complémentaires et convergentes, de l’archéobotanique à la génétique des populations.

Aujourd’hui, la plupart des végétaux que nous consommons sont le fruit d’une sélection artificielle commencée il y a donc plusieurs millénaires, et je serai bien en peine de devoir citer une seule plante cultivée qui n’a pas subi un tel remaniement. D’emblée, deux sophismes couramment employés par les opposants aux OGM nous crient leur ineptie, en plus d’être mutuellement exclusifs : l’appel à la nature, et l’appel à la tradition. Par définition, une plante cultivée non GM n’est plus, depuis plusieurs millénaires, « naturelle », et une plante GM n’est pas « moins naturelle » ou « contre nature » par rapport à une plante non GM au motif qu’elle aurait été modifiée par les humains. A propos de la sélection artificielle, j’ai déjà évoqué l’exemple du maïs et de son ancêtre, la téosinte. De sélection en sélection, la téosinte a évolué vers une plante donnant de nombreuses et opulentes graines, complètement démesurées par rapport aux originales, et incapables de se détacher et se disséminer sans l’action de l’Homme. Tout cela sans OGM.

 

Campbell et al., 2010.

L’appel à la tradition est lui aussi rendu caduc, dans la mesure où il est inconciliable avec l’appel à la nature : on ne peut pas invoquer les bonnes soupes de Mamie avec ses bons légumes du jardin, alors que ceux-ci n’ont rien de naturel, sont la plupart du temps incapables d’exister à l’état sauvage sans le soutien de l’Homme, sont cultivés à des milliers de kilomètres de leur biome d’origine, et n’ont plus rien à voir avec leurs ancêtres non domestiques. Non, aussi kawaï soit un plant de tomates dans un jardinet bio du Lyonnais, il n’a rien de naturel ni d’ancestral.

C’est également l’argument hautement fallacieux de la « Frankenfood » qui tombe ici. Les photomontages (ou en anglais) parfois rigolos, parfois assez jolis, et souvent assez sordides, qui sont faits pour alimenter un discours anxiogène à propos des PGM n’ont plus aucun sens au regard de ce que produit la sélection artificielle en termes de changements morphologiques aberrants. Bien entendu et au cas où ça ne soit pas encore clair à ce stade de la lecture : tous les fruits et légumes que nous consommons actuellement sont concernés, même les bio, même ceux du jardin, même ceux de mamie-potager et de tonton-permaculture.

On pourrait s’entendre alléguer que la sélection artificielle, elle, au moins, ne tripatouille pas dans le génome des plantes manipulées. Comment dire… Vous savez comment on fait les bébés ? Bon ok, donc vous savez probablement aussi que la moitié du patrimoine génétique vient du père, et l’autre moitié de la mère (le premier cuistre qui dit « ADN mitochondrial » se prend une tartine !). Il en va de même chez les plantes que nous cultivons. Ce système permet, dans la nature, de produire une très forte diversité génétique, c’est-à-dire des tas de combinaisons génétiques variées dont certaines seront par hasard plus adaptées que d’autres à leur environnement et auront de meilleures chances de réplication (reproduction) par la suite.

La sélection artificielle consiste précisément à isoler de génération en génération les gènes responsables des caractères recherchés (taille ou nombre des fruits, propriétés organoleptiques, résistance aux maladies, vitesse de croissance, résistance à la verse, au froid, à la sécheresse…). Il s’est donc agi pour l’Homme, depuis 10 000 ans, de manipuler à la louche le génome des plantes cultivées de sorte à réduire la diversité génétique au sein de lignées sélectionnées jusqu’à obtenir de manière stable les caractères attendus. Tout cela, bien entendu, sans contrôler d’aucune façon les effets collatéraux possibles, comme certains effets délétères pour la plante, ou des effets toxiques pour l’Homme.

C’est un autre couple d’arguments anti-OGM qui s’effiloche ici : non seulement, par définition, la domestication implique une pression de sélection sur le génome de la plante cultivée de sorte à ce qu’elle ne soit plus adaptée qu’à la seule survie dans un agrosystème entretenu par l’Homme, mais par ailleurs, cette manipulation est extrêmement précaire, loin, très loin, de la précision et du contrôle permis par la transgénèse comme nous allons le voir, dont l’action sur le génome n’a donc rien d’original, et dont la manipulation n’a rien du tripatouillage que constitue, a contrario, la sélection artificielle.

En réalité, loin du fantasme des bonnes vieilles méthodes traditionnelles avalisées par Mère Nature par opposition aux PGM, la sélection artificielle n’a été que le premier jalon, il y a 10 000 ans, vers les phytobiotechnologies actuelles.

L’hybridation

Toutes les remarques faites précédemment à propos de la sélection artificielle fonctionnent également à propos de l’hybridation. La différence notable est qu’au lieu de partager le génome d’un mâle et d’une femelle de la même espèce, on le fait entre deux individus d’espèces différentes, voire même d’un genre (taxonomique) différent : la sélection de caractères de génération en génération, la manipulation à la louche de l’ensemble du génome, tout pareil, mais en version p0rn-inter-espèce.

Ces croisements entraînent très souvent l’avortement de la graine hybride et les phytogénéticiens doivent sauver l’embryon en le retirant de l’ovule par chirurgie pour le cultiver in vitro (oui on parle toujours de plantes). Les croisements entre espèces de genres (taxonomique) différents sont moins courants, mais on a par exemple obtenu dès les années 1870 un hybride du blé et du seigle, le triticale, dont les caractères avantageux n’ont été exploités qu’à partir des années 1900.

Là encore, les arguments « contre nature » et autres « tripatouillages » allégués aux PGM n’ont plus aucun sens. Bien entendu, l’agriculture biologique autorise les hybrides (ce qui rend ces arguments encore plus ineptes, mais entendons-nous bien, ce sont des arguments idéologiques, quasiment voire carrément religieux, on ne leur demande pas d’être logiques). Le transfert de milliers de gènes, voire de chromosomes entiers, lors de processus d’hybridation, ne semble pas gêner les partisans de l’étiquetage des produits GM. Les terreurs infondées sont bizarrement très sélectives.

Minneola fruit 3.jpg
Un minneola, fruit de l’hybridation d’un mandarinier et d’un pamplemoussier.

« Minneola fruit 3 » par Amada44Travail personnel. Sous licence CC BY 3.0 via Wikimedia Commons.

 

La mutagénèse

Les caractères sélectionnés artificiellement par l’Homme sont codés par des gènes. Dans la nature, en permanence, sans l’action de l’Homme, des mutations apparaissent dans le génome d’une plante qui n’existaient pas chez ses parents. Chaque mutation est susceptible d’apporter un nouveau caractère avantageux. Mais le taux de mutation étant assez lent, les chercheurs ont eu l’idée dans les années 20-30, de provoquer artificiellement des mutations chez des plantules et des graines, de sorte à faire apparaitre, par hasard, des variations intéressantes à exploiter.

Pour cela, les chercheurs exposent de grands lots de ces graines et plantules à des radiations et à des produits mutagènes. En effet, ces agents mutagènes ont la propriété d’interagir avec les nucléotides qui constituent les briques de l’ADN. Ce faisant, certains nucléotides sont supprimés, d’autres apparaissent, d’autres changent de position avec leur voisin. C’est ce qu’on appelle une mutation. Une mutation à l’origine de plus gros fruits, ou de fruits sans pépins par exemple, sera ainsi sélectionnée.

Toutes les remarques faites précédemment valent encore ici dans le cas de la mutagénèse.

Non seulement une quantité très importante des végétaux que nous consommons ont été obtenus par cette technique, mais là encore, cela ne semble poser aucun problème aux vendeurs de produits bio et prétendument « naturels ».

Comme le dit l’auteur du blog sceptique The Logic of Science, s’opposer fanatiquement aux OGM au motif des sophismes cités plus haut, tout en vendant et consommant des hybrides obtenus par mutagénèse, relève du grand écart intellectuel compte tenu du procédé digne d’un scénario de Hulk par lequel ils sont obtenus

La transgénèse (OGM)

Car en effet, la transgénèse, de son côté, s’illustre plutôt par sa précision et son contrôle. Prétendre que la transgénèse serait un tripatouillage bien précaire tout en ne trouvant rien à redire à l’hybridation ou à la mutagénèse, reviendrait à dire que la chirurgie assistée par ordinateur est un tripatouillage en comparaison de la chirurgie de guerre du début du XIXe siècle.

La transgénèse consiste à insérer un ou plusieurs gènes d’intérêt appartenant à un organisme dans un autre organisme. C’est le même transfert de gène qui se produit entre deux parents ou entre deux individus d’espèces ou de genres (taxonomiques) différents hybridés. Mais comme dans le cas de la sélection, de l’hybridation, et de la mutagénèse, ce transfert repose sur la maîtrise et l’exploitation d’un phénomène naturel. Ici, au lieu de modifier aléatoirement l’ensemble du génome, seul un gène, dont les effets sont connus, contrôlés et vérifiés, est modifié.

La transgénèse permet en effet de transférer des gènes entre espèces très éloignées, contrairement à l’hybridation. On peut ainsi transférer un gène de narcisse des prés à un génome de riz. Si toutes les espèces parentes du narcisse et du riz, ainsi que leur dernier ancêtre commun, existaient encore, les phytogénéticiens pourraient, de génération en génération, de proche en proche, procéder à des hybridations jusqu’à faire passer le gène de narcisse désiré dans le génome de riz ciblé. La transgénèse permet cela, alors que cet ancêtre commun et ces parents intermédiaires ont disparu au cours de l’évolution. Clairement, c’est bien parce que tous les êtres vivants sont apparentés, et que le code génétique est universellement identique chez tous ces êtres vivants, que la transgénèse est possible. Autrement dit, c’est parce que c’est « naturel », que c’est possible. Attention, il ne s’agit pas de retourner le sophisme naturaliste, en reprenant à notre compte que ce qui serait « naturel » serait forcément  « bon », par opposition à ce qui serait « contre nature » et a fortiori « mauvais ». Il s’agit bien de démontrer l’ineptie d’un tel appel à la nature.

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Le narcisse jaune, dit aussi narcisse des prés, dont certains gènes ont été insérés dans le génome du riz doré.

« Narcissus pseudonarcissus001 » par Meneerke bloem — Travail personnel. Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

L’avantage de la transgénèse, au-delà d’une maîtrise qui dépasse de très loin les possibilités offertes par l’hybridation seule, c’est sa grande précision : plutôt que de faire varier aléatoirement tout un génome, sans connaître les effets possibles, c’est un seul gène clef, dont l’effet est connu et strictement contrôlé, qui est modifié. C’est ainsi qu’il a été possible d’introduire deux gènes de narcisse dans un génome de riz, responsables de la production de béta-carotène, un précurseur de la vitamine A dans l’organisme. Cette biofortification de précision donnant le « riz doré », pour laquelle les effets du transgène sont parfaitement contrôlés et maîtrisés, permettrait, si elle était appliquée, de venir en aide à quelques 250 000 – 500 000 enfants asiatiques devenant aveugles chaque année par manque de vitamine A, et dont plus de la moitié meurent dans l’année suivant leur cécité (non, ce n’est pas un appel à l’émotion, c’est la froide réalité de ce bas monde). Des recherches également très avancées portent sur le manioc, nourriture de base des 800 millions de personnes les plus pauvres du monde, très riche en glucide, et potentiellement toxique à cause du cyanure qu’il libère (naturellement !). La phytobiotechnologie a permis de l’enrichir en protéines, en fer, en béta-carotène, à a éliminer presque totalement ses composés toxiques. Bien entendu, de très nombreuses applications de ce genre sont développées ou en développement, de la sauvegarde d’espèces ou de cultures menacées d’extinction par une maladie, à la production de biocarburants, en passant par toutes sortes de biofortifications et de résistance à des milieux de culture extrêmes.

Conclusion

Il ne s’agissait pas tant dans ce billet de présenter dans le détail la technique d’ingénierie génétique, ou de faire un inventaire, même non exhaustif, de ses applications en termes de santé et de soutenabilité, mais de revenir principalement sur un lot de sophismes très répandus, même chez des personnes n’étant pas engagées religieusement contre les OGM.

On a vu que la sélection artificielle, débutée il y a plusieurs millénaires, faisait un sort définitif à l’idée que les aliments non GM aient quoi que ce soit de plus naturel que les aliments GM. Par ailleurs, la sélection artificielle n’est possible uniquement que parce que ce n’est jamais que la maîtrise d’un phénomène naturel guidé par l’Homme, à savoir la sélection naturelle. L’hybridation et la mutagénèse ne consistent également qu’en la maitrise de ces mêmes phénomènes ayant lieu à l’état naturel. La transgénèse quant à elle, n’est permise qu’en raison des possibilités offertes par la nature : ce n’est que parce que toutes les espèces vivantes sont apparentées, que leur ADN est le support universel de l’information chez tous les êtres vivants, et que le code génétique est également universel, que le transfert de gènes, possible naturellement, a également été maîtrisé par l’Homme.

Aucun appel à la nature, à la tradition, ou même à l’émotion, en ce qui concerne les photomontages anxiogènes, ne saurait justifier l’opposition aux OGM et l’acceptation dans le même temps des autres techniques de biotechnologie.

Concernant la sécurité des OGM pour l’Homme et l’environnement, le consensus scientifique est très clair : ceux-ci ne sont pas intrinsèquement plus dangereux que des produits conventionnels. Ils sont en fait beaucoup plus sûrs et contrôlés que nombre de produits bio qui seraient immédiatement retirés de la vente s’ils passaient des tests aussi drastiques.

 

Too Long ; Didn’t Read …

 

  • Les OGM obtenus par transgénèse ne sont pas moins naturels que les autres produits de l’agriculture.
  • La sélection artificielle, l’hybridation et la mutagénèse ne sont pas plus naturelles que la transgénèse (mieux vaut deux fois qu’une).
  • La transgénèse n’est possible que parce qu’elle exploite des mécanismes naturels.
  • Le consensus scientifique sur les OGM alimentaires est très clair : pas plus de danger que les autres aliments.

 

Références citées dans le texte :

Domestication of Plants, P. Gepts, Reference Module in Food Science, 2014

The Origins of Agriculture : New Data, New Ideas, D. Price et O. Bar-Yosef, Current Anthropology, 2011

Multiple origins of the determinate growth habit in domesticated common bean (Phaseolus vulgaris), M. Kwak et al., Annals of Botany, 2012

A single domestication for maize shown by multilocus microsatellite genotyping, Y. Matsuoka et al., PNAS, 2002

Domestication and Breeding of Tomatoes: What have We Gained and What Can We Gain in the Future? Y. Bai et P. Lindhout, Annals of Botany, 2007

Global impact of mutation-derived varieties, B.S. Ahloowalia et al., Euphytica, 2004

De nouvelles variétés de manioc, N. Nassar et R. Ortiz, Pour la science, 2010

Guidance for risk assessment of food and feed from genetically modified plants, EFSA, 2011

Microarray analyses reveal that plant mutagenesis may induce more transcriptomic changes than transgene insertion, R. Batista et al., Proc Natl Acad Sci USA, 2008

An overview of the last 10 years of genetically engineered crop safety research, A. Nicolia et al., 2012

Artificial transmutation of the gene, H. Mullter, Science, 1927

Genetic effects of ultra-violet radiation in maize, L. J. Stadler et G. F. Sprague, PNAS, 1936

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9 commentaires sur “Les OGM alimentaires sont-ils naturels ? [difficulté : facile] (2400 mots / ~15 mins)

  1. Bonjour Mme Théière Cosmique,

    J’aime beaucoup ce que vous faites, la rigueur de vos analyses, l’honnêteté intellectuelle dont vous faites preuve et la qualité de votre plume.

    Mais, et bien que je sois entièrement d’accord avec la thèse de votre article (qui est, si je résume bien, « l’argument selon lequel il faut rejeter les OGM car ils ne sont pas naturels est fallacieux, faux, un véritable non-sens, tout à la fois ») vos dernières lignes me laissent déçues. De fait, elles me donnent l’impression que le débat est clos. A mon sens (notez que je peux faire fausse route) si vous prenez la peine de préciser que la nature des OGMs en fait des aliments sans danger pour l’Homme, peut-être pourriez-vous orienter le débat dans une nouvelle direction. Montrer qu’il est possible d’ouvrir une discussion rationnelle sur les OGM et l’emploi qu’en a notre société.

    La plupart des OGM produits ne sont pas à l’image du riz doré : en fait une majorité des OGM commercialisés pour l’alimentation sont en fait des espèces résistantes à des pesticides, qui eux ne sont pas sans risques pour l’environnement et/ou la santé humaine. On peut aussi discuter de la domination de quelques grandes firmes possédant moyen de recherche et brevets. Des sujets qui impliquent la science mais touchent aussi à certaines idéologies ainsi qu’à l’éthique. Enfin rappelons que la transgenèse est un aussi outil de plus pour le chercheur : peut-être encore une autre piste de discussion?

    Là où je veux en venir, c’est qu’il est possible de se prononcer pour ou contre les OGM, ou même adopter tout un panel de positions intermédiaires. Et il me semble que ç’aurait été une excellente conclusion pour votre article. Que j’ai par ailleurs beaucoup apprécié, dont le ton est juste et le propos clair.

    Merci beaucoup, donc, Mme Théière Cosmique, pour vos écrits que je prends plaisir à lire.

    Cordialement,

    Tasse de Thé

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    • Bonjour Tasse de Thé,

      merci de votre commentaire chaleureux et de l’intérêt que vous avez porté à ce billet.

      Je réponds de façon lapidaire simplement par manque de temps :

      – A la question « le débas est-il clos ? »

      Il faut bien comprendre que le débat dans la sphère publique et médiatique est une fausse controverse. Scientifiquement, la question est soumise à l’état de l’art et cet état de l’art est clair, comme je le rappelle en fin du billet : les OGM ne sont pas plus dangereux pour les humains, les autres animaux, et l’environnement, que les autres modes d’obtention végétale. Qu’il y ait discussion et que la discussion ne soit pas close, c’est une chose, mais faut-il encore qu’il y ait réellement matière à discussion. Certes, le consensus scientifique évolue en permanence au gré de l’affinement des connaissances scientifiques, mais depuis 20 ans, les OGM qui sont l’un des produits biologiques les plus surveillés au monde, sont l’objet d’un consensus extrêmement puissant et toujours grandissant, qui ne va pas de le sens de la controverse médiatique. Attention dès lors à ne pas confondre réalité scientifique et esbroufes médiatiques.

      Le sujet n’est donc pas clos, loin de là, la science est étant en perpétuel perfectionnement, mais il est soumis à l’état d’avancement de la science, précisément, et on ne saurait lui imposer des conclusions que la science ne permet pas de soutenir.

      – A la question sur la plupart des OGM commercialisés n’étant pas à l’image du riz doré :

      C’est juste, tous les OGM ne sont pas des OGM humanitaires libres de droit portant sur la biofortification.

      Il convient cependant de ne pas commettre là une fausse dichotomie : les OGM commercialisés ne sont pas plus mauvais que d’autres parce qu’ils sont « commercialisés » : la réduction de l’usage de pesticides et l’usage de pesticides moins nocifs pour la faune et la flore, la réduction de l’érosion des sols par la réduction des labours et donc la libération de temps de travail pour l’agriculteur et la réduction des couts de mécanisation et des émissions de CO2 engendrées, la réduction des surfaces cultivées pour un rendement meilleur… tout ça, ce sont des innovations et des bienfaits qui ne sont en rien inférieurs à des OGM idéalisés qui ne devraient être qu’humanitaires, open-sources, et surtout, surtout ne pas augmenter les rendements. Ce terme, « rendement », n’est pas un mot diabolique. Tout agrosystème, même biologique, même en permaculture, même de subsistance, cherche à avoir un rendement optimal. Les gains qui accompagnent cette augmentation de rendement ne sont par ailleurs pas négligeables, comme je l’indiquais précédemment.

      Il convient ensuite de se demander pourquoi les seules -et rares- OGM commercialisés sont ceux qui misent tout sur le rendement. Car ce sont ceux qui misent tout sur l’amortissement : de part les contraintes actuelles et la pression énorme exercées par les mouvances activistes, il n’y a aucune place pour les start-up et le secteur public, et il n’est dès lors possible développer quasiment que des variétés optimisant le rendement avant tout autre chose, les multiples, nombreuses et très utiles autres possibilités n’étant pas assez rentables au regard des pression exercées sur leur développement. Pourtant comme le dit l’article, ce ne sont pas les possibilités qui manquent : biofortification, préservation d’espèces, sauvegarde de l’environnement, résistance aux milieux extrêmes …

      Concernant le monopole de grosse firme, je viens de vous donner la réponse : de fait, la pression ne permet pas l’ouverture du marché et l’emprise du secteur public, trop pauvre pour lutter. On ne peut pas à la fois demander une réglementation outrancièrement coercitive et couteuse, et en même temps déplorer que seules de très grosses entreprises puissent se permettre de s’acquitter de ces contraintes. Attention, ça ne veut pas dire qu’on doit militer pour une dérégulation totale. L’excès inverse n’est pas forcément souhaitable (personnellement je ne le souhaite pas), mais en fin de compte, on peut affirmer que c’est déjà l’idéologie qui produit cette situation, mais peut être pas celle que l’on croit. C’est pourquoi je recommande, et je m’impose à moi même de ne pas adhérer à des postures intellectuelle par principe idéologique, et j’essaie de renoncer à toute adhésion de ce type. Seules les preuves données par la réalité observable comptent, et pour les sujets qui nous intéressent ici, le consensus scientifique est le meilleur moyen d’accès à cette réalité observable dont nous disposions.

      Concernant les panels de positions intermédiaires disponibles :

      C’est toujours possible d’adopter la posture que l’on veut. Mais quand on adopte une posture fondée sur la science et la raison à ce sujet, le champ des possibles devient subitement extrêmement réduit. Comme pour les motifs à discussions dont je parlais plus haut, ok on peut vouloir être contre ou « intermédiaire », mais faut-il encore qu’il existe des motifs raisonnables à cela.

      Si le sujet vous intéresse je vous conseille de lire ces 2 autres billets :

      https://latheierecosmique.wordpress.com/2015/04/28/biotechnologies-et-ogm-a-quoi-ca-sert/

      https://latheierecosmique.wordpress.com/2015/05/01/ogm-danger-les-preuves-scientifiques-2/

      Par ailleurs, la section « OGM » de ce blog est assez bien fournie, n’hésitez pas à la consulter et poser des question, émettre des objections au besoin. Je m’efforcerai d’y répondre dans la limite de mes capacités.

      J’espère que vous trouverez à nouveau matière à lectures intéressantes sur LTC,

      @ bientôt 🙂

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  2. Personnellement, j’entends souvent l’argument du principe de précaution qui voudrait qu’on a pas testé les aliments GM assez longtemps pour savoir s’ils n’ont pas des effets à long terme sur la santé/sur l’écosystème.
    Je ne sais pas vraiment qu’en penser. Auriez vous des éléments pour que je puisse me faire une idée?

    J'aime

    • Bonjour falkhar,

      merci de l’intérêt que vous avez porté à ce billet.

      La fin de ce billet mentionne une revue récente de la littérature scientifique à propos de la dangerosité des OGM :

      http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.3109/07388551.2013.823595

      le consensus sur la question est clair et massif : pas plus dangereux que les autres produits d’obtention variétale.

      Le bruit médiatique sur la question est effectivement très éloigné de la réalité scientifique.

      A titre d’exemple sur l’argument fallacieux du manque de recul :

      depuis l’introduction des OGM dans l’alimentation animale aux USA en 1996, le nombre de repas OGM servis à des animaux d’élevage avoisine les deux trillions (soient 2 000 000 000 000 000 000, soient deux milliards de milliards, soient deux millions de millions de millions de repas), et ce n’est qu’un seul exemple de donnée dont on dispose.

      Il faut savoir que la plus grosse méta-analyse sur le lien putatif vaccin-autisme n’a porté « que » sur 1,2 millions d’enfants, à titre de comparaison (ce qui est en fait déjà énormissime, et comme on s’y attendait, aucun lien n’a été trouvé).

      Si le moindre problème sanitaire avait été induit par les OGM en 1996, il devrait être criant. Ce n’est pas le cas, il n’y a en fait jamais eu de différence détectée entre l’avant et l’après. Le lien de cette étude là : https://dl.sciencesocieties.org/publications/jas/abstracts/92/10/4255

      Pour en savoir plus à ce propos, je vous recommande la lecture du billet :

      https://latheierecosmique.wordpress.com/2015/05/01/ogm-danger-les-preuves-scientifiques-2/

      J'aime

  3. Bonjour,

    Je ne comprends pas bien la nécessité de faire appel au côté « naturel » ou « artificiel », bien que la volonté de faire un appel à la nature soit réfuté, cela y ressemble furieusement. Surtout l’appellation de sélection artificielle sert à justifier que les plantes cultivées par l’Homme depuis quelques millénaires ne soient plus « naturelles ». Or se placer sur ce terrain-là c’est se placer justement sur le terrain de l’appel à la nature, c’est reconnaître en creux que si ça avait été naturel, ça aurait été différent.

    D’autre part, placer la sélection artificielle à il y a environ -10 000 ans me semble un peu abusif. En quoi les pratiques de nos lointains ancêtres se différencient-elles de celles d’autres animaux ? Les espèces choisissent les plantes qui leur « plait » le plus, et donc ce sont elles qui sont sélectionnées. Si on veut parler de sélection artificielle, ne serait-il pas plus juste de la placer au moment des premières hybridations volontaires, par exemple ?

    C’est anecdotique, mais la comparaison entre le maïs actuel et la téosinte sont un peu injustes. Qu’aurait donné le maïs sans la pression de sélection de l’Homme (c’est évidemment une question rhétorique) ? Surtout une part du maïs actuel est du à la sélection artificielle moderne, à quoi ressemblait le maïs il y a quelques siècles ? (c’est une vraie question, je n’en ai aucune idée)

    Enfin il y a malgré tout une différence entre une espèce datant de milliers d’années et une espèce récemment sortie de laboratoire : si l’espèce datant de milliers d’années avait eu des effets délétères, cela aurait eu des conséquences et par sélection (naturelle ?), les individus n’en consommant pas auraient mieux survécu et se seraient plus reproduits.

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