Les records de froid et de neige contredisent-ils le réchauffement climatique ?

[Niveau : facile][1300 mots ~2 mins]

Juste aujourd’hui, au moment d’écrire ces quelques lignes, il a neigé plusieurs fois chez moi. Autant ici, c’est une météo assez désespérante de grisaille humide, autant ailleurs, selon mes fils d’actualités, le temps est plutôt au blizzard polaire.

Les esprits curieux auront alors tout à fait raison de se demander comment de tels phénomènes météo peuvent se concilier avec le réchauffement climatique. La question est loin d’être idiote, tant les deux phénomènes semblent opposés, et évidemment, quelques bases scientifiques permettent de mieux les cerner.

Too Long ; Won’t Read :

  • Climat =/= météo
  • Le climat global à la surface de la Terre se réchauffe même si il peut faire très froid localement
  • Le modèle du réchauffement climatique prévoit des épisodes de fortes chutes de neige : c’est en fait logique

Climat et météo

Si vous pensiez avoir un avis pertinent à faire valoir à vos collègues à la machine à café mais que cette première distinction vous échappe, alors arrêtez tout : vous ne savez rien.

Cette distinction est pourtant fondamentale, car elle met en évidence deux échelles phénoménologiques bien différentes, à savoir celle des variations locales (la météo) et celles des tendances globales (le climat).

Ces deux éléments ont trait à un moment où à un autre au temps qu’il fait au dessus de nos têtes, mais ne s’étudient pas de la même façon. En effet, il est très compliqué de prévoir la météo qu’il fera à long terme. C’est la raison pour laquelle les prédictions météorologiques n’excèdent pas quelques jours et que leur fiabilité décroît rapidement.

En revanche, il est beaucoup plus aisé de prévoir le climat sur le long terme, car étudier le climat ne consiste pas à connaître avec certitude l’état précis de la météo à un moment donné (du temps ou de l’espace), mais la tendance globale de certains éléments climatiques par ailleurs liés aux phénomènes météo.

Concrètement, vous pouvez prévoir assez aisément que la période de décembre 2018 sera relativement froide dans votre région. Selon où vous vous trouverez, vous pourrez prédire avec une assez bonne certitude l’écart de températures dans lequel vous devriez vous trouver à ce moment là. Vous pourrez même prévoir ces mêmes tendances pour juillet 2018 : il y fera certainement plus chaud et sec qu’en décembre. Ce sont des prévisions globales assez banales.

En revanche, à l’heure actuelle, il vous est probablement impossible de certifier la température journalière, la couverture nuageuse et les précipitations à prévoir le 29 décembre ou 29 juillet 2018. Il fera peut être bien pluvieux et gris ce jour là, comme il pourrait faire soleil et doux. Vous êtes néanmoins capables de prédire le climat global de ces deux périodes à venir.

Avec quelques bribes de cours de sciences niveau collège qu’il peut éventuellement vous rester, vous serez pareillement capable de prédire ces grandes tendances à l’échelle du globe terrestre, et de noter qu’au moment où vous grelotterez près de la cheminée, les australiens fêteront noël en pleine période estivale.

De fait, si on blague souvent sur l’inexactitude des prévisions météos (en réalité les prévisions météos que nous sommes capables de réaliser de nos jours tiennent simplement de la prouesse scientifique et technique), les prévisions climatiques ayant permis de mettre en évidence le réchauffement global se confirment depuis maintenant plusieurs décennies (car, décennie après décennie, les observations collent aux prédictions, et que mine de rien, nous sommes déjà sur le point de passer en 2018 !). De fait, on sait que depuis plusieurs décennies par exemple, la température moyenne à la surface de la terre augmente de 0,2°C par décennie. Cette tendance globale est prédictible dans les grande lignes, et cette tendance étant à la hausse depuis des décennies, on parle de « réchauffement » climatique. Même s’il fait régulièrement -10°C à Besançon. Ou dans tout autre patelin de votre choix.

Hansen avait en 1988 publié les premières prédictions climatiques. En dépit des variations locales qui représentent le bruit statistique, les tendances globales n’ont fait que se confirmer. Clique là.

En clair, prévoir le climat n’a pas grand-chose à voir avec prédire la météo. Il est dès lors aisément compréhensible que des observations d’ordre météorologiques locales ne seront pas forcément un indicateur pertinent des tendances climatiques globales, et qu’il faudra nous méfier lorsque des personnes voudront nous parler du climat sur la base d’une erreur aussi basique.

Mais cela ne rend pas pour autant moins contre intuitive l’idée de records de froid et de neige concomitamment avec un phénomène dit de « réchauffement climatique ». Comment expliquer cela ?

De la neige en hiver

Parce que neige = précipitations.

Le réchauffement global est un réchauffement de la température globale moyenne à la surface de la planète. Cela ne signifie pas qu’il doive faire chaud et sec partout à tout instant. La moyenne générale gomme les variations locales. De surcroît, un réchauffement globale provoque une plus grande évaporation de l’eau des océans notamment.

Or, on peut prédire qu’une plus grande humidité atmosphérique est annonciatrice de plus fortes précipitations, en termes de fréquences et d’intensité. En hiver, dans les régions du monde concernées par un climat favorable à ce phénomène, ces précipitations ne sont rien d’autre que… des chutes de neige.

C’est ainsi que le nord du continent américain peut se trouver sous le coup de fortes précipitations à cette période de l’année. En toute logique, de tels évènements climatiques, à savoir des tempêtes de neige locales (là où les conditions nécessaires pourront se rencontrer), sont prédites par un modèle de réchauffement global.

Et je vous le donne en 1000, c’est bien ce que prévoient les modèles climatiques actuels : parmi les évènements météos intenses et fréquents permis par la tendance au réchauffement global, on trouve bien les précipitations sous forme de neige en hiver (une conséquence locale de la tendance globale).

Encore une fois, il nous faudra nous méfier des discours entendant nous expliquer le réchauffement climatique et qui se baseraient sur une telle confusion : compréhensible ignorance de phénomènes contre-intuitifs ou ressassement d’un programme idéologique, nous n’en demeurerons pas moins éloignés d’une compréhension éclairée de la réalité.

Du froid en hiver

A l’aune des deux sections précédentes, vous avez normalement tout compris. D’une part on s’attend localement à ce qu’il fasse froid et qu’il neige en hiver, et on s’attend même à ce que des évènements hivernaux extrêmes se passent. Et tout cela est prédit par le réchauffement global.

On s’attend donc à enregistrer des records de froid locaux à l’avenir.

Mais revenons à la première distinction que nous avons faite, entre variations locales et tendances globales. Il est aisé de se rendre compte sur l’instant qu’un froid record en Amérique du nord semble contraire à l’idée même de réchauffement. Mais nous sommes là entrain d’observer une variation locale, à un moment et un endroit bien précis. Tâchons de prendre de la hauteur en ayant une démarche plus scientifique, et regardons quelles sont les tendances globales des records de températures depuis les années 70 (moment où la tendance au réchauffement a commencé à être observée).

On voit la tendance des records de température aux USA : depuis les années 70, les records de froid existent toujours, mais il y en a de moins en moins, alors qu’il y a de plus en plus de records de chaud. Clique ici.

On observe d’abord que les records de froid sont toujours là. Mais on observe aussi que la tendance est à l’augmentation de la fréquence des records de chaud, et à la diminution de la fréquence des records de froid. Il ne faut pas donc se laisser tromper par les variations locales qui peuvent sembler contraires, sur l’instant, à une tendance globale.

Nous savons donc non seulement que l’observation de phénomènes météos hivernaux très intenses n’est pas contraire au réchauffement global, mais nous savons aussi grâce au recul nécessaire que les variations ponctuelles vers le froid ne contredisent pas les tendances globales vers le chaud. Nous savons par ailleurs prédire ces phénomènes, car ils ne sont pas contradictoires. En fait, ils sont cohérents entre eux, et il ne s’agit pas de dire tout et son contraire pour soutenir le réchauffement climatique. Au contraire, c’est bien si ces éléments attendus car cohérents entre eux ne se rencontraient pas qu’il y aurait un problème quelque part.

Pour approfondir le sujet :

Le guide en français de Skeptical Science sur le réchauffement climatique (pdf).

Le site en français de Skeptical Science renvoyant aux thèmes abordés dans ce billet :

Climat et météo.

Tempêtes de neige et réchauffement climatique.

Records de froid et réchauffement climatique.

Le documentaire La Terre, le climat et Homo sapiens de la chaîne La Tronche en Biais sur le climat.

Bibliographie :

Les liens précédents renvoient systématiquement à la littérature utile étayant les quelques données évoquées dans ce billet.

7 commentaires sur “Les records de froid et de neige contredisent-ils le réchauffement climatique ?

  1. Juste un truc : quand il y a un cyclone, un incendie, une inondation, c’est une confirmation du réchauffement. Quand il y a une vague de froid, c’est une confirmation du réchauffement. Quand il pleut trop aussi. Quand il y a une sécheresse aussi. Quand il n.y a pas de neige l’hiver aussi. Quand il y a des avalanches aussi.
    Bref, le réchauffement permet de « prédire » absolument toutes sortes d’episodes météorologiques. Même si les observations infirment depuis près de 20 ans la quasi totalité des modèles mathématiques (tunnés pour coller aux observations passées, mais invalide pour les prévisions, du coup) il est convenu de faire confiance aux modèles plus qu’aux observations.
    En gros, si on en revient à Popper, on est sur une théorie qui ne peut plus être invalidée par l’observation. Ce n’est donc plus une discipline scientifique.
    Le jour où Skepticalscience renverr ses articles aux sources des données et des publications d’origine, on pourra en reparler…

    J'aime

  2. Vous comprenez que « réchauffiste » est à une discussion sur les sciences du climat ce que « exterminationniste » est à une discussion sur les sciences historiques, et que parler de « sujet religieux » dans le même cadre n’a rien à envier au discours créationniste qualifiant les sciences de l’évolution de « croyance comme une autre » ?

    Et non, ce n’est pas un point godwin. Il serait temps que vous, « climato-sceptiques », anti-évolutionnistes, chimiophobes, anti-OGM, anti-vaccinistes et autres, réalisiez ce que vous êtes : des négationnistes en opposition au meilleur état des connaissances que nous ayons sur ces sujets.

    Votre première intervention qui entendait apporter comme objections les points mêmes auxquels répond ce billet, montrant par la même que vous répondiez sans avoir lu, et que vous repreniez sans en comprendre l’idiotie l’argument d’un ancien ministre lâché quelques temps auparavant sur twitter, invitait à ne pas vous prendre au sérieux une seule seconde.

    Permettez que nous en restions donc là.

    J'aime

  3. Faits ponctuels v.s Théorie globale. Particularisme v.s Universalisme. Méfions-nous de notre perception immédiate et focalisons notre intelligence au service de l’humanité toute entière sur une (potentielle) infinité de temps.

    Personnellement, je m’imagine toujours ce que l’humanité dira de nous à l’avenir : serons-nous reconnus comme des idiots incapables, ignorants et aveugles, n’ayant rien fait, ni rien dit à propos de ce qui allait arriver ou aurons-nous le mérite d’avoir au moins essayé d’éviter la catastrophe ou d’en réduire les dégâts. Quoi qu’il en soit, il ne s’agit même plus de nous penser comme des héros ; nous serons vus comme des barbares égoïstes à n’en point douter. Tout ce qu’il nous reste, c’est sauver notre dignité.

    Logique, raison, espoir, sagesse.
    À défaut de ne pouvoir agir en tant qu’individus, faisons entendre raison à ceux qui prennent les décisions.

    J'aime

  4. Merci pour ce billet. Je ne comprends pas comment on peut nier le réchauffement climatique alors que les études en biologie démontrent dans l’hémisphère Nord une remontée générale et rapide de l’aire de répartition des espèces végétales et animales, dont la reproduction dépend de la température du milieu. Perso, je n’ai pas besoin de davantage d’arguments.
    Et puis concernant les émissions de CO2, il faut de toute façon les réduire en raison de l’acidification des océans qui détruit – entre autres – les coraux et toute la biodiversité qui y résident, ainsi que les animaux marins à coquille en général.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s