Revue de blogs – 02/04 au 08/04/2018 : Interstitium, acupuncture, téléphones portables et pop culture

Structure de l’interstitium

 

Je vous propose un petit tour non exhaustif de la semaine de la blogosphère sceptique. N’hésitez pas à suivre ces blogueurs sur les réseaux, et à dévorer (avec esprit critique) leur contenu. La langue originale des billets est indiquée entre parenthèses.

Neurologicablog : La science et la pseudoscience de l’interstitium (anglais)

Steven Novella revient sur la publication récente d’une étude sur l’interstitium, sur laquelle se sont jetés allègrement nombre de médias, dont des médias scientifiques.

L’interstitium serait potentiellement un nouvel organe, constitué de cavités contenues dans les tissus conjonctifs et dans lesquelles circule de la lymphe, ce qui pourrait donner à l’ensemble un rôle particulièrement important dans les mécanismes de l’immunité. De manière assez intéressante, l’interstitium n’aurait pas été particulièrement connu avant cela à cause des méthodes employées pour étudier les tissus et qui impliquent la fixation et la déshydratation de ces derniers. Dans le processus, les cavités de l’interstitium s’effondraient et devenaient donc invisibles, un peu comme si vous éclatiez toutes les bulles d’un papier-bulles. Cela me fait évidemment penser à la découverte des virus géants, qui passaient jusqu’à il y a peu au travers des détecteurs, car les méthodes employées pour étudier les virus nous les rendaient systématiquement invisibles.

La science de l’interstitium est donc semble-t-il solide et hautement intéressante. Le hic, c’est que deux auteurs de l’étude en question se sont épanchés dans les médias sur le fait que cette découverte pourrait expliquer comment l’acupuncture fonctionne, alors que la publication en elle même n’en parle pas du tout. Steven Novella passe rapidement en revue la littérature récente sur l’efficacité de l’acupuncture, et montre que les études à ce propos non seulement ne démontrent aucune efficacité, mais pire encore, que la qualité des recherches sur l’acupuncture tend à baisser. En effet, ces études semblent se cantonner dans des recherches exploratoires et ne pas réussir à passer le cap de la démonstration sérieuse des effets et des mécanismes impliqués. Dans de telles conditions, il est effectivement aisé de prétendre que nombre de publications semblent indiquer un effet, ou du moins sont conduites sur le sujet. Oui, on peut prétendre cela, comme c’est le cas de tout sujet ou phénomène nouveau. Mais justement, dans n’importe quelle discipline, les études exploratoires de piètre qualité et peu fiables sont rapidement suivies par des designs expérimentaux plus solides afin de s’assurer de l’existence du phénomène, de mesurer son étendue et d’en comprendre les mécanismes. L’acupuncture n’a jamais fait ce saut.

Le constat reste néanmoins sans appel, après 40 ans de recherche :

– Les acupoints et médiriens n’existent pas

– L’endroit où les aiguilles sont plantées ne change rien au résultat

– L’acupuncture n’est rien d’autre qu’un placebo élaboré

Sauter sur la moindre découverte nouvelle est un réflexe assez systématique pour les défenseurs de pseudo-médecine, en prétendant que cette découverte pourrait accréditer leur croyance. Mais le fait demeure que les prétentions de l’acupuncture (soigner une très large diversité de troubles sans rapport les uns avec les autres), sont totalement déconnectées de l’effet réel mesuré de celle-ci (un effet placebo plus ou moins efficace), et que ces bases théoriques sont au mieux fantaisistes et non plausibles. Alléguer qu’un phénomène nouvellement connu pourrait offrir une base théorique plausible à l’acupuncture ne changerait malheureusement rien au constat quant à ses effets médiocres ou nuls.

Je trouve salutaire que Steven Novella insiste sur le fait que lorsque le tenants de la médecine scientifique critiquent une pratique comme l’acupuncture, ils critiquent bel et bien une dérive de la pratique médicale ou scientifique. Souvent, les défenseurs de ces pratiques s’offusquent en prétendant que les médecins et les scientifiques ne font que critiquer les pratiques alternatives, et jamais « eux-mêmes ». Mais ces pratiques ont la prétention de s’ingérer dans la science et la médecine scientifique, et certaines comme l’acupuncture y sont très bien implantées. Critiquer l’acupuncture, c’est donc précisément critiquer une dérive médicale. Critiquer les propos de ces scientifiques qui vont dans les médias dire que leur étude dit des choses qu’elle ne dit pas en réalité, c’est précisément critiquer une dérive scientifique.

Science-Based Medicine : The Nation promeut le fearmongering à propos des téléphones portables et du cancer (anglais)

Dans ce billet, David Gorski revient sur la couverture particulièrement indigente et irresponsable d’un journal anglophone des récentes nouvelles concernant les téléphones portables et le risque de cancer.

C’est l’histoire devenue banale de journalistes rapportant une investigation sur les méfaits d’un grand trust. Ils parlent des malversations de « Big Wireless » (c’est pas une blague), et se reposent sur le sempiternel sophisme de Big Tobacco. Ironiquement, ils adoptent toutes les stratégies des négateurs de sciences que peuvent effectivement être les industries comme Big Tobacco, tout en prétendant les dénoncer. Cette stratégie consiste, comme il le décrivent eux mêmes, à nier le consensus scientifique en entretenant indéfiniment une fausse controverse médiatique. Ils se reposent pour cela sur des scientifiques marginaux, aux publications (si elles existent) et au profil douteux, et ils ne semblent étonnement pas voir le business juteux auquel se livrent ces prétendus lanceurs d’alerte…

L’indigence d’une telle enquête journalistique culmine dès son disclaimer : les auteurs affirment ne pas prendre partis sur le terrain de la science, qui appartient aux scientifiques, quant aux effets des ondes des téléphones portables sur le cerveau. En somme ils ne font que poser des questions, et employer la rhétorique chère à leurs cousins antivaccinistes entre autres.

Or, si on s’intéresse à la science, le consensus actuel, qui ne vient aucunement des tenants de l’industrie, est plutôt clair : pas d’effet. Et cette absence d’effet cancérogène des ondes émises par les téléphones portables sur le cerveau de leurs utilisateurs trouve une prémisse qui pourtant pourrait mettre la puce à l’oreille : le mécanisme allégué n’est, de base, pas biologiquement plausible (l’énergie des ondes émises étant trop faible pour entraîner la dégradation de l’ADN des cellules qui en sont traversées).

Science-Based Medicine : Téléphones portables et cancer, le hasard des essais randomisés (anglais)

A l’origine des échos médiatiques évoqués plus haut se trouve une étude scientifique discutée par Christopher Labos sur SBM.

Cette étude de très grande ampleur avait déjà alimenté quelques titres de presse anxieux en 2016 lorsque des données préliminaires avaient été communiquées. Même cirque maintenant que les données définitives sont disponibles. Dans les grandes lignes, il faut bien voir que cette étude ne portait pas sur des humains, mais sur des rongeurs, que le corps entier de ces derniers était exposé 9 heures par jour, tous les jours, pendant 2 ans aux radiofréquences, et ce dès le stade embryonnaire, si bien que les auteurs expliquent eux mêmes :

« Les niveaux et la durée d’exposition aux radiofréquences étaient bien plus élevés que ce à quoi peuvent l’être même les personnes avec le plus haut niveau d’usage du téléphone portable, et tout le corps des rongeurs était exposé. En conséquence, ces résultats ne devraient pas être extrapolés à l’usage des téléphones portables par des humains ».

Aussi, même si cette étude n’avait par ailleurs aucun défaut ou aucune limitation, il ne serait pas possible de s’en emparer pour prescrire une bonne utilisation du téléphone portable, et c’est a priori l’avis des auteurs de cette étude. Dans leur communiqué de presse, et contrairement à ce que pouvaient laisser suggérer leurs données préliminaires en 2016, les auteurs n’établissent pas de lien entre l’usage du téléphone portable et le cerveau. L’un des auteurs, à qui Reuters demande ce que le public devrait retenir de l’étude, répond :

« Je ne changerai pas mes habitudes sur la base de ces études, et je ne l’ai pas fait ».

Si on considère maintenant, même lapidairement, les limitations de l’étude, la messe semble dite : pas de réponse dose-dépendante cohérente, c’est à dire que l’augmentation de niveaux d’exposition n’augmente pas le risque tumoral, ou encore le fait que les groupes de rats exposés aux téléphones portables vivent également plus longtemps que ceux du groupe contrôle.

Christopher Labos explique, à l’aide d’un exemple particulièrement explicite que je vous laisse découvrir, comment le raisonnement motivé et la multiplication des tests statistiques peuvent produire des résultats positifs et interprétés comme significatifs par pur hasard, en dépit de toute plausibilité biologique. La chose est particulièrement patente quand certains mettent en avant l’augmentation des tumeurs dans certains groupes de rats testés (dues au hasard), tout en omettant de commenter d’autres résultats troublants comme la durée de vie supérieure des groupes exposés par rapport au groupe contrôle, et mettant ainsi sous le boisseau les incohérences fondamentales des résultats.

Mais comme le suggère ironiquement l’auteur, « Les téléphones portables causent le cancer » fera un meilleur titre de presse que « Utiliser un téléphone portable augmente la longévité ». Notez que les deux titres seraient aussi trompeurs l’un que l’autre.

Skeptical Inquirer : Au delà de la chambre à échos, atteindre les objectifs du scepticisme à travers la pop culture (anglais)

Sur le site de la revue éponyme, Russ Dobler parle du problème de l’aridité de bien des ressources sceptiques. L’auteur fait le constat qu’en outre, l’auto étiquetage comme « sceptique » est souvent source d’évitement immédiat pour bien des personnes qui auront identifié que leurs croyances sont généralement mises à mal par le scepticisme.

Aussi l’auteur prend-il la défense d’une pratique du scepticisme plus intégrée à la vie quotidienne, qui ne soit pas nécessairement restreinte à elle même, et propose notamment de profiter de la pop culture pour promouvoir ou pointer des problématiques atteignables par le scepticisme. Pourquoi, par exemple alors que bien des personnes rapportent être effrayées par les clowns, un film comme It emporte-t-il un tel succès ? Ici, l’approche sceptique permet de comprendre un phénomène de pop culture.

Dans un autre exemple, l’investigation sceptique ne permet pas de comprendre la pop culture, mais la pop culture est au service du scepticisme : l’un des contributeurs de Science-Based Medicine utilise l’univers Marvel pour parler des allégations infondées concernant la nocivité du fluor dans l’eau du robinet ou le dentifrice.

Les problématiques du scepticismes peuvent également être étudiées par le biais de leurs manifestations dans la pop culture. L’exemple le plus percutant à mon avis est celui-ci : le sceptique Michael Rosch analyse le discours outrancièrement anti-OGM du récent film Okja de Netflix, dans lequel une compagnie proprement diabolique appelée Mirando -plus subtil tu meurs- crée à l’insu de tous des superpigs génétiquement modifiés destinés à la boucherie…


Bien entendu, nombre de contenus sceptiques ont été postés sur les internets cette semaine, et je vous invite à poursuivre l’exploration, tout en préservant, évidemment, votre esprit critique.

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