[Trad] Remplacer des traitements contre le cancer basés sur la science par des traitements « alternatifs » accroit le risque de mourir du cancer

Figure extraite de Johnson et al., 2018, montrant le taux de survie différentiel entre les patients recourant uniquement aux thérapies conventionnelles et ceux recourant aux thérapies alternatives et au moins une thérapie conventionnelle. Le taux de survie du second groupe est nettement inférieur.

Ce billet à été posté en anglais par Fallacy Man sur le blog The Logic of Science le 21 juillet 2018.

Le cancer est une maladie vraiment terrible, et bien que nos capacités à en traiter beaucoup de types différents ait grandement augmenté, les méthodes de traitements actuelles sont très imparfaites et présentent de sérieux effets secondaires. Ce n’est donc pas une surprise que des personnes souffrant de cancer contournent ces traitements scientifiquement fondés au profit de traitements « alternatifs » ou « complémentaires ». Après tout, qui ne serait pas séduit par les promesses d’un traitement miracle ? Le problème est que ces traitements « naturels » sont infondés, non régulés, et les choisir plutôt que la médecine basée sur la science pour traiter votre cancer augmente pour vous le risque de mourir prématurément de ce dernier. Cela a été démontré par un article publié au début de l’année et qui comparait les personnes se soignant uniquement avec des thérapies alternatives et des personnes se soignant avec des traitements conventionnels. [1] Cette étude a montré que ceux qui se reposaient uniquement sur des pratiques alternatives présentaient un taux de survie significativement inférieur aux autres. Une deuxième étude impliquant les mêmes auteurs, a récemment été publiée et confirme ces conclusions. Prenons le temps d’en parler un instant. Lire la suite

[Trad] Les personnes atteintes de cancer recourant aux thérapies alternatives ont deux fois plus de risque d’en mourir

Le cancer face au chercheur, illustration de Baptiste Cazin

Ce billet en anglais à été posté par Steven Novella sur Neurologicablog le 20 juillet 2018.

C’est la deuxième étude en un an qui s’intéresse à l’issue pour les patients atteints d’un cancer et recourant à la médecine alternative, et qui montre un effet négatif sur leur survie. Skylar Johnson, était déjà l’auteur principal de la précédente étude. Celle-ci s’était intéressée à l’utilisation de traitements alternatifs au détriment de thérapies standards, alors que la nouvelle étude s’intéresse aux patients qui ont utilisé au moins une thérapie standard.

Dans cette étude publiée dans la revue JAMA Oncology, les chercheurs ont suivi une cohorte de 258 patients qui avaient recouru à la médecine alternative, et 1032 pour qui ce n’était pas le cas. Les chercheurs rapportent ainsi : Lire la suite

Revue de blogs – 02/04 au 08/04/2018 : Interstitium, acupuncture, téléphones portables et pop culture

Structure de l’interstitium

 

Je vous propose un petit tour non exhaustif de la semaine de la blogosphère sceptique. N’hésitez pas à suivre ces blogueurs sur les réseaux, et à dévorer (avec esprit critique) leur contenu. La langue originale des billets est indiquée entre parenthèses.

Neurologicablog : La science et la pseudoscience de l’interstitium (anglais)

Steven Novella revient sur la publication récente d’une étude sur l’interstitium, sur laquelle se sont jetés allègrement nombre de médias, dont des médias scientifiques.

L’interstitium serait potentiellement un nouvel organe, constitué de cavités contenues dans les tissus conjonctifs et dans lesquelles circule de la lymphe, ce qui pourrait donner à l’ensemble un rôle particulièrement important dans les mécanismes de l’immunité. De manière assez intéressante, l’interstitium n’aurait pas été particulièrement connu avant cela à cause des Lire la suite

Glyphosate : une désinformation que vous avalez dès le matin

désinformation

L’info est tombée aujourd’hui : nos céréales matinales ainsi que plusieurs légumineuses sèches seraient envahies par le glyphosate. Le rapport Glypho 2 de Générations Futures d’où sort le scoop est repris rapidement à la radio, sur 2 chaînes TV d’information en continu et 15 journaux et magazines dont 4 au niveau national franco-belge.
Doit-on avoir peur du petit déjeuner ? A-t-on empoisonné nos enfants et nos proches pendant tout ce temps ? Non.

Avons-nous déjà employé quasiment mot pour mot cette introduction l’année dernière ? Bien entendu, oui. Et on ne va pas s’arrêter là.

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[Trad] Viande transformée et cancer, ce que vous devez savoir (1970 mots / ~10mins)

Billet posté par Casey Dunlop sur Science Blog le 26 octobre 2015.

Vous avez probablement vu les gros titres aujourd’hui à propos du classement de la viande transformée comme une cause certaine de cancer et de la viande rouge comme d’une cause probable.

La décision, coordonnée par une institution internationale respectée, a été tellement anticipée par les médias que les spéculations n’ont cessé de s’amplifier depuis la semaine dernière.

Mais un lien entre certains types de viande et certaines formes de cancer, comme le cancer des intestins, n’est pas vraiment une nouvelle. Les preuves s’accumulent depuis des décennies et sont supportées par de nombreuses recherches attentives.

Néanmoins, l’annonce d’aujourd’hui est significative. Elle vient de l’International Agency for Research on Cancer (IARC), un groupe international d’experts qui passe au crible toutes les preuves (dans ce cas plus de 800 études) sur la probabilité pour telle ou telle chose d’être cancérigène. Leurs décisions ont beaucoup d’influence, en particulier auprès des gouvernements et agences de régulation.

Mais que veulent dire ces résultats –publiés dans Lancet Oncology– en pratique ? Quelle quantité de viande devrions-nous manger ? Et combien de cas de cancer sont liés à la consommation de viande ?

Dans ce post, nous allons regarder ce que la classification de l’IARC signifie vraiment, comment la viande rouge et la viande transformée affectent le risque de cancer et l’importance réelle de cet effet.

Mais avant d’aller plus loin, soyons clair : oui, un régime prolongé très riche en viande n’est pas quelque chose de très bon pour vous. Mais un steak, un sandwich au bacon ou un hotdog quelques fois par semaine ne doit probablement pas être une source d’inquiétude pour vous. Et dans tous les cas, le risque général est bien inférieur à celui d’autres pratiques à risque, comme le tabagisme.

Qu’est ce que sont la viande « rouge » et la viande « transformée » ?

D’abord, soyons clairs sur les définitions.

La viande rouge, comme vous l’aurez deviné, concerne toute viande à la couleur rouge sombre avant sa cuisson. Cela inclut évidemment le bœuf et l’agneau, mais aussi le porc.

La viande transformée est une viande qui n’est pas vendue fraiche, mais a été traitée, salée, fumée, ou préservée d’une façon ou d’une autre (donc des choses comme le bacon, les saucisses, les hotdogs, le jambon, le salami et pepperoni). Cela n’inclut pas les burgers frais et la viande hachée.

Ces deux types de viandes sont différents de la viande blanche, comme le poulet frais, la dinde, et le poisson (dont aucun n’apparaît comme ayant un risque cancérigène).

Les preuves actuelles…

Il y a maintenant un corpus important de preuves que le cancer des intestins est plus commun chez les personnes qui mangent le plus de viande rouge et de viande transformée. Comme les preuves se sont accumulées petit à petit, nous avons bloggué plusieurs fois à ce sujet, et c’est également évoqué par le NHS Choices et le World Cancer Research Fund (WCRF).

(Il y a aussi de plus en plus de preuves concernant un lien possible avec les cancers de l’estomac et du pancréas, mais il semble moins évident que le lien avec le cancer des intestins).

La vision la plus évidente des preuves d’un lien avec le cancer des intestins vient d’une analyse du WCFR de 2011, qui a combiné les résultats de précédentes études afin d’avoir une vue d’ensemble plus claire.

Ils sont arrivés à regrouper les données en fonction des individus qui consommaient le plus de viande rouge et de viande transformée et ceux qui en consommaient le moins. Un élément clef de cette analyse est qu’elle a montré que la viande rouge et la viande transformée ne présentent pas le même risque : la viande transformée est plus fortement associée au cancer de l’intestin que la viande rouge.

Les résultats ont montré que les personnes qui mangeaient le plus de viande transformée avaient un risque d’environ 17% supérieur dans le développement de cancer des intestins comparés à ceux qui en mangeaient le moins.

Ca peut sembler être un chiffre assez important, mais c’est un risque relatif, alors mettons le en perspective et convertissons le en chiffre absolu. Souvenez-vous que le risque sera différent pour chaque personne dans la mesure où il y a de nombreux facteurs différents en jeu.

Nous savons qu’au Royaume-Uni, sur 1000 personnes, environ 61 vont développer un cancer à un moment ou à un autre de leur vie. Ceux qui mangent la plus faible quantité de viande transformée ont probablement un plus faible risque d’écourter leur espérance de vie que le reste de la population (environ 56 cas pour 1000 faibles mangeurs de viande transformée).

Si tout ceci est exact, l’analyse du WCRF suggère que parmi 1000 personnes qui mangent le plus de viande transformée, vous pourrez vous attendre à ce que 66 d’entre elles développent un cancer des intestins à un moment de leur vie, soient 10 de plus que le groupe de ceux qui en mangent le moins.

Comment la viande rouge et la viande transformée peuvent causer le cancer ?

Les chercheurs essayent toujours de déterminer comment, exactement, la viande rouge et la viande transformée entraînent l’apparition de cellules cancéreuses, mais les pistes principales semblent être certains éléments trouvés dans la viande elle-même.

Dans la viande rouge, les problèmes semblent venir d’un composé appelé l’hème, qui est une partie du pigment rouge du sang, l’hémoglobine, et qui est décomposé dans nos intestins pour former une famille d’autres éléments appelés les composés N-nitroso. Il a été mis en évidence que ces composés chimiques endommagent les cellules bordant la surface des intestins de sorte à ce que celles-ci doivent se répliquer plus fréquemment et donc augmenter le risque d’erreur de copie de l’ADN à chaque réplication, première étape du processus de cancérisation.

En plus de cela, les viandes rouges transformées contiennent des composés qui génèrent des composés N-nitroso dans les intestins, comme les agents conservateurs à base de nitrite.

Cuire la viande à haute température, comme la griller à la poêle ou au barbecue, peut aussi créer des composés dans la viande qui augmentent le risque de cancer. Ces composés sont généralement produits à un plus haut niveau dans les viandes rouges et transformées que dans les autres viandes.

Mais il y a également d’autres théories. Certains chercheurs ont suggéré que le fer dans la viande rouge pourrait jouer un rôle, alors que d’autres pensent que les bactéries intestinales pourraient également avoir un rôle de support.

En dépit de ce que vous pourrez entendre donc, il ne s’agit pas de la qualité de la viande, ou de savoir si celle-ci vient d’un boucher local ou d’un supermarché. Les preuves suggèrent jusqu’à maintenant que c’est la transformation de la viande ou des composés chimiques naturellement présents dedans qui accroissent le risque de cancer.

Que signifie la décision de l’IARC ?

Quel que soit le mécanisme sous jacent, il y a maintenant des preuves suffisantes pour l’IARC pour estimer que la viande transformée cause certainement le cancer et que la viande rouge cause probablement le cancer. Mais pour véritablement comprendre ce que cela signifie (et ce que ça ne signifie pas), il faut que vous sachiez un peu comment fonctionnent les catégories de l’IARC.

Quand l’IARC déclare l’existence d’un risque de cancer particulier, il l’assigne à celui des groupes –voir le graphique ci-dessous- qui représente leur degré de confiance sur la cancérogénicité du produit pour les consommateurs.

IARC viande 1 copie 2

La viande transformée a été classée comme cause certaine de cancer (soit le groupe 1). Ce groupe inclut également le tabac et l’alcool. La viande rouge est une cause probable de cancer (soit le groupe 2A). Ce groupe inclut également le travail de nuit. Alors que cela pourrait sembler alarmant, il est important de rappeler que ces groupes montrent le degré de confiance de l’IARC à propos de la cancérogénicité de la viande rouge et de la viande transformée, et non pas combien de cancers elles causent.

Comme nous l’avons écrit lorsque nous avons couvert une décision précédente de l’IARC sur les émissions du diésel lors de l’interview de l’un de nos experts sur les causes de cancer :

« Comme l’explique le Pr. Phillips, ‘ l’IARC identifie des risques, elle n’évalue pas ces risques.

Cela semble un peu technique, mais cela signifie que l’IARC n’a pas pour objet de nous dire à quel point quelque chose peut nous causer le cancer, mais seulement si cette chose peut ou ne peut pas le causer.

Pour faire une comparaison, pensez aux peaux de banane. Elles sont certainement une cause d’accidents, mais en pratique, cela n’arrive pas très souvent (à moins que vous travailliez dans une usine de bananes). Et les blessures que vous pouvez avoir en glissant sur une peau de banane sont généralement moins graves que celles d’un accident de voiture.

Mais dans un système d’identification des risques comme celui de l’IARC, les peaux de bananes et les voitures seraient dans la même catégorie, celles des causes d’accidents certaines.’ »

Pour mettre les choses en perspective, voyons comment la viande rouge et la viande transformée se défendent face au tabagisme :

IARC viande 2 copie 2

En 2011, les scientifiques ont estimé qu’environ 3 cancers sur 100 cas au Royaume-Uni étaient dus à la consommation trop importante de viande rouge et de viande transformée (soient environ 8 800 cas chaque année). Cela comparé aux 64 500 cas annuels causés par le tabac (soient 19% de tous les cancers).

Alors, qu’est ce que ça signifie pour le repas ?

Est-ce que la viande rouge et la viande transformée ont toujours leur place dans un régime sain ?

Rien de tout cela ne signifie qu’un seul repas de viande est mauvais pour vous. Ce que cela signifie, c’est que manger régulièrement de grosses quantités de viande rouge et de viande transformée, sur une très longue période, n’est probablement pas la meilleure solution si votre but est de vivre longtemps et en bonne santé. La viande est bonne avec modération, c’est une bonne source de certains nutriments comme les protéines, le fer et le zinc. Il s’agit simplement d’être raisonnable, et de ne pas en manger en trop grosse quantité, trop souvent.

Alors, qu’est ce que signifie être raisonnable ? C’est une question beaucoup plus compliquée. Les preuves jusqu’à présent ne pointent pas vers une dose particulière qui, en termes de risque cancérigène, serait trop importante. Tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’en général le risque est moindre si vous en mangez moins. En se basant sur une série de considérations de santé, le gouvernement conseille [NDT : au Royaume-Uni] aux consommateurs qui mangent plus de 90g (poids cuisiné) de viande rouge ou transformée par jour devraient diminuer à 70gr ou moins.

Mais à quoi ressemblent ces portions ?

IARC viande 3 copie 2

Si vous êtes quelqu’un qui mangez vraiment beaucoup de viande et que vous êtes inquiet à propos du cancer, vous devriez peut être songer à diminuer les doses. Ça ne veut pas dire que vous devez commencer à faire des stocks de tofu, à moins que vous le vouliez, mais que vous devez simplement essayer de manger de plus petites portions et moins souvent (en ajoutant plus de légumes, haricots et légumineuses – vous vous souvenez du repas sain ?), ou en choisissant du poulet ou du poisson à la place. Comme nous l’avons noté précédemment, il n’y a pas de preuves fortes d’un lien entre la viande blanche fraîche comme le poulet, la dinde ou le poisson avec aucune sorte de cancer.

Notre conseil sur la diète alimentaire reste donc le même : mangez beaucoup de fibres, de fruits et de légumes, diminuez la viande rouge et transformée ainsi que le sel, et limitez vos prises d’alcool. Cela peut sembler ennuyant mais ça reste vrai : une vie en bonne santé est une affaire de modération.

Excepté pour le tabagisme qui est toujours mauvais pour vous.

[Trad] « Opposants aux biotechnologies : c’en est assez de la rhétorique du ‘si ce n’est pas dangereux, buvez-en’ ».

Article publié par Kavin Senapathy sur Skepchick le 7 avril 2015.

« Si le glyphosate est sûr, allez-y, buvez-en ». C’est la punchline préférée des opposants aux aliments génétiquement modifiés. Je suis auteur scientifique, avocate des biotechnologies, et mère de 2 jeunes enfants. Si seulement je recevais 5 centimes à chaque fois qu’on me demande de boire du glyphosate ou du Roundup (la formulation commerciale du glyphosate), je nagerais dans les pièces de 5 centimes. L’idée selon laquelle le cartel agrochimique crée des variétés résistantes aux pesticides sans aucun souci de sécurité est persistante, mais fausse.

C’est pourquoi j’ai commencé à tweeter ironiquement sous le hashtag #IfItsSafeThenDrinkIt, et je vous implore de le suivre ! Une récente vidéo youtube dans laquelle un prétendu « lobbyiste de Monsanto », le Dr. Patrick Moore a refusé de boire un verre de glyphosate a jeté de l’huile sur le feu des anti-biotech. Le réalisateur français Paul Moreira a interrogé le défenseur de la biotechnologie qui fait des centaines d’interviews en live chaque année. Quand il a dit qu’il croyait que le glyphosate ne causait pas le cancer et qu’en boire un grand verre ne ferait pas de mal à un être humain, Moreira à amené un verre supposément rempli de glyphosate et a invité le Dr. Patrick Moore à en boire. Après quelques vifs échanges, Moore a lancé « non, je ne suis pas un idiot » et a quitté l’interview.

Le 29 mars, Moore a fait une déclaration confirmant qu’il n’est pas un lobbyiste de Monsanto et admettant qu’il avait fait une erreur dans l’interview. Sa bévue n’était pas d’avoir refusé de boire le verre qu’on lui proposait, mais d’avoir donné la possibilité au journaliste de le coincer et de perdre sa maîtrise de lui face à la caméra. Il aurait du expliquer plus clairement qu’alors que le glyphosate n’est pas dangereux pour l’homme, seulement un immature et un fou accepterait de relever ce défit digne d’une confrérie d’étudiants de 1ere année.

Nous devons donner une suite logique à l’erreur du pauvre Dr. Moore. L’échec persistant des américains à comprendre l’intégralité du principe de la toxicologie pour laquelle « la dose fait le poison » démontre le manque de formation à la pensée critique de notre nation [ndtr : pas mieux en France, où a été tournée l’interview]. En effet, il y a plein de substances qui sont sûres, dès lors qu’elles sont utilisées selon les recommandations, comme le glyphosate, mais personne de sain d’esprit n’en boirait un grand verre pour autant. Certains cas concrets amusants ont déjà fait le tour des médias sociaux via le hashtag #IfItsSafeThenDrinkIt. Qu’en est-il alors de quelques engrais organiques de Bioneem ? Yeah ! Ou alors, un verre bien frais de sel de table, de vinaigre, d’eau de vaisselle, ou de laxatifs ? Alors que le hashtag est ironique, il démontre la pure absurdité de prendre le refus de Moore de boire du glyphosate comme une démonstration de sa nocivité.

Alors que je ne suis pas chercheuse, comme auteur scientifique j’ai une très bonne compréhension de la génétique, la génomique, et les biotechnologies. Je sais qu’alors que le glyphosate tue les mauvaises herbes, il ne blessera pas l’homme s’il est utilisé correctement. Les humains, les mauvaises herbes et autres organismes présentent des fonctions vitales assurées par des protéines, les composants fonctionnels de base des êtres vivants. Elles ont plein d’utilités : structurelles, immunitaires, métaboliques, nutritives et enzymatiques et sont faites d’une chaîne d’acides aminés. De fait, chaque organisme a une façon particulière d’obtenir les acides aminés nécessaires à ses différentes sortes de protéines.

La voie métabolique du shikimate, qui n’existe pas chez les animaux, sert à produire des acides aminés spécifiques chez les mauvaises herbes. Les mammifères eux, ne synthétisent pas ces acides là. Les acides aminés essentiels que l’homme ne synthétise pas, il doit les obtenir par son alimentation (il y a d’autres acides aminés que l’homme synthétise, mais la voie métabolique de ceux là n’est pas atteinte par le glyphosate). Le glyphosate interfère avec la voie métabolique du shikimate, ce qui empêche la fabrication de certains acides aminés sans lesquels les mauvaises herbes ne peuvent pas produire des protéines essentielles à leur survie.

Je n’ai pas peur que le glyphosate me rende malade, non plus que ceux auxquels je tiens. Mais même quelqu’un n’ayant pas un très haut niveau scientifique et un peu de bon sens ne voudrait pas boire quelque chose simplement parce que c’est sûr.

En dépit de la classification récente de l’IARC (une agence de l’OMS) du glyphosate comme « probablement cancérigène », les scientifiques ne se prennent pas au jeu. Reprenant les propos d’autres experts, un maître de conférences en chimie analytique de Melbourne, le Dr. Oliver Jones a expliqué que « le public devrait être intéressé par le fait que l’IARC classe aussi 70 autres choses dans la catégorie « probablement cancérigène », dont le travail de nuit. Dans la plus haute catégorie des cancérigènes connus on trouve les boissons alcoolisées et l’exposition au soleil avec le plutonium ».

Le Dr. Jones a rappelé que « la dose fait le poison » : « Oui, les pesticides peuvent être dangereux, mais comme beaucoup d’autres choses communes qui sont également dangereuses dans des quantités et des expositions suffisantes ; la dose fait le poison ». Comme mère de deux jeunes enfants, je ne suis pas effrayée par le glyphosate et je continuerai d’acheter de la nourriture contenant des OGM. En effet, je crains beaucoup plus l’intrusion de la peur infondée dans l’esprit et le cœur de mes proches que des traces de résidus de pesticides. Si un jour j’accepte une interview par des anti-biotech, soyez avertis : si vous me demandez de boire du glyphosate, je vous demande du tac au tac de boire un grand verre de pesticide organique naturel.

Quelque chose de sûr mais que vous ne voudriez pourtant jamais boire ? Tweetez le avec le hashtag #IfItsSafeThenDrinkIt !

*** Kavin n’a pas vraiment avalé son dentifrice et ne condamne pas la consommation de liquides qui ne sont pas conçus pour l’être.

Featured image © 2015 Kavin Senapathy

[Trad] « Glyphosate et cancer : que disent les données ? »

Article publié par Andrew Kniss sur Control Freaks le 28 mars 2015.

Il y a un peu plus d’une semaine, l’International Agency for Research on Cancer (IARC) a annoncé que le glyphosate devrait être ajouté à sa liste des produits « probablement carcinogènes aux humains ». Le glyphosate n’était pas le seul pesticide ajouté à la liste, mais comme Nathanael Johnson l’a soulignée sur Grist, le glyphosate à tendance à faire paratonnerre du fait de son association avec les cultures GM Roundup Ready. Le présent billet intervient un peu tard dans la controverse. L’IARC est une agence respectée de l’OMS, et cette annonce a été largement diffusée. Personne ne sera surpris de voir que Monsanto a farouchement réfuté les risques sur la santé, alors que ceux qui par habitude s’opposent aux OGM et aux pesticides en profitent pour avancer leurs agendas. Je pense que le billet mentionné supra de Nathanael Johnson sur Grist et celui de Dan Charles sur NPR remettent correctement en contexte cette nouvelle classification. Grist a aussi posté une vidéo vraiment cool qui explique en quoi consiste réellement la classification de l’IARC dans le groupe 2A, « probablement carcinogène pour les humains » [ndtr : sur la signification réelle de cette classification].

Plutôt que de simplement reformuler ce que d’autres ont dit sur le sujet, je voulais vraiment porter un regard complet sur les preuves supportant cette classification. Je travaille avec les pesticides (spécialement le glyphosate), sur une base régulière, et je prends donc cette classification très au sérieux. Si le glyphosate est effectivement une source de cancer, je fais partie de la population qui y est le plus exposée. Comme la plupart des contributions raisonnables sur le sujet l’ont déjà soulignée, les produits du groupe 2A de l’IARC sont essentiellement problématiques pour les expositions professionnelles, c’est-à-dire les gens travaillant à leur contact sur une base régulière pendant de longues périodes. Il est hautement improbable que le grand public ne voit le moindre effet pathologique d’aucun produit entrant dans cette classification en se basant sur les preuves disponibles. Je suis surpris que l’IARC décide d’annoncer cette classification un an avant la rémission de la monographie complète détaillant les raisons de leur décision. Avoir leurs références complètes serait pour sûr utile pour comprendre quelles sont les données à l’origine de cette conclusion. J’ai donc fait une recherche bibliographique sur les études incluant le cancer et le glyphosate. Une review récente de Pamela Mink et al., 2012, a fourni un bon point de départ. Il devrait être souligné que cette étude a été financée par Monsanto ; cependant, je ne me suis pas véritablement reposé sur les conclusions de Mink, aussi ce conflit potentiel n’est-il vraiment pas pertinent. J’ai simplement utilisé l’article de Mink comme point de départ pour ma recherche bibliograhique sur les papiers enquêtant sur le lien cancer-glyphosate.

Récemment, Vox a présenté une illustration vraiment bonne qui résume très bien la raison pour laquelle vous ne devriez pas croire aveuglément dans une étude unique sur les causes de cancer ou ses traitements curatifs [ndtr : trad. De l’article de Vox sur LTC]. J’ai utilisé cette illustration comme modèle pour créer la mienne qui résume toutes les informations que j’aie pu trouver à propos de l’exposition au glyphosate et au cancer.

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Sur cette illustration, chaque point représente le risque relatif de cancer entre des gens ayant été exposés au glyphosate et ceux qui ne l’ont pas été. Pour lire cette illustration, tous les points à gauche de la ligne bleu (valeur inférieure à 1), signifient qu’en moyenne, les personnes qui ont été exposées au glyphosate étaient probablement moins sujettes au développement de ce type de cancer. Les points à droite de la ligne bleue signifient que les gens exposés au glyphosate étaient plus probablement sujets à développer ce type de cancer. Il y a deux choses importantes à souligner à propos de cette illustration. D’abord, c’est une simplification évidente des données. Présenter ces dernières ainsi exclut l’incertitude des risques relatifs estimés. Quand une étude présente ces estimations, elle utilise habituellement un intervalle de confiance de 95%. Cet intervalle est très important pour déterminer si on doit ou si on ne doit pas accorder du crédit aux estimations. De façon générale, si le point se positionne sur la valeur 1, on pourra conclure que la preuve est trop faible pour suggérer un lien causal. Quand bien même, si on se retrouve avec un nombre équivalent de points de part et d’autre du 1, ou si les points se regroupent proche du 1, on peut assurément conclure qu’il y a peu de preuves de liens.

Le second élément important à propos de cette illustration, c’est qu’on peut voir beaucoup de points à droite de la ligne pour le lymphome non-hodgkinien. C’est important car c’est spécifiquement le type de cancer invoqué dans l’article de Lancet Oncology et sur lequel l’IARC se repose pour annoncer officiellement sa nouvelle classification. Le tableau à la première page de l’article de Lancet déclare que « la preuve chez les humains » est « limitée » à propos du cancer de type « lymphome non-hodgkinien ». L’article de Lancet Oncology liste seulement 16 références, et autant que je puisse en juger, seulement trois de ces références comportent effectivement des informations sur le glyphosate et le lymphome non-hodgkinien (dorénavant abrégé LNH). Ces trois références semblent en effet suggérer un lien entre l’exposition au glyphosate et le LNH.

Chacune de ces études est une étude de cas. Ce genre d’études prend un grand nombre de cas pathologiques d’intérêt, trouve une population similaire ne présentant pas l’état pathologique étudié, et essaye alors de trouver les différences dans les facteurs de risques auxquels sont exposées ces deux populations. N’importe quel facteur plus prévalent dans la population des cas pathologiques étudiés sont vus comme de possibles facteurs de risque pour cette pathologie. Ces études de cas peuvent être vraiment utiles, comme Vox l’a souligné. Dans les trois études de cas référencées dans l’article de Lancet cité par l’IARC, tous les points d’estimation sont à droite de la valeur 1. Mais l’intervalle de confiance de McDuffie et al., 2001 inclut la valeur 1, signifiant que la preuve d’un lien dans cette étude n’était pas vraiment forte. Similairement, DeRoos et al., 2003 a utilisé deux modèles différents, et l’intervalle de confiance pour l’un d’eux contenait la valeur 1. En regardant dans différentes études de cas, j’ai vu que différents modèles étaient communément utilisés. Les auteurs évaluent parfois 2 voire même 3 modèles différents pour comparer le groupe des personnes exposées au glyphosate et celui des personnes n’y étant pas exposées. Nous reviendrons là-dessus plus tard. J’ai pu trouver plusieurs autres études (en plus des trois sur lesquelles se repose l’IARC), qui ont enquêté sur les liens entre glyphosate et LNH. Toutes ces études sont résumées dans l’illustration ci-dessous :

NHL_casecontrol

Bien que beaucoup d’intervalles de confiance contiennent la valeur 1, tous les points d’estimation sont plus grands que 1. Ainsi, en dépit d’une grande variabilité dans les données, l’association de l’exposition au glyphosate et du LNH semble effectivement raisonnablement consistante à travers ces études. C’est peut être ce qu’à constaté l’IARC avant de donner ses conclusions. Similairement à DeRoos, 2003, les deux études de Hardell ont utilisé plus d’un modèle. Dans ces études, la différence entre plusieurs modèles visait habituellement à l’ajustement de variables confondantes. La variable la plus souvent confondante dans les études sur le LNH était l’exposition à d’autres pesticides. Une très grande partie des personnes exposées au glyphosate pendant des longues périodes le sont aussi à d’autres pesticides. C’est une limitation très importante aux études de cas. Beaucoup de personnes utilisant de grosses quantités de glyphosate (comme les agriculteurs, les commerciaux applicateurs de pesticides et les scientifiques agronomes) tendent à être exposés à beaucoup de produits bien plus rares dans le grand public. Nous tendons à utiliser quantité de pesticides, mais aussi probablement à inhaler plus de poussières et de fertilisants. Nous travaillons en extérieur, exposés en plein soleil. Nous sommes aussi probablement plus exposés aux fluides hydrauliques et nous levons plus tôt que la population générale. Ces paramètres sont extrêmement difficiles à contrôler dans une étude de cas.

De plus, dans ces études de cas, une très petite minorité de cas de LNH étaient effectivement exposés au glyphosate. Par exemple, seulement 97 personnes (3,8% de la population étudiée) avaient été exposées au glyphosate dans l’étude de DeRoos, 2003. Similairement, seulement 47 personnes (2,4% de la population étudiée) avaient été exposées au glyphosate dans l’étude d’Eriksson, 2008. Ce sont de très petits nombres. En le prenant sous un autre angle, environ 3% seulement des cas de LNH dans la plupart des études de cas avaient effectivement été exposés au glyphosate. Ainsi, même si le glyphosate accroit effectivement le risque, ce n’est certainement pas un contributeur majeur au nombre de cas de LNH dans la population générale.

Mais les études de cas ne sont pas le seul type d’études qui ont été utilisées pour enquêter sur le lien entre glyphosate et cancer. DeRoos et al., a mené une étude supplémentaire en utilisant une méthode différente, et supposément meilleure. Les études de cohortes suivent un groupe de personnes pendant un temps donné voire pendant toute leur vie. Elles traquent les nombreux facteurs de risques et leur impact sur la santé. DeRoos et al., 2005, a suivi un groupe de 54 315 travailleurs agricoles. Encore une fois, il a utilisé deux méthodes différentes dans son analyse, mais les résultats furent opposés à ceux observés dans les études de cas.

Les estimations étaient inférieures à 1,0, avec un intervalle de confiance englobant le 1. Ces résultats suggèrent qu’il n’y a pas de lien discernable entre le glyphosate et le lymphome non-hodgkinien dans la population où l’usage du glyphosate était le plus commun. Plus de 41 000 participants sur les 54 315 que comportait l’étude avaient été exposés au glyphosate. Et 99,82% d’entre eux n’avaient pas de lymphome non-hodgkinien au moment de cette étude.

Alors, que signifie tout ça ? Je pourrai changer d’avis lorsque la monographie complète de l’IARC sera publiée, mais en me basant sur les études disponibles je ne peux pas voir la moindre preuve suscitant l’inquiétude, et je dis ça alors que je fais partie de gens exposés à plus de glyphosate que la grande majorité de la population. Il n’y a rien ici qui puisse ternir la réputation de pesticide très sûr du glyphosate. Et pour l’amour de dieu, arrêtez de dire des choses du type « le glyphosate est suffisamment sûr pour que vous puissiez en boire ». Boire du Roundup ne signifie rien du tout, de toute façon. Je pourrai fumer une cigarette et boire une bière devant une foule, ça ne rendrait pas ces produits moins responsables de cancers. Le glyphosate est toujours un pesticide après tout. Un équipement de protection approprié devrait être porté lors de l’utilisation de tout pesticide. Mais lorsqu’il est utilisé selon les normes en vigueur, je ne pense pas qu’il y ait de raison d’être effrayé, que vous possédiez du Roundup que vous utilisez pour désherber votre jardin ou que vous soyez un commercial épandant sur 400 hectares de maïs Roundup Ready.

Liens suggérés :

So Roundup “probably” causes cancer. This means what, exactly? by Nathanael Johnson, Grist

A top weed killer could cause cancer. Should we be scared? by Dan Charles, NPR

He’s not a Monsanto lobbyist, and weed killer isn’t safe to drink. by Matthew Herper, Forbes

Watch stick figures explain what “probably causes cancer” even means. by Suzanne Jacobs, Grist

Expert reaction to carcinogenicity classification of five pesticides by the International Agency for Research on Cancer (IARC). Science Media Centre

Weed killer, long cleared, is doubted. Andrew Pollack, New York Times

Monsanto’s statement on the IARC classification of glyphosate. Monsanto

Glyphosate as a carcinogen, explained. Farmers Daughter USA