L’effet « Bible-believers ».

rednecks
[niveau : facile] (1350 mots / ~ 6 mins)

Lorsque l’on parle des tenants de théories alternatives, c’est souvent une image caricaturale qui nous vient en tête. Le tenant du complot du 11 septembre ou de diverses croyances de visites extraterrestres incarnera ainsi souvent ce gars à l’air fou et portant un chapeau en papier d’alu sur la tête en vous assurant que « ils » savent tout. De la même façon, un anti-darwiniste se verra facilement incarné par un redneck de la bible-belt états-unienne, prêt à tirer sur quiconque s’approchera un peu trop de son mobile-home, après avoir craché son tabac à chiquer en guise de sommation.

Relativement amusantes, ces représentations n’en demeurent pas moins problématiques en cela qu’elles sont assez insultantes d’une part, mais qu’elles sont par ailleurs bien souvent complètement fausses (ok, pas toujours), sinon totalement contraires à la réalité.

De fait, on croit souvent intuitivement que le niveau d’éducation est systématiquement corrélé à l’acceptation de la démarche et des faits scientifiques, et on arrive ainsi plus ou moins subtilement à la conclusion que les croyances irrationnelles et le rejet de science sont l’apanage des gens les moins instruits et Lire la suite

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[Trad] Débunker le créationnisme musulman [Difficulté : moyenne] ( 2000 mots / ~12 mins)

Ce billet a été posté par Steven Novella sur Neurologicablog le 19 juillet 2016.

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L’Atlas de la Création d’Harun Yahya

Adnan Oktar, plus connu sous le nom de plume d’Harun Yahya, est un créationniste musulman. Il a écrit plusieurs livres et le web est désormais bourré de ses articles.

Ses arguments sont fondamentalement les mêmes que ceux des créationnistes chrétiens ce qui soulève la question de savoir s’il les a développés indépendamment de ceux-ci ou s’il a simplement lu des sources créationnistes chrétiennes. Il fait ainsi référence à Duane Gish et d’autres sources du même type, de sorte qu’il est permis de penser à une certaine inspiration directe, au moins en partie.

Certaines ressemblances peuvent également venir du fait  qu’il suit un cheminement similaire, à savoir faire n’importe quoi. Il aime par exemple, à l’instar de ses semblables chrétiens, prendre des citations de scientifiques totalement hors de contexte et s’en servir comme argument contre la théorie de l’évolution.

Par ailleurs, il apprécie également de se présenter lui-même comme un intellectuel, en dépit de son ignorance hallucinante sur le sujet de l’évolution. Il semble en effet s’être documenté à ce propos grâce à ce que S. J. Gould appelait les « sources hostiles de seconde main ». En conséquence, son propos penche plutôt vers des strawmen et ne s’approche jamais véritablement de la théorie de l’évolution moderne de sorte que ses estocades soient toujours à côté de la plaque.

Il écrit ainsi :

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[Débunking] FOR THE NIGHT IS DARK, AND FULL OF BULLSHIT : créationnisme dans une école hors contrat des Yvelines, se01ep02.

Le 20 janvier 2016, j’ai publié un billet à propos d’une conférence anti-évolutionniste représentant apparemment l’état de l’enseignement des Sciences de la Vie et de la Terre dans une école hors contrat des Yvelines. Ce billet prenait le temps de réexpliquer les concepts et les faits présentés de manière gravement erronée durant les dix premières minutes de cette conférence diffusée sur Youtube. Pour rappel, en voici le Too Long ; Didn’t Read :

  • Le propos tenu dans la conférence analysée dans ce billet est une présentation réductrice de l’historique de la théorie darwinienne de l’évolution
  • Il attribue par erreur des concepts à des scientifiques qui n’en ont pas la paternité, avec plusieurs décennies de décalage
  • Il ne comprend pas les concepts de micro et macro évolution
  • Il rejette sans motif valable le concept de macro évolution
  • Il ne semble pas comprendre les bases génétiques de la vie et l’unité du vivant
  • Pas plus que la correspondance entre génotype et phénotype
  • Ni le concept d’espèce biologique, qu’il confond (volontairement ?) avec le concept non scientifique de « race »
  • Tous ses exemples sont approximatifs et utilisés à mauvais escient et prouvent souvent le contraire de ce qu’il essaye d’expliquer
  • Il fait une présentation erronée sur le plan philosophique du néo-darwinisme, et inexistante sur le plan scientifique
  • Le niveau général de connaissance et de maîtrise des concepts présentés est plus que médiocre et ne peut en aucun cas constituer un enseignement ou un complément d’enseignement dans le cadre d’un cours de SVT en collège ou en lycée toutes filières confondues
  • L’illettrisme scientifique et les biais de raisonnement ici mis en évidence sont également à la base de mouvances anti scientifiques et rétrogrades très répandues dans le public et les médias : pseudo-médecine, spiritualités New-Age, anti-vaccinisme, pseudo-écologie… et justifient ce débunking.

Si par hasard vous accordiez du crédit au contenu de la conférence ici critiquée, vous gagneriez probablement à lire ce billet dans son entièreté.

Aujourd’hui, nous poursuivons notre écoute linéaire de cette conférence, en y ajoutant les 15 minutes suivantes. Nous ne prendrons pas le temps de réexpliquer extensivement chaque erreur du conférencier sur la théorie de l’évolution, et nous contenterons de lui apporter la contradiction documentée. J’ai ajouté des sous-titres en suivant la chronologie de la conférence, afin d’identifier rapidement les notions abordées dans le passage discuté. Ce billet-ci marche également de concert avec l’épisode 2 de l’excellente émission Tronche de Fake, qui comporte pour l’occasion quelques ft bien fats.

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Pensée unique : La publication scientifique est-elle interdite aux dissidents ? [Difficulté : facile] (4500 mots / ~20 mins)

Des bactéries, La Main du Créateur, l’homéopathie qui marche, et autres OGM-poisons…

J’ai récemment traduit un billet de Massimo Pigliucci car il parlait de l’accusation de scientisme qui est souvent assénée par des tenants de pseudosciences (ici l’homéopathie) à l’endroit de personnes leur demandant de se conformer aux standards scientifiques de base. Matt McOtelett me faisait remarquer que ce billet était aussi une excellente illustration de l’inanité d’une autre accusation généralement partagée par différents tenants : celle de la publication scientifique aux ordres, verrouillée, interdite d’accès aux chercheurs dissidents vis à vis du consensus scientifique admis.

En effet, lors de n’importe quelle discussion que vous pourrez avoir avec un tenant, que ce soit un internaute lambda qui a vaguement intégré la croyance que les OGM, les pesticides, le gluten et les vaccins, c’est poison, ou un militant violent du milieu associatif, il vous sera retourné qu’on ne peut faire aucune confiance au consensus scientifique, car il ne reflète de toute façon qu’une pensée unique qui ne tolère pas les avis contraires. Bien entendu, selon la croyance des tenants auxquels vous serez confronté, cette pensée unique pourra être diamétralement opposée : un anti-RCA ? bien entendu que la publication scientifique reflète la pensée unique gaucho-bobo-décroissante du moment ! un anti-OGM ? Bien entendu que la publication scientifique représente la pensée unique ultra-capitalo-scientiste du moment !

Il n’en allait pas autrement dans le billet de M. Pigliucci, où les contradicteurs scientifiques (dont Pigliucci) des homéopathes étaient accusés d’être des scientistes fascistes conformément à la pensée dominante en science. Pour rappel, Pigliucci et Smith ne demandaient qu’une chose : que les critères basiques de scientificité soient appliqués systématiquement en sciences biomédicales, notamment en ce qui concerne l’homéopathie dont ils rappelaient ici que non contente de violer l’éthique, elle besognait aussi salement la méthode scientifique. Lire la suite

Création vs. Évolution : « microévolution » et « macroévolution » [difficulté : facile] (1600 mots / ~10 mins)

ambulocetuscarlbuell

Figure 1 L’ambulocetus, ancêtre de la baleine. Représentation d’artiste (Carl Buell).

Il y a quelques jours j’ai posté un long billet de débunking à propos d’une conférence créationniste également donnée dans une école hors contrat de la région parisienne. Vous pouvez consulter une version plus rapide et moins dense de ce débunking en vidéo ici par l’excellente chaîne youtube de La Tronche en Biais.

Je souhaite revenir ici sur l’argument créationniste majeur qui était mis en avant dans cette première partie de la conférence, et qui était l’acceptation des processus microévolutifs et le rejet des processus macroévolutifs. Au-delà des créationnistes eux-mêmes, beaucoup de personnes, par ignorance de ce qu’il recouvre vraiment, acceptent ou sont déroutées par cet argument. Il est donc salutaire d’en donner ici une approche plus approfondie, mais toujours très simple. Lire la suite

[Debunking] Créationnisme dans une école hors contrat des Yvelines (difficulté : moyenne) (8600 mots / ~30 mins)

Darwin as monkey on La Petite Lune.jpg

Résumé lapidaire de ce long billet :

Too Long ; Didn’t Read …

  • Le propos tenu dans la conférence analysée dans ce billet est une présentation réductrice de l’historique de la théorie darwinienne de l’évolution
  • Il attribue par erreur des concepts à des scientifiques qui n’en ont pas la paternité, avec plusieurs décennies de décalage
  • Il ne comprend pas les concepts de micro et macro évolution
  • Il rejette sans motif valable le concept de macro évolution
  • Il ne semble pas comprendre les bases génétiques de la vie et l’unité du vivant
  • Pas plus que la correspondance entre génotype et phénotype
  • Ni le concept d’espèce biologique, qu’il confond (volontairement ?) avec le concept non scientifique de « race »
  • Tous ses exemples sont approximatifs et utilisés à mauvais escient et prouvent souvent le contraire de ce qu’il essaye d’expliquer
  • Il fait une présentation erronée sur le plan philosophique du néo-darwinisme, et inexistante sur le plan scientifique
  • Le niveau général de connaissance et de maîtrise des concepts présentés est plus que médiocre et ne peut en aucun cas constituer un enseignement ou un complément d’enseignement dans le cadre d’un cours de SVT en collège ou en lycée toutes filières confondues
  • L’illettrisme scientifique et les biais de raisonnement ici mis en évidence sont également à la base de mouvances anti scientifiques et rétrogrades très répandues dans le public et les médias : pseudo-médecine, spiritualités New-Age, anti-vaccinisme, pseudo-écologie… et justifient ce débunking.

Si par hasard vous accordiez du crédit au contenu de la conférence ici critiquée, vous gagneriez probablement à lire ce billet dans son entièreté. Lire la suite

Créationnisme vs. Évolution : peut-on voir une espèce évoluer ?

Suite à la diffusion d’une nouvelle perle créationniste, relayée comme il se doit par les médias alternatifs (probablement aussi par certains mainstreams), j’ai produit il y a quelques temps un billet à propos des preuves multiples, indépendantes et convergentes de l’Évolution, des attaques les plus communément et vainement portées à l’encontre de l’Évolution par les tenants de la Création, et la façon dont y répondre.

Car en effet, si la science avance, multipliant les observations, confirmant ses hypothèses, perfectionnant ses théories et contribuant au passage aux mieux être de l’Humanité (si si), le créationnisme, lui, oserais-je dire la religion, reste quasi strictement inchangé. Dès lors, ce sont les mêmes arguments erronés que l’on voit répétés depuis 150 ans à l’encontre de l’évolutionnisme par les tenants de la Création. Indéfectiblement, inlassablement. Une telle constance forcerait même presque le respect, si elle n’était pas motivée par la seule ignorance acharnée.

A la décharge des créationnistes cependant, il faut bien souligner que nos connaissances à l’époque de Darwin n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui. Il s’agissait à l’époque des balbutiements de la biologie évolutive, et certains arguments créationnistes, bien que déjà erronés, pouvaient se comprendre. Le registre fossile n’était par exemple pas ce qu’il est à notre époque, où nous amassons de plus en plus de spécimens transitionnels. Nous ne connaissions pas, au temps de Darwin, la biologie moléculaire. Par ailleurs, fort des données dont il pouvait alors disposer, spécimens vivants, taxidermisés et fossiles, Darwin ne pouvait pas tout saisir correctement du premier coup. Ainsi, il pensait que l’Évolution était nécessairement le produit d’un processus extrêmement lent et étalé sur des temps très longs, de sorte qu’il ne soit pas possible dans une vie d’homme de réellement « voir » l’Évolution.

De fait, cette idée de « voir » l’Évolution, par exemple en voyant de nos yeux une espèce entrain d’évoluer, a toujours été une marotte créationniste. « On n’a jamais vu une espèce entrain d’évoluer, donc l’Évolution n’existe pas ! ». J’ai déjà abordé ce point dans mon billet sur les preuves de l’Évolution, à propos de la mouche du vinaigre, Drosophila melanogaster. Mais comme me l’a dit un jour un professeur de paléoanthropologie, « on n’est jamais trop pédagogue », et je souhaite revenir spécialement ici sur ce point en détaillant un autre exemple. Ainsi, outre le shoot de Junk Science que je vous offre gratuitement parce que je suis un bon dealer, vous saurez à l’avenir quoi répondre lorsqu’un créationniste vous demandera de façon rhétorique si on peut voir une espèce évoluer :

« Oui ».

Bon, pour le suspens, c’est grillé, mais je vais quand même vous expliquer comment ça marche.

Traditionnellement, pour étudier l’Évolution, les biologistes observent ce qui s’est déroulé dans le passé, de quelques milliers à plusieurs millions d’années, voire même des milliards. Schématiquement, un paléontologue examine des restes fossilisés de dinosaures, un anthropobiologiste examine ceux de taxons pré-humains et humains, etc., de sorte à reconstruire l’arbre de la vie (ou le corail, selon votre imagination), que vous pourrez aussi appeler « arbre phylogénétique » pour briller en société. De fait, les données acquises ainsi sont d’ordre observationnel, comme en astronomie ou en histoire, et non pas expérimental. Il y a donc nécessairement un biais rétrospectif à prendre en compte dans ces études. C’est là qu’un tenant de la Création pourrait arriver et dire « oui ben tes fossiles ils sont morts, tu peux pas les voir évoluer ! ». Correct, Captain Obvious, mais la biologie évolutive ne repose pas uniquement sur l’observation, contrairement à l’histoire, mais également sur l’expérimentation et la prédiction. Ainsi, on observe de plus en plus de cas où des changements environnementaux peuvent provoquer de rapides modifications se rapportant à l’Évolution sur les espèces contraintes par ces changements.

Si les expérimentations sur la mouche du vinaigre D. melanogaster sont anciennes, ce n’est que plus récemment que l’on a commencé les expérimentations sur d’autres espèces à la fois en milieu naturel et en laboratoire. Un bon exemple de cela est celui des guppys.

Changement environnemental, changement phénotypique.

Le phénotype, c’est l’aspect extérieur d’un truc vivant, visqueux ou pas. Un rat au poil noir ou au poil blanc, c’est la même bestiole, mais de différents phénotypes.

Les guppys, ce sont des poissons généralement connus des aquariophiles pour leurs jolies couleurs et leur reproduction abondante. Ils vivent naturellement dans les cours d’eau d’Amérique du nord où ils peuplent les bassins précédant et suivant une petite cascade. Le fondule de son côté, est un autre poisson, vivant dans le même milieu que les guppys. Le fondule est pour le moins couillu, et lors des nuits pluvieuses, il parvient à sortir de l’eau en se tortillant pour se trainer jusque dans les bassins calmes surplombant les cascades. Le guppy utilise une autre technique : meilleur à la nage à contre-courant, il profite des inondations des canaux secondaires lors des fortes pluies pour contourner l’obstacle et coloniser le bassin supérieur.

Guppy coppia gialla.jpg
« Guppy coppia gialla » by Marrabbio2 – Own work. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

Dans le même temps, d’autres poissons plus sédentaires peuplent le même milieu. Ainsi, les brochets cichlidés se cantonnent au bas des chutes d’eau où ils chassent les autres poissons, dont les guppys.

L’obstacle de la chute d’eau scinde donc l’environnement des guppys en deux milieux très différents. En bas de la chute, les guppys sont la proie des brochets, ce qui nuit sensiblement à leur espérance de vie. A contrario, au dessus de la chute, le seul prédateur est le fondule qui ne chasse que très rarement les guppys.

On a ainsi observé en milieu naturel que les guppys vivant au bas des chutes (là où ils sont mangés par les brochets), sont de couleur plus terne, sont plus petits, et arrivent plus rapidement à maturité sexuelle. Au dessus des chutes, les guppys sont chatoyants ce qui augmente leur succès auprès des femelles, sont plus gros, et arrivent à maturité plus tardivement.

De telles différences suggèrent l’action de la sélection naturelle : dans les bassins du haut, les guppys ne sont pas contraints par la prédation et peuvent arborer des couleurs plus vives. Les spécimens les plus chatoyants sont ainsi plus aptes à séduire les femelles attirées par les couleurs vives. En compétition contre les autres mâles pour l’accès aux femelles, les spécimens les plus gros et a fortiori les plus combatifs sont également positivement sélectionnés. En l’absence de prédation, la quantité d’énergie allouée à la croissance est augmentée, et ainsi, les plus gros mâles colorés bénéficient des meilleurs avantages reproductifs, assurant la transmission de ces caractères à leur descendance, et leur maintien et augmentation dans la population aux générations suivantes.

Au pied des chutes d’eau en revanche, la sélection joue différemment. La prédation des brochets aurait tendance à sélectionner négativement (éliminer) les caractères phénotypiques trop visibles (la couleur chatoyante) et à raccourcir l’espérance de vie des guppys (et ainsi allouer plus de ressources à la reproduction rapide plutôt qu’à la croissance). Les individus discrets et prompts à se reproduire sont donc avantagés, leurs chances de reproduction et donc de transmettre leurs caractères à la génération suivante est donc accrue. De génération en génération, ces caractères de discrétion et de maturation rapide se trouvent majoritairement présents dans la population.

De l’observation à l’expérimentation.

Les différences observées entre les populations de guppys vivant au dessus et en dessous d’une chute d’eau semblent donc être le fruit de la sélection naturelle. Mais en l’état, d’autres hypothèses tout aussi valables peuvent entrer en lice. En effet, on peut également penser que seuls les guppys assez forts pour remonter les cours d’eau secondaires arrivent à peupler les bassins supérieurs. Ainsi, seuls ces individus badass colonisent ce milieu, et par un mécanisme évolutif qu’on appelle l’effet de fondation, seul ce caractère se retrouve transmis aux générations suivantes dans cette population fille, alors que d’autres caractères morphologiques se trouvaient dans la population mère. Pour confirmer l’hypothèse de la sélection, il faut donc la reproduire expérimentalement en contrôlant les paramètres.

Lors d’une expérience, on a donc réparti 2000 guppys de façon égale dans dix bassins en laboratoire. Six mois plus tard, des brochets cichlidés furent ajoutés à quatre des bassins, des fondules à quatre autres, tandis que les deux derniers servirent de groupe témoin, et ne contenaient donc que des guppys.

Quatorze mois plus tard, soient dix générations de guppys, les scientifiques comparèrent les populations de guppys dans les dix bassins expérimentaux. Il était impossible de distinguer les guppys des bassins témoins de ceux comportant des fondules : tous les guppys étaient grands et très colorés. En revanche, les guppys exposés aux brochets étaient petits et ternes.

On voyait donc en quelques mois l’action de la prédation sur l’Évolution d’une espèce, et le mécanisme évolutif à l’origine de ces observations semblait bien être la sélection naturelle, puisqu’il n’y avait pas d’effet de fondation à l’origine du peuplement des dix bassins expérimentaux.

Retour sur le terrain.

Ok, mais est-ce que ce qui se passe en labo se passe exactement de la même manière en milieu naturel ? Les scientifiques ont donc repéré de cascades dont les bassins du bas étaient naturellement peuplés de guppys tandis qu’ils étaient absents des bassins du haut. Les bassins inférieurs étaient naturellement peuplés de brochets, et ceux du haut de fondules. Les scientifiques transférèrent une partie des populations de guppys des bassins inférieurs vers les bassins supérieurs et suivirent leur évolution à plusieurs années d’intervalle. Ainsi, bien qu’ils proviennent de populations naturellement exposées à la prédation des brochets, les colonies transplantées dans les bassins supérieurs développèrent rapidement les caractères morphologiques signant l’absence de prédation : maturation tardive, grande taille, couleurs chatoyantes. Dans le même temps, les populations laissées dans les bassins inférieurs conservaient leurs caractères originaux : maturation rapide, petite taille, couleurs ternes.

Le retour en laboratoire confirma par la suite que les différences phénotypiques entre les populations des bassins inférieurs et supérieurs correspondaient à des différences génétiques.

Conclusionnage.

Les travaux sur les guppys ont permis de montrer que des changements évolutifs au sein d’une espèce peuvent être manifestes en quelques années seulement et qu’il est possible de prédire expérimentalement les conséquences de mécanismes évolutifs observés en milieu naturel. De telles données apportent un niveau de preuve extrêmement fort à l’Évolution par sélection naturelle.