[S&M] Le Monde et les OGM, l’obscurantisme et la science (encore)

Hypatia, Charles William Mitchell, 1885, Laing Art Gallery (Newcastle-upon-Tyne).
Hypatia, Charles William Mitchell, 1885, Laing Art Gallery (Newcastle-upon-Tyne).
Résumé : Le 8 septembre, Le Monde a repompé sans fact checking supplémentaire un article du New York Times du 5 septembre à propos du recours administratif lancé par l’association d’activistes américains anti-OGM USRTK (US Right To Know). Les deux articles (le même en réalité) entendent apparemment mettre en avant la corruption des scientifiques favorables aux OGM, sans pour autant être capables d’étayer ces allégations. Car si le mot n’est jamais lâché, c’est pourtant bien de cela dont il s’agit. La mouvance antiscience a semble-t-il sur ce sujet définitivement abandonné le recours aux preuves scientifiques (qu’elle était déjà incapable de fournir) et se porte vers d’autres moyens d’action, au titre desquels la calomnie et l’intimidation. La chose serait seulement scandaleuse s’il elle n’était pas portée par de grands médias nationaux comme Le Monde, et ce depuis plusieurs années. Dès lors, elle est également rétrograde et dangereuse, aussi bien vis à vis du cours des progrès technologiques et scientifiques, mais également de l’intégrité morale et professionnelle des scientifiques visés. Rendez-vous à la fin du billet pour un tl;dr.

Un nouvel article ayant trait « aux OGM » à été publié sur le site du journal français Le Monde, le 8 septembre dernier. Sans surprise, le propos est conforme à la ligne éditoriale du journal sur le sujet depuis plusieurs années, ligne largement partagée dans les grands médias nationaux.

Cet article intitulé « Aux Etats-Unis, des universitaires au cœur de la guerre d’influence sur les OGM » rapporte les activités récentes d’une association américaine d’activistes anti-OGM, la USRTK, pour US Right To Know, créée en janvier 2015. Comme il me semble être généralement le cas de toute association d’activistes, celle-ci semble être aussi bruyante que peu représentative des aspirations de la population générale sur le sujet. Cet antagonisme m’a toujours semblé particulièrement patent en ce qui concernait les associations ayant trait à l’environnement et à la santé.

Afin de poursuivre son combat, l’USRTK a entamé en février une procédure administrative propre au droit américain par une procédure de FOIA (Freedom of informations request act) auprès de nombreuses universités américaines, de sorte à ce que celles-ci fournissent les mails privés de leurs chercheurs travaillant dans le domaine des biotechnologies. L’association espérait ainsi trouver des preuves de corruption et de manipulation impliquant des chercheurs du public et des industries de biotechnologie. Certaines universités ont refusé, d’autres ont accepté.

Le 5 septembre dernier, le New York Times s’est fait l’écho de cette enquête à charge dans un article intitulé « Food Industry Enlisted Academics in G.M.O. Lobbying War, Emails Show ».

L’article du Monde du 8 septembre n’est rien d’autre qu’un copié-collé de celui du NYT, sans aucun travail d’investigation supplémentaire, ni aucune critique factuelle ou mise à l’épreuve journalistique. Dès lors, les écueils de la version originale se retrouvent tels quels dans la version française.

Rappel des faits : le consensus scientifique

Pour les lecteurs qui découvriraient cette controverse médiatique à propos des OGM, il convient de rappeler très clairement que celle-ci n’existe que dans le microcosme médiatique et militant. Si celui-ci irrigue le grand public à l’écœurement, il n’en demeure pas moins diamétralement opposé à l’état du consensus scientifique sur la question à l’heure actuelle. Cette controverse n’existe pas dans le monde scientifique où les méta-analyses (la collecte, le tri et l’analyse de toutes les données sur le sujet), ne témoignent pas de dangerosité supérieure des OGM alimentaires face aux aliments issus de l’agriculture conventionnelle ou bio. Basé sur la totalité des preuves que nous avons à l’heure actuelle, ce consensus objectif est massif.

Déni des faits : l’activisme US

L’action de l’USRTK a donc spécifiquement ciblé des chercheurs du public qui avaient participé au site internet GMOAnswers, mis en place par Ketchum, la société de relations publiques de certaines firmes technologiques comme Monsanto. Ce site à pour but de répondre clairement et précisément aux questions généralement soulevées dans le grand public à propos des OGM alimentaires. La société Ketchum contacte donc régulièrement des spécialistes académiques de la question afin de fournir les meilleures réponses possibles. Rien d’anormal ni de répréhensible, mais il s’agit apparemment d’un redflag pour les activistes. Au début de la procédure, seuls 14 scientifiques étaient concernés ; ils sont aujourd’hui une quarantaine.

Le journalisme scientifique selon Le Monde

  • Une relative neutralité

Les premiers résultats de cette requête administrative sont ainsi rapportés par Le Monde :

« Salutaire opération transparence sur l’un des sujets environnementaux les plus controversés ? Manœuvre destinée à salir la réputation de chercheurs favorables aux organismes génétiquement modifiés (OGM) ? » Pure rhétorique si l’on se réfère à la position de la section Planète du monde sur le sujet des OGM depuis de nombreuses années. L’hypothèse de la « manœuvre » militante est bien vite oubliée dès le deuxième paragraphe où, sans apporter aucune preuve (tout comme l’article du NYT), Le Monde explique :

« Les courriels publiés montrent comment les firmes agrochimiques utilisent la crédibilité et l’autorité de scientifiques du monde académique dans la guerre d’influence qu’ils livrent à leurs adversaires. »

Or, parmi les quelques 4600 pages de courriels obtenues à ce jour, rien n’a jamais démontré une telle chose.

L’acharnement de l’USRTK, relayé complaisamment par le NYT lui-même docilement copié par Le Monde, s’est rapidement porté vers Kevin Folta, spécialiste en biologie végétale et responsable du département des sciences horticoles de l’université de Floride. K. Folta, de part sa spécialité scientifique, est de longue date un défenseur connu des biotechnologies végétales.

  • Le cas Folta

En dépit d’un cherry picking éhonté de l’USRTK dans la correspondance de Folta, le NYT n’a pas été capable de fournir la moindre preuve des collusions dont il semble vouloir accabler la communauté scientifique. A sa suite, Le Monde n’a pas brillé par son sens de l’investigation pas plus qu’il n’a jugé utile d’assumer la charge de la preuve. Folta s’est expliqué publiquement à propos des citations tronquées qui ont été brandies contre lui, mais face à ce type d’adversaires (les associations d’activistes relayées par des médias nationaux) et au lynchage public en préparation, autant gueuler dans le cul d’une vache.

Ces calomnies portaient notamment sur un don fait à l’université de Floride par un groupe de firmes incluant Monsanto, au profit d’un programme public de communication et de vulgarisation sur les biotechnologies porté par Kevin Folta. Alors que la procédure était légale, connue et déclarée (sans obligation pourtant, le don n’étant pas un financement de recherche et ne portant pas sur le domaine biomédical), ce à côté de quoi le NYT était déjà passé, Le Monde rapporte ainsi l’affaire :

« En août 2014, Monsanto décide de lui verser un « financement sans restrictions » de 25 000 dollars (22 000 euros) pour lui permettre de poursuivre son travail d’influence. « Je vous promets un solide retour sur investissement », écrit le chercheur. »

A en lire Le Monde, on croirait que Folta a secrètement reçu pour son propre compte la somme de 25 000 dollars en payement de son lobbying. La réalité : Folta, en tant que responsable d’un programme de communication scientifique, à accepté le don de firmes privées à un fond destiné à cette communication par l’université de Floride. Ces fonds sont faits pour recevoir ces dons, qu’ils viennent d’institutions/personnes privées ou publiques. Folta est un chercheur public travaillant dans le domaine des biotechnologies végétales dont le secteur privé est nécessairement une source de débouché et de collaboration pour lui et ses étudiants. Il est normal qu’il soit ainsi en relation avec ces firmes privées. Pour ce don, Folta n’a rien reçu à titre personnel, il n’a pas été payé, ses recherches n’ont pas été financées. Au titre de fonctionnaire, la communication et la vulgarisation sont partie intégrante de son activité et il n’est pas dédommagé pour cela. Ces 25 000 dollars versés au fond de l’université de Floride ont dès lors été utilisés pour l’organisation de conférences sur le thème des biotechnologies, indépendamment des projets de recherches de Folta. Conférences que Folta donnait déjà avant que l’université reçoive ce dont, et qui n’ont pas été modifiées après cette réception. La politique de l’Université de Floride est très claire quant à l’allocation de dons privés au profit d’un programme en particulier : « Les dons faits à l’Université de Floride ne peuvent bénéficier à un individu particulier. En conséquence, les dons faits pour soutenir une activité universitaire d’un membre spécifique de la faculté sont nécessairement faits à l’institution et ne peuvent être transférés à une autre organisation ou institution dans le cas où le membre concerné quitterait l’université ».

En clair, ce don, qui n’a profité ni à Kevin Folta ni à ses recherches, a servi à payer des déplacements, des sandwichs, et un rétroprojecteur pour les powerpoints.

Sans plus d’analyse critique et après avoir repris les allégations infondées du NYT, Le Monde explique encore :

« M. Folta se rend notamment en Pennsylvanie et à Hawaï pour être auditionné par les autorités locales sur le sujet. Il rend compte régulièrement de ses activités à l’industrie, qui prend ses frais en charge – ce qu’il omet de déclarer. »

On ne s’étonnera pas d’apprendre que ce récit à charge est une manipulation. En réalité, et comme nous l’apprennent les documents fournis par le NYT, certains voyages de Folta financés grâce aux dons privés lui ont permis de participer à des auditions publiques dans des états où la question de la labellisation des produits GM était en discussion, ou, dans le cas d’Hawaii par exemple, où la limitation des cultures GM et des pesticides était en discussion. Le NYT lui-même par les documents qu’il fournit montre que cette prise en charge des déplacements et du logement était déjà déclarée. Et même ainsi, il n’y a la aucune preuve ni même suggestion qui pourrait satisfaire le fantasme du lobby antiscience d’un chercheur corrompu (ce qui, bien entendu, peut tout à fait exister par ailleurs).

Les allégations produites par Le Monde ont depuis été balayées comme le rapporte Forbes : ces dons étaient connus, déclarés, contrôlés, et n’ont pas profité à Folta, comme l’explique le directeur de l’Institut de l’Université de Floride pour les sciences alimentaires et agricoles, Jack Payne.

  • Le cas Shaw

La cueillette aux cerises continue de plus belle lorsque, reprenant docilement sa copie américaine, Le Monde rapporte comme seul autre cas de corruption David Shaw, chercheur à l’Université d’État du Mississipi :

« Les courriels de David Shaw, vice-président pour la recherche et le développement économique de l’université du Mississippi, sont aussi tombés dans l’escarcelle d’USRTK. Au cours de la dernière décennie, ses travaux ont été financés à hauteur de 880 000 dollars (785 000 euros) par Monsanto. »

Ses travaux n’ont pas « été financés à hauteur de 880 000 dollars par Monsanto ». L’une de ses recherches portant sur le RoundUp (la formulation commerciale du Glyphosate par Monsanto) en agriculture a reçu un soutien financier de 880 000 dollards par Monsanto. Encore une fois, ce financement ponctuel est modique dans les activités et la carrière de Shaw. Comme il a déjà été dit, on pourra regretter que cet exemple, qui ne vient étayer aucune accusation de corruption, ne soit pas représentatif d’une carrière et de dizaines d’articles scientifiques publiés indépendamment et préalablement à ce financement précis. Décidément, les faits n’intéressent pas Le Monde.

  • L’équilibre journalistique

Comme en introduction, Le Monde conclut d’une neutralité toute relative en évoquant pudiquement le financement de chercheurs par l’industrie du bio :

« Reste que USRTK n’a pas procédé à des requêtes de documents ciblant l’industrie de l’agriculture biologique. Et pour cause : celle-ci est le principal financeur de l’association. Le New York Times a donc formulé des requêtes complémentaires auprès de plusieurs universités, cherchant cette fois des liens entre leurs chercheurs et des sociétés misant sur l’agriculture biologique. De tels liens existent même si, note le quotidien américain, « les dépenses en lobbying et en relations publiques de l’agriculture biologique ne représentent qu’une petite fraction de celles des sociétés de biotechnologies ». »

Doux euphémisme. L’image de David contre Goliath ne prend pas, comme on pourra le découvrir dans Forbes.

Il serait grand temps, d’abord et avant tout en ce qui concerne les sections scientifiques de leurs médias, que les journalistes abandonnent l’investigation journalistique, faite de fausse balance et de fausse neutralité, au profit de l’investigation scientifique, où seules les données solidement analysées comptent, indépendamment de ses préférences personnelles. Car c’est bien là ce qui reste de cet article : il est incapable d’étayer par des preuves la position qu’il suggère, et ignore purement et simplement l’état de l’art sur la question qui l’intéresse fondamentalement, à savoir la sécurité des OGM alimentaires. La posture scientifique ne peut être qu’étrangère et hostile à ces manières journalistiques. A quand un traitement médiatique de la négation du consensus scientifique à propos des OGM égal à ce qu’il est à propos de la vaccination ?

Les conséquences de l’obscurantisme

A l’activisme fanatique des uns et à la collaboration éhontée des autres, il ne manquait que le terrorisme : face au lynchage public et aux menaces, l’Université de Floride a décidé de rendre la somme, ce que les donateurs ont refusé. L’université a donc décidé de reverser l’intégralité à une banque alimentaire.

Si cette affaire doit avoir un mérite, c’est peut être celui de révéler la différence de perception de ce qu’est un conflit d’intérêt entre le grand public orienté par les médias activistes et les scientifiques. Dans un grand média national, un don (assez modique), au fond d’une université publique pour favoriser la communication scientifique dans un domaine en particulier est vu comme le versement à titre personnel de pots de vins à des scientifiques corrompus. Comme on l’avait déjà vu lors de l’affaire du verre de glyphosate, les scientifiques sont de très mauvais communicants, ils se défendent très mal. Et pour cause, la violence et la subjectivité des postures médiatiques et politiques ne s’accordent pas avec la science. On pourra ainsi reprocher à Folta de s’être mal défendu sur ses relations avec le secteur privé, de n’avoir pas expliqué que dans ce domaine scientifique comme dans n’importe quel autre, les relations public-privé sont courantes, normales et nécessaires (au demeurant, Le Monde n’est-il pas détenu par un trio d’hommes d’affaires richissimes ?). Les échanges de mails, les co-financements, ne sont pas des preuves de corruption. Je peux moi-même être porté à utiliser des kits de diagnostic médicaux donnés à l’université par les fabricants (l’université ne peut pas tout acheter) : il ne me viendrait jamais à l’idée de me considérer en conflit d’intérêt. Tout au plus l’entreprise donatrice serait dument et publiquement remerciée lors de la communication des activités ayant été facilitées par ce don. Et c’est ce que Folta a fait.

Ainsi, Le Monde rapporte quelques citations fumeuses soigneusement choisies et tronquées, déjà publiées par le NYT. A ce propos, Bruce Chassy, visé par l’action de l’USRTK et contacté par Le Monde aurait déclaré : « chasse aux sorcières ». « Ils explorent nos relations avec les industriels car ils ne peuvent pas contester la vérité de nos arguments ».

Ce constat semble on ne peut plus correct et pourrait être reporté sur les acteurs francophones de cette mouvance ; et pour cause, il a déjà été très bien fait par d’autres : si la science ne va pas dans le sens de l’idéologie, faisons sans la science. Alors que du côté scientifique les innovations, toujours plus porteuses de progrès continuent ; du côté activiste, de part et d’autre de l’atlantique et sous le couvert dévoyé de science citoyenne ou de veille citoyenne, les forces obscurantistes sont à l’œuvre. Heureusement, aussi bruyants que puissent-être les lobbys et leurs chantres médiatiques, quel que soit le bord considéré, le consensus scientifique reste hors de leur porté.

Le public et le décideur politique eux, sont hélas aisément trompés. On a vu en France comment l’action violente et la désinformation avaient gravement pu nuire à la recherche publique en biotechnologie. Alors même que le milieu scientifique peine à se faire entendre auprès du grand public, il serait tout à fait scandaleux et dommageable que les programmes de communication subissent les mêmes pressions rétrogrades. La seule arme des scientifiques, et a fortiori des sceptiques, reste la communication basée sur l’état de l’art, car seules les preuves comptent. Des collusions, corruptions et manipulations pourront être exposées de part et d’autre si elles existent vraiment, les preuves sur la question de fond, elles, resteront. Les menaces physiques, le saccage, l’intimidation judiciaire, les lynchages publics, les manipulations médiatiques, sont les armes de nos adversaires. La posture intellectuelle des deux partis nous oblige à combattre nus et les mains liées face à un adversaire en armes.

Nous laisserons-nous pour autant démembrer par ces nouveaux parabalanis ?

Too Long ; Didn’t Read … (tl;dr)

  • L’USRTK, association activiste anti-OGM américaine a entamé une procédure administrative contre des chercheurs du public en biotechnologies
  • Cette procédure met en lumière des relations industrie-chercheurs saines et légales
  • Les dons reçus étaient légaux et déclarés, Kevin Folta n’a reçu aucun payement personnel de l’industrie
  • Les dons prenaient en charge le défraiement de conférences, Kevin Folta n’a pas été payé pour faire du lobbying ni de la recherche
  • L’aide financière reçue ponctuellement par David Shaw de la part de l’industrie est légale et déclarée
  • Ces faits sont couverts de façon biaisée et sans fact checking par Le Monde
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OGM = Danger, les preuves scientifiques

LA VERITE SUR LE ROUNDUP, HERBICIDE, MAÏS BT, COTON BT, SOJA BT, SUPERWEED, CONTAMINATION, MONSANTO, PESTICIDE, BIODIVERSITE, EQUUS TROJANUS !!!

Figure 1 Image tirée du documentaire intitulé « GMO OMG » de Jeremy Seifert, reviewé sur ce lien.

Très souvent, dans le milieu des opposants aux OGM, j’entends dire qu’on n’a pas assez de preuves scientifiques sur les dangers des OGM, qu’on ne sait pas, qu’il n’y a pas d’études, qu’on n’a pas prouvé l’innocuité des OGM, etc.. Mais les camarades qui disent cela se trompent lourdement. En réalité, la documentation scientifique sur les dangers des OGM est énorme. Ceci s’explique par le fait que les OGM sont les produits biologiques les plus suivis au monde depuis 30 ans. Aussi, on cumule les données observationnelles et expérimentales. Il existe des milliers d’études sur les OGM, et des centaines d’entre elles évaluent leur danger. Bien entendu, une partie de ces études est financée par l’industrie. Mais au moins autant sont entreprises par des universitaires sur des budgets de la recherche publique.

De fait, les articles scientifiques indépendants de l’industrie et posant la question des dangers des OGM sont légions. Depuis les premiers travaux sur les OGM jusqu’en 2006, 31 848 articles scientifiques avaient été publiés sur le sujet. Le problème est que l’évaluation des dangers des OGM repose sur une approche multidisciplinaire, ce qui a tendance à diluer la visibilité de telles recherches déjà dans le domaine scientifique, mais encore plus auprès du grand public. Un journal peer review spécifique ainsi qu’une base de données dédiée à ces recherches ont donc été créés.

Le consensus scientifique sur le danger des OGM est très clair, comme il a pu être mis en évidence par une revue bibliographique sur tous les articles scientifiques publiés entre 2002 et 2012, soient 1783 articles comprenant des travaux de recherche et d’autres revues bibliographiques.

Nicolia et al., 2013
Nicolia et al., 2013

On peut voir que les études portant sur les dangers des OGM sont assez bien balancées entre les interactions OGM-environnement (47,5%) et les interactions OGM-humains (43,2%). A l’intérieur de ces deux grandes catégories, plusieurs thèmes sont abordés.

Les dangers pour la biodiversité

C’est le thème le plus fouillé par les scientifiques (68,4%) dans la catégorie des interactions OGM-environnement. On commence donc à connaître beaucoup de choses sur les dangers des OGM pour la biodiversité.

Comme vous le savez, la plupart des Plantes Génétiquement Modifiées (PGM) le sont pour devenir résistantes à des herbicides, comme le Roundup, ou pour produire des toxines insecticides, comme les semences Bt. Les scientifiques évaluent donc en permanence les dangers que cela peut représenter aux travers de données observationnelles et expérimentales.

La littérature évaluant ces dangers pour la faune, qu’il s’agisse des oiseaux, serpents, insectes non ciblés par les insecticides, microfaune du sol, etc., est extrêmement importante. Une revue de cette littérature montre bien les quantités de preuves sur les dangers des OGM : rares ou inexistantes. Les impacts négatifs qui ont pu être mis en évidence ont par ailleurs été critiqués pour leur faiblesse statistique et leurs extrapolations abusives.

Les OGM-herbicides et insecticides provoquent naturellement une baisse de la biodiversité au regard des cibles de ces pesticides. C’est en effet parfaitement logique et le même résultat est attendu en agriculture conventionnelle ou bio. Quel que soit le moyen de lutte utilisé, il conduit nécessairement à la diminution des cibles dans la zone d’utilisation. Cela démontre simplement l’efficacité de ces méthodes. Il est notable de constater que cette baisse de la biodiversité des cibles est généralement plus grande en agriculture utilisant des variétés non OGM, car les pesticides chimiques utilisés sont plus toxiques et persistants dans l’environnement. A ce propos, l’utilisation des « pesticides OGM » a permis une très large diminution de l’utilisation des pesticides chimiques conventionnels dans le monde, et donc une importante réduction de la pollution.

Le danger que représentent les OGM en termes d’apparition de plantes résistantes aux herbicides, les superweeds, ou d’insectes ravageurs résistants aux insecticides sont également bien évalués. Mais en réalité, ces problèmes bien connus ne sont pas spécifiques aux produits OGM. La théorie de l’évolution nous apprend effectivement que la pression sélective continue sur les individus, provoque nécessairement une adaptation continue. Ainsi, il semble peu probable qu’une solution de lutte contre un nuisible biologique ne soit jamais définitive. Il s’agit alors d’établir une gestion intelligente de différentes méthodes de lutte combinées pour éviter l’apparition de résistances. C’est ce qu’on appelle la course à l’armement. Ces dangers sont exactement les mêmes en agriculture conventionnelle ou biologique. Ils ne représentent pas une spécificité des OGM. Les techniques de l’un ou l’autre mode d’agriculture peuvent très bien être utilisées de manière combinée de sorte à réduire à la fois les pollutions et les risques de résistance.

En conclusion sur les dangers des OGM pour la biodiversité, il est notable de constater que les craintes communément soulevées ne sont pas justifiées. En outre, la diminution de la pollution grâce aux champs OGM est favorable à la biodiversité. Clairement, cette pratique ne présente aucune différence néfaste avec celles utilisées traditionnellement par l’homme depuis le Néolithique.

La contamination

Des plantes non OGM peuvent fertiliser des plantes OGM et vice-versa. Ceci se passe en permanence dans la nature entre des plantes non OGM. On appelle ça la reproduction. Lors du processus de reproduction, des gènes sont échangés et transmis aux générations suivantes. On parle de flux de gènes, processus improprement appelé « contamination » par les opposants, durant lequel des transgènes peuvent circuler et se fixer dans une population de plantes sauvages par introgression. Dans la littérature sur les dangers des OGM, les flux de gènes représentent 31,6% des publications relatives aux interactions OGM-environnement. C’est clairement un sujet très chaud qui est suivi sans relâche et dont le nombre de publications est en augmentation depuis 2006. Beaucoup de personnes craignent que ce flux de gènes soient nocifs. Qu’en est-il réellement ?

Beaucoup de facteurs conditionnent une telle possibilité : le mode de reproduction des plantes OGM, la présence ou non à proximité de plantes sauvages sexuellement compatibles, et la viabilité de tout hybride potentiel. Plusieurs exemples d’introgressions de ce genre ont déjà été documentés. Ce danger est bien connu. Plusieurs stratégies combinées existent pour le limiter : la stérilité des plans mâles, la désynchronisation de la floraison, l’introduction de gènes défavorables… Mais aucune de ces méthodes seule n’est totalement efficace pour interdire l’introgression d’un transgène dans une population sauvage.

Quoi qu’il en soit, le suivi intensif de ces dangers n’a encore jamais détecté d’effets défavorables de l’introgression d’un transgène dans une population sauvage. Par ailleurs, et exactement comme je l’ai dit plus haut concernant l’apparition de résistances, ce problème n’est absolument pas spécifique aux OGM. Il existe de nombreux exemples documentés d’hybrides non OGM naturellement invasifs et d’apparitions de résistances aux herbicides dans des populations sauvages sous l’effet de mutations aléatoires et naturelles.

Pour produire des plantes OGM, il est souvent nécessaire de recourir à un gène de résistance aux antibiotiques qui agit comme marqueur dans les cultures cellulaires, de sorte à pouvoir sélectionner uniquement les cellules porteuses du transgène et a fortiori résistantes à l’antibiotique. Il est donc raisonnable de penser que ce gène de résistance aux antibiotiques, transféré jusque dans le PGM final, puisse in fine passer dans le sol lors de la dégradation des restes végétaux et entrer en contact des bactéries du sol. Or, on sait parfaitement que les bactéries sont naturellement capables d’intégrer à leur génome de l’ADN exogène rencontré dans leur environnement. C’est ce qu’on appelle le transfert de gène horizontal. Le danger, bien entendu, serait alors que des bactéries intègrent ce gène de résistance aux antibiotiques, et que l’on se retrouve avec des bactéries ultra pathogènes et résistantes.

Cependant, les investigations menées en laboratoire jusqu’à présent montrent que cette intégration se fait à un rythme extrêmement lent, alors que les expérimentations en plein champ n’ont pu montrer aucune preuve de ce phénomène.

De plus, dans le cas apparemment très improbable où un tel scénario arrivait, cela n’affecterait pas les populations de bactéries déjà présentes dans le sol et naturellement résistantes aux antibiotiques, ni n’impliquerait de risques additionnels pour les humains ou les animaux.

Le génie génétique prévoit en outre l’utilisation d’autres types de marqueurs génétiques que des gènes de résistance aux antibiotiques, et l’élimination de tous les gènes non désirés en bout de chaîne dans le génome final de la plante OGM.

En conclusion sur les risques de contamination, nous pouvons dire qu’ils sont tout à fait identiques à ceux de l’agriculture conventionnelle et biologique traditionnellement pratiquées. Le terme de « contamination » est en fait scientifiquement inexact, et ne fait que décrire un processus naturel non dangereux.

Les dangers pour les hommes et les animaux

L’équivalence en substance recouvre un aspect crucial de l’évaluation des risques liés aux OGM. L’équivalence en substance est la procédure stricte de vérification des effets créés par le transgène introduit dans un OGM. Cette procédure implique la comparaison de l’OGM avec la même plante non transgénique, possédant le même génotype moins le transgène. L’équivalence en substance, n’est donc absolument pas, comme on peut le lire sur le web, une norme attribuée gratuitement. C’est une procédure fondamentale de vérification de la conformité nécessaire à l’autorisation de mise sur le marché.

Cette procédure suit deux grandes étapes. D’abord, l’OGM est testé pour ses propriétés agronomiques, morphologiques et chimiques, telles que ses micro et macronutriments et ses protéines toxiques. Cette étape fixe la nécessité ou non de poursuivre des analyses sur les qualités nutritives de l’OGM. Tout écart qui tombe dans la variabilité naturelle de la plante non OGM est logiquement considéré comme sûr. Cette procédure est validée et reconnue internationalement. Si des différences ne recouvrant pas la variabilité naturelle de la plante non OGM sont détectées, elles doivent être analysées pour évaluer leur danger.

Cette procédure a été utilisée jusqu’à maintenant, et atteste donc de l’équivalence des plantes OGM avec leur version non OGM moins le transgène intégré. C’est ainsi que l’on sait que toutes les PGM mises sur le marché sont équivalentes à leur forme non OGM. Il ne s’agit pas d’une décision arbitraire.

L’équivalence en substance est fondamentale dans toute étude de conformité de produits OGM et est l’objet d’un consensus scientifique sans équivoque.

Il est notable que la littérature scientifique portant sur l’équivalence en substance est essentiellement composées des recherches produites par les firmes de biotechnologie. Ce constat est logique, dans la mesure où la puissance publique exige que les compagnies privées financent elles mêmes la mise aux normes des produits qu’elles souhaitent mettre sur le marché. Sans quoi, le contribuable devrait s’attendre à financer ces études, de sorte à ce qu’il se retrouve à payer les compagnies privées pour lui vendre des produits, et donc passer à la caisse deux fois. Bien que financées par les compagnies, ces procédures de conformité doivent être soumises au contrôle des instances de régulation publiques.

Depuis 2009, de plus en plus de procédures de contrôle, basées sur des tests d’équivalence non ciblés, en termes de transcriptomique, protéomique et métabolomique, se multiplient. Ces méthodes sont en cours de développement et ne sont pas encore harmonisées internationalement, de sorte à ce qu’on ne puisse pas encore en retirer des données utilisables. En l’état, le principe d’équivalence en substance reste une base très solide aux procédures de contrôle. Mais les transgènes et leurs produits sont bien entendu contrôlés eux aussi.

En conclusion sur l’équivalence en substance, nous pouvons dire qu’il s’agit d’un processus fiable et internationalement reconnu pour s’assurer par des analyses rigoureuses que le produit OGM est strictement identique au même produit non OGM. L’analyse du transgène est logiquement réalisée à part entière, en plus de l’équivalence en substance.

Les dangers pour la consommation représentent une part très importante de la littérature scientifique sur le sujet. Leur proportion par rapport aux autres thèmes reste constante, mais un pic de publication à ce sujet a été observé en 2008, à la suite de la ferveur scientifique occasionnée par les recherches expérimentales publiées par les compagnies en 2006.

Les dangers supposés des OGM pour la consommation peuvent se regrouper en trois aspects : l’innocuité du transgène inséré et de sa transcription en ARN, l’innocuité de la protéine transcrite par le transgène, et l’innocuité des changements attendus et inattendus sur les cultures. En d’autres termes, l’ADN transgénique et les protéines qu’il fabrique peuvent-ils être toxiques et mauvais pour la santé ?

Concernant l’innocuité de l’ADN, il faut savoir que celui-ci est contenu dans le régime alimentaire normal, qu’il soit issu de l’agriculture conventionnelle ou biologique, de sorte à ce que chaque humain consomme entre 0,1 et 1 gr d’ADN par jour quelle que soit sa diète. Cet ADN peut être détruit par la digestion, activer le système immunitaire, ou promouvoir la formation de biofilm bactérien. Des inquiétudes sont régulièrement soulevées quant à la possibilité pour un transgène de transférer une résistance antibiotique aux bactéries entériques selon les principes expliqués plus haut à propos des bactéries du sol, ou quant à sa translocation et accumulation dans le corps humain. Il est nécessaire une nouvelle fois de remettre les choses dans leur contexte.

D’abord, ce mécanisme n’est pas propre à un gène venant d’OGM. Ensuite, un transgène est totalement dilué dans la masse de l’ADN ingéré naturellement, à hauteur de 0,00006% à 0.00009%, et est digéré comme n’importe quelle autre partie de l’ADN. Par ailleurs, la préparation de la nourriture, cuisson, friture, ébullition, dégrade déjà préalablement les molécules d’ADN, transgénique ou pas, avant même leur ingestion. On sait expérimentalement que le transfert horizontal de transgène par les bactéries entériques des humains et des animaux est quant à lui rarissime. Si le scénario du pire arrivait, il est a noter que la résistance antibiotique utilisée pour les PGM ne représente pas de danger pour la santé des humains et des autres animaux. Il arrive naturellement que des molécules d’ADN passent la barrière intestinale lors de la digestion, mais ce phénomène n’a été observé que dans de très rares cas où un très grand nombre de copies d’un même gène se trouvait présent et dont des exemplaires étaient retrouvés dans des tissus et des organes de différents animaux ainsi que du lait de vache. Chez les humains, on a déjà pu observer le passage à travers la paroi intestinale d’un gène de lapin se trouvant dans un très grand nombre de copies. Le passage d’un transgène à travers la paroi intestinale à déjà pu être observé également, notamment chez le cochon et la truite arc-en-ciel, mais en micro quantités et avec de forts soupçons de contamination croisée lors des analyses. Dans la majorité des études conduites jusqu’à présent, il n’a pas été possible de retrouver des fragments de transgènes dans aucun produit animal dérivé. Il n’existe encore aucune preuve à ce jour de passage d’ADN à travers la paroi intestinale et d’intégration de celui-ci au génome des cellules de l’organisme hôte.

Clairement, l’ADN transgénique ingéré par la consommation d’OGM ne diffère en rien, intrinsèquement ou physiquement de n’importe quel autre ADN non transgénique déjà présent dans l’alimentation et n’implique aucun risque supérieur à l’ingestion de n’importe quel autre ADN non transgénique, qu’il vienne de produits de l’agriculture conventionnelle ou biologique.

Quand aux inquiétudes sur l’ingestion de transcrit ARN transgénique, les observations sont les mêmes que celles qui viennent d’être faites à propos de l’ADN. Un unique cas original est en cours d’investigations supplémentaires.

L’ADN transgénique induit pour la PGM recevant le transgène, la biosynthèse d’une protéine transgénique. On peut raisonnablement poser la question de la toxicité de telles biomolécules. L’innocuité de celles-ci est investiguée de diverses manières : des analyses bioinformatiques pour évaluer leur similarité avec la listes des substances toxiques et allergènes actuellement connues ; leur stabilité face au pH et à la température ; leur digestibilité in vitro via des fluides gastriques de mammifères (et donc la perte de leurs éventuels pouvoirs allergènes) ; leur niveau d’expression et d’absorption alimentaire afin d’évaluer l’exposition humaine et animale ; des tests de toxicité aigüe et chronique chez des rongeurs en utilisant la protéine transgénique purifiée afin de prédire les éventuels risques de toxicité chez les humains.

Le détail de ces analyses doit nécessairement être fourni aux autorités de régulations avant toute autorisation de mise en vente sur le marché. Ces données ne sont en revanche pas nécessairement publiées en outre dans des journaux scientifiques. Cette tendance tend cependant à s’inverser ces dernières années par la prise de conscience des compagnies de la nécessité de plus grande transparence. Il n’existe pas actuellement de preuves scientifiques d’effets toxiques ou allergiques. Les inquiétudes soulevées en 2007, 2009 et 2012 ont très vite été estompées par la très faible qualité des études qui en étaient à l’origine. Seuls deux cas d’effets allergiques sont connus à ce jour, l’un concernant un soja OGM qui n’a donc pas été mis sur le marché, et le cas jamais confirmé du maïs Starlink.

En conclusion sur les risques d’allergie et de toxicité à la consommation, nous pouvons dire que ceux-ci sont strictement et rigoureusement évalués par plusieurs batteries de tests très pointus. Les OGM sont les seuls aliments à ainsi faire l’objet de telles procédures de contrôle, et sont en cela beaucoup plus sûrs que les aliments bio qui ne sont eux jamais contrôlés. Les seuls risques connus n’ont logiquement jamais passé les premiers tests de conformité et n’ont jamais été développés.

Conclusion

Le nombre de repas consommés par des animaux nourris aux OGM depuis leur introduction il y a 20 ans, avoisine les deux trillions (soient 2 000 000 000 000 000 000, soient deux milliards de milliards, soient deux millions de millions de millions de repas). Ces données observationnelles absolument gigantesques, en plus des données expérimentales, n’ont jamais donné lieu à la moindre preuve de danger représenté par les OGM mis sur le marché. Sur les 9 milliards d’animaux d’élevage destinés à l’alimentation produits annuellement aux USA et suivis sur la période 1983-2011, strictement aucune différence n’a jamais été observée à partir de l’introduction des PGM dans l’alimentation de ces animaux en 1996, soient plus de 100 milliards de bêtes élevées depuis cette introduction et nourries à 95% d’OGM. Il est notable que la moindre crise épidémique apparue à la suite de l’introduction des OGM aurait immédiatement été détectée. Dans un tel scénario, les bêtes tomberaient malades à travers le monde par centaines de milliers. Il suffit de voir l’effet des épizooties infectieuses pour se rendre compte de ce que devrait être le moindre signal épidémique. Les données expérimentales de toutes sortes, dont de nombreuses études sur la toxicité à long terme (de 110 à 728 jours, jusqu’à 10 générations), n’ont pas montré de signes d’impact sur la santé des animaux ni de différence dans la valeur nutritive de cette alimentation en comparaison de leur équivalent non OGM.

En face de cela, une poignée d’études massivement dénoncées pour leurs nombreux biais et leur qualité exécrable continuent de retenir l’attention des médias grands publics qui passent sous silence les centaines d’autres études existantes sur le sujet et faisant consensus.

La revue de la littérature scientifique ne serait-ce que de ces dix dernières années (les OGM sont en développement depuis 30 ans), témoigne de ce consensus de sécurité et de suivi permanent pour tous les aspects de la question : impact sur l’environnement, impact sur l’homme et les autres animaux, traçabilité… Il est notable de constater, année après année, que chaque motif d’inquiétude dans le grand public est suivi par un regain de production scientifique à ce propos, comme ça a été le cas en 2011 sur les questions de biodiversité et les flux géniques soulevées par l’opinion publique. En l’état de la masse des connaissances scientifiques en perpétuel perfectionnement et accumulées depuis plusieurs décennies, la consommation d’OGM ne représente pas de danger supérieur à celui de la nourriture produite par l’agriculture conventionnelle ou biologique.

Il ne s’agit ni d’être « anti » ni d’être « pro » OGM. Ces deux positions sont irrationnelles, tout comme celle consistant au fence sitting et niant l’existence du consensus scientifique. Rationnellement, seules les preuves comptent. Le meilleur moyen à notre connaissance d’acquérir ces preuves et de les articuler logiquement reste la méthode scientifique. Or, cette méthode, grâce à des centaines de milliers de chercheurs à travers le monde, indépendants les uns des autres et acceptant de soumettre leurs résultats à la critique de leurs pairs, permet d’aboutir à un consensus scientifique. Ce consensus n’est évidemment pas définitif et est soumis aux connaissances nouvelles qui l’abreuvent en permanence. Dans le cas des OGM, le consensus, reposant sur des dizaines de milliers de publications scientifiques concordantes sur des dizaines d’années, est sans équivoque. Évidemment, cela ne veut absolument pas dire qu’il faut arrêter les contrôles et les évaluations, ni mêmes abaisser leur qualité. L’objectif de la recherche scientifique est bien le contraire : toujours augmenter la masse de connaissances et la rigueur de leur analyse. Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas décemment prétendre que ces données n’existent pas ou seraient trop peu nombreuses pour savoir.

Paradoxalement, ces questions pourraient bénéficier d’une activité scientifique encore plus importante si ce n’était l’opposition virulente sinon violente d’une fraction de l’opinion aux expérimentations publiques en plein champ. Cette double position des cercles militants à exiger plus de recherche publique tout en la vandalisant est absolument mortifère pour la science et le progrès technologique et humain. Il est inconcevable que les contributions humanitaires de la recherche publique en biotechnologie soient vandalisées et retardées par des groupes de pression militants sans motifs valables au péril et au plus grand mépris de populations nécessiteuses.

Tout aussi paradoxalement, les réglementations européennes qui planent sur l’ingénierie génétique sont extrêmement lourde. Ceci n’est pas fondamentalement mal. Mais cet état contribue de facto à empêcher au secteur public et aux startups d’émerger et de faire contre poids aux géants américains. Là encore, une double position ubuesque.

Cet état de fait est probablement la conjonction d’interactions complexes entre des phénomènes sociologiques, psychologiques, politiques, et de non représentation du consensus scientifique auprès du grand public. Tous ces facteurs doivent être pris en compte pour un débat constructif à propos de l’utilisation des biotechnologies à l’avenir. L’amélioration de la communication scientifique, une meilleure visibilité du consensus, et une présentation non biaisée de celui-ci dans les médias de masse, pourraient clairement changer la donne, comme ça a été le cas récemment au Royaume-Uni pour le lancement de champs de blé expérimentaux.

Si ce tour en poney GM vous a plu et que vous en avez retiré quelque chose, n’hésitez pas à le diffuser largement.

Biotechnologies et OGM : à quoi ça sert ?

*ainsi que quelques considérations sur le positionnement sceptique scientifique et la complémentarité du debunking et de la vulgarisation de tels sujets dans la communauté skepti…

J’essaie de relayer sur ce blog du contenu sceptique sur les sujets polémiques relatifs aux sciences de la vie et sciences médicales. Nécessairement, l’actualité dicte d’une certaine façon les sujets et les proportions dans lesquelles ils sont relayés. Dernièrement, la polémique « glyphosate » à nécessité quelques remises au point concernant les faits. Il peut en ressortir, indéniablement, une impression de circuit fermé, de caisse de résonance, comme le soulignait encore dernièrement Steven Novella sur NeurologicaBlog, (traduction ici), et qui n’est absolument pas l’apanage des communautés de tenants. Tomber dans cet écueil n’est évidemment pas la vocation de ce blog.

Face à ce type de polémique, la position sceptique la plus solide n’est pas d’être « pro » ou « anti ». Ces concepts sont des non sens, et faire du militantisme caricatural dans un sens ou dans l’autre ne participe pas à la compréhension intelligente de la problématique. Cette position sceptique ne consiste pas non plus à pratiquer le fence sitting (position probablement la plus pernicieuse, quel que soit le sujet), en invoquant le sophisme du faux équilibre et en faisant comme si le consensus scientifique n’existait pas (c’est par exemple particulièrement le cas sur un sujet comme l’homéopathie). En cela, je souscris totalement à la position expliquée par Marc Robinson-Rechavi dans l’épisode 169 de Podcast Science. Ce podcast vaut largement la peine d’être écouté intégralement, quelle que soit votre position sur le sujet.

Pour toute compréhension intelligente d’une problématique, il faut néanmoins accepter de faire l’effort de l’acquisition de quelques connaissances fondamentales sur le sujet. Or, ce débat n’a réellement cours qu’au sein de l’opinion publique, alors que le consensus scientifique semble rester stable sur la question. La tendance naturellement précautionniste de certains scientifiques peut s’entendre, mais la régulation est tellement minutieuse qu’elle est déjà jugée trop pesante par une partie de la communauté. Par ailleurs, ce précautionnisme n’enlève rien au consensus de la communauté dans son ensemble en dépit de certaines nuances portées sur les bénéfices de certaines cultures OGM.

Dans ces polémiques publiques, qu’il s’agisse d’interventions télévisées, radiophoniques, ou de discussions facebook, je suis toujours surpris par le néant abyssal qui semble constituer le socle de (non)connaissances des différents intervenants pourtant extrêmement sûrs de leurs positions. Du point de vue de l’honnêteté intellectuelle, peut-on intervenir et exprimer des avis catégoriques sur un sujet de ce type avec moins de connaissances scientifiques qu’un collégien de classe de 5e ? Mais encore, peut-on légitimement pester contre ce manque de connaissances si on ne participe pas soi-même à la diffusion des dites connaissances ?

Le debunking seul n’a pas grand sens si on ne propose pas dans le même temps de la connaissance fondamentale susceptible de prévenir la nécessité de debunking à l’avenir. C’est la vague histoire d’un gars à qui on apprend à pêcher plutôt que de lui donner des poissons, vous vous souvenez ? Ici, le poisson c’est le debunking, et la pêche, c’est les connaissances fondamentales. Aussi, on parle énormément des biotechnologies dans les médias, notamment les réseaux sociaux, mais je n’ai pas l’impression que ceux qui en parlent ou qui reçoivent ces informations comprennent réellement ce qu’ils disent et ce qu’ils entendent.

En les écoutant, j’ai personnellement le sentiment que les biotechnologies et les OGM, c’est quelque chose d’obscure et de mal, une sorte de souillure à la face d’une Déesse Gaïa idéalisée dans des envolées quasi christiques et millénaristes. Alors que de véritables Parabalanis verts détruisent des biens publics, je vois par exemple très souvent revenir des propos reposant sur la crainte de dévoiement des biotechnologies, et exigeant leur censure préalable et définitive. Ce type de position imagine beaucoup de choses quant à ce à quoi pourraient servir les biotechnologies, mais ne juge apparemment pas utile d’interroger ce à quoi elles servent vraiment, immédiatement, dans le monde réel. Sur la question de l’exigence de censure préalable de domaines scientifiques et techniques entiers de la part de certaines fractions de l’opinion publique, je reviendrai probablement ultérieurement. Avant donc de diffuser quelques informations d’ordre technique, je souhaite revenir sur les interactions multiples entre les biotechnologies et notre vie de tous les jours. Clairement, les biotechnologies et les OGM, à quoi ça sert.

Donc ce billet ne porte pas sur les problématiques politiques corrélées, mais non spécifiques aux OGM. Ce billet présente simplement les grands champs d’applications scientifiques et techniques de ce qu’on appelle mystérieusement « les biotechnologies », et a fortiori comment elles influencent notre vie de tous les jours.

Volontairement, je ne vais pas soulever les questions d’éthique relatives à chaque point. J’aimerai que le lecteur, quelle que soit son affinité préalable avec le sujet, parvienne à se formuler ces questions lui-même. Dans un second temps, je produirai un billet relatif à ces questions.

Les applications médicales

Les biotechnologies permettent l’identification de gènes dont les mutations sont responsables de maladies génétiques chez l’humain. Cela pourrait aboutir à de nouvelles avancées concernant le diagnostic et la prévention de ce type de maladies. La sensibilité génétique des individus joue également sur le développement de maladies non génétiques, comme le SIDA et l’arthrite, et toutes les maladies qui influencent l’expression génétique des cellules de l’organisme qui sont touchées. Toutes ces activations ou inactivations de gènes qui entrent en jeu dans un processus pathologique, représentent autant de cibles potentielles pour des traitements curatifs et préventifs de maladies gravement délétères. Pour rappel, le SIDA est l’une des trois premières causes de mortalité infectieuse dans le monde, avec 1,5 millions de décès en 2012 et 2013 et le VIH est l’agent infectieux le plus mortel au monde actuellement (pour rappel également, les personnes atteintes sont si affaiblies par le SIDA que c’est une autre infection opportuniste, habituellement bénigne, qui les tue). Aucune voie thérapeutique prometteuse n’est alors à négliger.

Diagnostics et traitements

Depuis quelques années, les biotechnologies ont permis de séquencer le génome du VIH. Or, sur la base de ce séquençage, on peut dorénavant amplifier (détecter) ce génome dans des échantillons de sang ou de tissu d’un patient.

Cette méthode de détection, qu’on appelle l’ACP (Amplification en Chaîne par Polymérase) permet de cibler des zones clef du génome d’un patient dont on sait qu’elles peuvent porter des mutations responsables de maladies génétiques. On peut ainsi détecter les mutations responsables de l’anémie falciforme, de l’hémophilie, de la mucoviscidose, de la maladie de Huntington, de la myopathie de Duchenne. De fait, on peut prévoir le développement de ces maladies chez un individu avant même l’apparition des premiers symptômes. On peut même le savoir pour un enfant avant sa naissance. Les possibilités de prévention thérapeutique sont ainsi immenses.

La détection de petites séquences ADN mutées permet de prévenir les risques accrus de cardiopathies, Alzheimer et cancers. Cependant, ces indications ne sont que des corrélations, et elle ne permettent pas de faire des prédictions absolues.

Par l’analyse de nombreux gènes chez les femmes touchées par le cancer du sein, on a ainsi pu montrer l’implication du mode d’expression de 70 d’entre eux dans l’apparition de la maladie. L’analyse de l’expression génique permet aux médecins et aux patients (un faible pourcentage d’hommes est aussi touché par le cancer du sein) de se reposer sur des informations valables quand vient le moment de choisir un traitement.

A l’avenir, ces techniques pourraient permettre le développement d’une véritable médecine personnalisée, où chaque patient pourrait connaître dans le détail ses propres facteurs de risque, et ainsi juger des meilleures mesures préventives à prendre pour sa santé.

La thérapie génique

Cette méthode consiste à réparer un gène défectueux à l’origine d’une maladie chez un patient. Il faut que la maladie n’ait pour origine qu’un seul gène défectueux, ce qui est plutôt rare, mais il est théoriquement possible de remplacer le gène responsable de la maladie par sa forme bénigne. Une première étude a été réalisée en France en 2000, pour 10 enfants souffrant de Déficit Immunitaire Combiné Sévère et traités par thérapie génique. Dans les deux ans, neuf d’entre eux présentaient une amélioration importante et définitive de leur état. Depuis, trois des enfants ont souffert d’une leucémie, et l’un d’eux en est décédé. On a aussi traité avec succès par thérapie génique des cas de cécité progressive et de dégénérescence du système nerveux.

Il est clair que ces perspectives thérapeutiques sont extrêmement stimulantes. Mais elles ne portent encore que sur très peu de cas, en terme de pathologies et de nombre de patients traités. L’optimisme doit donc rester extrêmement prudent.

La biopharmacie

L’utilisation des plantes médicinales est extrêmement ancienne. Dans les temps modernes, l’industrie pharmaceutique est née en parvenant à isoler des molécules biologiquement actives contenues dans les plantes. En 1897, la société Bayer a mis sur le marché l’acide acétylsalicylique, c’est-à-dire l’aspirine, qui était la forme synthétique de l’acide salicylique produit dans l’écorce de saule blanc. Ce « tout synthétique » n’a pas touché certains médicaments contre le cancer par exemple, comme le taxol, la vinblastine et la vincristine, provenant tous de sources végétales. Un retournement historiquement intéressant voit maintenant l’industrie pharmaceutique s’intéresser de nouveau à la production végétale grâce aux biotechnologies et aux OGM.

En 1990 a été produite la première protéine humaine produite par des plans de tabac et de pommes de terre OGM, la sérumalbumine. Depuis, plus de 20 protéines thérapeutiques ont été produites par des plantes OGM. Paradoxalement, le grand public semble ignorer qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’un revirement de l’industrie pharmaceutique du synthétique vers le bio grâce aux OGM.

Les biotechnologies permettent de fabriquer des petites molécules utilisées comme des médicaments. L’un de ces médicaments est l’imatinib, qui a permis la rémission durable et presque complète des patients souffrant de leucémie myéloïde chronique. On a aussi utilisé le même type de médicaments pour traiter avec succès certains cancers du sein et du poumon. Cette voie thérapeutique reste pour l’instant restreinte aux cancers dont les développements moléculaires sont suffisamment bien connus.

Ces produits pharmaceutiques protéiques sont fabriqués dans des cultures cellulaires, technique permise par les biotechnologies. Parmi les premières substances pharmaceutiques ainsi fabriquées, l’insuline et l’hormone de croissance humaine ont simplifié la vie de nombreux malades. L’insuline produite selon ces méthodes permet le traitement de plus de 200 millions de personnes à travers le monde. L’hormone de croissance quant à elle est une bénédiction pour les enfants atteints de certaines formes de nanisme par un déficit de production de cette hormone. Le tPA est un autre de ces médicaments, qui, s’il est administré suffisamment rapidement après une crise cardiaque, permet de dissoudre les caillots sanguins et réduit le risque d’une rechute. Pour rappel, les cardiopathies sont la première cause de mortalité dans le monde actuellement.

Parfois, pour assurer la production de suffisamment de médicaments, il est possible de les faire produire directement par des animaux. Pour cela, on transfère un gène provenant d’un animal dans le génome d’un autre, souvent d’une espèce différente, qui est alors dit transgénique. Il faut pour cela intégrer le gène d’expression recherchée dans un ovocyte de l’espèce réceptrice (et productrice) du médicament. L’ovocyte ainsi muni de son transgène est implanté chirurgicalement chez une mère porteuse de la même espèce. L’animal à naître, sera donc transgénique et exprimera son nouveau gène « étranger ». Les animaux deviennent alors de véritables producteurs de médicaments pour les hommes (ou pour d’autres animaux). On a par exemple inséré le gène codant pour une protéine sanguine humaine chez des chèvres, de sorte à ce que celles-ci fabriquent cette protéine, l’antithrombine, dans leur lait. Les très grosses quantités de protéines ainsi produites sont par ailleurs beaucoup plus faciles à purifier que si elles étaient produites par culture cellulaire. Les patients souffrants d’un déficit de production de cette protéine et sujets à la formation de caillots dans leurs vaisseaux sanguins peuvent ainsi être traités efficacement grâce à ces chèvres transgéniques productrices de médicaments. Évidemment, les animaux producteurs ne sont pas choisis au hasard. En l’occurrence, les chèvres se reproduisent plus vite que des bovins, et produisent plus de protéines du lait que d’autres mammifères à la reproduction plus rapide comme les lapins. Le choix des animaux « pharmaceutiques » repose donc sur le meilleur compromis. Les protéines produites par les animaux pharmaceutiques peuvent parfois êtres légèrement différentes de leur version humaine. Il est donc nécessaire de les tester minutieusement pour s’assurer que les patients ne souffriront pas d’effets secondaires allergiques ou d’autres contaminations.

Campbell, 2009
Campbell, 2009

Les enquêtes judiciaires

Vous connaissez Les Experts, NCIS, Bones ? Au-delà de la vision très fantasmée et US-fan de ces professions, les identifications moléculaires que les héros de ces séries télé sont souvent portés à faire lors de leurs enquêtes depuis une vingtaine d’années, relèvent également des biotechnologies.

Sur les scènes de crime en effet, les experts s’appliquent à rechercher des traces organiques laissées par les criminels : sang, salive, sperme, cheveux… Il est ainsi possible de les analyser et d’identifier les groupes sanguins ou tissulaires de leur propriétaire grâce à des marqueurs protéiques. Évidemment, de nombreux individus ont des groupes sanguins ou tissulaires identiques, et ces méthodes ne peuvent servir qu’à innocenter des suspects, et non pas à prouver leur culpabilité.

Les traces d’ADN, qui est également une molécule, sont quant à elles beaucoup plus fiables, car chaque individu possède une séquence ADN qui lui est propre, sauf dans le cas de vrais jumeaux.

A l’aide de ces différents marqueurs moléculaires, les experts peuvent dresser le profile génétique d’un suspect. Le FBI utilise ces méthodes d’identification depuis 1988. Aujourd’hui, ces spécialistes utilisent des méthodes toujours plus fines et précises, en se reposant notamment sur la reconnaissance de toutes petites portions d’ADN spécifiques à chaque individu, qu’on appelle les Répétitions Courtes en Tandem. C’est très pratique, car cela permet d’identifier des individus même lorsque l’ADN est très abimé, dans le cas par exemple d’un accident quelconque où les traces moléculaires auraient consécutivement subi l’action d’un incendie et de l’eau utilisée par les pompiers pour en venir à bout. Ce sont ces méthodes qui ont été utilisées très récemment pour identifier les victimes du crash d’un Airbus A320 de la Germanwings dans les Alpes françaises. Le plus gros travail d’identification génétique jamais réalisé à suivi les attentats du World Trade Center en 2001, pour lequel plus de 10 000 échantillons de restes humains ont été comparés avec des effets personnels fournis par les familles de victimes, comme des brosses à dents, des brosses à cheveux, etc.. Près de 3000 victimes ont ainsi pu être identifiées.

Dans les enquêtes criminelles, ces méthodes permettent des comparer des échantillons de la scène de crime, du suspect, et de la victime. La probabilité pour que plusieurs personnes présentent les mêmes Répétitions Courtes en Tandem sur leur séquence ADN est si faible (de 1 sur 10 milliards à 1 sur plusieurs billions, et la population mondiale compte environ 7 milliards d’individus) qu’il s’agit d’un niveau de preuve acceptable pour valider une identification judiciaire.

Ces mêmes tests sont également utilisés dans les affaires de paternité.

La dépollution de l’environnement

Il s’agit d’utiliser la capacité de certains microorganismes à transformer des substances chimiques dont elles se nourrissent naturellement. Lors de leur digestion, ces substances sont transformées en composés beaucoup moins nocifs et/ou beaucoup plus faciles à traiter. Généralement, les besoins nutritifs de ces microorganismes ne suffisent pas à les utiliser dans des opérations de dépollution. Il s’agit alors de transférer leurs gènes codant l’expression métabolique recherchée à d’autres microorganismes produits en quantité suffisante. Ces bactéries transgéniques deviendront ainsi des agents de protection de l’environnement très efficaces. Certaines d’entre elles sont ainsi capables de digérer des métaux lourds (cuivre, plomb, nickel) présents dans leur milieu pour les transformer en composés aisément traitables comme les sulfates de cuivre et de plomb. Ces microOGM pourraient ainsi jouer un rôle de plus en plus important dans le domaine minier, dans le traitement des déchets hautement toxiques, etc.. Les chercheurs essaient de permettre à ces microOGM de dégrader les hydrocarbures chlorés. Ils pourraient être utilisés dans les stations d’épuration et les industries polluantes.

L’agronomie

Tout ce qui se trouve dans vos assiettes est le fruit de 10 000 ans de domestication par les humains. Je serai incapable de citer de tête un seul aliment couramment consommé et qui n’a pas été drastiquement modifié depuis le début du Néolithique. J’ai pu montrer dans un autre billet le cas de la forme pré-domestique du maïs, la téosinte, qui n’a plus rien à voir avec sa forme actuelle. Il s’agit directement de l’action de l’homme. Il en va de même pour toutes les variétés abusivement appelées « anciennes » (en fait très récentes), et qui étaient déjà le produit de la sélection artificielle il y a 50 ans, 100 ans, ou 200 ans. Il y a donc un non sens fondamental à opposer ce qui serait « naturel » à ce qui serait « pas naturel (produit par l’homme) », ou ce qui serait « moderne » (et mauvais) et ce qui serait « ancien » (et bon). Ces conceptions idéalisées ne correspondent à aucune réalité biologique. Prétendre que ce qui est moderne serait forcément bon, et ce qui est ancien forcément mauvais, serait tout autant un non sens.

Grâce aux biotechnologies, cette sélection artificielle, pratique ancestrale datant du Néolithique, est de plus en plus améliorée par la sélection assistée par des marqueurs moléculaires. En effet, vous savez maintenant qu’il est possible de reconnaître des zones d’intérêt très précises sur un génome. Il est donc possible de détecter les marqueurs de mutations d’intérêt dans un cheptel pour ne sélectionner à la reproduction que les bêtes rigoureusement susceptibles de présenter les traits recherchés pour la sélection. Il peut s’agir de marqueurs ADN corrélés à une production plus importante de laine chez les moutons, à une viande moins grasse chez les bovins, etc..

Il est également possible de produire des animaux et des et plantes transgéniques. Comme dans le cas de la chèvre pharmaceutique expliqué plus haut, il s’agit d’introduire un gène d’intérêt présent chez une espèce au sein d’une autre espèce. Pour des raisons techniques (de la biologie cellulaire), il est beaucoup plus facile de produire des plantes transgéniques que des animaux transgéniques. C’est la raison pour laquelle l’écrasante majorité des applications agricoles concernent des plantes génétiquement modifiées.

Ainsi, l’extrême majorité des cultures OGM actuelles à travers le monde sont des espèces végétales modifiées pour augmenter leur résistance aux herbicides et aux insectes ravageurs. Le soja modifié représente 60% de toutes les surfaces cultivée en OGM dans neuf pays, et 90% aux USA. Ces cultures initialement développées aux États-Unis se sont étendues à l’Asie. L’Europe pour sa part vient à peine d’autoriser les toutes premières commercialisations et productions d’OGM alimentaires commerciaux. Parmi les bénéfices sans précédents apportés par ces cultures OGM, la diminution drastique de l’épandage de pesticides « chimiques », la limitation des émissions de CO2 et la diminution du labour. Vous pouvez lire un précédant billet à ce propos. En Inde par exemple, on a pu insérer dans le génome de plusieurs espèces de riz un gène de résistance à la salinité de l’eau présent dans une plante de mangrove côtière. Le riz ainsi produit est capable de croître dans des rizières au taux de salinité trois fois plus élevé. Or, 1/3 de toutes les terres irriguées souffrirait de salinité excessive en raison d’une irrigation incontrôlée et de l’usage trop important d’engrais chimiques, ce qui représente une menace pour l’approvisionnement alimentaire. Ces plans de riz résistant pourraient être d’un intérêt majeur dans la prévention de ces risques.

L’exemple du riz doré

Le riz doré est un bon exemple de bénéfice public d’application des biotechnologies à la production d’OGM alimentaires. L’OMS estime à environ 200 millions le nombre d’enfants d’âge préscolaire affectés de carence en vitamine A, dont environ 5 millions sont atteints de cécité. Cette carence est particulièrement marquée dans les pays en développement où la nourriture de base est le riz.

La production d’un riz transgénique doté de gènes codant la fabrication de bêta-carotène qui se décomposera dans l’organisme en vitamine A, présente des espoirs majeurs pour faire reculer ces carences et cécités infantiles. Des chercheurs sont en effet parvenus à insérer des gènes exprimant la production de cette bêta-carotène à la surface des grains de riz venant de deux variétés de jonquilles et une espèce de bactérie. Cette nouvelle fonction métabolique, qui donne à ce riz sa couleur orangée, est un total succès en cela qu’elle n’entrave en rien sa production comme on pouvait le craindre : l’introduction de cette voie biochimique ne change en rien le métabolisme normal de la plante. Une deuxième version a été obtenue, produisant plus de bêta-carotène, en remplaçant le gène de jonquille par un gène de maïs.

Ce riz doré à été obtenu par une institution publique suisse et n’a fait l’objet d’aucun dépôt de brevet. Depuis, le riz doré a été amélioré plusieurs fois par des groupes publics et privés, et ces formes sont également disponibles gratuitement sans contraintes commerciales.

De multiples innovations de cette sorte sont actuellement en développement.

To be continued…

Je n’ai pas pu dans cette présentation parler de tous les exemples extrêmement prometteurs de différents OGM : les vaccins ADN, les vaccins en sous unité, les animaux domestiques transgéniques, les aliments bio fortifiés dont on améliore les vertus nutritives, etc.. De tous ceux là, je donnerai des exemples détaillés dans d’autres billets. Ici, il s’agit de donner une vision d’ensemble assez simple de ce à quoi servent vraiment les biotechnologies et les OGM, et la place qu’ils ont déjà dans nos vies (des milliards d’êtres humains et d’animaux) depuis des dizaines d’années : médicaments, aliments, aliments de nos aliments…

Nous n’en sommes qu’aux balbutiements d’innovations technologiques fantastiques dans les entreprises publiques de lutte contre la maladie, la pollution, la malnutrition et les inégalités de développement.

Dans cette toute jeune marche de l’Humanité vers le progrès, entamée depuis la seconde moitié du XIXe siècle, le rôle de l’institution publique, garante autant que faire se peut de transparence, de neutralité et d’équité, est de tout premier ordre dans l’application raisonnée de ces progrès scientifiques et techniques pour le bien commun.

[Trad] « Les OGM et l’environnement »

[Trad] « Les OGM et l’environnement »

Article posté sur Thoughtscapism le 22 mars 2015.

Beaucoup de gens sont inquiets à propos de l’impact que les OGM pourraient avoir sur l’environnement. C’est une inquiétude raisonnable. Les OGM augmentent-ils seulement les profits des fermiers et des compagnies de biotechnologie au dépens de l’environnement ? En ayant appris plus sur l’agriculture et l’environnement, au contraire de la peur populaire, j’ai trouvé qu’il n’y avait en fait pas de preuves scientifiques des méfaits des OGM sur l’environnement. Vous pouvez en lire plus dans ce rapport de l‘European Academies Science Advisory Council. A contrario, j’ai même appris que les biotechnologies apportent plusieurs bénéfices à l’environnement.

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Qu’à donc à y gagner l’environnement ? J’ai déjà abordé ce sujet dans mon article sur l’agriculture, les animaux et l’environnement du point de vue de l’agriculture biologique, mais je pense que ça mérite un nouvel article en soi. De manière schématique, les cultures OGM témoignent d’un accroissement de l’efficience de l’agriculture : de plus fortes productions, un usage réduit des pesticides, des profits supérieurs, et une réduction du travail agricole.

Les OGM aident les agriculteurs à exploiter au mieux leur terre. Est-ce que ça veut dire qu’ils la surexploitent et provoquent ainsi des dommages à l’environnement ? Pas vraiment. Les agriculteurs cultivent leurs terres depuis des générations. Ce qui est le mieux pour eux, c’est un sol qui reste sain et conserve ses qualités. Au delà de ça, il y a de bons arguments pour dire que l’efficience des exploitations agricoles est une bonne mesure de leur impact sur le changement climatique. Pour clarifier cette notion d’efficience, j’emprunterai la formule de Marc Brazeau sur Genetic Literacy Project :

« De hauts rendements sont un indicateur de l’usage efficient des ressources. De hauts rendements indiquent que l’eau, le carburant, les pesticides, le travail agricole, etc., sont correctement transformés en nourriture plutôt qu’en mauvaises herbes, insectes ravageurs, et cultures dévastées ».

Dans notre monde conscient de l’impact carbone, beaucoup de gens considéreraient comme un exploit qu’un pays occidental comme le Royaume-Uni arrive à réduire son usage des automobiles de plus d’un tiers de son niveau actuel. C’est ce que font les cultures OGM depuis 1996, coupant dans les émissions carbone, à hauteur de 28 000 millions de kg en 2013. (Malheureusement, aucune des économies d’émissions carbone engendrées par les biotechnologies ne viennent du Royaume-Uni actuellement).

Parmi les pays responsables de cette réduction, on trouve les USA, le Brésil, l’Argentine, la chine, l’Inde, la Bolivie, le Paraguay, l’Uruguay, l’Afrique du Sud, et le Canada. Les pays européens de leur côté, ont été très lents à adopter les biotechnologies. Mais avec 5 pays cultivant le maïs OGM à présent, et 49 cultures OGM autorisées au total, l’Europe (dont le Royaume-Uni) pourrait bientôt commencer à prendre part à ces avancées.

Plus bas, vous pouvez voir les données à l’origine de mon infographie. Elles présentent les impactes environnementaux clefs des cultures OGM sur l’agriculture globale dans deux études de 2012 et 2013. Leur résumé :

« L’adoption des cultures OGM résistantes aux insectes et tolérantes aux herbicides a réduit l’épandage de pesticides de 553 millions de kg (-8,6%) et, comme résultat, a diminué l’impact environnemental associé aux herbicides et insecticides utilisés sur ces cultures de 19,1% (comme mesuré par l’indicateur Environmental Impact Quotient, EIQ). Cette technologie a aussi facilité d’importantes coupes dans l’usage de carburant et le labour, résultant en une réduction significative de l’émission du gaz à effet de serre dans les zones de culture OGM. Cela équivaut à avoir retiré 12,4 millions d’automobiles de la circulation en 2013 ».

Ils soulignent que les niveaux réduits d’émission de gaz à effet de serre viennent essentiellement de la diminution de l’usage du carburant pour les tracteurs ainsi que de la séquestration du carbone dans le sol. Mais qu’est-ce qui dans la culture OGM conduit à accroître la séquestration des matières organiques dans le sol ? L’un des gros bénéfices est la diminution du labour. Le département américain de l’agriculture souligne que la généralisation de cette diminution du labour est largement due à l’adoption des cultures HT (Herbicide Tolerant).

« Ces tendances suggèrent que les cultures HT facilitent la diminution du labour. De plus, une revue de plusieurs études économétriques montre une double relation causale entre l’adoption des cultures HT et le labour. Ainsi, en plus de ses bénéfices directs sur l’usage des herbicides, l’adoption des cultures tolérantes aux herbicides bénéficie indirectement à l’environnement en encourageant la diminution du labour ».

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Beaucoup de gens pourraient immédiatement penser que l’usage de pesticides est un important facteur aggravant lorsque l’on compare les différentes méthodes de culture. Alors que les OGM contribuent à réduire l’usage des pesticides, c’est en fait une assez petite contribution à l’impact écologique de l’agriculture. Ainsi que le formule Marc Brazeau :

« les pesticides représentent un saut dans le développement durable quand on les compare à l’exploitation des sols, à la consommation d’eau, à la pollution et aux gazes à effet de serre. En fait, cela peut sembler contre intuitif mais, les pesticides peuvent jouer un rôle substantiel dans l’écartement des dégâts associés avec beaucoup d’autres facteurs ».

Ces facteurs importants sont présentés dans un rapport publié dans Science, en 2014 :

« Nous avons observé que relativement peu d’endroits et de méthodes pourraient fournir un apport calorique suffisant aux besoins de base de plus de 3 milliards d’individus, générant beaucoup d’impacts environnementaux avec des conséquences globales ».

Cela semble encourageant. En tout et pour tout, la science est porteuse de bonnes nouvelles pour les agriculteurs, les consommateurs, et l’environnement. Nous avons besoin de tous les outils possibles pour subvenir à l’équilibre précaire de la balance entre les besoins de l’homme et ceux de l’environnement.