Évaluations des OGM : y a-t-il un journaliste dans l’avion ? (~15 min)

mixremix
Hommage à Mix & Remix

Too Long; Won’t Read :

  • L’étude menée par Robin Mesnage et récemment parue dans Scientific Reports, dont les résultats bruts semblent scientifiquement corrects, est truffée de coquilles entre autres dans ses conclusions.
  • Son introduction ainsi que les conflits d’intérêts non déclarés tendent à décrédibiliser davantage ces travaux.
  • La communication que propose Stéphane Foucart (le Monde) sur le sujet est très partiale et manipulatrice.
  • D’autres exemples très récents laissent à penser que les résultats scientifiques sont dévoyés par le traitement des médias dominants.

Lundi 19 décembre, le journal scientifique open-access Scientific Reports a publié les derniers travaux de Robin Mesnage et son équipe (Gilles-Eric Séralini et Michael Antoniou sont fréquemment ses co-auteurs) sous le titre An integrated multi-omics analysis of the NK603 Roundup-tolerant GM maize reveals metabolism disturbances caused by the transformation process.
Je laisse tomber dès maintenant les figures de styles et le suspense, il y a un certain nombre de problèmes avec cette étude. Je ne me serais pas fendu d’un billet sur le sujet s’il n’y avait que ça ; des papiers incomplets et entachés d’idéologie, on peut en trouver d’autres et celui-ci n’apporte rien de plus que ce qu’on a déjà pu détailler à propos d’autres mauvais travaux dans d’autres billets.

Non, la raison qui motive le texte que vous lisez actuellement, est la communication du Monde au sujet de la parution de l’étude, et en particulier l’article du 20 décembre signé par Stéphane Foucart et Clémentine Thiberge. Sur le moment, j’avais très envie de rédiger un brûlot rageur et pester sans retenue contre le journalisme moderne ou la qualité honteuse de la vulgarisation scientifique dans les médias dominants. En fin de compte, j’ai choisi de plutôt proposer un triste constat que voici.

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Non, les remèdes homéopathiques ne font pas du « détox » de Roundup : une évaluation de la dernière étude de Séralini (~13 min)

Cet article est une traduction de No, homeopathic remedies can’t “detox” you from exposure to Roundup: Examining Séralini’s latest rat study, publié sur le blog The Logic of Science.

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Image de Mark Philpott, partagée grâce à la license Creative Commons

Un des objectifs principaux de ce blog est de donner des outils au grand public pour évaluer les articles scientifiques. J’ai ainsi déjà écrit une série de billets où je dissèque des articles scientifiques et explique en quoi ils sont robustes ou au contraires peu fiables (voir par exemple les billets sur le Splenda, les OGM, les vaccins). Ces billets ont comme double objectif à la fois de faire du debunking de résultats scientifiques douteux mais également d’apprendre aux gens à penser de façon critique. Voici une occasion de revisiter le sujet. La semaine passée, quelqu’un m’a montré une récente étude censée, d’après mon interlocuteur, prouver que le détox est légitime et qu’il existe des remèdes naturels permettant au corps de se débarrasser des toxines. L’étude en question est « Dig1 protects against locomoter and biochemical dysfunctions provoked by Roundup ». Comme vous pouvez sans doute déjà l’imaginer, c’est un article qui n’a rien d’exceptionnel. À vrai dire, il est tellement mauvais qu’il m’a semblé être un excellent candidat pour illustrer toutes les choses auxquelles il faut être vigilant dans la lecture d’un article scientifique. Je vais résumer les points principaux ci-dessous, mais je vous encourage à lire le papier vous-même et tenter de repérer les problèmes qui s’y trouvent avant de continuer votre lecture. Lire la suite

La science du tabagisme et le sophisme de Big Tobacco [Difficulté : facile] (4000 mots / ~25 mins)

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Too long ; Won’t read

  • Les observations savantes et médicales sur la nocivité du tabagisme datent au moins du 17e siècle.
  • Les observations scientifiques sur la nocivité du tabagisme datent du milieu du 19e siècle.
  • Les premières études épidémiologiques établissant une forte corrélation entre tabagisme et différentes maladies, surtout le cancer du poumon datent des années 20.
  • Les premières études de cohortes définitivement conclusives sur la cancérogénicité du tabagisme datent du début des années 50.
  • La stratégie de manipulation médiatique des « marchands de doute » inventée par Hill et Knowlton en 1953 consiste à créer l’illusion d’un faux équilibre et d’une controverse scientifique aux yeux du grand public afin de nier l’existence d’un consensus scientifique.
  • La science sur le tabagisme existe indépendamment et préexiste  aux manipulations des cigarettiers.
  • C’est en réaction au consensus scientifique déjà existant et toujours plus solide que la stratégie des marchands de doute est inventée.
  • L’argument de « Big Tobacco » pour nier l’existence d’un consensus scientifique ou instaurer un faux équilibre est dès lors paradoxalement intenable pour celui qui l’utilise (sur le sujet des OGM par exemple).

De manière assez systématique dans des discussions à propos de faits scientifiques peu admis du grand public, un argument revient en boucle : l’invocation de Big Tobacco. Je vais donc me pencher sur cet argument dans le contexte précis de ces discussions, en commençant par un rapide historique de la science du tabagisme. Lire la suite

Pensée unique : La publication scientifique est-elle interdite aux dissidents ? [Difficulté : facile] (4500 mots / ~20 mins)

Des bactéries, La Main du Créateur, l’homéopathie qui marche, et autres OGM-poisons…

J’ai récemment traduit un billet de Massimo Pigliucci car il parlait de l’accusation de scientisme qui est souvent assénée par des tenants de pseudosciences (ici l’homéopathie) à l’endroit de personnes leur demandant de se conformer aux standards scientifiques de base. Matt McOtelett me faisait remarquer que ce billet était aussi une excellente illustration de l’inanité d’une autre accusation généralement partagée par différents tenants : celle de la publication scientifique aux ordres, verrouillée, interdite d’accès aux chercheurs dissidents vis à vis du consensus scientifique admis.

En effet, lors de n’importe quelle discussion que vous pourrez avoir avec un tenant, que ce soit un internaute lambda qui a vaguement intégré la croyance que les OGM, les pesticides, le gluten et les vaccins, c’est poison, ou un militant violent du milieu associatif, il vous sera retourné qu’on ne peut faire aucune confiance au consensus scientifique, car il ne reflète de toute façon qu’une pensée unique qui ne tolère pas les avis contraires. Bien entendu, selon la croyance des tenants auxquels vous serez confronté, cette pensée unique pourra être diamétralement opposée : un anti-RCA ? bien entendu que la publication scientifique reflète la pensée unique gaucho-bobo-décroissante du moment ! un anti-OGM ? Bien entendu que la publication scientifique représente la pensée unique ultra-capitalo-scientiste du moment !

Il n’en allait pas autrement dans le billet de M. Pigliucci, où les contradicteurs scientifiques (dont Pigliucci) des homéopathes étaient accusés d’être des scientistes fascistes conformément à la pensée dominante en science. Pour rappel, Pigliucci et Smith ne demandaient qu’une chose : que les critères basiques de scientificité soient appliqués systématiquement en sciences biomédicales, notamment en ce qui concerne l’homéopathie dont ils rappelaient ici que non contente de violer l’éthique, elle besognait aussi salement la méthode scientifique. Lire la suite

[Synth] Sur la viabilité des croyances conspirationnistes [difficulté : facile] (2000 mots / ~12 mins)

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[EDIT  01/02/2016 : quelques jours sont passés depuis cette publication, et des critiques ont pu émerger sur une faiblesse méthodologique de cet article de D. R. Grimes. Vous pouvez lire le court billet de Nicolas Gauvrit à ce propos ici. La critique est hautement pertinente, et je vous invite à vous souvenir avant d’aller plus loin de ne pas faire dire à cette synthèse -non critique- ce qu’elle ne dirait pas. A mon sens, l’erreur méthodologique pointée par N. Gauvrit est contenue dans les limitations évoquées par Grimes, qui rendent de toute façon toute interprétation trop enthousiaste sujette à caution. Je vous suggère néanmoins de lire cet article, au moins pour sa revue bibliographique sur le sujet, sinon pour les bases qu’il jette d’un moyen d’estimer à la louche la plausibilité d’un complot à grande échelle.]

Le 26 janvier 2016 a été publié dans le journal open access et peer-reviewed PLOS ONE un article intitulé « On the Viability of Conspiratorial Beliefs » par David Robert Grimes. Ce billet en est une synthèse.

Introduction

Les croyances conspirationnistes qui attribuent des événements à des manipulations secrètes d’individus puissants sont largement répandues dans la société. La croyance en une théorie du complot particulière est souvent corrélée avec l’adhésion à d’autres de ces théories dont certains aspects sont très ubiquistes chez différents groupes sociaux. Lire la suite

Toc-toc-toc ! « Sarah Connor ? » : OGM, brevets et « gène terminator » [difficulté : facile] (3600 mots / ~20 mins)

Figure 1 Un champ de soja, quelque part.

Ce billet fonctionne de concert avec l’introduction à la question des brevets écrite par Matt McOtelett. Si vous ne l’avez pas encore lue et que vous souhaitez débroussailler rapidement le sujet afin de le transposer au cas de semences agricoles, je vous conseille vivement de vous y référer. Cliquez là. Si si. Cliquez. .

Nous allons nous intéresser dans ce billet à plusieurs points corrélés les uns aux autres dans la fausse controverse entretenue auprès du grand public à propos des OGM : la propriété intellectuelle sur les semences, le cas précis du brevet sur le « gène terminator », et les mythes entretenus à ce propos.

Au cas où vous ne souhaiteriez pas lire ce billet dans sa totalité, vous pouvez vous limiter à sa première section. Lire la suite