Biotechnologies et OGM : à quoi ça sert ?

*ainsi que quelques considérations sur le positionnement sceptique scientifique et la complémentarité du debunking et de la vulgarisation de tels sujets dans la communauté skepti…

J’essaie de relayer sur ce blog du contenu sceptique sur les sujets polémiques relatifs aux sciences de la vie et sciences médicales. Nécessairement, l’actualité dicte d’une certaine façon les sujets et les proportions dans lesquelles ils sont relayés. Dernièrement, la polémique « glyphosate » à nécessité quelques remises au point concernant les faits. Il peut en ressortir, indéniablement, une impression de circuit fermé, de caisse de résonance, comme le soulignait encore dernièrement Steven Novella sur NeurologicaBlog, (traduction ici), et qui n’est absolument pas l’apanage des communautés de tenants. Tomber dans cet écueil n’est évidemment pas la vocation de ce blog.

Face à ce type de polémique, la position sceptique la plus solide n’est pas d’être « pro » ou « anti ». Ces concepts sont des non sens, et faire du militantisme caricatural dans un sens ou dans l’autre ne participe pas à la compréhension intelligente de la problématique. Cette position sceptique ne consiste pas non plus à pratiquer le fence sitting (position probablement la plus pernicieuse, quel que soit le sujet), en invoquant le sophisme du faux équilibre et en faisant comme si le consensus scientifique n’existait pas (c’est par exemple particulièrement le cas sur un sujet comme l’homéopathie). En cela, je souscris totalement à la position expliquée par Marc Robinson-Rechavi dans l’épisode 169 de Podcast Science. Ce podcast vaut largement la peine d’être écouté intégralement, quelle que soit votre position sur le sujet.

Pour toute compréhension intelligente d’une problématique, il faut néanmoins accepter de faire l’effort de l’acquisition de quelques connaissances fondamentales sur le sujet. Or, ce débat n’a réellement cours qu’au sein de l’opinion publique, alors que le consensus scientifique semble rester stable sur la question. La tendance naturellement précautionniste de certains scientifiques peut s’entendre, mais la régulation est tellement minutieuse qu’elle est déjà jugée trop pesante par une partie de la communauté. Par ailleurs, ce précautionnisme n’enlève rien au consensus de la communauté dans son ensemble en dépit de certaines nuances portées sur les bénéfices de certaines cultures OGM.

Dans ces polémiques publiques, qu’il s’agisse d’interventions télévisées, radiophoniques, ou de discussions facebook, je suis toujours surpris par le néant abyssal qui semble constituer le socle de (non)connaissances des différents intervenants pourtant extrêmement sûrs de leurs positions. Du point de vue de l’honnêteté intellectuelle, peut-on intervenir et exprimer des avis catégoriques sur un sujet de ce type avec moins de connaissances scientifiques qu’un collégien de classe de 5e ? Mais encore, peut-on légitimement pester contre ce manque de connaissances si on ne participe pas soi-même à la diffusion des dites connaissances ?

Le debunking seul n’a pas grand sens si on ne propose pas dans le même temps de la connaissance fondamentale susceptible de prévenir la nécessité de debunking à l’avenir. C’est la vague histoire d’un gars à qui on apprend à pêcher plutôt que de lui donner des poissons, vous vous souvenez ? Ici, le poisson c’est le debunking, et la pêche, c’est les connaissances fondamentales. Aussi, on parle énormément des biotechnologies dans les médias, notamment les réseaux sociaux, mais je n’ai pas l’impression que ceux qui en parlent ou qui reçoivent ces informations comprennent réellement ce qu’ils disent et ce qu’ils entendent.

En les écoutant, j’ai personnellement le sentiment que les biotechnologies et les OGM, c’est quelque chose d’obscure et de mal, une sorte de souillure à la face d’une Déesse Gaïa idéalisée dans des envolées quasi christiques et millénaristes. Alors que de véritables Parabalanis verts détruisent des biens publics, je vois par exemple très souvent revenir des propos reposant sur la crainte de dévoiement des biotechnologies, et exigeant leur censure préalable et définitive. Ce type de position imagine beaucoup de choses quant à ce à quoi pourraient servir les biotechnologies, mais ne juge apparemment pas utile d’interroger ce à quoi elles servent vraiment, immédiatement, dans le monde réel. Sur la question de l’exigence de censure préalable de domaines scientifiques et techniques entiers de la part de certaines fractions de l’opinion publique, je reviendrai probablement ultérieurement. Avant donc de diffuser quelques informations d’ordre technique, je souhaite revenir sur les interactions multiples entre les biotechnologies et notre vie de tous les jours. Clairement, les biotechnologies et les OGM, à quoi ça sert.

Donc ce billet ne porte pas sur les problématiques politiques corrélées, mais non spécifiques aux OGM. Ce billet présente simplement les grands champs d’applications scientifiques et techniques de ce qu’on appelle mystérieusement « les biotechnologies », et a fortiori comment elles influencent notre vie de tous les jours.

Volontairement, je ne vais pas soulever les questions d’éthique relatives à chaque point. J’aimerai que le lecteur, quelle que soit son affinité préalable avec le sujet, parvienne à se formuler ces questions lui-même. Dans un second temps, je produirai un billet relatif à ces questions.

Les applications médicales

Les biotechnologies permettent l’identification de gènes dont les mutations sont responsables de maladies génétiques chez l’humain. Cela pourrait aboutir à de nouvelles avancées concernant le diagnostic et la prévention de ce type de maladies. La sensibilité génétique des individus joue également sur le développement de maladies non génétiques, comme le SIDA et l’arthrite, et toutes les maladies qui influencent l’expression génétique des cellules de l’organisme qui sont touchées. Toutes ces activations ou inactivations de gènes qui entrent en jeu dans un processus pathologique, représentent autant de cibles potentielles pour des traitements curatifs et préventifs de maladies gravement délétères. Pour rappel, le SIDA est l’une des trois premières causes de mortalité infectieuse dans le monde, avec 1,5 millions de décès en 2012 et 2013 et le VIH est l’agent infectieux le plus mortel au monde actuellement (pour rappel également, les personnes atteintes sont si affaiblies par le SIDA que c’est une autre infection opportuniste, habituellement bénigne, qui les tue). Aucune voie thérapeutique prometteuse n’est alors à négliger.

Diagnostics et traitements

Depuis quelques années, les biotechnologies ont permis de séquencer le génome du VIH. Or, sur la base de ce séquençage, on peut dorénavant amplifier (détecter) ce génome dans des échantillons de sang ou de tissu d’un patient.

Cette méthode de détection, qu’on appelle l’ACP (Amplification en Chaîne par Polymérase) permet de cibler des zones clef du génome d’un patient dont on sait qu’elles peuvent porter des mutations responsables de maladies génétiques. On peut ainsi détecter les mutations responsables de l’anémie falciforme, de l’hémophilie, de la mucoviscidose, de la maladie de Huntington, de la myopathie de Duchenne. De fait, on peut prévoir le développement de ces maladies chez un individu avant même l’apparition des premiers symptômes. On peut même le savoir pour un enfant avant sa naissance. Les possibilités de prévention thérapeutique sont ainsi immenses.

La détection de petites séquences ADN mutées permet de prévenir les risques accrus de cardiopathies, Alzheimer et cancers. Cependant, ces indications ne sont que des corrélations, et elle ne permettent pas de faire des prédictions absolues.

Par l’analyse de nombreux gènes chez les femmes touchées par le cancer du sein, on a ainsi pu montrer l’implication du mode d’expression de 70 d’entre eux dans l’apparition de la maladie. L’analyse de l’expression génique permet aux médecins et aux patients (un faible pourcentage d’hommes est aussi touché par le cancer du sein) de se reposer sur des informations valables quand vient le moment de choisir un traitement.

A l’avenir, ces techniques pourraient permettre le développement d’une véritable médecine personnalisée, où chaque patient pourrait connaître dans le détail ses propres facteurs de risque, et ainsi juger des meilleures mesures préventives à prendre pour sa santé.

La thérapie génique

Cette méthode consiste à réparer un gène défectueux à l’origine d’une maladie chez un patient. Il faut que la maladie n’ait pour origine qu’un seul gène défectueux, ce qui est plutôt rare, mais il est théoriquement possible de remplacer le gène responsable de la maladie par sa forme bénigne. Une première étude a été réalisée en France en 2000, pour 10 enfants souffrant de Déficit Immunitaire Combiné Sévère et traités par thérapie génique. Dans les deux ans, neuf d’entre eux présentaient une amélioration importante et définitive de leur état. Depuis, trois des enfants ont souffert d’une leucémie, et l’un d’eux en est décédé. On a aussi traité avec succès par thérapie génique des cas de cécité progressive et de dégénérescence du système nerveux.

Il est clair que ces perspectives thérapeutiques sont extrêmement stimulantes. Mais elles ne portent encore que sur très peu de cas, en terme de pathologies et de nombre de patients traités. L’optimisme doit donc rester extrêmement prudent.

La biopharmacie

L’utilisation des plantes médicinales est extrêmement ancienne. Dans les temps modernes, l’industrie pharmaceutique est née en parvenant à isoler des molécules biologiquement actives contenues dans les plantes. En 1897, la société Bayer a mis sur le marché l’acide acétylsalicylique, c’est-à-dire l’aspirine, qui était la forme synthétique de l’acide salicylique produit dans l’écorce de saule blanc. Ce « tout synthétique » n’a pas touché certains médicaments contre le cancer par exemple, comme le taxol, la vinblastine et la vincristine, provenant tous de sources végétales. Un retournement historiquement intéressant voit maintenant l’industrie pharmaceutique s’intéresser de nouveau à la production végétale grâce aux biotechnologies et aux OGM.

En 1990 a été produite la première protéine humaine produite par des plans de tabac et de pommes de terre OGM, la sérumalbumine. Depuis, plus de 20 protéines thérapeutiques ont été produites par des plantes OGM. Paradoxalement, le grand public semble ignorer qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’un revirement de l’industrie pharmaceutique du synthétique vers le bio grâce aux OGM.

Les biotechnologies permettent de fabriquer des petites molécules utilisées comme des médicaments. L’un de ces médicaments est l’imatinib, qui a permis la rémission durable et presque complète des patients souffrant de leucémie myéloïde chronique. On a aussi utilisé le même type de médicaments pour traiter avec succès certains cancers du sein et du poumon. Cette voie thérapeutique reste pour l’instant restreinte aux cancers dont les développements moléculaires sont suffisamment bien connus.

Ces produits pharmaceutiques protéiques sont fabriqués dans des cultures cellulaires, technique permise par les biotechnologies. Parmi les premières substances pharmaceutiques ainsi fabriquées, l’insuline et l’hormone de croissance humaine ont simplifié la vie de nombreux malades. L’insuline produite selon ces méthodes permet le traitement de plus de 200 millions de personnes à travers le monde. L’hormone de croissance quant à elle est une bénédiction pour les enfants atteints de certaines formes de nanisme par un déficit de production de cette hormone. Le tPA est un autre de ces médicaments, qui, s’il est administré suffisamment rapidement après une crise cardiaque, permet de dissoudre les caillots sanguins et réduit le risque d’une rechute. Pour rappel, les cardiopathies sont la première cause de mortalité dans le monde actuellement.

Parfois, pour assurer la production de suffisamment de médicaments, il est possible de les faire produire directement par des animaux. Pour cela, on transfère un gène provenant d’un animal dans le génome d’un autre, souvent d’une espèce différente, qui est alors dit transgénique. Il faut pour cela intégrer le gène d’expression recherchée dans un ovocyte de l’espèce réceptrice (et productrice) du médicament. L’ovocyte ainsi muni de son transgène est implanté chirurgicalement chez une mère porteuse de la même espèce. L’animal à naître, sera donc transgénique et exprimera son nouveau gène « étranger ». Les animaux deviennent alors de véritables producteurs de médicaments pour les hommes (ou pour d’autres animaux). On a par exemple inséré le gène codant pour une protéine sanguine humaine chez des chèvres, de sorte à ce que celles-ci fabriquent cette protéine, l’antithrombine, dans leur lait. Les très grosses quantités de protéines ainsi produites sont par ailleurs beaucoup plus faciles à purifier que si elles étaient produites par culture cellulaire. Les patients souffrants d’un déficit de production de cette protéine et sujets à la formation de caillots dans leurs vaisseaux sanguins peuvent ainsi être traités efficacement grâce à ces chèvres transgéniques productrices de médicaments. Évidemment, les animaux producteurs ne sont pas choisis au hasard. En l’occurrence, les chèvres se reproduisent plus vite que des bovins, et produisent plus de protéines du lait que d’autres mammifères à la reproduction plus rapide comme les lapins. Le choix des animaux « pharmaceutiques » repose donc sur le meilleur compromis. Les protéines produites par les animaux pharmaceutiques peuvent parfois êtres légèrement différentes de leur version humaine. Il est donc nécessaire de les tester minutieusement pour s’assurer que les patients ne souffriront pas d’effets secondaires allergiques ou d’autres contaminations.

Campbell, 2009
Campbell, 2009

Les enquêtes judiciaires

Vous connaissez Les Experts, NCIS, Bones ? Au-delà de la vision très fantasmée et US-fan de ces professions, les identifications moléculaires que les héros de ces séries télé sont souvent portés à faire lors de leurs enquêtes depuis une vingtaine d’années, relèvent également des biotechnologies.

Sur les scènes de crime en effet, les experts s’appliquent à rechercher des traces organiques laissées par les criminels : sang, salive, sperme, cheveux… Il est ainsi possible de les analyser et d’identifier les groupes sanguins ou tissulaires de leur propriétaire grâce à des marqueurs protéiques. Évidemment, de nombreux individus ont des groupes sanguins ou tissulaires identiques, et ces méthodes ne peuvent servir qu’à innocenter des suspects, et non pas à prouver leur culpabilité.

Les traces d’ADN, qui est également une molécule, sont quant à elles beaucoup plus fiables, car chaque individu possède une séquence ADN qui lui est propre, sauf dans le cas de vrais jumeaux.

A l’aide de ces différents marqueurs moléculaires, les experts peuvent dresser le profile génétique d’un suspect. Le FBI utilise ces méthodes d’identification depuis 1988. Aujourd’hui, ces spécialistes utilisent des méthodes toujours plus fines et précises, en se reposant notamment sur la reconnaissance de toutes petites portions d’ADN spécifiques à chaque individu, qu’on appelle les Répétitions Courtes en Tandem. C’est très pratique, car cela permet d’identifier des individus même lorsque l’ADN est très abimé, dans le cas par exemple d’un accident quelconque où les traces moléculaires auraient consécutivement subi l’action d’un incendie et de l’eau utilisée par les pompiers pour en venir à bout. Ce sont ces méthodes qui ont été utilisées très récemment pour identifier les victimes du crash d’un Airbus A320 de la Germanwings dans les Alpes françaises. Le plus gros travail d’identification génétique jamais réalisé à suivi les attentats du World Trade Center en 2001, pour lequel plus de 10 000 échantillons de restes humains ont été comparés avec des effets personnels fournis par les familles de victimes, comme des brosses à dents, des brosses à cheveux, etc.. Près de 3000 victimes ont ainsi pu être identifiées.

Dans les enquêtes criminelles, ces méthodes permettent des comparer des échantillons de la scène de crime, du suspect, et de la victime. La probabilité pour que plusieurs personnes présentent les mêmes Répétitions Courtes en Tandem sur leur séquence ADN est si faible (de 1 sur 10 milliards à 1 sur plusieurs billions, et la population mondiale compte environ 7 milliards d’individus) qu’il s’agit d’un niveau de preuve acceptable pour valider une identification judiciaire.

Ces mêmes tests sont également utilisés dans les affaires de paternité.

La dépollution de l’environnement

Il s’agit d’utiliser la capacité de certains microorganismes à transformer des substances chimiques dont elles se nourrissent naturellement. Lors de leur digestion, ces substances sont transformées en composés beaucoup moins nocifs et/ou beaucoup plus faciles à traiter. Généralement, les besoins nutritifs de ces microorganismes ne suffisent pas à les utiliser dans des opérations de dépollution. Il s’agit alors de transférer leurs gènes codant l’expression métabolique recherchée à d’autres microorganismes produits en quantité suffisante. Ces bactéries transgéniques deviendront ainsi des agents de protection de l’environnement très efficaces. Certaines d’entre elles sont ainsi capables de digérer des métaux lourds (cuivre, plomb, nickel) présents dans leur milieu pour les transformer en composés aisément traitables comme les sulfates de cuivre et de plomb. Ces microOGM pourraient ainsi jouer un rôle de plus en plus important dans le domaine minier, dans le traitement des déchets hautement toxiques, etc.. Les chercheurs essaient de permettre à ces microOGM de dégrader les hydrocarbures chlorés. Ils pourraient être utilisés dans les stations d’épuration et les industries polluantes.

L’agronomie

Tout ce qui se trouve dans vos assiettes est le fruit de 10 000 ans de domestication par les humains. Je serai incapable de citer de tête un seul aliment couramment consommé et qui n’a pas été drastiquement modifié depuis le début du Néolithique. J’ai pu montrer dans un autre billet le cas de la forme pré-domestique du maïs, la téosinte, qui n’a plus rien à voir avec sa forme actuelle. Il s’agit directement de l’action de l’homme. Il en va de même pour toutes les variétés abusivement appelées « anciennes » (en fait très récentes), et qui étaient déjà le produit de la sélection artificielle il y a 50 ans, 100 ans, ou 200 ans. Il y a donc un non sens fondamental à opposer ce qui serait « naturel » à ce qui serait « pas naturel (produit par l’homme) », ou ce qui serait « moderne » (et mauvais) et ce qui serait « ancien » (et bon). Ces conceptions idéalisées ne correspondent à aucune réalité biologique. Prétendre que ce qui est moderne serait forcément bon, et ce qui est ancien forcément mauvais, serait tout autant un non sens.

Grâce aux biotechnologies, cette sélection artificielle, pratique ancestrale datant du Néolithique, est de plus en plus améliorée par la sélection assistée par des marqueurs moléculaires. En effet, vous savez maintenant qu’il est possible de reconnaître des zones d’intérêt très précises sur un génome. Il est donc possible de détecter les marqueurs de mutations d’intérêt dans un cheptel pour ne sélectionner à la reproduction que les bêtes rigoureusement susceptibles de présenter les traits recherchés pour la sélection. Il peut s’agir de marqueurs ADN corrélés à une production plus importante de laine chez les moutons, à une viande moins grasse chez les bovins, etc..

Il est également possible de produire des animaux et des et plantes transgéniques. Comme dans le cas de la chèvre pharmaceutique expliqué plus haut, il s’agit d’introduire un gène d’intérêt présent chez une espèce au sein d’une autre espèce. Pour des raisons techniques (de la biologie cellulaire), il est beaucoup plus facile de produire des plantes transgéniques que des animaux transgéniques. C’est la raison pour laquelle l’écrasante majorité des applications agricoles concernent des plantes génétiquement modifiées.

Ainsi, l’extrême majorité des cultures OGM actuelles à travers le monde sont des espèces végétales modifiées pour augmenter leur résistance aux herbicides et aux insectes ravageurs. Le soja modifié représente 60% de toutes les surfaces cultivée en OGM dans neuf pays, et 90% aux USA. Ces cultures initialement développées aux États-Unis se sont étendues à l’Asie. L’Europe pour sa part vient à peine d’autoriser les toutes premières commercialisations et productions d’OGM alimentaires commerciaux. Parmi les bénéfices sans précédents apportés par ces cultures OGM, la diminution drastique de l’épandage de pesticides « chimiques », la limitation des émissions de CO2 et la diminution du labour. Vous pouvez lire un précédant billet à ce propos. En Inde par exemple, on a pu insérer dans le génome de plusieurs espèces de riz un gène de résistance à la salinité de l’eau présent dans une plante de mangrove côtière. Le riz ainsi produit est capable de croître dans des rizières au taux de salinité trois fois plus élevé. Or, 1/3 de toutes les terres irriguées souffrirait de salinité excessive en raison d’une irrigation incontrôlée et de l’usage trop important d’engrais chimiques, ce qui représente une menace pour l’approvisionnement alimentaire. Ces plans de riz résistant pourraient être d’un intérêt majeur dans la prévention de ces risques.

L’exemple du riz doré

Le riz doré est un bon exemple de bénéfice public d’application des biotechnologies à la production d’OGM alimentaires. L’OMS estime à environ 200 millions le nombre d’enfants d’âge préscolaire affectés de carence en vitamine A, dont environ 5 millions sont atteints de cécité. Cette carence est particulièrement marquée dans les pays en développement où la nourriture de base est le riz.

La production d’un riz transgénique doté de gènes codant la fabrication de bêta-carotène qui se décomposera dans l’organisme en vitamine A, présente des espoirs majeurs pour faire reculer ces carences et cécités infantiles. Des chercheurs sont en effet parvenus à insérer des gènes exprimant la production de cette bêta-carotène à la surface des grains de riz venant de deux variétés de jonquilles et une espèce de bactérie. Cette nouvelle fonction métabolique, qui donne à ce riz sa couleur orangée, est un total succès en cela qu’elle n’entrave en rien sa production comme on pouvait le craindre : l’introduction de cette voie biochimique ne change en rien le métabolisme normal de la plante. Une deuxième version a été obtenue, produisant plus de bêta-carotène, en remplaçant le gène de jonquille par un gène de maïs.

Ce riz doré à été obtenu par une institution publique suisse et n’a fait l’objet d’aucun dépôt de brevet. Depuis, le riz doré a été amélioré plusieurs fois par des groupes publics et privés, et ces formes sont également disponibles gratuitement sans contraintes commerciales.

De multiples innovations de cette sorte sont actuellement en développement.

To be continued…

Je n’ai pas pu dans cette présentation parler de tous les exemples extrêmement prometteurs de différents OGM : les vaccins ADN, les vaccins en sous unité, les animaux domestiques transgéniques, les aliments bio fortifiés dont on améliore les vertus nutritives, etc.. De tous ceux là, je donnerai des exemples détaillés dans d’autres billets. Ici, il s’agit de donner une vision d’ensemble assez simple de ce à quoi servent vraiment les biotechnologies et les OGM, et la place qu’ils ont déjà dans nos vies (des milliards d’êtres humains et d’animaux) depuis des dizaines d’années : médicaments, aliments, aliments de nos aliments…

Nous n’en sommes qu’aux balbutiements d’innovations technologiques fantastiques dans les entreprises publiques de lutte contre la maladie, la pollution, la malnutrition et les inégalités de développement.

Dans cette toute jeune marche de l’Humanité vers le progrès, entamée depuis la seconde moitié du XIXe siècle, le rôle de l’institution publique, garante autant que faire se peut de transparence, de neutralité et d’équité, est de tout premier ordre dans l’application raisonnée de ces progrès scientifiques et techniques pour le bien commun.

L’opposition aux OGM du point de vue des sciences cognitives

Cette semaine, l’UE a autorisé l’importation et la commercialisation de produits génétiquement modifiés. Branle-bas de combat chez les opposants.

Il ne s’agira pas dans ce billet de parler des aspects politico-économiques de cette affaire ; une distinction que la majorité bruyante des opposants aux biotechnologies s’échine justement à ne pas faire. Il ne s’agira pas non plus d’aborder les aspects techniques et factuels des biotechnologies ; un domaine que la majorité bruyante des opposants s’échine à ne pas aborder avec rigueur. Il ne s’agira pas non plus de faire œuvre de «  shill », même si, comme il est devenu systématique, j’ai de bonnes raisons de penser que l’accusation me tombera dessus aussi brutalement et gratuitement que le couperet sur la nuque délicate de Marie Antoinette. A propos de cette réelle position sceptique scientifique, je renvoie le lecteur écouter Marc Robinson-Rechavi chez Podcast Science.

Non, en réalité, l’actualité me pousse à revenir sur un article à paraitre en avril dans Trends in Plant Science. Les auteurs, venant des départements de Philosophie et Sciences Morales et de Biotechnologies végétales de l’université de Gand en Belgique, s’interrogent sur les ressorts cognitifs de l’opposition persistante aux OGM dans le grand public.

Les auteurs mettent en lumière quatre points :

  • Le grand public a tendance à se reposer sur un raisonnement intuitif pour porter un jugement sur les OGM
  • Ce raisonnement intuitif inclut une vision naïve de la biologie, téléologique, et basée sur les émotions
  • Les activistes anti-OGM exploitent avec succès ces intuitions pour promouvoir leur cause
  • Les jugements intuitifs écartent le grand public des solutions durables

En effet, l’opposition aux OGM est extrêmement forte, particulièrement en France où toute une niche politique très bien représentée s’est construite sur cette opposition. Mais le lecteur francophone devrait savoir que cette situation peut varier selon les pays. Pourtant, l’opposition aux OGM reste fortement active, et ce dans des environnements culturels extrêmement distants. Ainsi, le gouvernement indien a interdit la culture du Brinjal Bt sous la pression de l’opposition après avoir autorisé sa commercialisation. En Europe, un véritable moratoire s’est abattu sur les biotechnologies conduisant à des standards de régulation extrêmement stricts et couteux concernant l’importation et la culture de produits OGM. En Afrique et en Asie, les conséquences de l’opposition sont pour le moins tragiques et mortifères.

Paradoxalement, le consensus scientifique sur la question, encore une fois, du point de vue strictement technique et factuel, est pour le moins clair. Il a ainsi été proposé que les croyances post-chrétiennes et les nouvelles conceptions romantiques de la nature (ce que j’appellerai les religions New-Age, mais les auteurs n’emploient pas le terme), sont à l’origine de cette rupture. On a aussi pointé le manque de bénéfices immédiats pour le consommateur occidental. Si ces pistes semblent correctes, elles n’expliquent pas encore comment la même opposition semble se produire également dans des cultures non post-chrétiennes et pourquoi le grand public ne rejette pas également toute technologie ne lui apportant pas un bénéfice immédiat, ou encore pourquoi le public préfère-t-il simplement ses conceptions romantiques à la réalité.

Cette rupture patente entre l’opinion publique et le monde scientifique requiert nécessairement une explication, et les auteurs pointent ici du doigt la nature intuitive du raisonnement humain à l’origine de telles méconnaissances des technologies produisant les OGM. Ils soulignent l’implication des raisonnements intuitifs particulièrement forts dans la popularité et la persistance de l’opposition aux OGM. opinions negatives OGM Bien que l’on puisse avoir l’impression d’être totalement maître de ses propres décisions, et que celles-ci sont systématiquement soumises à l’analyse consciente de la situation, la plupart sont en réalité décidées de manière tout à fait intuitive. Ces raisonnements intuitifs, parfaitement normaux et fruits de notre évolution, conduisent à une évaluation directe des risques et des bénéfices auxquels nous sommes apparemment confrontés. Dans le monde auquel le développement de nos sens répond, ces jugements intuitifs conduisent globalement à une bonne évaluation des risques et à notre survie individuelle. Traverser ce torrent furieux à la nage, d’après ce que mes sens me permettent d’appréhender, c’est-à-dire la vision des flots déchainés, le bruit assourdissant des remous, et tout un tas d’autres signaux connexes, me semble une entreprise pour le moins dangereuse. Intuitivement, le bénéfice d’atteindre l’autre rive plus rapidement qu’en faisant un détour de plusieurs kilomètres me semble assez contrebalancé par le risque d’un décès aussi prématuré que désagréable.

Mais la science est souvent contre intuitive. Dans l’observation de l’univers, nos sens se trouvent totalement perdus par l’appréhension de la nature telle que notre espèce n’a pas évolué pour s’y orienter. Notre cerveau ne sait pas appréhender intuitivement l’infiniment grand ou l’infiniment petit. Contrairement au torrent, ce ne sont pas des milieux auxquels nos sens sont adaptés. Fort heureusement, nous disposons d’un deuxième type de raisonnement, réflexif, et qui nous permet de mesurer le poids de différents jeux d’informations de manière consciente. Face à des observations naturellement contre intuitives pour nous, c’est ce type de raisonnement qu’utilisent les scientifiques pour comprendre l’univers de la façon la plus objective possible.

Ainsi, beaucoup de gens ont intuitivement peur des araignées, et très peu ont peur des voitures. Mais objectivement, les voitures sont beaucoup plus dangereuses et mortifères que les araignées. Pour apprécier cela, il faut analyser objectivement des jeux de données qui ne relèvent pas de l’intuition.

La première cause de la popularité et de la persistance de l’opposition aux OGM est bien là : l’activisme en appelle à l’intuition. Ce raisonnement est évidemment séduisant, car il correspond à l’approche la plus directe, simple et compréhensible de l’univers pour l’esprit humain.

La biologie naïve ou populaire est un autre ressort de ce succès. L’esprit humain dispose d’une compréhension intuitive du fonctionnement de la nature. L’un des aspects de cette biologie naïve est l’essentialisme psychologique tendant à la croyance en un cœur invisible et immuable déterminant l’identité des organismes, leur développement et leur comportement. Encore une fois, cela est totalement naturel et fait sens évolutivement. En effet, cette tendance à essentialiser d’autres organismes permet d’appréhender le monde biologique de manière directe et compréhensible. Cette compréhension est encore une fois l’agent de réponses adaptées à un environnement dangereux et à permis aux hommes dans le passé de comprendre intuitivement qu’il valait mieux ne pas croiser la route d’un tigre à dents de sabre. Reconnaître l’essence de ce qui fait un tel prédateur leur a permis d’éviter de se faire manger. Un tel raisonnement présente donc un avantage certain.

Encore une fois, le raisonnement scientifique se trouve être totalement contre intuitif, et ne correspond pas à cet essentialisme populaire. Il est notable de relever ainsi que lors d’une enquête aux USA, plus de la moitié des personnes interrogées ne rejetaient pas l’idée qu’un gène de poisson introduit dans une tomate GM donnerait irrémédiablement le gout de poisson à cette tomate. Dans ce raisonnement essentialiste, l’ADN de poisson, essence de ce qui fait le poisson, doit avoir le gout de poisson. Dans leurs campagnes de communication, les activistes anti-OGM se reposent systématiquement sur cet appel à l’essentialisme à grand renfort de montages photos montrant par exemple des hybrides de tomates et de poissons.

Les auteurs soulignent également la compréhension téléologique de l’univers dans le grand public. Il s’agit de la croyance communément partagée par les religions et les nouvelles conceptions quasiment religieuses de la nature ces dernières années, que l’univers a été créé dans une fin précise. Cette conception de la nature, bien que totalement démystifiée par la biologie évolutive, continue néanmoins d’irriguer nos contemporains qui pensent que les organismes ont été créés tels quels, et que toute modification représente donc une atteinte à un ordre voulu. En ce sens, les OGM sont vus comme n’étant « pas naturels ». Ainsi, qu’ils soient religieux ou sécularisés, les opposants aux OGM accusent souvent les scientifiques de vouloir « jouer à Dieu » ou d’agir « contre la nature ». Ils sont souvent décrits comme des docteurs Frankenstein dont les expériences vont s’échapper et amener l’apocalypse sur Terre.

Un autre trait de l’esprit humain interférant grandement avec l’évaluation objective des risques est l’émotion. Le dégout est ici particulièrement important, car l’opposition semble totalement ignorer les OGM non alimentaires. Ce dégout est probablement le fruit d’une réponse adaptative à l’évitement des pathogènes et poisons alimentaires. Dans le cas des aliments OGM, le dégout provient probablement du sentiment que la modification de l’ADN produit une atteinte à l’essence de l’organisme, le rendant impure et par conséquent impropre à la consommation. L’effet est probablement accru lorsque le gène introduit provient d’une espèce différente ou d’une espèce sous le coup d’un tabou alimentaire culturel. Ainsi, les campagnes anti-OGM présentent des fruits percés de seringues, ou arborant des couleurs inhabituelles, ou prétendent encore que les cultures Bt sont des poisons en passe de contaminer l’environnement. On notera que la bactérie dont provient le gène Bt des cultures OGM est très utilisée et plébiscitée en agriculture biologique, par les mêmes arguant que c’est un poison dans les OGM.

Le glissement vers la condamnation des producteurs et promoteurs des cultures OGM comme étant immoraux voire criminels est devenu central dans l’argumentaire anti-OGM. Il repose sur le dégout moral pour les multinationales accablant les fermiers, les poussant souvent à l’endettement et au suicide.

L’esprit humain n’est pas prédéterminé à croire que les OGM sont des poisons. Cependant, une fois que ces représentations négatives deviennent disponibles et largement diffusées à travers d’intenses campagnes de désinformation par des groupes activistes, ou à cause d’un manque d’opposition scientifiquement informée face à cela, l’esprit humain se trouvera nécessairement hautement réceptif à ces argumentaires séduisant sa façon intuitive de penser, fruit d’un long et efficace processus évolutif.

Il est notable de souligner en vertu des capacités de raisonnement propres à l’esprit humain expliquées supra, que le grand public véritablement inquiet des conséquences sanitaires et environnementales des OGM, peut paradoxalement adopter des stratégies intuitives à l’effet diamétralement opposé à celui recherché en interdisant tout à la fois des technologies promettant des développements agricoles durables et des applications médicales prometteuses.

[Trad] « Opposants aux biotechnologies : c’en est assez de la rhétorique du ‘si ce n’est pas dangereux, buvez-en’ ».

Article publié par Kavin Senapathy sur Skepchick le 7 avril 2015.

« Si le glyphosate est sûr, allez-y, buvez-en ». C’est la punchline préférée des opposants aux aliments génétiquement modifiés. Je suis auteur scientifique, avocate des biotechnologies, et mère de 2 jeunes enfants. Si seulement je recevais 5 centimes à chaque fois qu’on me demande de boire du glyphosate ou du Roundup (la formulation commerciale du glyphosate), je nagerais dans les pièces de 5 centimes. L’idée selon laquelle le cartel agrochimique crée des variétés résistantes aux pesticides sans aucun souci de sécurité est persistante, mais fausse.

C’est pourquoi j’ai commencé à tweeter ironiquement sous le hashtag #IfItsSafeThenDrinkIt, et je vous implore de le suivre ! Une récente vidéo youtube dans laquelle un prétendu « lobbyiste de Monsanto », le Dr. Patrick Moore a refusé de boire un verre de glyphosate a jeté de l’huile sur le feu des anti-biotech. Le réalisateur français Paul Moreira a interrogé le défenseur de la biotechnologie qui fait des centaines d’interviews en live chaque année. Quand il a dit qu’il croyait que le glyphosate ne causait pas le cancer et qu’en boire un grand verre ne ferait pas de mal à un être humain, Moreira à amené un verre supposément rempli de glyphosate et a invité le Dr. Patrick Moore à en boire. Après quelques vifs échanges, Moore a lancé « non, je ne suis pas un idiot » et a quitté l’interview.

Le 29 mars, Moore a fait une déclaration confirmant qu’il n’est pas un lobbyiste de Monsanto et admettant qu’il avait fait une erreur dans l’interview. Sa bévue n’était pas d’avoir refusé de boire le verre qu’on lui proposait, mais d’avoir donné la possibilité au journaliste de le coincer et de perdre sa maîtrise de lui face à la caméra. Il aurait du expliquer plus clairement qu’alors que le glyphosate n’est pas dangereux pour l’homme, seulement un immature et un fou accepterait de relever ce défit digne d’une confrérie d’étudiants de 1ere année.

Nous devons donner une suite logique à l’erreur du pauvre Dr. Moore. L’échec persistant des américains à comprendre l’intégralité du principe de la toxicologie pour laquelle « la dose fait le poison » démontre le manque de formation à la pensée critique de notre nation [ndtr : pas mieux en France, où a été tournée l’interview]. En effet, il y a plein de substances qui sont sûres, dès lors qu’elles sont utilisées selon les recommandations, comme le glyphosate, mais personne de sain d’esprit n’en boirait un grand verre pour autant. Certains cas concrets amusants ont déjà fait le tour des médias sociaux via le hashtag #IfItsSafeThenDrinkIt. Qu’en est-il alors de quelques engrais organiques de Bioneem ? Yeah ! Ou alors, un verre bien frais de sel de table, de vinaigre, d’eau de vaisselle, ou de laxatifs ? Alors que le hashtag est ironique, il démontre la pure absurdité de prendre le refus de Moore de boire du glyphosate comme une démonstration de sa nocivité.

Alors que je ne suis pas chercheuse, comme auteur scientifique j’ai une très bonne compréhension de la génétique, la génomique, et les biotechnologies. Je sais qu’alors que le glyphosate tue les mauvaises herbes, il ne blessera pas l’homme s’il est utilisé correctement. Les humains, les mauvaises herbes et autres organismes présentent des fonctions vitales assurées par des protéines, les composants fonctionnels de base des êtres vivants. Elles ont plein d’utilités : structurelles, immunitaires, métaboliques, nutritives et enzymatiques et sont faites d’une chaîne d’acides aminés. De fait, chaque organisme a une façon particulière d’obtenir les acides aminés nécessaires à ses différentes sortes de protéines.

La voie métabolique du shikimate, qui n’existe pas chez les animaux, sert à produire des acides aminés spécifiques chez les mauvaises herbes. Les mammifères eux, ne synthétisent pas ces acides là. Les acides aminés essentiels que l’homme ne synthétise pas, il doit les obtenir par son alimentation (il y a d’autres acides aminés que l’homme synthétise, mais la voie métabolique de ceux là n’est pas atteinte par le glyphosate). Le glyphosate interfère avec la voie métabolique du shikimate, ce qui empêche la fabrication de certains acides aminés sans lesquels les mauvaises herbes ne peuvent pas produire des protéines essentielles à leur survie.

Je n’ai pas peur que le glyphosate me rende malade, non plus que ceux auxquels je tiens. Mais même quelqu’un n’ayant pas un très haut niveau scientifique et un peu de bon sens ne voudrait pas boire quelque chose simplement parce que c’est sûr.

En dépit de la classification récente de l’IARC (une agence de l’OMS) du glyphosate comme « probablement cancérigène », les scientifiques ne se prennent pas au jeu. Reprenant les propos d’autres experts, un maître de conférences en chimie analytique de Melbourne, le Dr. Oliver Jones a expliqué que « le public devrait être intéressé par le fait que l’IARC classe aussi 70 autres choses dans la catégorie « probablement cancérigène », dont le travail de nuit. Dans la plus haute catégorie des cancérigènes connus on trouve les boissons alcoolisées et l’exposition au soleil avec le plutonium ».

Le Dr. Jones a rappelé que « la dose fait le poison » : « Oui, les pesticides peuvent être dangereux, mais comme beaucoup d’autres choses communes qui sont également dangereuses dans des quantités et des expositions suffisantes ; la dose fait le poison ». Comme mère de deux jeunes enfants, je ne suis pas effrayée par le glyphosate et je continuerai d’acheter de la nourriture contenant des OGM. En effet, je crains beaucoup plus l’intrusion de la peur infondée dans l’esprit et le cœur de mes proches que des traces de résidus de pesticides. Si un jour j’accepte une interview par des anti-biotech, soyez avertis : si vous me demandez de boire du glyphosate, je vous demande du tac au tac de boire un grand verre de pesticide organique naturel.

Quelque chose de sûr mais que vous ne voudriez pourtant jamais boire ? Tweetez le avec le hashtag #IfItsSafeThenDrinkIt !

*** Kavin n’a pas vraiment avalé son dentifrice et ne condamne pas la consommation de liquides qui ne sont pas conçus pour l’être.

Featured image © 2015 Kavin Senapathy

[Trad] «Pourquoi la négation des consensus scientifiques sur les OGM et la vaccination devrait être traitée de la même façon ».

 

Caricature par James Gillray, 1802 : « La variole, ou les effets merveilleux de la nouvelle inoculation ! ». Cette caricature dépeint les allégations qui circulaient à l’époque selon lesquelles l’inoculation de la variole bovine (une procédure précurseuse de la vaccination que nous connaissons aujourd’hui) conduisait au développement de caractères bovins chez les inoculés. La proximité de telles représentations avec les allégations caricaturales qui peuvent encore irriguer les discours anti-OGM au 21e siècle sont assez frappantes (cette illustration et son commentaire ne figurent pas dans la version originale de l’article ici traduit).

Article publié par Keith Kloor sur Discover le 7 août 2014.

Plus tôt dans le courant de l’année [ndtr : en 2014], deux auteurs ont écrit dans Mother Jones :

« C’est facile de trouver de mauvaises informations à propos de la sûreté des vaccins sur internet ».

Ça c’est vrai. C’est aussi facile de trouver de mauvaises informations à propos de la sûreté des OGM sur internet.

Ce qui m’intrigue, c’est pourquoi les journaux libéraux [ndtr : aux USA, comprendre « progressistes »] reconnaissent les « mauvaises informations » sur les vaccins mais pas sur les OGM (Grist est dorénavant une exception notable, après avoir diffusé des informations biaisées sur les OGM pendant des années). Pour que ce soit clair, la science sur les OGM est aussi solide et reconnue que sur les vaccins. Alors pourquoi les journaux libéraux comme le Huffington Post, qui acceptent le consensus scientifique sur les vaccins, n’acceptent pas celui sur les OGM ?

Je vais présenter un exemple illustrant ce Lire la suite

[Trad] « Glyphosate et cancer : que disent les données ? »

Article publié par Andrew Kniss sur Control Freaks le 28 mars 2015.

Il y a un peu plus d’une semaine, l’International Agency for Research on Cancer (IARC) a annoncé que le glyphosate devrait être ajouté à sa liste des produits « probablement carcinogènes aux humains ». Le glyphosate n’était pas le seul pesticide ajouté à la liste, mais comme Nathanael Johnson l’a soulignée sur Grist, le glyphosate à tendance à faire paratonnerre du fait de son association avec les cultures GM Roundup Ready. Le présent billet intervient un peu tard dans la controverse. L’IARC est une agence respectée de l’OMS, et cette annonce a été largement diffusée. Personne ne sera surpris de voir que Monsanto a farouchement réfuté les risques sur la santé, alors que ceux qui par habitude s’opposent aux OGM et aux pesticides en profitent pour avancer leurs agendas. Je pense que le billet mentionné supra de Nathanael Johnson sur Grist et celui de Dan Charles sur NPR remettent correctement en contexte cette nouvelle classification. Grist a aussi posté une vidéo vraiment cool qui explique en quoi consiste réellement la classification de l’IARC dans le groupe 2A, « probablement carcinogène pour les humains » [ndtr : sur la signification réelle de cette classification].

Plutôt que de simplement reformuler ce que d’autres ont dit sur le sujet, je voulais vraiment porter un regard complet sur les preuves supportant cette classification. Je travaille avec les pesticides (spécialement le glyphosate), sur une base régulière, et je prends donc cette classification très au sérieux. Si le glyphosate est effectivement une source de cancer, je fais partie de la population qui y est le plus exposée. Comme la plupart des contributions raisonnables sur le sujet l’ont déjà soulignée, les produits du groupe 2A de l’IARC sont essentiellement problématiques pour les expositions professionnelles, c’est-à-dire les gens travaillant à leur contact sur une base régulière pendant de longues périodes. Il est hautement improbable que le grand public ne voit le moindre effet pathologique d’aucun produit entrant dans cette classification en se basant sur les preuves disponibles. Je suis surpris que l’IARC décide d’annoncer cette classification un an avant la rémission de la monographie complète détaillant les raisons de leur décision. Avoir leurs références complètes serait pour sûr utile pour comprendre quelles sont les données à l’origine de cette conclusion. J’ai donc fait une recherche bibliographique sur les études incluant le cancer et le glyphosate. Une review récente de Pamela Mink et al., 2012, a fourni un bon point de départ. Il devrait être souligné que cette étude a été financée par Monsanto ; cependant, je ne me suis pas véritablement reposé sur les conclusions de Mink, aussi ce conflit potentiel n’est-il vraiment pas pertinent. J’ai simplement utilisé l’article de Mink comme point de départ pour ma recherche bibliograhique sur les papiers enquêtant sur le lien cancer-glyphosate.

Récemment, Vox a présenté une illustration vraiment bonne qui résume très bien la raison pour laquelle vous ne devriez pas croire aveuglément dans une étude unique sur les causes de cancer ou ses traitements curatifs [ndtr : trad. De l’article de Vox sur LTC]. J’ai utilisé cette illustration comme modèle pour créer la mienne qui résume toutes les informations que j’aie pu trouver à propos de l’exposition au glyphosate et au cancer.

AllCancer_Allcites

Sur cette illustration, chaque point représente le risque relatif de cancer entre des gens ayant été exposés au glyphosate et ceux qui ne l’ont pas été. Pour lire cette illustration, tous les points à gauche de la ligne bleu (valeur inférieure à 1), signifient qu’en moyenne, les personnes qui ont été exposées au glyphosate étaient probablement moins sujettes au développement de ce type de cancer. Les points à droite de la ligne bleue signifient que les gens exposés au glyphosate étaient plus probablement sujets à développer ce type de cancer. Il y a deux choses importantes à souligner à propos de cette illustration. D’abord, c’est une simplification évidente des données. Présenter ces dernières ainsi exclut l’incertitude des risques relatifs estimés. Quand une étude présente ces estimations, elle utilise habituellement un intervalle de confiance de 95%. Cet intervalle est très important pour déterminer si on doit ou si on ne doit pas accorder du crédit aux estimations. De façon générale, si le point se positionne sur la valeur 1, on pourra conclure que la preuve est trop faible pour suggérer un lien causal. Quand bien même, si on se retrouve avec un nombre équivalent de points de part et d’autre du 1, ou si les points se regroupent proche du 1, on peut assurément conclure qu’il y a peu de preuves de liens.

Le second élément important à propos de cette illustration, c’est qu’on peut voir beaucoup de points à droite de la ligne pour le lymphome non-hodgkinien. C’est important car c’est spécifiquement le type de cancer invoqué dans l’article de Lancet Oncology et sur lequel l’IARC se repose pour annoncer officiellement sa nouvelle classification. Le tableau à la première page de l’article de Lancet déclare que « la preuve chez les humains » est « limitée » à propos du cancer de type « lymphome non-hodgkinien ». L’article de Lancet Oncology liste seulement 16 références, et autant que je puisse en juger, seulement trois de ces références comportent effectivement des informations sur le glyphosate et le lymphome non-hodgkinien (dorénavant abrégé LNH). Ces trois références semblent en effet suggérer un lien entre l’exposition au glyphosate et le LNH.

Chacune de ces études est une étude de cas. Ce genre d’études prend un grand nombre de cas pathologiques d’intérêt, trouve une population similaire ne présentant pas l’état pathologique étudié, et essaye alors de trouver les différences dans les facteurs de risques auxquels sont exposées ces deux populations. N’importe quel facteur plus prévalent dans la population des cas pathologiques étudiés sont vus comme de possibles facteurs de risque pour cette pathologie. Ces études de cas peuvent être vraiment utiles, comme Vox l’a souligné. Dans les trois études de cas référencées dans l’article de Lancet cité par l’IARC, tous les points d’estimation sont à droite de la valeur 1. Mais l’intervalle de confiance de McDuffie et al., 2001 inclut la valeur 1, signifiant que la preuve d’un lien dans cette étude n’était pas vraiment forte. Similairement, DeRoos et al., 2003 a utilisé deux modèles différents, et l’intervalle de confiance pour l’un d’eux contenait la valeur 1. En regardant dans différentes études de cas, j’ai vu que différents modèles étaient communément utilisés. Les auteurs évaluent parfois 2 voire même 3 modèles différents pour comparer le groupe des personnes exposées au glyphosate et celui des personnes n’y étant pas exposées. Nous reviendrons là-dessus plus tard. J’ai pu trouver plusieurs autres études (en plus des trois sur lesquelles se repose l’IARC), qui ont enquêté sur les liens entre glyphosate et LNH. Toutes ces études sont résumées dans l’illustration ci-dessous :

NHL_casecontrol

Bien que beaucoup d’intervalles de confiance contiennent la valeur 1, tous les points d’estimation sont plus grands que 1. Ainsi, en dépit d’une grande variabilité dans les données, l’association de l’exposition au glyphosate et du LNH semble effectivement raisonnablement consistante à travers ces études. C’est peut être ce qu’à constaté l’IARC avant de donner ses conclusions. Similairement à DeRoos, 2003, les deux études de Hardell ont utilisé plus d’un modèle. Dans ces études, la différence entre plusieurs modèles visait habituellement à l’ajustement de variables confondantes. La variable la plus souvent confondante dans les études sur le LNH était l’exposition à d’autres pesticides. Une très grande partie des personnes exposées au glyphosate pendant des longues périodes le sont aussi à d’autres pesticides. C’est une limitation très importante aux études de cas. Beaucoup de personnes utilisant de grosses quantités de glyphosate (comme les agriculteurs, les commerciaux applicateurs de pesticides et les scientifiques agronomes) tendent à être exposés à beaucoup de produits bien plus rares dans le grand public. Nous tendons à utiliser quantité de pesticides, mais aussi probablement à inhaler plus de poussières et de fertilisants. Nous travaillons en extérieur, exposés en plein soleil. Nous sommes aussi probablement plus exposés aux fluides hydrauliques et nous levons plus tôt que la population générale. Ces paramètres sont extrêmement difficiles à contrôler dans une étude de cas.

De plus, dans ces études de cas, une très petite minorité de cas de LNH étaient effectivement exposés au glyphosate. Par exemple, seulement 97 personnes (3,8% de la population étudiée) avaient été exposées au glyphosate dans l’étude de DeRoos, 2003. Similairement, seulement 47 personnes (2,4% de la population étudiée) avaient été exposées au glyphosate dans l’étude d’Eriksson, 2008. Ce sont de très petits nombres. En le prenant sous un autre angle, environ 3% seulement des cas de LNH dans la plupart des études de cas avaient effectivement été exposés au glyphosate. Ainsi, même si le glyphosate accroit effectivement le risque, ce n’est certainement pas un contributeur majeur au nombre de cas de LNH dans la population générale.

Mais les études de cas ne sont pas le seul type d’études qui ont été utilisées pour enquêter sur le lien entre glyphosate et cancer. DeRoos et al., a mené une étude supplémentaire en utilisant une méthode différente, et supposément meilleure. Les études de cohortes suivent un groupe de personnes pendant un temps donné voire pendant toute leur vie. Elles traquent les nombreux facteurs de risques et leur impact sur la santé. DeRoos et al., 2005, a suivi un groupe de 54 315 travailleurs agricoles. Encore une fois, il a utilisé deux méthodes différentes dans son analyse, mais les résultats furent opposés à ceux observés dans les études de cas.

Les estimations étaient inférieures à 1,0, avec un intervalle de confiance englobant le 1. Ces résultats suggèrent qu’il n’y a pas de lien discernable entre le glyphosate et le lymphome non-hodgkinien dans la population où l’usage du glyphosate était le plus commun. Plus de 41 000 participants sur les 54 315 que comportait l’étude avaient été exposés au glyphosate. Et 99,82% d’entre eux n’avaient pas de lymphome non-hodgkinien au moment de cette étude.

Alors, que signifie tout ça ? Je pourrai changer d’avis lorsque la monographie complète de l’IARC sera publiée, mais en me basant sur les études disponibles je ne peux pas voir la moindre preuve suscitant l’inquiétude, et je dis ça alors que je fais partie de gens exposés à plus de glyphosate que la grande majorité de la population. Il n’y a rien ici qui puisse ternir la réputation de pesticide très sûr du glyphosate. Et pour l’amour de dieu, arrêtez de dire des choses du type « le glyphosate est suffisamment sûr pour que vous puissiez en boire ». Boire du Roundup ne signifie rien du tout, de toute façon. Je pourrai fumer une cigarette et boire une bière devant une foule, ça ne rendrait pas ces produits moins responsables de cancers. Le glyphosate est toujours un pesticide après tout. Un équipement de protection approprié devrait être porté lors de l’utilisation de tout pesticide. Mais lorsqu’il est utilisé selon les normes en vigueur, je ne pense pas qu’il y ait de raison d’être effrayé, que vous possédiez du Roundup que vous utilisez pour désherber votre jardin ou que vous soyez un commercial épandant sur 400 hectares de maïs Roundup Ready.

Liens suggérés :

So Roundup “probably” causes cancer. This means what, exactly? by Nathanael Johnson, Grist

A top weed killer could cause cancer. Should we be scared? by Dan Charles, NPR

He’s not a Monsanto lobbyist, and weed killer isn’t safe to drink. by Matthew Herper, Forbes

Watch stick figures explain what “probably causes cancer” even means. by Suzanne Jacobs, Grist

Expert reaction to carcinogenicity classification of five pesticides by the International Agency for Research on Cancer (IARC). Science Media Centre

Weed killer, long cleared, is doubted. Andrew Pollack, New York Times

Monsanto’s statement on the IARC classification of glyphosate. Monsanto

Glyphosate as a carcinogen, explained. Farmers Daughter USA

[Trad] « Le glyphosate cause le cancer… tout comme les pommes ».

Article publié sur Skeptical Raptor le 26 mars 2015.

Le glyphosate (le Roundup de Monsanto) est un herbicide systémique à large spectre utilisé pour tuer les mauvaises herbes, spécialement les dicotylédones et l’herbe connues pour entrer en compétition avec les différentes espèces cultivées autour du monde. Il a plusieurs avantages sur beaucoup d’herbicides en cela qu’il se dégrade dans le sol en molécules organiques non toxiques et en réduisant ou éliminant la contamination des eaux de ruissellement et de sous sol.

Monsanto à développé des semences génétiquement modifiées (GM) résistantes au glyphosate de sorte que les agriculteurs puissent utiliser le Roundup pour éradiquer les mauvaises herbes compétitrices sans risquer de toucher les cultures. Ainsi, les agriculteurs peuvent supprimer ces herbes et obtenir une meilleure production des semis.

Quels que soient les bénéfices du glyphosate, les OGM et l’herbicide sont intimement liés dans beaucoup d’esprits, et il y a eu un effort grandissant à prétendre que le glyphosate est cancérigène. Regardons un peu du côté de la science, nous obtiendrons peut-être quelques informations.

Qu’en est-il du cancer ?

La fameuse (ou infâme ?) étude de Séralini, qui proclamait que les glyphosates et les semences de maïs OGM provoquaient le cancer chez des rats est assez populaire grâce aux forces anti-OGM. L’article a été rétracté pour diverses raisons incluant de mauvaises statistiques, un protocole expérimental inadapté, et des mauvaises conclusions.

Comme cet article a été rétracté, il ne compte pas vraiment car il n’existe pas réellement (bien qu’honnêtement, il fût republié ultérieurement dans un journal à très faible Impact Factor). Cette histoire est effroyablement similaire à la fraude
d’Andrew Wakefield à l’origine d’un article frauduleux finalement rétracté à propos des vaccins et de l’autisme. Je pense que Séralini est le Wakefield du monde des OGM.

Il y a probablement de meilleures études disponibles. La plus récente est une revue de l’International Agency for Research on Cancer (IARC), récemment publiée dans Lancet Oncology dont l’Impact Factor est extrêmement haut, probablement même le journal le plus respecté dans la recherche sur le cancer.

Par ailleurs, le IARC, l’une des agences intergouvernementales de l’OMS, est largement respecté pour ses recherches dans les causes du cancer. Selon le IARC,

« La preuve de carcinogénicité du glyphosate pour les humains était limitée. Les études de cas d’exposition aux USA, au Canada, et en Suède ont rapporté des risques accrus de lymhome non-Hodgkinien persistant après l’ajustement d’autres pesticides.

La cohorte AHS n’a pas montré d’accroissement significatif des risques de lymphome non-Hodgkinien. Chez les souris mâles CD-1, le glyphosate a induit une tendance positive dans l’incidence d’une tumeur rare, le carcinome du tubule rénal.

Une seconde étude a rapporté une tendance positive pour l’hémangiosarcome chez les souris mâles. Le glyphosate à accru les adénomes des îlots de Langerhans du pancréas chez des rats mâles dans deux études. Une formule du glyphosate à promu les tumeurs de la peau chez les souris dans une étude d’initiation-promotion. Le glyphosate a été détecté dans le sang et l’urine de travailleurs agricoles, signe d’absorption.

Le glyphosate et les formules de glyphosate ont induit des dommages génétiques chez les mammifères, et chez des cellules animales et végétales in-vitro. Une étude a rapporté des augmentations des marqueurs sanguins de dommages chromosomiques chez les résidents de plusieurs communautés après l’épandage de formules glyphosates.

Le groupe de travail a classé le glyphosate comme ‘probablement carcinogène pour les humains’ (groupe 2A) ».

Premièrement, le IARC est vraiment précautionneux dans ses déclarations et ses conclusions. On peut donc penser qu’ils sont beaucoup plus portés à classer un composant comme carcinogène plutôt que de ne pas le faire. Sûrement un effet secondaire du principe de précaution.

Deuxièmement, le IARC a fait cette revue dans une courte période de temps. La blogosphère pro-OGM qui semble se battre pour donner l’impression d’être des agents de Monsanto (ce qui m’embarrasse vraiment), sélectionne quelques unes des « attaques » les plus ridicules contre la revue du IARC, dont celle-ci :

« D’un autre côté, les revues des corps de régulation sur le glyphosate aux USA, au Canada, en Allemagne et ailleurs dans le monde ont pris jusqu’à 5 ans ».

Ceci n’a rien à voir avec la qualité des revues, mais simplement que l’EPA et la FDA sont des bureaucraties assez lentes ce qui limite les flots incontrôlés d’informations. Et supposer que des corps de régulation sont entrain de passer en revue le glyphosate 24/7 est simplement au-delà de ma capacité à hocher la tête négativement.

Troisièmement, le IARC ne fait pas de recherches originales, ce qui a déjà été souligné par le monde du blogging pro-OGM et qui est complètement impertinent.

« Le IARC ne conduit pas de recherche originale, il ne fait que des revues d’études déjà publiées pour déterminer le status carcinogène ».

La Cochrane Collaboration, probablement ce qui se fait de mieux dans la publication de revues systématiques ne fait pas de recherches originales. Ils font des revues, vérifiant les données de multiples études. Dans le monde réel de la science, les revues sont le pinacle de la science et représentent les meilleures connaissances disponibles. C’est donc une sorte d’argument de l’homme de paille que les vrais scientifiques rejettent de toute façon.

Non.

Mais le IARC dit que le Roundup cause le cancer !

Ok, le IARC à une classification en 5 grades pour les composants potentiellement carcinogènes :

  • Groupe 1 : Carcinogène pour les humains
  • Groupe 2 : Probablement carcinogène pour les humains
  • Groupe 2B : Possiblement carcinogène pour les humains
  • Groupe 3 : Non classable comme carcinogène pour les humains
  • Groupe 4 : Probablement pas carcinogène pour les humains

Le groupe 2A dans lequel se trouve le glyphosate semble sérieux. Mais un élément chimique commun produit par les fruits et par votre propre corps cause le cancer. Le formaldehyde, la marotte de toute tête de mule antivacciniste qui se respecte. Selon le IARC, c’est un carcinogène du groupe 1, donc il provoque clairement le cancer. En d’autres termes, il est beaucoup plus dangereux que le glyphosate.

Et le formaldehyde est présent naturellement partout. On le trouve dans les pommes jusqu’à 22 ppm (parties par million). Peut-être qu’on devrait revoir le vieux principe d’une pomme par jour ?

Non, ça serait aller trop loin, car la seule occurrence ne suffit pas à déterminer que le produit va donner le cancer. Ça veut dire qu’il pourrait (ou qu’il peut, dans le cas du formaldehyde) si la dose était suffisante. Il y a un principe selon lequel la dose fait le poison, qui détermine à quel dosage du produit apparait la réponse (comme le cancer). Pour le formaldehyde, la dose qui cause le cancer n’est pas exactement connue, mais c’est environ 1 ppm chaque seconde de chaque heure de chaque jour. Vous devrez consommer un camion de pommes pour arriver à ça. Tous les jours.

Bon, ne buvez pas des litres de formaldehyde, et ça sera plutôt facile de rester sous la dose augmentant le risque de cancer.

Pour le glyphosate, il y a un gros problème. Le lien entre le cancer (quel qu’en soit le type) et le glyphosate semble inexistant. C’est troublant, après avoir lu le rapport du IARC. Beaucoup de leur recherche semble venir de :

  1. Des résultats montrant du glyphosate dans le sang et l’urine de travailleurs agricoles, ce qui ne montre aucun lien causal d’aucune sorte, à moins qu’il s’agisse d’une étude épidémiologique massive.
  2. Quelques études sur des modèles animaux, et j’abhorre les études utilisant des animaux pour montrer quoi que ce soit en dehors de quelques rats et souris forcées de manger du glyphosate.

Une meta-revue récente publiée dans un vrai journal est arrivée à une conclusion totalement différentes (et rappelez-vous, je considère les meta-revues comme le pinacle de la vraie science) :

« Notre revue n’a pas montré de schéma consistant d’associations positives indiquant une relation causale entre le total des cancers (chez les adultes et les enfants) et aucun site spécifique de cancers et d’exposition au glyphosate ».

Ces chercheurs ont basé leur revue sur 21 cohortes et études de cas contrôlées. C’est une preuve extrêmement puissante que le glyphosate ne cause pas de cancer et n’est pas relié au cancer.

Encore une fois, je ne mets pas 1 litre de glyphosate dans mon bol de céréales OGM au petit déjeuner. Plus sérieusement, je voudrais qu’il soit moins utilisé parmi les cultures résistantes au glyphosate (ce qui permet d’en utiliser moins et dans des proportions plus contrôlées).

Parfois je suis fatigué de toutes ces psychoses de cancer sur le net. Le fait est qu’autant qu’on sache, il y a 12 choses à faire pour réduire le risque de cancer. Arrêter de fumer. Limiter l’exposition au soleil. Rester en forme. Ne pas boire trop. Rien de tout ça n’implique que vous arrêtiez de manger des pommes ou évitiez le glyphosate.

Mais il y a environ 200 sortes de cancers, plutôt 250 même. Chacun d’eux à une cause et une physiopathologie séparées. La plupart du temps, le corps se débarrasse lui-même du cancer, à moins de séries de 5-10 mutations dans une cellule et vous n’imaginez pas à quel point c’est rare, même dans un corps de 20 à 50 billions de cellules. Si le glyphosate provoque une seule mutation, c’est toujours moins que ce qui est causé par le soleil.

L’exposition au glyphosate ne provoquera probablement pas de cancer. Peut-être qu’elle augmentera le risque de 1/10 000 000, mais 1 vie humaine ne suffit pas à rendre ce danger significatif. Fumer, c’est bien, bien pire. Le tabagisme passif est quasiment aussi mauvais.

Le résumé TL ;DR

[ndtr : To Long ; Don’t Read, est une expression-critique pour des argumentations trop longues pour qu’on prenne le temps de les lire dans un débat écrit. Ici l’auteur fait un résumé lapidaire à l’attention des « anti » qui n’auraient pas envie de lire tout son billet]

  • L’OMS dit que le glyphosate est carcinogène.
  • Peut-être. Mais à quelle dose ? On ne sait pas.
  • Les meilleures preuves épidémiologiques, apparemment ignorées de l’OMS, disent qu’il n’y a pas de corrélation ni de causalité entre le glyphosate et le cancer.
  • Les gens pro-OGM : attaquez les arguments, pas les personnes. L’OMS et le IARC font des erreurs de temps en temps, mais ils font du bon travail comme au CDC et à la FDA. Dans ce cas, leurs arguments semblent vraiment mauvais en ignorant les autres données scientifiques. Rappelez-vous que l’OMS a déclaré que les produits OGM sont probablement sans danger.
  • Je vais continuer de manger des pommes. J’aime les pommes.
  • Ne fumez pas.

Citations clefs :

[Trad] « Les OGM et l’environnement »

Article posté sur Thoughtscapism le 22 mars 2015.

Beaucoup de gens sont inquiets à propos de l’impact que les OGM pourraient avoir sur l’environnement. C’est une inquiétude raisonnable. Les OGM augmentent-ils seulement les profits des fermiers et des compagnies de biotechnologie au dépens de l’environnement ? En ayant appris plus sur l’agriculture et l’environnement, au contraire de la peur populaire, j’ai trouvé qu’il n’y avait en fait pas de preuves scientifiques des méfaits des OGM sur l’environnement. Vous pouvez en lire plus dans ce rapport de l‘European Academies Science Advisory Council. A contrario, j’ai même appris que les biotechnologies apportent plusieurs bénéfices à l’environnement.

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Qu’à donc à y gagner l’environnement ? J’ai déjà abordé ce sujet dans mon article sur l’agriculture, les animaux et l’environnement du point de vue de l’agriculture biologique, mais je pense que ça mérite un nouvel article en soi. De manière schématique, les cultures OGM témoignent d’un accroissement de l’efficience de l’agriculture : de plus fortes productions, un usage réduit des pesticides, des profits supérieurs, et une réduction du travail agricole.

Les OGM aident les agriculteurs à exploiter au mieux leur terre. Est-ce que ça veut dire qu’ils la surexploitent et provoquent ainsi des dommages à l’environnement ? Pas vraiment. Les agriculteurs cultivent leurs terres depuis des générations. Ce qui est le mieux pour eux, c’est un sol qui reste sain et conserve ses qualités. Au delà de ça, il y a de bons arguments pour dire que l’efficience des exploitations agricoles est une bonne mesure de leur impact sur le changement climatique. Pour clarifier cette notion d’efficience, j’emprunterai la formule de Marc Brazeau sur Genetic Literacy Project :

« De hauts rendements sont un indicateur de l’usage efficient des ressources. De hauts rendements indiquent que l’eau, le carburant, les pesticides, le travail agricole, etc., sont correctement transformés en nourriture plutôt qu’en mauvaises herbes, insectes ravageurs, et cultures dévastées ».

Dans notre monde conscient de l’impact carbone, beaucoup de gens considéreraient comme un exploit qu’un pays occidental comme le Royaume-Uni arrive à réduire son usage des automobiles de plus d’un tiers de son niveau actuel. C’est ce que font les cultures OGM depuis 1996, coupant dans les émissions carbone, à hauteur de 28 000 millions de kg en 2013. (Malheureusement, aucune des économies d’émissions carbone engendrées par les biotechnologies ne viennent du Royaume-Uni actuellement).

Parmi les pays responsables de cette réduction, on trouve les USA, le Brésil, l’Argentine, la chine, l’Inde, la Bolivie, le Paraguay, l’Uruguay, l’Afrique du Sud, et le Canada. Les pays européens de leur côté, ont été très lents à adopter les biotechnologies. Mais avec 5 pays cultivant le maïs OGM à présent, et 49 cultures OGM autorisées au total, l’Europe (dont le Royaume-Uni) pourrait bientôt commencer à prendre part à ces avancées.

Plus bas, vous pouvez voir les données à l’origine de mon infographie. Elles présentent les impacts environnementaux clefs des cultures OGM sur l’agriculture globale dans deux études de 2012 et 2013. Leur résumé :

« L’adoption des cultures OGM résistantes aux insectes et tolérantes aux herbicides a réduit l’épandage de pesticides de 553 millions de kg (-8,6%) et, comme résultat, a diminué l’impact environnemental associé aux herbicides et insecticides utilisés sur ces cultures de 19,1% (comme mesuré par l’indicateur Environmental Impact Quotient, EIQ). Cette technologie a aussi facilité d’importantes coupes dans l’usage de carburant et le labour, résultant en une réduction significative de l’émission du gaz à effet de serre dans les zones de culture OGM. Cela équivaut à avoir retiré 12,4 millions d’automobiles de la circulation en 2013 ».

Ils soulignent que les niveaux réduits d’émission de gaz à effet de serre viennent essentiellement de la diminution de l’usage du carburant pour les tracteurs ainsi que de la séquestration du carbone dans le sol. Mais qu’est-ce qui dans la culture OGM conduit à accroître la séquestration des matières organiques dans le sol ? L’un des gros bénéfices est la diminution du labour. Le département américain de l’agriculture souligne que la généralisation de cette diminution du labour est largement due à l’adoption des cultures HT (Herbicide Tolerant).

« Ces tendances suggèrent que les cultures HT facilitent la diminution du labour. De plus, une revue de plusieurs études économétriques montre une double relation causale entre l’adoption des cultures HT et le labour. Ainsi, en plus de ses bénéfices directs sur l’usage des herbicides, l’adoption des cultures tolérantes aux herbicides bénéficie indirectement à l’environnement en encourageant la diminution du labour ».

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Beaucoup de gens pourraient immédiatement penser que l’usage de pesticides est un important facteur aggravant lorsque l’on compare les différentes méthodes de culture. Alors que les OGM contribuent à réduire l’usage des pesticides, c’est en fait une assez petite contribution à l’impact écologique de l’agriculture. Ainsi que le formule Marc Brazeau :

« les pesticides représentent un saut dans le développement durable quand on les compare à l’exploitation des sols, à la consommation d’eau, à la pollution et aux gazes à effet de serre. En fait, cela peut sembler contre intuitif mais, les pesticides peuvent jouer un rôle substantiel dans l’écartement des dégâts associés avec beaucoup d’autres facteurs ».

Ces facteurs importants sont présentés dans un rapport publié dans Science, en 2014 :

« Nous avons observé que relativement peu d’endroits et de méthodes pourraient fournir un apport calorique suffisant aux besoins de base de plus de 3 milliards d’individus, générant beaucoup d’impacts environnementaux avec des conséquences globales ».

Cela semble encourageant. En tout et pour tout, la science est porteuse de bonnes nouvelles pour les agriculteurs, les consommateurs, et l’environnement. Nous avons besoin de tous les outils possibles pour subvenir à l’équilibre précaire de la balance entre les besoins de l’homme et ceux de l’environnement.

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