Glyphosate : comment en est-on arrivé là ?


Je fais dans ce billet une traduction synthétique de l’article publié dans la revue open access Journal of Public Health and Emergency (JPHE) en octobre 2017.

J’y ajoute certaines observations marginales. Il s’agit d’un éditorial dont la compréhension est aisée et les notions claires. Je vous invite ainsi à le lire directement en anglais. Dans leur déclaration de conflits d’intérêt, les auteurs affirment n’avoir reçu aucun financement pour la rédaction de cet édito, mais précisent avoir travaillé par le passé sur le glyphosate dans des recherches financées par l’industrie. [1] Ceci étant dit, ils concentrent dans cet article un certain nombre d’éléments absolument fondamentaux pour toute personne estimant avoir une opinion sur le sujet : corpus de données utilisé dans l’évaluation de la substance, principe actif vs. formulations, danger vs. risque, etc.. Ces rappels sont fondamentaux et simples de compréhension, mais force est de constater qu’ils ne semblent pourtant pas dominer le « débat » public. On peut facilement imaginer que si c’était le cas, ce « débat » n’existerait pas, ou du moins, pas dans ces proportions et formes là.

Médias, dénis et réalité

L’accès à l’information est de plus en plus aisé. Les médias sont nombreux, et à ceux d’entre eux qu’on pourrait qualifier de « traditionnels » (presse écrite, radio, télévision) se sont ajoutés les médias en ligne et la diffusion d’informations via les réseaux sociaux. Ce contact avec l’information, indépendamment de sa pertinence ou de sa véracité, permet une bien meilleure appropriation par le public de problématiques relatives à sa santé, ou à l’environnement. Hélas, l’information accrocheuse, sensationnaliste, basée sur l’émotion ou le raisonnement motivé, se trouvent Lire la suite

Glyphosate : une désinformation que vous avalez dès le matin

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L’info est tombée aujourd’hui : nos céréales matinales ainsi que plusieurs légumineuses sèches seraient envahies par le glyphosate. Le rapport Glypho 2 de Générations Futures d’où sort le scoop est repris rapidement à la radio, sur 2 chaînes TV d’information en continu et 15 journaux et magazines dont 4 au niveau national franco-belge.
Doit-on avoir peur du petit déjeuner ? A-t-on empoisonné nos enfants et nos proches pendant tout ce temps ? Non.

Avons-nous déjà employé quasiment mot pour mot cette introduction l’année dernière ? Bien entendu, oui. Et on ne va pas s’arrêter là.

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Le Muesli du matin n’est PAS bourré de pesticides

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L’info est tombée aujourd’hui : notre muesli matinal serait envahi par plus de 140 pesticides. Le rapport Exppert 7 de Générations Futures d’où sort le scoop est repris rapidement sur 6 radios, les trois chaînes TV d’information en continu et 27 journaux et magazines dont 14 au niveau national franco-belge.
Doit-on avoir peur du muesli ? A-t-on empoisonné nos enfants et nos proches pendant tout ce temps ?

Non. D’ailleurs si on cherchait vraiment à manger assez de muesli pour s’intoxiquer aux pesticides, c’est en réalité le muesli qui aurait notre peau. Voilà, ceux qui sont venus pour avoir une réponse peuvent économiser 10 minutes et arrêter leur lecture. Maintenant, si vous ne me croyez pas sur parole – et je vous encourage vivement à ne jamais croire sur parole ni moi ni le reste de ce que vous lisez ou entendez sur les sujets scientifiques et polémiques – je vous invite à prendre 10 minutes pour comprendre ce que contient (et ne contient pas) le rapport de Générations Futures.

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Le glyphosate, un tissu de mensonge ? (3000 mots ~ 20 mins)

Mise en ligne sur Youtube le 11 mai, une vidéo de l’association militante wemove.eu sobrement titrée “Le glyphosate, un tissu de mensonge” nous propose une analyse se voulant factuelle, des connaissances actuelles portant sur la molécule qui agite si souvent les médias.

Intéressés par les substances présentes dans votre environnement, ou par les risques portant sur votre santé ? Alors reprenons ensemble les arguments exposés dans la vidéo, afin de compléter et enrichir cette dernière avec des sources précises et des explications complémentaires, et faire toute la lumière sur le fameux composé actif du fameux RoundUp de la fameuse entreprise Monsanto. Fameux programme.

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[Trad] Qui sont ces risques qui sifflent sur nos têtes ? Pesticides, vaccins et autres produits chimiques [difficulté : moyenne] (3000 mots ~ 20 mins)

Penchons nous ensemble sur ces risques dont on entend tant parler dans les médias et à la machine à café.

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Non, cette illustration n’est pas si hors sujet que ça : les risques sont omniprésents et les évaluer, c’est avant tout éviter les écueils des probabilités.

Ce billet est une traduction de l’article de The Logic of Science datant du 7 Mars dernier. Je reviendrai certainement sur la notion de risque et comment elle se traduit dans la réalité dans une future parution,  mais cet article est une première approche très pertinente et claire qu’il m’a semblé intéressant de relayer, sur les conseils avisés de Plasmodioum.

Nous sommes constamment bombardés par les médias d’annonces telles que « une nouvelle étude affirme que la substance X augmente les risques de Y de 100 % » ou encore « faire X double la probabilité d’avoir Y ». Mais que signifient réellement ces nombres ? Nous, en tant qu’humains, sommes très mauvais en ce qui concerne l’évaluation des risques, et la perception qu’on en a les amplifie beaucoup – ou parfois au contraire, les néglige dramatiquement. Une part du problème vient de la manière dont on parle des risques. Lire la suite

Nouvelle étude Séralini : quand les rats de Monsanto sont gavés au RoundUp

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Ser&Al. 2015 entend montrer que les OGM, pesticides et métaux lourds dans l’alimentation pour rongeurs déciment les rats de laboratoire.

Le jeudi 18 juin, la Tête Au Carré (laTAC), émission de radio quotidienne diffusée sur France Inter, interviewait en exclusivité Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire de l’université de Caen, à propos de la nouvelle étude choc qu’il s’apprête à publier dans la revue scientifique open access PLOS ONE, à propos de la nourriture des rats de laboratoire.

Si le nom Séralini vous dit quelque chose, ce n’est pas un hasard : le président du comité scientifique du CRIIGEN est à l’origine d’une autre étude publiée en 2012 à son nom, accusant un maïs GM et le RoundUp employé lors de la culture de ce dernier de déclencher l’apparition de tumeurs géantes sur des rats de laboratoire. Cette étude, parue dans des conditions pour le moins inhabituelles en sciences, eut un impact important dans les médias en France et à l’étranger.

Pourtant, sa rigueur scientifique fut rapidement remise en cause, alors qu’on découvrait également que les auteurs étaient sujets à de probables conflits d’intérêts importants. Finalement, le caractère non-reproductible des résultats avancés et les faiblesses méthodologiques révélées invalidèrent les conclusions de l’équipe du professeur Séralini, et le papier est considéré inexploitable par les experts et le reste de la communauté scientifique.

En ce jeudi 18 juin donc, Gilles-Eric Séralini revient sur le devant de la scène, décidé à discréditer ses détracteurs, comme lui l’avait été trois ans auparavant. Revenons ensemble sur cette journée mouvementée.
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OGM = Danger, les preuves scientifiques

LA VERITE SUR LE ROUNDUP, HERBICIDE, MAÏS BT, COTON BT, SOJA BT, SUPERWEED, CONTAMINATION, MONSANTO, PESTICIDE, BIODIVERSITE, EQUUS TROJANUS !!!

Figure 1 Image tirée du documentaire intitulé « GMO OMG » de Jeremy Seifert, reviewé sur ce lien.

Très souvent, dans le milieu des opposants aux OGM, j’entends dire qu’on n’a pas assez de preuves scientifiques sur les dangers des OGM, qu’on ne sait pas, qu’il n’y a pas d’études, qu’on n’a pas prouvé l’innocuité des OGM, etc.. Mais les camarades qui disent cela se trompent lourdement. En réalité, la documentation scientifique sur les dangers des OGM est énorme. Ceci s’explique par le fait que les OGM sont les produits biologiques les plus suivis au monde depuis 30 ans. Aussi, on cumule les données observationnelles et expérimentales. Il existe des milliers d’études sur les OGM, et des centaines d’entre elles évaluent leur danger. Bien entendu, une partie de ces études est financée par l’industrie. Mais au moins autant sont entreprises par des universitaires sur des budgets de la recherche publique.

De fait, les articles scientifiques indépendants de l’industrie et posant la question des dangers des OGM sont légions. Depuis les premiers travaux sur les OGM jusqu’en 2006, 31 848 articles scientifiques avaient été publiés sur le sujet. Le problème est que l’évaluation des dangers des OGM repose sur une approche multidisciplinaire, ce qui a tendance à diluer la visibilité de telles recherches déjà dans le domaine scientifique, mais encore plus auprès du grand public. Un journal peer review spécifique ainsi qu’une base de données dédiée à ces recherches ont donc été créés.

Le consensus scientifique sur le danger des OGM est très clair, comme il a pu être mis en évidence par une revue bibliographique sur tous les articles scientifiques publiés entre 2002 et 2012, soient 1783 articles comprenant des travaux de recherche et d’autres revues bibliographiques.

Nicolia et al., 2013
Nicolia et al., 2013

On peut voir que les études portant sur les dangers des OGM sont assez bien balancées entre les interactions OGM-environnement (47,5%) et les interactions OGM-humains (43,2%). A l’intérieur de ces deux grandes catégories, plusieurs thèmes sont abordés.

Les dangers pour la biodiversité

C’est le thème le plus fouillé par les scientifiques (68,4%) dans la catégorie des interactions OGM-environnement. On commence donc à connaître beaucoup de choses sur les dangers des OGM pour la biodiversité.

Comme vous le savez, la plupart des Plantes Génétiquement Modifiées (PGM) le sont pour devenir résistantes à des herbicides, comme le Roundup, ou pour produire des toxines insecticides, comme les semences Bt. Les scientifiques évaluent donc en permanence les dangers que cela peut représenter aux travers de données observationnelles et expérimentales.

La littérature évaluant ces dangers pour la faune, qu’il s’agisse des oiseaux, serpents, insectes non ciblés par les insecticides, microfaune du sol, etc., est extrêmement importante. Une revue de cette littérature montre bien les quantités de preuves sur les dangers des OGM : rares ou inexistantes. Les impacts négatifs qui ont pu être mis en évidence ont par ailleurs été critiqués pour leur faiblesse statistique et leurs extrapolations abusives.

Les OGM-herbicides et insecticides provoquent naturellement une baisse de la biodiversité au regard des cibles de ces pesticides. C’est en effet parfaitement logique et le même résultat est attendu en agriculture conventionnelle ou bio. Quel que soit le moyen de lutte utilisé, il conduit nécessairement à la diminution des cibles dans la zone d’utilisation. Cela démontre simplement l’efficacité de ces méthodes. Il est notable de constater que cette baisse de la biodiversité des cibles est généralement plus grande en agriculture utilisant des variétés non OGM, car les pesticides chimiques utilisés sont plus toxiques et persistants dans l’environnement. A ce propos, l’utilisation des « pesticides OGM » a permis une très large diminution de l’utilisation des pesticides chimiques conventionnels dans le monde, et donc une importante réduction de la pollution.

Le danger que représentent les OGM en termes d’apparition de plantes résistantes aux herbicides, les superweeds, ou d’insectes ravageurs résistants aux insecticides sont également bien évalués. Mais en réalité, ces problèmes bien connus ne sont pas spécifiques aux produits OGM. La théorie de l’évolution nous apprend effectivement que la pression sélective continue sur les individus, provoque nécessairement une adaptation continue. Ainsi, il semble peu probable qu’une solution de lutte contre un nuisible biologique ne soit jamais définitive. Il s’agit alors d’établir une gestion intelligente de différentes méthodes de lutte combinées pour éviter l’apparition de résistances. C’est ce qu’on appelle la course à l’armement. Ces dangers sont exactement les mêmes en agriculture conventionnelle ou biologique. Ils ne représentent pas une spécificité des OGM. Les techniques de l’un ou l’autre mode d’agriculture peuvent très bien être utilisées de manière combinée de sorte à réduire à la fois les pollutions et les risques de résistance.

En conclusion sur les dangers des OGM pour la biodiversité, il est notable de constater que les craintes communément soulevées ne sont pas justifiées. En outre, la diminution de la pollution grâce aux champs OGM est favorable à la biodiversité. Clairement, cette pratique ne présente aucune différence néfaste avec celles utilisées traditionnellement par l’homme depuis le Néolithique.

La contamination

Des plantes non OGM peuvent fertiliser des plantes OGM et vice-versa. Ceci se passe en permanence dans la nature entre des plantes non OGM. On appelle ça la reproduction. Lors du processus de reproduction, des gènes sont échangés et transmis aux générations suivantes. On parle de flux de gènes, processus improprement appelé « contamination » par les opposants, durant lequel des transgènes peuvent circuler et se fixer dans une population de plantes sauvages par introgression. Dans la littérature sur les dangers des OGM, les flux de gènes représentent 31,6% des publications relatives aux interactions OGM-environnement. C’est clairement un sujet très chaud qui est suivi sans relâche et dont le nombre de publications est en augmentation depuis 2006. Beaucoup de personnes craignent que ce flux de gènes soient nocifs. Qu’en est-il réellement ?

Beaucoup de facteurs conditionnent une telle possibilité : le mode de reproduction des plantes OGM, la présence ou non à proximité de plantes sauvages sexuellement compatibles, et la viabilité de tout hybride potentiel. Plusieurs exemples d’introgressions de ce genre ont déjà été documentés. Ce danger est bien connu. Plusieurs stratégies combinées existent pour le limiter : la stérilité des plans mâles, la désynchronisation de la floraison, l’introduction de gènes défavorables… Mais aucune de ces méthodes seule n’est totalement efficace pour interdire l’introgression d’un transgène dans une population sauvage.

Quoi qu’il en soit, le suivi intensif de ces dangers n’a encore jamais détecté d’effets défavorables de l’introgression d’un transgène dans une population sauvage. Par ailleurs, et exactement comme je l’ai dit plus haut concernant l’apparition de résistances, ce problème n’est absolument pas spécifique aux OGM. Il existe de nombreux exemples documentés d’hybrides non OGM naturellement invasifs et d’apparitions de résistances aux herbicides dans des populations sauvages sous l’effet de mutations aléatoires et naturelles.

Pour produire des plantes OGM, il est souvent nécessaire de recourir à un gène de résistance aux antibiotiques qui agit comme marqueur dans les cultures cellulaires, de sorte à pouvoir sélectionner uniquement les cellules porteuses du transgène et a fortiori résistantes à l’antibiotique. Il est donc raisonnable de penser que ce gène de résistance aux antibiotiques, transféré jusque dans le PGM final, puisse in fine passer dans le sol lors de la dégradation des restes végétaux et entrer en contact des bactéries du sol. Or, on sait parfaitement que les bactéries sont naturellement capables d’intégrer à leur génome de l’ADN exogène rencontré dans leur environnement. C’est ce qu’on appelle le transfert de gène horizontal. Le danger, bien entendu, serait alors que des bactéries intègrent ce gène de résistance aux antibiotiques, et que l’on se retrouve avec des bactéries ultra pathogènes et résistantes.

Cependant, les investigations menées en laboratoire jusqu’à présent montrent que cette intégration se fait à un rythme extrêmement lent, alors que les expérimentations en plein champ n’ont pu montrer aucune preuve de ce phénomène.

De plus, dans le cas apparemment très improbable où un tel scénario arrivait, cela n’affecterait pas les populations de bactéries déjà présentes dans le sol et naturellement résistantes aux antibiotiques, ni n’impliquerait de risques additionnels pour les humains ou les animaux.

Le génie génétique prévoit en outre l’utilisation d’autres types de marqueurs génétiques que des gènes de résistance aux antibiotiques, et l’élimination de tous les gènes non désirés en bout de chaîne dans le génome final de la plante OGM.

En conclusion sur les risques de contamination, nous pouvons dire qu’ils sont tout à fait identiques à ceux de l’agriculture conventionnelle et biologique traditionnellement pratiquées. Le terme de « contamination » est en fait scientifiquement inexact, et ne fait que décrire un processus naturel non dangereux.

Les dangers pour les hommes et les animaux

L’équivalence en substance recouvre un aspect crucial de l’évaluation des risques liés aux OGM. L’équivalence en substance est la procédure stricte de vérification des effets créés par le transgène introduit dans un OGM. Cette procédure implique la comparaison de l’OGM avec la même plante non transgénique, possédant le même génotype moins le transgène. L’équivalence en substance, n’est donc absolument pas, comme on peut le lire sur le web, une norme attribuée gratuitement. C’est une procédure fondamentale de vérification de la conformité nécessaire à l’autorisation de mise sur le marché.

Cette procédure suit deux grandes étapes. D’abord, l’OGM est testé pour ses propriétés agronomiques, morphologiques et chimiques, telles que ses micro et macronutriments et ses protéines toxiques. Cette étape fixe la nécessité ou non de poursuivre des analyses sur les qualités nutritives de l’OGM. Tout écart qui tombe dans la variabilité naturelle de la plante non OGM est logiquement considéré comme sûr. Cette procédure est validée et reconnue internationalement. Si des différences ne recouvrant pas la variabilité naturelle de la plante non OGM sont détectées, elles doivent être analysées pour évaluer leur danger.

Cette procédure a été utilisée jusqu’à maintenant, et atteste donc de l’équivalence des plantes OGM avec leur version non OGM moins le transgène intégré. C’est ainsi que l’on sait que toutes les PGM mises sur le marché sont équivalentes à leur forme non OGM. Il ne s’agit pas d’une décision arbitraire.

L’équivalence en substance est fondamentale dans toute étude de conformité de produits OGM et est l’objet d’un consensus scientifique sans équivoque.

Il est notable que la littérature scientifique portant sur l’équivalence en substance est essentiellement composées des recherches produites par les firmes de biotechnologie. Ce constat est logique, dans la mesure où la puissance publique exige que les compagnies privées financent elles mêmes la mise aux normes des produits qu’elles souhaitent mettre sur le marché. Sans quoi, le contribuable devrait s’attendre à financer ces études, de sorte à ce qu’il se retrouve à payer les compagnies privées pour lui vendre des produits, et donc passer à la caisse deux fois. Bien que financées par les compagnies, ces procédures de conformité doivent être soumises au contrôle des instances de régulation publiques.

Depuis 2009, de plus en plus de procédures de contrôle, basées sur des tests d’équivalence non ciblés, en termes de transcriptomique, protéomique et métabolomique, se multiplient. Ces méthodes sont en cours de développement et ne sont pas encore harmonisées internationalement, de sorte à ce qu’on ne puisse pas encore en retirer des données utilisables. En l’état, le principe d’équivalence en substance reste une base très solide aux procédures de contrôle. Mais les transgènes et leurs produits sont bien entendu contrôlés eux aussi.

En conclusion sur l’équivalence en substance, nous pouvons dire qu’il s’agit d’un processus fiable et internationalement reconnu pour s’assurer par des analyses rigoureuses que le produit OGM est strictement identique au même produit non OGM. L’analyse du transgène est logiquement réalisée à part entière, en plus de l’équivalence en substance.

Les dangers pour la consommation représentent une part très importante de la littérature scientifique sur le sujet. Leur proportion par rapport aux autres thèmes reste constante, mais un pic de publication à ce sujet a été observé en 2008, à la suite de la ferveur scientifique occasionnée par les recherches expérimentales publiées par les compagnies en 2006.

Les dangers supposés des OGM pour la consommation peuvent se regrouper en trois aspects : l’innocuité du transgène inséré et de sa transcription en ARN, l’innocuité de la protéine transcrite par le transgène, et l’innocuité des changements attendus et inattendus sur les cultures. En d’autres termes, l’ADN transgénique et les protéines qu’il fabrique peuvent-ils être toxiques et mauvais pour la santé ?

Concernant l’innocuité de l’ADN, il faut savoir que celui-ci est contenu dans le régime alimentaire normal, qu’il soit issu de l’agriculture conventionnelle ou biologique, de sorte à ce que chaque humain consomme entre 0,1 et 1 gr d’ADN par jour quelle que soit sa diète. Cet ADN peut être détruit par la digestion, activer le système immunitaire, ou promouvoir la formation de biofilm bactérien. Des inquiétudes sont régulièrement soulevées quant à la possibilité pour un transgène de transférer une résistance antibiotique aux bactéries entériques selon les principes expliqués plus haut à propos des bactéries du sol, ou quant à sa translocation et accumulation dans le corps humain. Il est nécessaire une nouvelle fois de remettre les choses dans leur contexte.

D’abord, ce mécanisme n’est pas propre à un gène venant d’OGM. Ensuite, un transgène est totalement dilué dans la masse de l’ADN ingéré naturellement, à hauteur de 0,00006% à 0.00009%, et est digéré comme n’importe quelle autre partie de l’ADN. Par ailleurs, la préparation de la nourriture, cuisson, friture, ébullition, dégrade déjà préalablement les molécules d’ADN, transgénique ou pas, avant même leur ingestion. On sait expérimentalement que le transfert horizontal de transgène par les bactéries entériques des humains et des animaux est quant à lui rarissime. Si le scénario du pire arrivait, il est a noter que la résistance antibiotique utilisée pour les PGM ne représente pas de danger pour la santé des humains et des autres animaux. Il arrive naturellement que des molécules d’ADN passent la barrière intestinale lors de la digestion, mais ce phénomène n’a été observé que dans de très rares cas où un très grand nombre de copies d’un même gène se trouvait présent et dont des exemplaires étaient retrouvés dans des tissus et des organes de différents animaux ainsi que du lait de vache. Chez les humains, on a déjà pu observer le passage à travers la paroi intestinale d’un gène de lapin se trouvant dans un très grand nombre de copies. Le passage d’un transgène à travers la paroi intestinale à déjà pu être observé également, notamment chez le cochon et la truite arc-en-ciel, mais en micro quantités et avec de forts soupçons de contamination croisée lors des analyses. Dans la majorité des études conduites jusqu’à présent, il n’a pas été possible de retrouver des fragments de transgènes dans aucun produit animal dérivé. Il n’existe encore aucune preuve à ce jour de passage d’ADN à travers la paroi intestinale et d’intégration de celui-ci au génome des cellules de l’organisme hôte.

Clairement, l’ADN transgénique ingéré par la consommation d’OGM ne diffère en rien, intrinsèquement ou physiquement de n’importe quel autre ADN non transgénique déjà présent dans l’alimentation et n’implique aucun risque supérieur à l’ingestion de n’importe quel autre ADN non transgénique, qu’il vienne de produits de l’agriculture conventionnelle ou biologique.

Quand aux inquiétudes sur l’ingestion de transcrit ARN transgénique, les observations sont les mêmes que celles qui viennent d’être faites à propos de l’ADN. Un unique cas original est en cours d’investigations supplémentaires.

L’ADN transgénique induit pour la PGM recevant le transgène, la biosynthèse d’une protéine transgénique. On peut raisonnablement poser la question de la toxicité de telles biomolécules. L’innocuité de celles-ci est investiguée de diverses manières : des analyses bioinformatiques pour évaluer leur similarité avec la listes des substances toxiques et allergènes actuellement connues ; leur stabilité face au pH et à la température ; leur digestibilité in vitro via des fluides gastriques de mammifères (et donc la perte de leurs éventuels pouvoirs allergènes) ; leur niveau d’expression et d’absorption alimentaire afin d’évaluer l’exposition humaine et animale ; des tests de toxicité aigüe et chronique chez des rongeurs en utilisant la protéine transgénique purifiée afin de prédire les éventuels risques de toxicité chez les humains.

Le détail de ces analyses doit nécessairement être fourni aux autorités de régulations avant toute autorisation de mise en vente sur le marché. Ces données ne sont en revanche pas nécessairement publiées en outre dans des journaux scientifiques. Cette tendance tend cependant à s’inverser ces dernières années par la prise de conscience des compagnies de la nécessité de plus grande transparence. Il n’existe pas actuellement de preuves scientifiques d’effets toxiques ou allergiques. Les inquiétudes soulevées en 2007, 2009 et 2012 ont très vite été estompées par la très faible qualité des études qui en étaient à l’origine. Seuls deux cas d’effets allergiques sont connus à ce jour, l’un concernant un soja OGM qui n’a donc pas été mis sur le marché, et le cas jamais confirmé du maïs Starlink.

En conclusion sur les risques d’allergie et de toxicité à la consommation, nous pouvons dire que ceux-ci sont strictement et rigoureusement évalués par plusieurs batteries de tests très pointus. Les OGM sont les seuls aliments à ainsi faire l’objet de telles procédures de contrôle, et sont en cela beaucoup plus sûrs que les aliments bio qui ne sont eux jamais contrôlés. Les seuls risques connus n’ont logiquement jamais passé les premiers tests de conformité et n’ont jamais été développés.

Conclusion

Le nombre de repas consommés par des animaux nourris aux OGM depuis leur introduction il y a 20 ans, avoisine les deux trillions (soient 2 000 000 000 000 000 000, soient deux milliards de milliards, soient deux millions de millions de millions de repas). Ces données observationnelles absolument gigantesques, en plus des données expérimentales, n’ont jamais donné lieu à la moindre preuve de danger représenté par les OGM mis sur le marché. Sur les 9 milliards d’animaux d’élevage destinés à l’alimentation produits annuellement aux USA et suivis sur la période 1983-2011, strictement aucune différence n’a jamais été observée à partir de l’introduction des PGM dans l’alimentation de ces animaux en 1996, soient plus de 100 milliards de bêtes élevées depuis cette introduction et nourries à 95% d’OGM. Il est notable que la moindre crise épidémique apparue à la suite de l’introduction des OGM aurait immédiatement été détectée. Dans un tel scénario, les bêtes tomberaient malades à travers le monde par centaines de milliers. Il suffit de voir l’effet des épizooties infectieuses pour se rendre compte de ce que devrait être le moindre signal épidémique. Les données expérimentales de toutes sortes, dont de nombreuses études sur la toxicité à long terme (de 110 à 728 jours, jusqu’à 10 générations), n’ont pas montré de signes d’impact sur la santé des animaux ni de différence dans la valeur nutritive de cette alimentation en comparaison de leur équivalent non OGM.

En face de cela, une poignée d’études massivement dénoncées pour leurs nombreux biais et leur qualité exécrable continuent de retenir l’attention des médias grands publics qui passent sous silence les centaines d’autres études existantes sur le sujet et faisant consensus.

La revue de la littérature scientifique ne serait-ce que de ces dix dernières années (les OGM sont en développement depuis 30 ans), témoigne de ce consensus de sécurité et de suivi permanent pour tous les aspects de la question : impact sur l’environnement, impact sur l’homme et les autres animaux, traçabilité… Il est notable de constater, année après année, que chaque motif d’inquiétude dans le grand public est suivi par un regain de production scientifique à ce propos, comme ça a été le cas en 2011 sur les questions de biodiversité et les flux géniques soulevées par l’opinion publique. En l’état de la masse des connaissances scientifiques en perpétuel perfectionnement et accumulées depuis plusieurs décennies, la consommation d’OGM ne représente pas de danger supérieur à celui de la nourriture produite par l’agriculture conventionnelle ou biologique.

Il ne s’agit ni d’être « anti » ni d’être « pro » OGM. Ces deux positions sont irrationnelles, tout comme celle consistant au fence sitting et niant l’existence du consensus scientifique. Rationnellement, seules les preuves comptent. Le meilleur moyen à notre connaissance d’acquérir ces preuves et de les articuler logiquement reste la méthode scientifique. Or, cette méthode, grâce à des centaines de milliers de chercheurs à travers le monde, indépendants les uns des autres et acceptant de soumettre leurs résultats à la critique de leurs pairs, permet d’aboutir à un consensus scientifique. Ce consensus n’est évidemment pas définitif et est soumis aux connaissances nouvelles qui l’abreuvent en permanence. Dans le cas des OGM, le consensus, reposant sur des dizaines de milliers de publications scientifiques concordantes sur des dizaines d’années, est sans équivoque. Évidemment, cela ne veut absolument pas dire qu’il faut arrêter les contrôles et les évaluations, ni mêmes abaisser leur qualité. L’objectif de la recherche scientifique est bien le contraire : toujours augmenter la masse de connaissances et la rigueur de leur analyse. Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas décemment prétendre que ces données n’existent pas ou seraient trop peu nombreuses pour savoir.

Paradoxalement, ces questions pourraient bénéficier d’une activité scientifique encore plus importante si ce n’était l’opposition virulente sinon violente d’une fraction de l’opinion aux expérimentations publiques en plein champ. Cette double position des cercles militants à exiger plus de recherche publique tout en la vandalisant est absolument mortifère pour la science et le progrès technologique et humain. Il est inconcevable que les contributions humanitaires de la recherche publique en biotechnologie soient vandalisées et retardées par des groupes de pression militants sans motifs valables au péril et au plus grand mépris de populations nécessiteuses.

Tout aussi paradoxalement, les réglementations européennes qui planent sur l’ingénierie génétique sont extrêmement lourde. Ceci n’est pas fondamentalement mal. Mais cet état contribue de facto à empêcher au secteur public et aux startups d’émerger et de faire contre poids aux géants américains. Là encore, une double position ubuesque.

Cet état de fait est probablement la conjonction d’interactions complexes entre des phénomènes sociologiques, psychologiques, politiques, et de non représentation du consensus scientifique auprès du grand public. Tous ces facteurs doivent être pris en compte pour un débat constructif à propos de l’utilisation des biotechnologies à l’avenir. L’amélioration de la communication scientifique, une meilleure visibilité du consensus, et une présentation non biaisée de celui-ci dans les médias de masse, pourraient clairement changer la donne, comme ça a été le cas récemment au Royaume-Uni pour le lancement de champs de blé expérimentaux.

Si ce tour en poney GM vous a plu et que vous en avez retiré quelque chose, n’hésitez pas à le diffuser largement.