[Trad] L’EMdrive qui défie la physique bientôt revu par les pairs (mais fonctionne-t-il ?)

Une photo de l'EMdrive, qui défie prétendûment les lois de la physique. Image credit: SPR, Ltd., of the EMdrive.
Une photo de l’EMdrive, une cavité tronc-conique dans laquelle on fait rebondir des micro-ondes et qui défie prétendûment les lois de la physique. Image credit: SPR, Ltd., of the EMdrive.

Ce billet est une traduction d’un texte d’Ethan Siegel, astrophysicien et auteur sur Medium, ScienceBlogs et Forbes. Il y explique quelle approche il est sain d’adopter en ce qui concerne les découvertes expérimentales récentes qui agitent les médias et les fans de sciences sur les forums.

« L’action est toujours égale à la réaction ; c’est-à-dire que les actions de deux corps l’un sur l’autre sont toujours égales et de sens contraires. »

Ainsi exprime-t-on la troisième loi de Newton, loi fondamentale de l’univers – autrement connue sous le nom de “conservation de la quantité de mouvement – toujours valide même après l’avènement de la physique quantique et la relativité générale.

Et pourtant, il y a quelques années, un nouveau moteur d’engin spatial prétendant enfreindre cette même loi fut proposé par l’inventeur Roger Shawyer : l’EMdrive.
Contrairement aux moteurs-fusée conventionnels qui génèrent une poussée dans une direction en repoussant de la matière dans la direction opposée, l’EMdrive se veut capable de convertir la puissance d’une source extérieure en poussée positive sans réaction correspondante.

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Pensée unique : La publication scientifique est-elle interdite aux dissidents ? [Difficulté : facile] (4500 mots / ~20 mins)

Des bactéries, La Main du Créateur, l’homéopathie qui marche, et autres OGM-poisons…

J’ai récemment traduit un billet de Massimo Pigliucci car il parlait de l’accusation de scientisme qui est souvent assénée par des tenants de pseudosciences (ici l’homéopathie) à l’endroit de personnes leur demandant de se conformer aux standards scientifiques de base. Matt McOtelett me faisait remarquer que ce billet était aussi une excellente illustration de l’inanité d’une autre accusation généralement partagée par différents tenants : celle de la publication scientifique aux ordres, verrouillée, interdite d’accès aux chercheurs dissidents vis à vis du consensus scientifique admis.

En effet, lors de n’importe quelle discussion que vous pourrez avoir avec le tenant d’une science alternative, il vous sera retourné qu’on ne peut faire aucune confiance au consensus scientifique, car il ne reflète de toute façon qu’une pensée unique qui ne tolère pas les avis contraires. Bien entendu, selon la croyance des tenants auxquels vous serez confronté, cette pensée unique pourra être diamétralement opposée : un climato-sceptique ? bien entendu que la publication scientifique reflète la pensée unique gaucho-bobo-décroissante du moment ! un anti-OGM ? Bien entendu que la publication scientifique représente la pensée unique ultra-capitalo-scientiste du moment !

Il n’en allait pas autrement dans le billet de M. Pigliucci, où les contradicteurs scientifiques (dont Pigliucci) des homéopathes étaient accusés d’être des scientistes fascistes conformément à la pensée dominante en science. Pour rappel, Pigliucci et Smith ne demandaient qu’une chose : que les critères basiques de scientificité soient appliqués systématiquement en sciences biomédicales, notamment en ce qui concerne l’homéopathie dont ils rappelaient ici que non contente de violer l’éthique, elle besognait aussi salement la méthode scientifique. Lire la suite

Climato-scepticisme et déni de science [difficulté : facile] (3000 mots ~ 15 min)

Quand toutes les excuses sont bonnes pour ignorer les conclusions scientifiques.

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Reprise humoristique de la Fable de la grenouille , qui même si elle n’est pas réaliste, illustre le problème du ressenti des changements progressifs.

 

GIEC, écolos, Greenpeace, ONG diverses… Bien rares sont ceux qui ignorent tout de ces groupes. Les médias reprennent souvent leurs déclarations, ou s’empressent de lier les éléments de l’actualité à ce fameux Réchauffement Climatique Anthropique (anthropique signifiant “d’origine humaine” ; nous emploierons par la suite RCA par amour des acronymes) dont on nous dit que l’existence est attestée par tous les scientifiques et les experts du climat.
Tous ? Non. Un groupe d’irréductibles climato-sceptiques – qui s’auto-attribuent plutôt le titre de climato-optimistes – résiste encore et toujours à la thèse du RCA. Et la vie n’est pas facile pour les vulgarisateurs, scientifiques et chercheurs qui s’attellent à la dure tâche de contre-argumenter face à eux.

Dans la suite de ce billet, je ne vous conterai pas les aventures d’un quelconque binôme à fort taux de moustache recalé à tous les contrôles anti-dopants. Nous ferons plutôt ensemble un survol des catégories d’arguments climato-sceptiques les plus fréquemment rencontrées, et les analyserons, afin de déterminer s’il est plus rationnel d’accepter, de refuser ou de ne pas conclure quant à la réalité du RCA. Lire la suite

[Trad] Pourquoi les climato-sceptiques ont tort

Article posté sur Scientific American par Michael Shermer le 1er décembre 2015.

Dans l’histoire de toute théorie scientifique, seule une minorité de scientifiques, voire même juste un seul- à supporté cette théorie, avant que les preuves ne s’accumulent au point que l’acceptation devienne générale. Le modèle copernicien, la théorie des germes, le principe de la vaccination, la théorie de l’évolution, la tectonique des plaques et la théorie du big bang étaient toutes des idées hérétiques à un moment donné, qui sont devenues des consensus scientifiques. Comment cela s’est-il produit ? Lire la suite

[Trad] Le privilège des blancs ? Les activistes occidentaux vont-ils bloquer l’application de la technologie CRISPR permettant de protéger des millions d’africains contre le paludisme ?

Billet posté sur Genetic Literacy Project par Eva Glasrud et Justin Smith le 9 décembre 2015.

[Note du traducteur : le ton de cet article volontiers incisif n’est pas exactement celui de LTC. Néanmoins, le propos me semble suffisamment important et correct pour le relayer tel quel. Pour débattre fondamentalement avec les auteurs, merci de vous reporter aux contacts mentionnés en toute fin de ce billet]

La technologie CRISPR peut désormais éradiquer une espèce de moustiques vectrice du paludisme en Afrique. Mais les mouvements anti-OGM vont-ils empêcher les scientifiques de sauver des millions de vies chaque année ?


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Comprendre la méthode scientifique : comment sait-on ce que l’on sait ? [Difficulté : facile] (1200 mots / ~6 mins)

Figure 1 Les données recueillies par les scientifiques ne sont pas forcément quantitatives (des suites de nombres), mais également qualitatives. Ici, Jane Goodall consigne des comportements observés chez des chimpanzés (Campbell et al. 2009)

Beaucoup de personnes non-scientifiques (et même parfois des scientifiques !) ont souvent du mal à comprendre les fondements de la démarche scientifique. Pourquoi une investigation scientifiquement menée, si elle ne permet pas de dégager des connaissances absolues, est néanmoins ce que nous avons de plus fiable pour appréhender et comprendre l’univers qui nous entoure ? Lire la suite

Comprendre le principe de vaccination [difficulté : facile] (1100 mots / ~ 5 mins)

Figure 1 Une cellule immunitaire vue par microscopie électronique (wikipédia)

Pour comprendre sereinement et de manière éclairée le principe de la vaccination, et ainsi éviter les travers de l’anti-vaccinisme, voici une courte et simple présentation des principes sur lesquels repose la vaccination. Lire la suite

Nouvelle étude Séralini : quand les rats de Monsanto sont gavés au RoundUp

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Ser&Al. 2015 entend montrer que les OGM, pesticides et métaux lourds dans l’alimentation pour rongeurs déciment les rats de laboratoire.

Le jeudi 18 juin, la Tête Au Carré (laTAC), émission de radio quotidienne diffusée sur France Inter, interviewait en exclusivité Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie moléculaire de l’université de Caen, à propos de la nouvelle étude choc qu’il s’apprête à publier dans la revue scientifique open access PLOS ONE, à propos de la nourriture des rats de laboratoire.

Si le nom Séralini vous dit quelque chose, ce n’est pas un hasard : le président du comité scientifique du CRIIGEN est à l’origine d’une autre étude publiée en 2012 à son nom, accusant un maïs GM et le RoundUp employé lors de la culture de ce dernier de déclencher l’apparition de tumeurs géantes sur des rats de laboratoire. Cette étude, parue dans des conditions pour le moins inhabituelles en sciences, eut un impact important dans les médias en France et à l’étranger.

Pourtant, sa rigueur scientifique fut rapidement remise en cause, alors qu’on découvrait également que les auteurs étaient sujets à de probables conflits d’intérêts importants. Finalement, le caractère non-reproductible des résultats avancés et les faiblesses méthodologiques révélées invalidèrent les conclusions de l’équipe du professeur Séralini, et le papier est considéré inexploitable par les experts et le reste de la communauté scientifique.

En ce jeudi 18 juin donc, Gilles-Eric Séralini revient sur le devant de la scène, décidé à discréditer ses détracteurs, comme lui l’avait été trois ans auparavant. Revenons ensemble sur cette journée mouvementée.
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[Trad] Une scientifique démonte l’étude de Séralini sur les OGM à paraître dans PLoS One : « une tentative infructueuse de rédemption »

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Article publié par Alison Bernstein sur Genetic Literacy Project le 18 juin 2015

Gilles-Eric Séralini, un biologiste moléculaire de l’université de Caen, espère obtenir la rédemption avec un nouvel article sur l’effet des pesticides et de la nourriture génétiquement modifiée (OGM) des rats et souris de laboratoire. Il n’a pas obtenu cette rédemption.

Il y a quelques années, Séralini a été exposé à la pire humiliation possible pour un scientifique. Le Journal Food and Chemical Toxicology a rétracté son étude. Les éditeurs ont passé en revue les données brutes de cette étude et en ont déduit qu’elles n’étaient pas significatives et ne permettaient pas de tirer les conclusions qui étaient largement répandues dans les gros titres des grands médias. Les auteurs eux-mêmes ont finalement admis que l’étude souffrait de sérieux manquements, et relevaient dans une déclaration de presse que « les données ne sont pas significatives du fait de la sorte et du nombre de rats utilisés ».

D’autres études à long terme, financées sur des fonds publics, n’ont pas pu démontrer de problèmes de santé causés par le maïs OGM ou l’herbicide glyphosate [Ndtr : le Roundup étant la formulation commercialisée par Monsanto du glyphosate]. Le département japonais de toxicologie et santé environnementale a réalisé une étude de 52 semaines sur l’alimentation à base de soja OGM en 2007, et n’a pas pu relever « d’effets nocifs apparents chez les rats » ainsi nourris. En 2012, une équipe de scientifiques de l’école de biosciences de l’université de Nottingham à réalisé une revue de 12 études à long terme (jusqu’à deux ans) et 12 études multi-générationnelles (jusqu’à 5 générations) sur l’alimentation OGM dans le même journal que celui qui a publié l’étude de Séralini. Cette étude a conclu qu’il n’y avait aucun danger apparent pour la santé. Conséquemment, il y a eu une pression croissante sur le journal pour rétracter l’étude de Séralini depuis sa publication en 2012, ainsi que d’autres critiques et un échange de courriers au sein du journal.

Maintenant Séralini a prévu de publier une nouvelle étude, à paraître dans PloS (mais qui n’a pas encore été publiée car le journal à indiqué que l’article nécessitait certains changements éditoriaux) et dans lequel les auteurs ont mesuré les niveaux de différents pesticides, produits chimiques industriels et produits OGM dans 13 marques d’aliments pour rongeurs de laboratoire (remarque : une version antérieure de l’article sous embargo à été distribuée à de nombreux journalistes et sur le site même de Séralini, brisant ainsi l’embargo). Les résultats en eux mêmes ne semblent pas surprenant étant donné l’usage actuel des cultures OGM et pesticides.

Les auteurs prennent ces résultats attendus et posent la question de la validité de toutes les autres études existantes. La conclusion, comme expliqué dans un communiqué de presse, n’est pas fondée : « Il apparaît dès lors que la cause des maladies et troubles observés chez les rats de laboratoires ont été trop rapidement attribués aux caractéristiques génétiques des espèces utilisées » [Ndtr : en 2012, on avait reproché à Séralini d’avoir utilisé une espèce de rats qui présentait naturellement un fort taux de cancer qui ne pouvait donc pas être distingué de l’impact qu’il attribuait à la nourriture OGM à ce propos]. En d’autres termes, les rats meurent à cause des OGM et autres pesticides comme le glyphosate contenus dans les aliments.

En tant que neurologue qui travaille régulièrement avec des animaux de laboratoire, je trouve ces allégations déconcertantes.

Ces résultats ne signifient pas grand chose, étant donné l’absence de toute donnée suggérant une corrélation entre la diète et le phénotype [Ndtr : quelque chose de visible sur les rongeurs dans leur aspect général], une caractéristique, chez les rongeurs de laboratoires. Ils n’ont présenté aucune preuve dans leur propre travail ou travail préalablement publié selon laquelle la contamination de la nourriture est un problème pour la santé des animaux de laboratoire. Ils ne présentent aucune donnée sur la santé animale ni sur quels aliments, donnés à quelle variété produit quel état pathologique visible. Ils ignorent aussi complètement le fait que les différentes sortes de rats ont différents profils pathologiques dont différents taux de développements pathologiques spontanés. Les auteurs ont fait un énorme saut logique en concluant que ces données remettent en question toutes les autres données utilisées comme contrôles externes.

Heureusement, les données mêmes que les auteurs essayent de discréditer ne supportent probablement pas leur conclusion.

Je voudrai aussi souligner que si de tels changements phénotypiques de rongeurs de laboratoires bien connus arrivaient, les scientifiques qui travaillent avec ces animaux le remarqueraient. Lorsque vos animaux de contrôle ne se comportent pas comme ils le devraient (dans leur façon d’être, leur état de santé, leur durée de vie, leur capacité reproductrice, ou quoi que ce soit), c’est un gros signal d’alarme. Si il y avait un problème avec l’alimentation qui causait significativement des pathologies chez les rongeurs de laboratoire, ça serait remarqué dans tous les laboratoires autour du monde.

Si on voulait fouiller les données existantes pour éclaircir ces inquiétudes, on pourrait poser quelques questions sur ces produits OGM et produits chimiques dans l’alimentation des rongeurs pour savoir s’ils ont un impact sur eux.

Quand les cultures OGM ont été introduites dans les années 90, les souris de contrôle ont-elles changé de comportement ? On peut extraire les taux de pathologies spontanées des études publiées avant et après l’introduction des OGM dans l’alimentation des animaux et les comparer. S’il n’y a pas de différence chez les animaux de contrôle avant et après cette introduction, alors l’alimentation de laboratoire composée d’OGM n’a pas eu d’effets sur les animaux de laboratoire.

Une étude publiée l’année dernière à l’université de Californie par Alison Van Eenennaam, spécialiste de génétique animale, a exactement suivi ce principe pour le bétail. Son équipe a examiné presque 30 ans d’études sur le bétail, plus de 100 milliards d’animaux, en comparant leur santé avant et après l’introduction de leur nourriture OGM. Elle n’a trouvé aucune différence chez les animaux.

  1. Plusieurs sortes d’animaux de laboratoire ont été communément utilisées pendant plus de 70 ans. Les résidus de pesticides trouvés dans l’alimentation de laboratoire reflètent l’utilisation des pesticides à ce moment là. Donc, une question évidente est : les phénotypes de ces souris ont-ils changé au fur et à mesure que les pesticides changeaient ? Lorsque les organochlorés ont été bannis en 1970 et remplacés par les organophosphates, a-t-on observé un changement concomitant chez les animaux de laboratoire ? Lorsque le glyphosate a remplacé les herbicides plus toxiques, a-t-on observé des changements dans la santé des animaux de laboratoire ? Encore une fois, on peut répondre à ces questions en comparant les animaux de contrôle à chaque décennie. Si l’état des animaux de laboratoire est resté constant, alors ces changements dans les résidus de pesticides trouvés dans l’alimentation de laboratoire n’ont pas eu d’effet sur leur santé.
  2. Dans l’article de Séralini, les deux aliments utilisés en Italie avaient le plus haut niveau de contaminants, selon les auteurs. Cela soulève une question : est-ce que les animaux dans les laboratoires italiens ont un comportement différent à cause de cette alimentation spécifique ? Une façon plus générale de poser cette question est de savoir si les mêmes sortes d’animaux alimentées avec des aliments qui présentent un niveau différent de contamination ont un comportement différent.

On peut aisément fouiller les données pour répondre à ces questions. Regardons l’exemple des rats Sprague-Dawley pour répondre aux deux premières questions. Ces rats ont été croisés en 1925 et ils ont donc été utilisés expérimentalement pendant assez de temps pour répondre aux questions 1 et 2 posées plus haut. Si on regarde dans les données historiques et actuelles pour ces animaux, on peut voir si il y a eu un quelconque changement chez eux. Cela a déjà été fait dans une lettre de réfutation à l’article précédant du groupe de Séralini. Ces informations sont toujours valables.

« Ce croisement de rat en particulier est bien connu pour être prédisposé à développer des cancers avec l’âge et spécialement en l’absence de restrictions alimentaires. Par exemple, l’étude de Prejean et al., en 1973 a montré une incidence de tumeurs spontanées de 45% chez 360 rats Sprague-Dawley (179 mâles et 181 femelles) dans une série d’études sur 18 mois lors d’expériences sur la cancérogenèse. Le pourcentage de femelles avec une tumeur était presque le double de celui des mâles. Durbon et al., ont rapporté en 1966 une incidence moyenne de 71%, le pic d’incidence chez les rats vieillissant normalement était corrélé à l’âge avec de fortes augmentations dans le développement des tumeurs mammaires, l’une apparaissant autour du 500ième jour après la naissance, et l’autre autours du 660ième, avec un âge médian de 671 +/- 41 jours. Harlan, la compagnie qui a breveté ces animaux, décrit la haute incidence de 76% de tumeurs des glandes mammaires (essentiellement des fibroadénomes) chez les femelles. Keenan et al., ont décrit en 1995 des tumeurs spontanées jusque chez 87% des femelles et jusqu’à 71% des mâles alimentés à volonté. Une restriction alimentaire réduisait significativement l’incidence des tumeurs.

3) Pour répondre à la troisième question, on peut comparer les données des animaux de contrôle dans les études faites dans différents pays. Bien entendu, la meilleure façon de répondre à ces problèmes est une méta-analyse complète de tous les animaux de contrôles dans ces études, séparés par taxons. Cependant, une revue rapide de la littérature pour l’incidence des pathologies spontanées ne semble pas justifier un tel effort. Basiquement, si des changements chez différentes sortes de rongeurs utilisés communément dans les laboratoires arrivaient, nous pourrions les voir dans les données existantes. Si des effets nocifs arrivaient chez les animaux de contrôle, une étude correctement faite devrait rapporter ces effets et nous pourrions voir ces changements chez les animaux de contrôle dans la littérature. Il y a aussi des obligations éthiques et légales à rapporter de tels effets aux équipes vétérinaires et institutions d’éthique de la recherche. De plus, la question de savoir pourquoi les souris de contrôle se comportent de manière différente que toutes les autres souris de contrôle devrait être une question de recherche très intéressante dont les scientifiques voudraient suivre les avancées.

Les auteurs de cette nouvelle étude cherche des réponses à un problème qui n’existe pas. Tout ce que Séralini avait à faire était une recherche bibliographique pour déterminer si c’était effectivement un problème ou non. Ils essaient d’incriminer des facteurs exogènes (contaminations de produits OGM et chimiques) pour des problèmes génétiques. On peut en réalité répondre à beaucoup de questions en fouillant vraiment les données dont Séralini et ses collègues veulent se débarasser. Mais ils n’ont pas cherché à répondre à ces questions et ne peuvent donc faire aucune conclusion excepté que les cultures OGM et des traces de ces pesticides existent dans l’alimentation de laboratoire.

Les auteurs concluent également qu’en raison des graves conséquences pathologiques (non démontrées ici), les recommandations d’étudier plus de groupes d’animaux sont invalides. Ce n’est pas ainsi que les statistiques fonctionnent. Si votre variation est plus importante, vous devez prendre une groupe plus important pour distinguer les tendances. Si il y a effectivement des tendances nettes, la seule chose que cela montre est l’importance de choisir une sorte de souri appropriée pour l’étude.

En fin de comptes, cet article est une tentative à peine voilée d’attaquer le consensus scientifique critique à l’égard du travail précédant de Séralini. Ce nouveau papier ne l’aide aucunement dès lors que ses critiques ne sont pas valides.

Alison Bernstein est une scientifique qui étudie la maladie de Parkinson et vit à Atlanta avec son mari, ses 2 enfants et leurs 2 chats. Suivez là sur sa page FB Mommy PhD et sur Twitter @mommyphd2.

[Trad] Débunké : le vaccin contre la polio à l’origine du VIH

Article posté sur The History of Vaccines.

Figure 1 Le Dr. Koprowski, à l’origine du vaccin OPV

Quand le virus de l’immunodéficience humaine a été découvert dans les années 80, le public s’est immédiatement demandé d’où il venait et comment il pouvait se manifester ainsi chez tant de personnes. Parmi les différentes conjectures émises dans les années 90, l’une d’elles jetait le blâme de cette émergence sur une mesure de santé publique : le vaccin contre la polio.

A la fin des années 50, différents groupes de chercheurs essayaient de développer un vaccin contre la poliomyélite qui était alors toujours épidémique autour du monde. L’un de ces vaccins, développé par le médecin Hilary Koprowski (1916-2013), a été testé en Afrique après avoir d’abord été testé aux USA. Le virus du vaccin était cultivé sur des tissus de macaques avant d’être administré à environ 1 million de personnes au Burundi, au Rwanda et en RDC.

En 1992, le magazine Rolling Stone publia un article à propos du vaccin OPV de Koprowski comme cause possible de l’émergence du VIH. Koprowski poursuivit Rolling Stone et l’auteur de l’article, qui durent publier une clarification en décembre 1993, disant notamment :

« Les éditeurs de Rolling Stone souhaitent préciser qu’ils n’ont jamais eu l’intention de suggérer dans cet article qu’il existe la moindre preuve scientifique du lien OPV/VIH, ni qu’ils n’en connaissent aucune, que le Dr. Koprowski, un scientifique illustre, était en réalité responsable de l’introduction du SIDA dans la population humaine ou encore qu’il est le père du SIDA… Le travail pionnier du Dr. Koprowski sur le développement d’un vaccin anti polio a contribué à réduire la souffrance et la mort de centaines de milliers de victimes potentielles de paralysies dues à la poliomyélite et est peut être l’une de ses plus grandes contributions d’une vie de productions de haut niveau et largement reconnues ».

Malgré la clarification de Rolling Stone, le journaliste Edward Hooper publia un livre intitulé The River, Un voyage à la source du VIH et du Sida, en 1999, basé sur la conjecture d’un lien OPV/VIH. Hooper arguait que les cellules animales utilisées pour la culture du virus vaccinal étaient des cellules de rein de chimpanzés locaux endémiques des zones où les vaccins étaient utilisés, et que ces chimpanzés avaient été infectés par le Virus de l’Immunodéficience Simiesque (VIS). Selon Hooper, un vaccin créé à partir de telles cellules aboutirait à l’infection des humains par le VIH.

Bien que largement diffusées, les preuves de Hooper ne soutiennent pas (voire même contredisent directement) l’idée d’un lien entre OPV et VIH.

Des restes des anciens stocks du vaccin ont été examinés par des laboratoires indépendants, et ont confirmé d’abord qu’ils n’avaient pas été cultivés à partir de cellules de chimpanzés comme Hooper le prétendait. De plus, aucun échantillon ne contenait de traces de VIH ou de SIV. Ces données renforcent les déclarations des développeurs du vaccin selon qui ce dernier avait bien été produit à partir de cellules de macaque et non de chimpanzé.

En 2004, une étude publiée dans Nature montra que les souches de SIV infectant les chimpanzés dans la zone décrite par Hooper comme étant le vivier des spécimens ayant servi à la confection du vaccin, étaient génétiquement différentes des souches de HIV. Cela réfutait les allégations de Hooper sous un autre angle : même si des cellules de chimpanzés infectés par le SIV avaient été utilisées pour fabriquer le vaccin, elles ne pourraient pas avoir été la source du HIV chez les humains.

Des études épidémiologiques soulignent également un sérieux problème dans les allégations de Hooper à propos du lien OPV/VIH : le VIH-1 (la première souche connue de VIH, plus infectante et violente que la deuxième souche, VIH-2), est probablement passée à l’espèce humaine avant 1940 et ce dans une toute autre région de l’Afrique que celle où a été testé le vaccin anti polio, probablement via des chimpanzés infectés au Cameroun. Les essais congolais du vaccins commencèrent à la fin des années 50, au moins une décennie après le début de la radiation du VIH au sein de l’espèce humaine, et probablement encore plus loin que ça selon de récentes estimations (Worobey 2008). Le vaccin ne pourrait pas avoir été la source d’un virus qui avait déjà infecté les humains depuis de nombreuses années.

Hooper de son côté, reste campé sur ses positions et prétend à une tentative organisée d’étouffer l’affaire, mais cet argument a largement été relégué au statu de théorie du complot débunkée. Bien que ses arguments aient été démontrés sans valeur, ils ont tout de même été nocifs aux efforts d’éradication de la polio. Les rumeurs actuelles de la contamination volontaire du vaccin OPV avec des drogues causant la stérilité et des virus à l’origine du VIH et du SIDA ont conduit au refus d’accepter ce vaccin dans certaines parties de l’Afrique. Il est probable que ces rumeurs soient corrélées aux allégations originales à propos du lien OPV/VIH. Conséquemment, certaines parties de l’Afrique ont été exposées à des flambées de polio alors que l’éradication était en bonne voie.

Sources et informations supplémentaires

  1. Cohen J. Forensic Epidemiology: Vaccine Theory of AIDS Origins Disputed at Royal Society. Science. 2000; 289(5486):1850-1851.
  2. Jegede A. What Led to the Nigerian Boycott of the Polio Vaccination Campaign? PLoS Med. 2007; 4(3): e73.
  3. Korber B, Muldoon M, Theiler J, et al. Timing the ancestor of the HIV-1 pandemic strains. Science. 2000; 288(5472): 1789–96.
  4. Offit PA. Vaccinated: One Man’s Quest to Defeat the World’s Deadliest Diseases. New York: Harper Perennial; 1988.
  5. Worobey M, Santiago M, Keele B, et al. Origin of AIDS: contaminated polio vaccine theory refuted. Nature . 2004; 428(6985): 820.
  6. Plotkin SA. CHAT oral polio vaccine was not the source of human immunodeficiency virus type 1 group M for humans. Clin. Infect Dis.  2001; Apr 1;32(7): 1068-84.
  7. Plotkin SA. Untruths and consequences: the false hypothesis linking CHAT type 1 polio vaccination to the origin of human immunodeficiency virus. Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci. 2001: June 29: 356(1410) 815-23.
  8. Sharp PM, Hahn BH. The evolution of HIV-1 and the Origin of AIDS.  Philos traqns R Soc Lond B Biol Sci. 2010 Aug 27:365(1552) 2487-94.
  9. Worobey M, Gemmel M, Teuwen DE et al. Direct evidence of extensive diversity of HIV-1 in Kinshasa by 1960. Nature. 2008 Oct 2 ; 455(7213) : 661-664.

    Last update 31 July 2014