Vaccins : l’hygiène peut-elle expliquer la disparition des maladies infectieuses ? Exemple du Japon et de la coqueluche. (1270 mots / ~8mins)

J’aimerais revenir très rapidement sur ce point (sans aborder dans ce billet les sujets connexes, comme le vaccin contre la coqueluche en général) tant il me semble redondant dans les discussions que je peux avoir avec des antivaccinistes de divers degrés. Car la question est pertinente, pour peu qu’on accepte d’entendre la réponse.

En effet, au regard de la concomitance de plusieurs processus à l’issue desquels une observation est faite, il est légitime de se poser la question des variables confondantes. Bon, à la faveur de l’effet google university, beaucoup de personnes croient réinventer l’eau chaude avec cette question, mais il est utile d’y répondre tout de même pour ceux qui souhaiteraient vraiment comprendre.

Le point est le suivant : les antivaccinistes affirment que l’évolution des conditions sanitaires tout au long du XXe siècle explique la disparition des maladies infectieuses. Les preuves scientifiques expliquent que non. Les gens simplement curieux aimeraient comprendre comment mesurer l’effet de l’un ou l’autre processus.

Il convient d’abord de réfuter d’emblée le sophisme / erreur de bonne foi (selon le niveau d’adhésion à l’antivaccinisme de l’interlocuteur) que représente le recours au taux de mortalité pour rendre clairement compte des effets de la vaccination. Car le seul indicateur pertinent du fardeau infectieux dans une population est le taux de morbidité. Il faut en effet préciser que la vaccination n’est pas la seule innovation médicale du XXe siècle, et la prise en charge des malades, parallèlement au développement de la stratégie vaccinale, a grandement concouru à la baisse de la mortalité. Mais le fardeau infectieux peut tout de même être très lourd sans nécessairement conduire au décès des patients : il peut être invalidant à plus ou moins long terme. Clairement, ne pas mourir de la maladie n’est absolument pas un indicateur du fait que l’on n’a pas la maladie. Pour mesurer ce fardeau –la morbidité donc, c’est-à-dire l’état maladif- il convient d’utiliser le bon outil, à savoir donc le nombre de cas détectés dans la population, et non pas le nombre de cas de décès imputables à la maladie sachant que des variables confondantes (les autres innovations médicales) rendent cet indicateur très peu pertinent. S’accrocher aux courbes de mortalité pour mesurer l’effet de la vaccination, c’est un peu comme se balader avec un thermomètre rectal en prétendant ainsi mesurer la vitesse du vent.

Disons ensuite que nous acceptons très exceptionnellement le retournement de la charge de la preuve auquel se livrent ainsi les antivaccinistes. Le meilleur moyen que je connaisse pour tester facilement l’hypothèse hygiénique (appelons là comme ça), est de recourir à des données observationnelles. Ces données observationnelles peuvent proposer le retrait de l’un des deux paramètres dont on cherche à mesurer l’effet à un moment et à un endroit donné : l’hygiène, ou la vaccination.

Évidemment, plus l’échantillon sera important, plus l’observation sera pertinente.

Or, entre autres exemples patents, le deuxième cas s’est effectivement produit à l’échelle d’un pays dans les années 70. C’est l’exemple du Japon, dont le vaccin contre la coqueluche a été abandonné en 1974 pour être réinstauré en 1981. On peut ainsi observer au niveau national l’effet de l’introduction, du retrait, puis de la réintroduction d’un vaccin sur une population moderne dont on suppose que le niveau d’accès à l’hygiène collective et individuelle n’a pas connu de révolution entre 74 et 81, soit la période de retrait du vaccin.

Au Japon, le vaccin contre la coqueluche a été introduit dans les années 40, et a conduit à un recul drastique de la maladie.

Figure 1 Watanabe et Nagai, 2005.

Ce graphique (qui rapporte donc bien le nombre de cas, indicateur pertinent, et non pas le nombre de morts) porte sur la période 1947-1998.

On y observe que jusqu’au début des années 50, le nombre de cas annuels est d’environ 150 / 100 000, avec un pic tous les 4-5 ans. Le vaccin est amélioré deux fois dans les années 50 et 60, accroissant systématiquement l’effet sur le recul de la maladie. En 1970, on passe en dessous de 0,5 cas / 100 000 personnes et par an.

En imaginant que nous ne connaissions alors rien de la vaccination, la chute drastique de la morbidité proportionnellement à l’amélioration de la couverture vaccinale à l’échelle nationale et sur une période de 25 ans et ceci immédiatement après la première introduction vaccinale, incite à émettre l’hypothèse de la cause vaccinale, non ?

Mais ce n’est pas tout. En 1974 et 1975, des effets secondaires rarissimes attribuables au vaccin ont été rapportés (causant le décès de 2 enfants).

Le gouvernement japonais alerté a décidé de suspendre son programme de vaccination contre la coqueluche.

En 1979, l’incidence de la coqueluche (nombre de nouveaux cas par an) était remonté à 11,3 cas / 100 000 personnes.

Durant cette période où la couverture vaccinale est rapidement tombée à moins de 10%, le nombre de cas de coqueluche est passé de 373 en 1974 à plus de 13 000 en 1979. Plus dramatique encore, le nombre de décès causés par la coqueluche est passé de 0 à 41 entre 74 et 79.

L’alerte légitime des japonais, rapidement transformée en antivaccinisme injustifié, leur a tragiquement rappelé la réalité. En 1981, le gouvernement japonais reprend sa stratégie vaccinale contre la coqueluche à l’aide d’un nouveau vaccin, jugé encore plus sûr, mais intrinsèquement moins efficace que sa forme précédente. Néanmoins, dès cette réintroduction, l’incidence de la maladie chute à nouveau en dessous de 0,4 cas / 100 000 personnes, pour avoisiner 0 cas / 100 000 personnes au début des années 2000. Là encore, le Japon n’a pas connu de révolution sanitaire entre 1979 et 1981.

Si l’on considère l’indicateur pertinent, à savoir celui de la morbidité, alors la conclusion devient évidente, car le phénomène se répète à chaque introduction vaccinale. Cet exemple japonais offre cependant l’exemple assez illustratif de l’introduction, retrait et réintroduction du vaccin dans une population tout à fait moderne, sans changement patent dans l’accès à l’hygiène collective et individuelle.

En définitive, toute personne curieuse des sciences de la santé a raison de poser la question des effets attribuables à chaque progrès technique. La démarche scientifique consiste justement à mesurer sérieusement des phénomènes. Il est illégitime en revanche de rejeter ces mesures non seulement sans apporter de contre mesures solides, mais en plus sans rien apporter du tout.

Par ailleurs, beaucoup de personnes ayant recours à l’argument de l’hygiène, aussi infondé soit-il, semblent croire que toutes les pathologies infectieuses sont plus ou moins corrélées au péril fécal, et que l’amélioration progressive de l’hygiène permettra leur éradication. S’il est vrai que l’amélioration des standards sanitaires peut prévenir dans une large mesure certaines infestations parasitaires par exemple, ce n’est pas le cas de toutes les maladies.

Le seul réservoir connu à ce jour de la bactérie responsable de la coqueluche par exemple est l’hôte humain, et sa transmission se fait par voie interpersonnelle aérienne (quand vous toussez). Il est donc illusoire de penser que l’amélioration des standards sanitaires puisse éradiquer une telle maladie, qui n’est aucunement dépendante de ceux-ci.

Tl ; dr (Too Long ; Didn’t Read)

  • L’exemple du Japon et de la coqueluche illustre le rôle de la vaccination dans l’éradication des maladies infectieuses indépendamment des hauts standards sanitaires.

Références linkées dans le texte :

Kuno-Sakai et Kimura, Safety and efficacy of acellular pertussis vaccine in Japan, evaluated by 23 years of its use for routine immunization, Pediatr. Int..

Watanabe et Nagai, 2005, Acellular pertussis vaccines in Japan : past, present, and future, Expert Rev. Vaccines.

Pertussis, CDC Pinkbook.

Grippe saisonnière : pourquoi se vacciner tous les ans ? (3100 mots / ~12mins)

Parce que l’évolution.

Au-delà de l’aspect humoristique d’une réponse aussi laconique, c’est une chose à garder en mémoire lorsque l’on souhaite aborder les sciences de la vie et de la santé, même en ce qui concerne les problématiques actuelles les plus quotidiennes et abordées dans les grands médias : santé, alimentation, agronomie… L’évolution par sélection naturelle n’est pas un lointain concept réservé aux dinosaures ou autres vieilleries. Ainsi donc, même dans un sujet relatif à votre santé comme celui de la grippe saisonnière, il y a de vrais gros morceaux d’évolution, comme nous allons le voir dans ce billet dont l’essentiel de la documentation est issue du chapitre 11 du livre Les maladies infectieuses, par Benjamin Roche. Lire la suite

[Trad] Les courbes qui révèlent tout sur l’efficacité des vaccins

https://i1.wp.com/globalhealthstudents.blogs.ku.dk/files/2014/12/vaccine-yes-no.jpg
Comme on a pu le noter récemment, les vaccins sont sujet à débats dans la sphère politique et publique ; on nous donne nombre de chiffres et de courbes pour appuyer des arguments allant en tous sens. Dans cet article d’Isabella B., contributrice sur Medium, on entend nous montrer ce que disent réellement les données disponibles, qui s’étendent de 1912 à aujourd’hui.

Lire la suite

[Trad] Vaccins : Big Pharma, ses études financées et ses milliards…

Il est maintenant de notoriété publique que ces infâmes compagnies pharmaceutiques qui ne pensent qu’à se goinfrer de profit le font sur le dos de notre propre santé. Récemment, une pétition en France a d’ailleurs été lancée contre la vaccination et ses affaires de gros sous. Si l’efficacité des vaccins est souvent contestée du point de vue de la santé publique et ses dangers mis en avant, c’est également le montage financier que représentent les vaccins qui est souvent décrié. En effet, personne ne peut nier que l’industrie pharmaceutique engrange trouzemilliards de pétrodollards chaque seconde au détriment de notre propre santé. Mais voyons d’un peu plus près ce qu’il en est.


 

L’article suivant est tiré du billet « ‘‘Follow the money » : the finances of global warming, vaccines, and GMOs » posté le 18 avril 2015 sur le blog The Logic of Science.

C’est rare de parler à un anti-vacciniste sans qu’il traite son contradicteur de shill, au motif principal que Big Pharma cache la vérité sur les vaccins pour faire du profit. Comme je vais le montrer cependant, cette assertion est complètement fausse.

Le premier problème est simplement que les vaccins ne sont pas si rentables que ça pour les compagnies pharmaceutiques. Skeptical Raptor a fait un travail fantastique pour expliquer cela, mais pour résumer, les vaccins sont très chers à produire et peu couteux à l’achat. En fait, beaucoup de gouvernements forcent les compagnies pharmaceutiques à leur fournir gratuitement des vaccins pour la population. Ainsi, les vaccins représentent moins de 2% des revenus des compagnies pharmaceutiques. Une fois que vous prenez en compte les milliards de dollars dépensés pour la recherche, vous obtenez environ 2,5 milliards de dollars de revenu annuel grâce aux vaccins. Ça peut sembler beaucoup, mais rappelez-vous qu’on parle de compagnies qui peuvent engranger des centaines de milliards voire même billions en une année. Dans un tel flot d’argent, 2,5 milliards, c’est presque rien et ça ne mérite certainement pas de mettre sur pied une conspiration mondiale qui impliquerait de soudoyer des dizaines de milliers de scientifiques et de médecins à travers les universités et les hôpitaux de chaque pays du monde.

De plus, si les compagnies pharmaceutiques en avaient tant après l’argent, elles ne devraient pas produire ces vaccins car il est bien plus couteux de traiter un malade que de prévenir sa maladie. Par exemple, une étude a montré que ça coutait plus de 10 000 dollars par personne pour traiter la rougeole. Une autre étude a estimé que ça coutait entre 2,7 et 5,3 millions de dollars de traiter 107 personnes atteintes de la rougeole. Pour ceux qui suivent, ça fait environ 25 à 50 000 dollars par personne. En comparaison, le vaccin contre la rougeole coute seulement entre 19 et 50 dollars. Ainsi, les compagnies pharmaceutiques pourraient faire beaucoup plus d’argent si elles traitaient les maladies plutôt que de les prévenir (au demeurant, beaucoup d’épidémies sont en fait causées par des gens non vaccinés, et vous avez beaucoup moins de risque d’avoir une maladie donnée si vous êtes vacciné contre elle).

Songez bien au fait qu’avant la mise en place du vaccin contre la polio il y avait des hôpitaux entiers consacrés à cette maladie. Pensez-y une minute, le vaccin a rendu des hôpitaux entiers inutiles (avec leurs docteurs, infirmières, service administratif, etc.). Une étude des couts et bénéfices du vaccin contre la polio a estimé que d’ici 2015, le vaccin aura économisé 178 milliards de dollars aux seuls USA. Redites-moi un peu que les vaccins permettent aux compagnies pharmaceutiques d’engranger des milliards. Les chiffres ne mentent pas. C’est moins cher de prévenir une maladie que de la soigner.

En dépit de toutes ces preuves que les vaccins ne sont pas dans le meilleur intérêt des compagnies pharmaceutiques, beaucoup d’antivaxx continuent d’insister sur le fait qu’il ne s’agit que d’une histoire d’argent, et un argument récurrent consiste à dire que toutes les études qui supportent les vaccins ont été financées par les compagnies qui les fabriquent et conduites par des scientifiques qui travaillent pour ces compagnies. A de nombreuses occasions j’ai donné des articles peer-review à des antivaxx qui les ont immédiatement rejetés avec un commentaire du type :  « pourquoi je devrais croire une étude qui a été financée par Big Pharma ? ». Pour citer un article malheureusement célèbre de Natural Health Warriors, « les essais de sécurité des vaccins sont payés par ceux qui les fabriquent, donc il n’est pas possible que ces informations ne soient pas biaisées ou indignes de confiance ». C’est comme de dire « les essais de sécurité de Toyota ont été réalisés par Toyota, donc ce n’est pas possible que Toyota soit sûr ». Néanmoins, au-delà de l’absurdité de cette clause de « non possibilité » , cette assertion n’est tout simplement pas vraie. [NdT : l’exemple n’est pas très bien choisi, mais l’observation sur la clause de « non possibilité » reste très juste] Bien entendu, les compagnies pharmaceutiques produisent certains tests de sécurité, mais des quantités d’autres ont été conduits par des scientifiques indépendants grâce à des dotations ne venant pas des industries pharmaceutiques. De plus, tous les articles scientifiques listent leurs sources de financements, l’affiliation de leurs auteurs, et leurs conflits d’intérêts. La moitié du temps, quand je vois des gens invoquer aveuglement qu’une étude est « biaisée », ils échouent totalement à trouver ces informations. Néanmoins, je voudrais examiner un petit échantillon de la littérature pour voir quel type d’influences de l’industrie pharmaceutique je pourrais trouver.

J’ai décidé de jeter un œil à la littérature concernant les vaccins et l’autisme (puisque c’est généralement le souci n°1 pour les gens que ça travaille). Donc, j’ai choisi 10 articles scientifiques et j’ai regardé leurs financements et leurs auteurs (notez que je n’ai pas sélectionné les articles après avoir regardé leurs affiliations et financement, mais bien l’inverse, les papiers sont listés à la fin du billet). Ces 10 articles ont été écrits par 57 chercheurs différents. Seulement 7 auteurs étaient impliqués dans plus d’un article, et aucun n’était impliqué dans plus de 2 articles. Ces 57 auteurs étaient affiliés à 22 organisations différentes (je compte toutes les agence du CDC comme une seule organisation). 12 de ces organisations étaient des hôpitaux / universités (certains étaient des hôpitaux universitaires, j’ai donc fusionné ces cas là), et seulement trois étaient des compagnies privées dont Abt Associates Inc. et Kaiser Permanente Northern California et une société de sécurité sociale. Autant que je puisse en juger, aucune de ces trois compagnies ne fabrique de vaccins. Elles sont probablement impliquées dans la recherche sur les vaccins, mais elles ne sont pas vraiment des compagnies pharmaceutiques qui produisent des vaccins. Les auteurs de ces compagnies étaient impliqués uniquement dans 2 de ces études (Verstraeten et al., 2003 et Price et al., 2010). Donc, aucun de ces 57 auteurs n’était effectivement employé par des compagnies pharmaceutiques.

Enfin, regardons du côté des agences  de financement impliquées. J’ai compté 15 agences de financement qui vont des organisations spécialisées dans la recherche sur l’autisme à de très grosses agences comme l’OMS ou le CDC. Sur ces pourvoyeurs de financements, aucun n’était une compagnie pharmaceutique. Deux de ces études (Smeeth et al., 2004 et Price et al., 2010) déclaraient de potentiels conflits d’intérêts. Plusieurs (mais pas tous) des auteurs avaient précédemment reçu des financements de compagnies pharmaceutiques pour d’autres projets. Néanmoins, ces fonds ne devraient pas avoir d’effet sur ces papiers là, et même si c’était le cas, ça nous laisserait toujours 8 solides articles sans aucune proximité avec l’industrie.

Maintenant, quelqu’un va immanquablement m’accuser de cherry-picking, mais voilà, vous pouvez vérifier par vous-même. Vous pouvez aller sur PubMed ou Google Scholar et regarder les différents auteurs et les sources de financements. Vous n’avez pas besoin de me croire. De plus, même si je faisais du cherry picking, ça voudrait tout de même dire qu’il y a au moins 8 bonnes études sans aucun conflit d’intérêt qui montrent la sécurité des vaccins.

Par ailleurs, ces publications ne sont pas ce à quoi on s’attendrait si l’industrie pharmaceutique soudoyait les scientifiques. Rappelez-vous qu’il y a de nombreuses compagnies en compétition les unes contre les autres. Cela n’a absolument aucun sens pour ces compagnies de payer des scientifiques pour écrire un énième papier sur le fait que les vaccins ne causent pas l’autisme. Si vous ne croyez pas les 100 papiers précédents, pourquoi en croiriez-vous un de plus ? Si il y avait une conspiration massive, cela ferait sens de cibler les gens qui s’inquiètent vraiment de la littérature scientifique. En d’autres termes, au lieu de faire des déclarations générales sur la sécurité des vaccins, ils devraient déclarer que les vaccins fabriqués par telle compagnie sont sûrs, alors que ceux fabriqués par telle autre ne le sont pas. Si les compagnies pharmaceutiques ont des scientifiques dans leur poche, alors on devrait voir une guerre entre les compagnies pour savoir quels vaccins sont sûrs. Pensez un peu logiquement un instant. Les antivaxx pensent déjà que les vaccins sont dangereux, donc ils ne comptent pas, mais ceux d’entre nous qui se soucient de ce que dit la littérature scientifique seraient très intéressés de voir que des compagnies sont plus sûres que d’autres. Si, par exemple, plusieurs études venaient à montrer que les vaccins faits par GlaxoSmithKline sont dangereux, mais que ceux faits par Merck sont sûrs, je voudrais absolument que mes vaccins soient faits par Merck, comme les voudraient des tonnes d’autres personnes qui s’intéressent aux preuves scientifiques. C’est ce à quoi on pourrait s’attendre d’une conspiration. Les compagnies de médicaments devraient se faire la guerre entre elles. Au lieu de ça, on voit article après article que les vaccins sont sûrs, quelle que soit la compagnie qui les fabrique.

Finalement, je voudrai retourner la situation et regarder un peu les finances des opposants à la vaccination. Contrairement à la plupart des scientifiques faisant de vraies recherches sur les vaccins, les antivaxx ont souvent de clairs conflits d’intérêts. Le très célèbre Andrew Wakefield par exemple (l’homme par qui est venu le mythe des vaccins à l’origine de l’autisme), s’est montré coupable de falsification de données et d’avoir reçu des fonds d’avocats qui avaient l’intention de poursuivre des compagnies fabriquant des vaccins. Néanmoins, beaucoup d’antivaxx continuent de suivre Wakefield et avancent que les compagnies pharmaceutiques essaient simplement de le réduire au silence. Voyez un instant comme ce double standard est fantastique. Les antivaxx considèrent quiconque s’oppose à eux comme un shill, et ils insistent régulièrement sur le fait de « suivre l’argent », mais quand on le fait vraiment, et qu’on constate que Wakefield a été soudoyé, ils ignorent subitement leurs propres règles et clament que Wakefield est un héros muselé pour avoir osé dire la vérité. C’est à la fois un beau cas d’école d’argumentation ad hoc et de raisonnement inconstant.

Wakefield est certes un exemple extrême, mais beaucoup d’autres cas extrêmes existent. N’avez-vous jamais commencé à « suivre l’argent » des nombreux sites et blogs antivaxx qui pullulent sur le net ? Si non, vous devriez commencer, car la plupart des gros sites comprennent une boutique en ligne pour vous vendre les produits que vous devriez consommer à la place des vaccins. GreenMedInfo, Natural News, Mercola, Modern Alternative Mama, etc., ont tous des boutiques qui vendent leurs produits et leurs livres. Similairement, de fameux médecins antivaccinistes comme Sherri Tenpenny font plutôt pas mal d’argent avec leurs livres et leurs conférences. C’est vrai bien au-delà des seuls vaccins. Vous retrouvez ce schéma à travers toute la nébuleuse des pseudo-médecines alternatives, et c’est en fait une brillante stratégie commerciale quand vous y pensez. D’abord vous faites peur aux gens avec l’horreur vacciniste et la traditionnelle médecine « occidentale », puis vous leur parlez des supers produits « naturels » que Big Pharma ne veut pas que vous connaissiez parce qu’ils peuvent tout guérir de la rougeole à l’infertilité. Finalement, vous les redirigez vers votre boutique en ligne qui vient juste de mettre en vente des produits miracle. Il n’y a clairement aucun conflit d’intérêt ici (notez l’énorme sarcasme).

Mon avis sur tout ça est assez simple : si nous acceptons le challenge logiquement invalide de la mouvance anti-science consistant à suivre l’argent, les choses finissent vraiment mal pour eux-mêmes. Les décisions doivent être prises sur la base des faits, et non pas des gens qui soutiennent ces faits, mais si nous acceptons de jouer avec les règles de l’anti-science, alors nous constatons un manque de motivations pour les scientifiques pour falsifier des données et a contrario de fortes motivations financières pour l’anti-science à inventer des conspirations fictives pour s’opposer à la science. Si les partisans de la mouvance anti-science suivaient leurs propres règles, ils devraient éviter la plupart des pages internet et blogs qu’ils chérissent tant, lisent et diffusent.

Liste des articles:

Anders, H., M. Stellfeld, J. Wohlfahrt, and M. Melbye. 2003. Association between thimerosal-containing vaccine and autism. JAMA 290:1763–1766.

Anders, N., E. Miller, A. Grant, J. Stowe, V. Osborne, and B. Taylor. 2004. Thimerosal exposure in infants and developmental disorders: a retrospective cohort study in the United Kingdom does not support a causal association. Pediatrics 114:584–591.

Destefano, F., T.K. Bhasin, W.W. Thompson, M. Weargin-Allsopp, and C. Boyle. 2004. Age at first measles-mumps-rubella vaccination in children with autism and school-matched control subjects: a population-based study in metropolitan Atlanta. Pediatrics 113:259–266.

Madsen, K.M., A. Hvid, M. Vestergaard, D. Schendel, J. Wohlfahrt, P. Thorsen, J. Olsen, and M. Melbye. 2002. A population-based study of measles, mumps, and rubella vaccination and autism. New England Journal of Medicine 347:1477–1482.

Price, C.S., W.W. Thompson, B. Goodson, E.S., Weintraub, L.A. Croen, V.L. Hinrichsen, M. Marcy, A. Roberston, E. Eriksen, E. Lewis, P. Bernal, D. Shay, R.L. Davis, and F. DeStefano. 2010. Prenatal and infant exposure to thimerosal from vaccines and immunoglobulins and risk of autism. Pediatrics 16:656–64.

Smeeth, L., C. Cook, E. Fombonne, L. Heavey, L.C. Rodrigues, P.G. Smith, and A.J. Hall. 2004. MMR vaccination and pervasive developmental disorders: a case-control study. Lancet 364:963–969.

Taylor, B., E. Miller, C.P. Farrington, M.C. Petropoulos, I. Favot-Mayaud, J. Li, and P.A. Waight. 2009. Autism and measles, mumps, and rubella vaccine: no epidemiological evidence for a causal association. Lancet 353: 2026–2029.

Taylor, L.E., A.L. Swerdfeger, and G.D. Eslick. 2014. Vaccines are not associated with autism: and evidence-based meta-analysis of case-control and cohort studies. Elsevier 32:3623-3629.

Uchiyama, T., M. Kurosawa, and Y. Inaba. 2007. MMR-vaccine and regression in autism spectrum disorders: negative results presented from Japan. Journal of Autism and Developmental Disorders 37:210–217.

Verstraeten, T., R.L. Davis, F. DeStefano, T.A. Lieu, P.H. Rhodes, S.B. Black, H. Shinefield, and R.T. Chen. 2003. Safety of Thimerosal-Containing Vaccines: A two-phased study of computerized health maintenance organization databases. Pediatrics 112:1039–1048.

Liste des agences de financement :

  • America’s Health Insurance Plans
  • Autism Speaks
    Centers for Disease Control and Prevention
  • Danish National Research Foundation
  • Harvard Medical School
  • Health Resources and Service Administration
  • Kaiser Permanente Northern California
  • Medicines Control Agency
  • National Alliance for Autism Research
  • National Institute of Mental Health
  • National Vaccine Program Office and National Immunization Program
  • Statens Serum Institute, Copenhagen, Denmark
  • UK Medical Research Council
  • University of California Los Angeles
  • World Health Organization

Listes des affiliations des auteurs :

  • Abt Associates Inc.
  • Centers for Disease Control and Prevention
  • Danish Epidemiology Science Center
  • Department of Statistics, Open University
  • Group Health Cooperative of Puget Sound, Seattle, Washington
  • Harvard Pilgrim Health Care Institute, Harvard Medical School
  • Health Protection Agency, Communicable Disease Surveillance Centre
  • Immunization Division, Public Health Laboratory Service Communicable Disease Surveillance Center
  • Immunization Safety Office
  • Institute of Psychiatry, Kings College, London
  • Juntendo University School of Medicine
  • Kaiser Permanente Northern California, Oakland, California
  • London School of Hygiene and Tropical Medicine, London, UK.
  • McGill University, Montreal Children’s Hospital, Canada
  • Morbidity and Health Care Team, Office for National Statistics, London, United Kingdom.
  • National Center for Chronic Disease Prevention and Health Promotion
  • Otsuma Women’s University
  • Royal Free Campus, Royal Free and University College Medical School, University College London
  • Statens Serum Institute, Copenhagen, Denmark
  • University of Washington
  • Whiteley-Martin Research Centre, Discipline of Surgery, The University of Sydney, Nepean Hospital
  • Yokohama Psycho-Developmental Clinic

Vous avez résisté à la canonnade des faits, à l’assaut de la dissonance cognitive et vous avez tenu assez longtemps pour poser votre regard sur nos vraies couleurs ? Allons, c’est de bonne guerre. Attrapez donc cette main tendue qui vous invite à abandonner la carcasse en flamme de vos croyances infondées, sautez au dessus de la Mer de Bullshit sur laquelle vous naviguez depuis trop longtemps, embarquez sur La Théière, et découvrez le monde merveilleux du scepticisme scientifique.

Vaccins = Danger, les preuves scientifiques

VACCINATION, DANGER, AUTISME, THIOMERSAL, MERCURE, ALUMINIUM, FORMALDEHYDE, PETITION, BIG PHARMA, DOUREIOS HIPPOS !!!!!!

Il y a quelques semaines a été lancée une pétition contre les vaccins. En effet, beaucoup de dangers planent sur ceux-ci, et ils sont très bien connus et évalués par la communauté scientifique. Le consensus scientifique à leur propos est clair et massif. Voyons ce qu’il en est.

Les vaccins causent l’autisme

En 1998, un chirurgien britannique, Andrew Wakefield, a publié une étude dans The Lancet, prestigieux journal médical, qui faisait un lien entre le vaccin ROR et l’autisme.

Évidemment, la communauté scientifique alertée s’est penchée sur le danger supposé. Il s’est assez rapidement avéré que personne à travers le monde ne pouvait reproduire les résultats de Wakefield. Et pour cause, son étude à la méthodologie déjà très mauvaise et présentant de très graves problèmes d’éthique, était en outre l’objet de falsifications produites dans le but d’en tirer des bénéfices commerciaux.

Aucune étude entreprise par la suite n’a jamais confirmé de lien supposé entre la vaccination et l’autisme. Les causes de l’autisme sont encore assez mal connues, mais on sait désormais que les signes de syndromes autistiques apparaissent chez les enfants avant la prise du vaccin, et que l’augmentation présumée des cas d’autisme n’est pas corrélée à l’introduction vaccinale, mais d’abord et avant tout à l’amélioration des capacités diagnostiques à ce propos.

En conclusion : en l’état actuel des connaissances, le consensus scientifique est très clair et massif sur le sujet, la vaccination ne cause pas l’autisme, pas plus qu’aucune autre maladie grave souvent alléguée comme Alzheimer ou différents types de cancers.

L’immunité naturelle est plus efficace que la vaccination

Être exposé à une maladie peut en effet donner une immunité très forte. Mais cela n’en demeure pas moins dangereux. En étant exposé naturellement à la rougeole au motif d’acquérir l’immunité contre cette maladie, vous avez 0,1 à 1 chance sur 1000 de mourir (c’est beaucoup ! dans les pays en développement, ce risque est encore plus grand, de l’ordre de 7,5 décès en moyenne pour 1000 cas, et peut atteindre des pics importants). Avec la vaccination, ce risque tombe à 0%, et sans développer les symptômes de la maladie. Au final, la vaccination nous évite en France 76 à 760 décès annuels pour cette seule maladie.

En conclusion : l’état actuel des connaissances scientifiques nous apprend que comme pour tout médicament, un vaccin peut présenter des effets secondaires. Dans l’exemple du vaccin contre la rougeole, si les effets secondaires bénins (fièvre, rougeur au niveau de la piqure…) sont relativement fréquents (10-15%), les effets secondaires graves sont beaucoup plus rares, et leur fréquence est bien inférieure à celle des complications graves liées à la maladie. In fine, la balance risques/bénéfices reste positive pour la vaccination.

Les vaccins contiennent des « toxines »

Beaucoup de peurs sont agitées au motif que les vaccins contiennent des produits apparemment nocifs, comme le mercure, l’aluminium, et le formaldéhyde. Certains de ces produits ont effectivement un effet potentiellement nocif, tout comme le monoxyde de dihydrogène. Ce dernier est pourtant largement ignoré du grand public, alors qu’il cause la mort de nombreuses personnes chaque année, et que la population mondiale y est fortement exposée à chaque instant.

En réalité, il ne faut pas oublier le principe de Paracelse. La dose fait le poison. Ces produits sont bien connus et évalués en permanence, et s’ils se trouvent dans les vaccins, c’est parce qu’ils y sont bien utiles en plus d’y être inoffensifs.

Ces trois produits sont contenus dans une dose extrêmement faible dans les vaccins, bien en dessous de tout seuil de toxicité. Pire encore, le formaldéhyde par exemple, s’y trouve très en dessous du taux de formaldéhyde contenu naturellement dans notre corps ou dans certains fruits et légumes comme les poires. Le taux de formaldéhyde naturellement et continuellement présent dans le sang est ainsi d’environ 2,74 mg par litre. Un jeune enfant possédant un volume sanguin d’environ 2 à 3 litres porte donc naturellement 5 à 9 mg de formaldéhyde sanguin. Si on prend l’exemple du vaccin anti grippal Fluzone de Sanofi-Pasteur qui a fait l’objet de memes sur internet mettant en avant le fait qu’il contienne du formaldéhyde en quantités traces, c’est environ 1 000 000 (1 million) de fois plus que la dose se trouvant dans le vaccin. Pour tout juste arriver à augmenter ce niveau naturel, il faudrait injecter d’un coup 10 millions à 20 millions de doses de vaccins à l’enfant. Le seuil de toxicité potentielle du formaldéhyde étant de 0,2 mg par kg et par jour, un jeune enfant de 20 kg pourra absorber 4 mg de formaldéhyde par jour sans que cela soit encore dangereux, soit l’équivalent de 1 million de doses de vaccin par jour. Il s’agit ici de répondre à des inquiétudes dénuées de toute base critique, comme ça peut l’être dans le cas de peurs fondées sur une mauvaise interprétation du concepts de trace et des ordres de grandeurs. Mais dans tous les cas, quel que soit le vaccin considéré, le niveau de formaldéhyde circulant naturellement dans le corps d’un jeune enfant serait toujours 50 à 70 fois plus élevé que la quantité contenue dans le vaccin, et donc très en dessous des seuils toxiques.

On retrouve les mêmes principes pour les autres produits incriminés.

En conclusion : une connaissance scientifique très basique (savoir reconnaître des unités de mesures simples) et la compréhension du principe de Paracelse permettent de saisir l’inanité des allégations sur le danger des produits contenus dans les vaccins. Par ailleurs, ces produits sont perpétuellement évalués, leurs dangers sont connus, et le consensus scientifique est extrêmement clair : ces produits, aux doses présentes dans les vaccins, ne présentent aucun risque pour la santé, notamment en ce qui concerne les allégations infondées de risques d’autisme et le thiomersal.

L’amélioration de l’hygiène et de la qualité de vie explique la disparition des maladies infectieuses

L’amélioration de l’état pathologique des populations est évidemment poly factorielle. Du XIXe au XXIe siècles, la vaccination n’a pas été la seule avancée médicale, bien qu’elle fut absolument majeure. On a également fait quelques progrès notables du point de vue de l’hygiène publique, de l’urbanisme, de la prise en charge médicale, de la chirurgie… Tous ces éléments jouent bien entendu à différents niveaux sur le taux de mortalité des maladies infectieuses. Il est cependant possible d’isoler chaque paramètre et d’évaluer l’importance de chacun. On voit dès lors que la vaccination reste l’élément central et essentiel permettant l’éradication des infections.

Si l’on reprend l’exemple de la rougeole aux USA par exemple, on voit qu’avant 1963, la date d’introduction du vaccin, la prévalence de la maladie était de plus de 400 000 cas par an. Les standards d’hygiène étaient alors très semblables à ceux que nous connaissons aujourd’hui. En 1970, cette prévalence n’est plus que de 25 000 cas par an, 71 en 2009.

En conclusion : si nos conditions de vie actuelles rendent la maladie moins insupportable que par le passé, elles ne permettent pas de l’éviter. Les effets de l’introduction de la vaccination sont très bien connus, majeurs, et seuls responsables des véritables éradications que nous connaissons aujourd’hui.

Les risques de la vaccination sont supérieurs à ses bénéfices

Comme on l’a déjà évoqué plus haut, tout médicament quel qu’il soit comporte des risques secondaires. Ceux liés à la vaccination sont rarissimes en plus d’être bénins dans la plupart des cas. Quoi qu’il en soit, ces risques sont incomparablement plus faibles que ceux encourus en l’absence de vaccination, dont les complications et issues fatales sont parfois assurées.

En conclusion : en l’état actuel des connaissances, la vaccination n’est associée à aucun risque grave ou courant. Ces risques dérisoires sont par ailleurs à mettre en rapport avec les bénéfices écrasants de la vaccination, par exemple en ce qui concerne le vaccin contre la grippe.

Le vaccin peut donner la maladie contre laquelle il est supposé protéger

Parmi les rares effets secondaires des vaccins (tous les médicaments ont des effets secondaires), certains peuvent rappeler les symptômes provoqués par la maladie contre laquelle doit protéger le vaccin. En ce qui concerne les vaccins désactivés, c’est-à-dire ceux dans lesquels le microbe a été tué, c’est tout simplement impossible. Pour les vaccins vivants, c’est théoriquement possible, mais les symptômes observés sont provoqués par le vaccin, et non pas la maladie réellement entrain de se développer. Dans ce dernier cas, la réaction montre tout simplement de façon visible que la réaction immunitaire attendue a bien été provoquée. En effet, le gonflement, la rougeur et la sensation de chaleur sont les premiers signes visibles d’une réaction immunitaire localisée, exactement comme à l’endroit d’une piqure d’insecte.

On ne connait qu’un seul cas supposé de risque (toujours extrêmement faible), de maladie développée à la suite d’un vaccin devant la prévenir, celui de l’OPV qui a été retiré de la circulation par précaution, et ce malgré des bénéfices énormes pour la santé des enfants à travers le monde.

En conclusion : la sécurité des vaccins notamment au regard du risque de provoquer la maladie contre laquelle ils doivent combattre est très strictement évaluée. Certaines de ces peurs reposent sur des non-sens biologiques (cas des microbes désactivés), et restent dans tous les cas infondées au regard des contrôles stricts et massifs pré et post introduction.


Pétition DTPolio : du Pr. Peter au Pr. Joyeux, plus de 100 ans d’anti-vaccinisme pseudoscientifique

Figure 1 Michel Peter et Louis Pasteur se faisant face à l’Académie de Médecine en juillet 1885, image tirée du téléfilm Louis Pasteur, portrait d’un visionnaire.

En mai dernier a été initiée une nouvelle campagne anti-vacciniste. La chose serait grotesque si elle n’était pas mortifère. Toutes les postures pseudoscientifiques sont plus ou moins dangereuses, ou bien pour la raison, ou bien pour la vie. Mais c’est bien d’un péril mortel dont il est question ici. L’estocade a été portée par un habitué de ce combat pour l’obscurantisme morbide, le Pr. Joyeux, en soutien de l’IPSN. Du Pr. Michel Peter, défenseur patenté de la génération spontanée qui présentait en 1887 devant l’Académie de Médecine un réquisitoire aux données falsifiées, des appels à l’émotion et autres anecdotes contre le vaccin antirabique de Pasteur et fabriquant de toutes pièces des preuves de son inefficacité et dangerosité ; au Pr. Henri Joyeux, adepte de positions pseudoscientifiques et manipulant toujours, quelques 130 ans plus tard, les mêmes sophismes criminels, on serait tentés de se dire que bien peu de choses ont changé. Pourtant, plus d’un siècle les sépare. Les sycophantes chantent, et la meute aboie, toujours. Lire la suite

Conspirationnisme médical et rejet de la médecine scientifique

Depuis quelques jours est diffusée sur le net francophone une nouvelle pétition anti-vacciniste. Celle-ci émane des piliers habituels du mouvement en France, dont les sophismes et manipulations courantes trouvent échos dans la rigueur du fact-checking de quelques rationalistes bien esseulées. C’est qu’en effet, si les mythes anti-vaccinistes se répandent comme une trainée de poudre, leur débunking, et au-delà de ça, la simple communication scientifique et médicale, ont eux beaucoup plus de peine à se faire entendre. On sait bien pourtant à quel point les réseaux sociaux ont fait exploser la diffusion de tels mythes pseudo-scientifiques comme j’ai pu en parler ici et . La diffusion de ces mythes serait risible si hélas elle n’était pas dramatique. Car oui, aujourd’hui, en Occident (pas en Afghanistan, en Occident !), des enfants souffrent et meurent d’infections pourtant évitables par la vaccination. Ils sont tués par des pathogènes contre lesquels leurs parents ont refusé de les protéger, abusés qu’ils étaient par quelques discours anxiogènes et proprement criminels. Le mouvement a pris une telle ampleur en Australie par exemple, qu’une série de mesures fortes et bipartisanes ont été entreprises par le gouvernement pour l’enrayer.

Aujourd’hui, il ne peut plus être question de diffuser ces allégations infondées voire mensongères sans assumer la très lourde responsabilité des conséquences funestes que cela pourra engendrer. La faute serait en outre double pour les scientifiques qui relaieraient des mythes pseudo-médicaux niant purement et simplement le consensus scientifique qu’ils sont pourtant formés à consulter, interroger et comprendre, quelle que soit leur spécialité. Faute triple pour les professionnels de santé qui se parjurent en recourant à des prescriptions fantaisistes n’ayant pas fait leurs preuves face aux standards scientifiques, et au mépris le plus total de leur patientelle.

Car c’est bien là que je veux en venir : aux conséquences du conspirationnisme médical en termes d’attitudes de soins, l’occasion pour moi de revenir sur un article publié en mai 2014 dans le JAMA Internal Medicine en open access.

Cet article intitulé « Medical Conspiracy Theories and Health Behaviors in the United States », par J. Eric Oliver et Thomas Wood fait l’état du conspirationnisme médical aux USA et de ses conséquences en termes d’attitude de soins. Il convient d’emblée de souligner que les pseudo-sciences n’ont pas la même puissance en termes de représentation dans la population générale ou d’assise académique de part et d’autre de l’Atlantique. Le recours à l’homéopathie est par exemple une spécialité française. On rappellera que celle-ci est par ailleurs bien mise à mal ces dernières semaines dans le monde anglo-saxon, en dépit des efforts du Prince de Galles. Il ne s’agit donc aucunement de transférer les chiffres et les attitudes de la population étasunienne à la population française. Mais les mêmes causes ayant les mêmes effets (comprendre que les mêmes SCAM provoquent les mêmes souffrances), il est intéressant d’observer le cas américain.

Ces dernières décennies, de nombreuses théories du complot médical sont apparues, parfois dramatiquement relancées et popularisées avec l’apparition des réseaux sociaux. Empoisonnement délibéré de l’eau du robinet au fluor, danger caché des ondes électromagnétiques, et bien entendu, danger caché des vaccins, quand il ne s’agit pas également d’un empoisonnement délibéré de la population, entre autres. Les tenants de ces conspirations sont très bruyants sur le net, mais on peut se demander ce qu’il en est dans la population générale, et si l’adhésion à ces théories du complot médical peut avoir un impact sur le comportement des patients vis-à-vis de la médecine scientifique.

Pour recueillir des informations sur l’assise des théories du complot médical dans la population, les auteurs se sont reposés sur un questionnaire rempli sur Internet par 1351 personnes adultes en 2013 et représentatives de la population nationale (des USA donc).

Ils ont ainsi pu mesurer la quantité de personnes ayant connaissance d’au moins six théories du complot médical, dont les remèdes miracles contre le cancer cachés au public, le danger caché des vaccins, et le danger caché des téléphone portables, qui étaient les théories les plus répandues dans l’échantillon. Ces trois théories bénéficiaient également d’une forte adhésion au sein de la population. Pour 37% des personnes interrogées, la FDA (une agence de régulation des médicaments du « ministère » de la santé étasunien) cachait intentionnellement au public américain l’existence de remèdes naturels contre le cancer du fait de la pression orchestrée par les compagnies pharmaceutiques ; 20% de la population adhéraient également à l’idée que l’industrie cachait au public des données probantes en faveur du lien cancer-téléphone portable, et le fait que les médecins continuent de faire vacciner les enfants alors qu’ils sauraient que cela peut être dangereux.

Figure 1 Adhésion des américains à différentes théories du complot médical en 2013.

Les théories du complot à propos de l’empoisonnement intentionnel de l’eau du robinet au fluor, de la nocivité des produits alimentaires génétiquement modifiés, ou encore l’orchestration de l’épidémie de SIDA par la CIA sont moins bien connus. Rappelons qu’on parle ici des USA, où le mythe de l’empoisonnement au fluor est certes plus faible que d’autres, mais semble-t-il plus répandu qu’en France. Cette dernière observation est empirique : le mythe de la fluoridation de l’eau nous vient effectivement des USA et ses tenants sur le web francophone semblent moins bruyants que leurs pendants américains. Par ailleurs, toujours pour relativiser ce classement, les tenants anti-OGM arriveraient probablement en France en tête de cette liste.

Concernant ces trois dernières théories dans l’échantillon qui nous intéresse ici, moins d’un tiers de la population en avait entendu parler et seulement 12% des personnes interrogées déclaraient adhérer à chacune d’elles. Au final 49% de l’échantillon de citoyens étasuniens interrogés adhéraient au moins à une théorie du complot médical et 18% adhéraient à trois ou plus d’entre elles. Cette répartition corrobore nettement celle de l’adhésion aux théories du complot politique.

La deuxième partie de l’enquête portait sur les attitudes de soins des personnes ayant répondu. Celles-ci étaient classées en faiblement conspirationnistes lorsqu’ils n’adhéraient à aucune, une, ou deux théorie du complot médical, et en fortement conspirationnistes lorsqu’ils adhéraient à trois ou plus de ces théories.

L’enquête a ainsi pu montrer que la croyance dans les théories du complot médical est corrélée avec certaines attitudes de soins, à savoir un plus grand recours aux pseudo-médecines dites « naturelles » ou « alternatives » et un plus grand évitement de la médecine scientifique. Les grands conspirationnistes étaient plus portés à la consommation de produits BIO et de suppléments d’herbes prétendument médicinales. Par ailleurs, cette même catégorie était moins portée à utiliser de la crème solaire et à procéder à la vaccination annuelle contre la grippe.

Ainsi, alors que 20% de l’ensemble de l’échantillon déclaraient consommer des suppléments, 35% des grands conspirationnistes déclaraient le faire également, et alors que 45% de l’échantillon total déclaraient passer une visite médicale annuelle, seulement 37% des grands conspirationnistes déclaraient le faire également.

Figure 2 Attitudes de soins en fonction de l’adhésion aux théories du complot médical, Oliver et Wood 2014.

Des analyses multivariées supplémentaires permirent d’observer que l’adhésion au conspirationnisme médical demeurait un indicateur solide prédisant ces attitudes de soins en rupture avec la science.

Il est assez courant de classer arbitrairement les tenants de théories du complot comme une frange de la population sujette à des syndromes de désillusion ou de paranoïa, mais cette enquête montre qu’en ce qui concerne au moins l’adhésion aux théories du complot médical, celles-ci sont largement répandues dans la population avec une forte adhésion. Par ailleurs, l’adhésion est fortement corrélée à des attitudes de soins particulières et en rupture avec la médecine scientifique, conduisant ces personnes à s’éloigner de traitements efficaces qui ont fait la preuve de leur sécurité, au profit de médecines dites « alternatives » (qui ne sont pas valides scientifiquement), inefficaces jusqu’à preuve du contraire, et aux conséquences souvent dramatiques.

Il ne s’agissait pas dans ce billet rapide de faire l’état des lieux de ces conséquences dramatiques, mais d’observer la répartition de ce type de mythes dans une population occidentale, et les conséquences bien réelles en termes de comportements vis-à-vis de sa propre santé et bien souvent de celle de ses enfants.

Lorsque l’on connait les conséquences funestes de certaines de ces adhésions à l’échelon individuel (dont la presse est beaucoup moins friande que des cas infondés nourrissant les théories du complot médical) et leur répartition à l’échelon de la population, il n’est pas anodin de prendre conscience de sa propre responsabilité à relayer avec légèreté ce type de mythes.

[EDIT  24/05/2014 : alors même que je viens de publier ce billet, je vois que plus tôt dans la soirée, la plateforme internet d’un média mainstream s’est fendue d’un bon petit article sur la question de la dernière pétition antivaxx. Ô joie ! on y déboulonne l’initiative antivacciniste, et en se basant sur l’article du blog Rougeole épidémiologie cité au tout début du présent billet et dont les rédactrices ont fait un travail aussi prompt qu’efficace. Les SkeptiGirls sont à fond ! et nous montrent accessoirement que la communication sceptique n’est pas vaine]