[Trad] Les courbes qui révèlent tout sur l’efficacité des vaccins

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Comme on a pu le noter récemment, les vaccins sont sujet à débats dans la sphère politique et publique ; on nous donne nombre de chiffres et de courbes pour appuyer des arguments allant en tous sens. Dans cet article d’Isabella B., contributrice sur Medium, on entend nous montrer ce que disent réellement les données disponibles, qui s’étendent de 1912 à aujourd’hui.

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[Trad] Vaccins : Big Pharma, ses études financées et ses milliards…

Il est maintenant de notoriété publique que ces infâmes compagnies pharmaceutiques qui ne pensent qu’à se goinfrer de profit le font sur le dos de notre propre santé. Récemment, une pétition en France a d’ailleurs été lancée contre la vaccination et ses affaires de gros sous. Si l’efficacité des vaccins est souvent contestée du point de vue de la santé publique et ses dangers mis en avant, c’est également le montage financier que représentent les vaccins qui est souvent décrié. En effet, personne ne peut nier que l’industrie pharmaceutique engrange trouzemilliards de pétrodollards chaque seconde au détriment de notre propre santé. Mais voyons d’un peu plus près ce qu’il en est.


 

L’article suivant est tiré du billet « ‘‘Follow the money » : the finances of global warming, vaccines, and GMOs » posté le 18 avril 2015 sur le blog The Logic of Science.

C’est rare de parler à un anti-vacciniste sans qu’il traite son contradicteur de shill, au motif principal que Big Pharma cache la vérité sur les vaccins pour faire du profit. Comme je vais le montrer cependant, cette assertion est complètement fausse.

Le premier problème est simplement que les vaccins ne sont pas si rentables que ça pour les compagnies pharmaceutiques. Skeptical Raptor a fait un travail fantastique pour expliquer cela, mais pour résumer, les vaccins sont très chers à produire et peu couteux à l’achat. En fait, beaucoup de gouvernements forcent les compagnies pharmaceutiques à leur fournir gratuitement des vaccins pour la population. Ainsi, les vaccins représentent moins de 2% des revenus des compagnies pharmaceutiques. Une fois que vous prenez en compte les milliards de dollars dépensés pour la recherche, vous obtenez environ 2,5 milliards de dollars de revenu annuel grâce aux vaccins. Ça peut sembler beaucoup, mais rappelez-vous qu’on parle de compagnies qui peuvent engranger des centaines de milliards voire même billions en une année. Dans un tel flot d’argent, 2,5 milliards, c’est presque rien et ça ne mérite certainement pas de mettre sur pied une conspiration mondiale qui impliquerait de soudoyer des dizaines de milliers de scientifiques et de médecins à travers les universités et les hôpitaux de chaque pays du monde.

De plus, si les compagnies pharmaceutiques en avaient tant après l’argent, elles ne devraient pas produire ces vaccins car il est bien plus couteux de traiter un malade que de prévenir sa maladie. Par exemple, une étude a montré que ça coutait plus de 10 000 dollars par personne pour traiter la rougeole. Une autre étude a estimé que ça coutait entre 2,7 et 5,3 millions de dollars de traiter 107 personnes atteintes de la rougeole. Pour ceux qui suivent, ça fait environ 25 à 50 000 dollars par personne. En comparaison, le vaccin contre la rougeole coute seulement entre 19 et 50 dollars. Ainsi, les compagnies pharmaceutiques pourraient faire beaucoup plus d’argent si elles traitaient les maladies plutôt que de les prévenir (au demeurant, beaucoup d’épidémies sont en fait causées par des gens non vaccinés, et vous avez beaucoup moins de risque d’avoir une maladie donnée si vous êtes vacciné contre elle).

Songez bien au fait qu’avant la mise en place du vaccin contre la polio il y avait des hôpitaux entiers consacrés à cette maladie. Pensez-y une minute, le vaccin a rendu des hôpitaux entiers inutiles (avec leurs docteurs, infirmières, service administratif, etc.). Une étude des couts et bénéfices du vaccin contre la polio a estimé que d’ici 2015, le vaccin aura économisé 178 milliards de dollars aux seuls USA. Redites-moi un peu que les vaccins permettent aux compagnies pharmaceutiques d’engranger des milliards. Les chiffres ne mentent pas. C’est moins cher de prévenir une maladie que de la soigner.

En dépit de toutes ces preuves que les vaccins ne sont pas dans le meilleur intérêt des compagnies pharmaceutiques, beaucoup d’antivaxx continuent d’insister sur le fait qu’il ne s’agit que d’une histoire d’argent, et un argument récurrent consiste à dire que toutes les études qui supportent les vaccins ont été financées par les compagnies qui les fabriquent et conduites par des scientifiques qui travaillent pour ces compagnies. A de nombreuses occasions j’ai donné des articles peer-review à des antivaxx qui les ont immédiatement rejetés avec un commentaire du type :  « pourquoi je devrais croire une étude qui a été financée par Big Pharma ? ». Pour citer un article malheureusement célèbre de Natural Health Warriors, « les essais de sécurité des vaccins sont payés par ceux qui les fabriquent, donc il n’est pas possible que ces informations ne soient pas biaisées ou indignes de confiance ». C’est comme de dire « les essais de sécurité de Toyota ont été réalisés par Toyota, donc ce n’est pas possible que Toyota soit sûr ». Néanmoins, au-delà de l’absurdité de cette clause de « non possibilité » , cette assertion n’est tout simplement pas vraie. [NdT : l’exemple n’est pas très bien choisi, mais l’observation sur la clause de « non possibilité » reste très juste] Bien entendu, les compagnies pharmaceutiques produisent certains tests de sécurité, mais des quantités d’autres ont été conduits par des scientifiques indépendants grâce à des dotations ne venant pas des industries pharmaceutiques. De plus, tous les articles scientifiques listent leurs sources de financements, l’affiliation de leurs auteurs, et leurs conflits d’intérêts. La moitié du temps, quand je vois des gens invoquer aveuglement qu’une étude est « biaisée », ils échouent totalement à trouver ces informations. Néanmoins, je voudrais examiner un petit échantillon de la littérature pour voir quel type d’influences de l’industrie pharmaceutique je pourrais trouver.

J’ai décidé de jeter un œil à la littérature concernant les vaccins et l’autisme (puisque c’est généralement le souci n°1 pour les gens que ça travaille). Donc, j’ai choisi 10 articles scientifiques et j’ai regardé leurs financements et leurs auteurs (notez que je n’ai pas sélectionné les articles après avoir regardé leurs affiliations et financement, mais bien l’inverse, les papiers sont listés à la fin du billet). Ces 10 articles ont été écrits par 57 chercheurs différents. Seulement 7 auteurs étaient impliqués dans plus d’un article, et aucun n’était impliqué dans plus de 2 articles. Ces 57 auteurs étaient affiliés à 22 organisations différentes (je compte toutes les agence du CDC comme une seule organisation). 12 de ces organisations étaient des hôpitaux / universités (certains étaient des hôpitaux universitaires, j’ai donc fusionné ces cas là), et seulement trois étaient des compagnies privées dont Abt Associates Inc. et Kaiser Permanente Northern California et une société de sécurité sociale. Autant que je puisse en juger, aucune de ces trois compagnies ne fabrique de vaccins. Elles sont probablement impliquées dans la recherche sur les vaccins, mais elles ne sont pas vraiment des compagnies pharmaceutiques qui produisent des vaccins. Les auteurs de ces compagnies étaient impliqués uniquement dans 2 de ces études (Verstraeten et al., 2003 et Price et al., 2010). Donc, aucun de ces 57 auteurs n’était effectivement employé par des compagnies pharmaceutiques.

Enfin, regardons du côté des agences  de financement impliquées. J’ai compté 15 agences de financement qui vont des organisations spécialisées dans la recherche sur l’autisme à de très grosses agences comme l’OMS ou le CDC. Sur ces pourvoyeurs de financements, aucun n’était une compagnie pharmaceutique. Deux de ces études (Smeeth et al., 2004 et Price et al., 2010) déclaraient de potentiels conflits d’intérêts. Plusieurs (mais pas tous) des auteurs avaient précédemment reçu des financements de compagnies pharmaceutiques pour d’autres projets. Néanmoins, ces fonds ne devraient pas avoir d’effet sur ces papiers là, et même si c’était le cas, ça nous laisserait toujours 8 solides articles sans aucune proximité avec l’industrie.

Maintenant, quelqu’un va immanquablement m’accuser de cherry-picking, mais voilà, vous pouvez vérifier par vous-même. Vous pouvez aller sur PubMed ou Google Scholar et regarder les différents auteurs et les sources de financements. Vous n’avez pas besoin de me croire. De plus, même si je faisais du cherry picking, ça voudrait tout de même dire qu’il y a au moins 8 bonnes études sans aucun conflit d’intérêt qui montrent la sécurité des vaccins.

Par ailleurs, ces publications ne sont pas ce à quoi on s’attendrait si l’industrie pharmaceutique soudoyait les scientifiques. Rappelez-vous qu’il y a de nombreuses compagnies en compétition les unes contre les autres. Cela n’a absolument aucun sens pour ces compagnies de payer des scientifiques pour écrire un énième papier sur le fait que les vaccins ne causent pas l’autisme. Si vous ne croyez pas les 100 papiers précédents, pourquoi en croiriez-vous un de plus ? Si il y avait une conspiration massive, cela ferait sens de cibler les gens qui s’inquiètent vraiment de la littérature scientifique. En d’autres termes, au lieu de faire des déclarations générales sur la sécurité des vaccins, ils devraient déclarer que les vaccins fabriqués par telle compagnie sont sûrs, alors que ceux fabriqués par telle autre ne le sont pas. Si les compagnies pharmaceutiques ont des scientifiques dans leur poche, alors on devrait voir une guerre entre les compagnies pour savoir quels vaccins sont sûrs. Pensez un peu logiquement un instant. Les antivaxx pensent déjà que les vaccins sont dangereux, donc ils ne comptent pas, mais ceux d’entre nous qui se soucient de ce que dit la littérature scientifique seraient très intéressés de voir que des compagnies sont plus sûres que d’autres. Si, par exemple, plusieurs études venaient à montrer que les vaccins faits par GlaxoSmithKline sont dangereux, mais que ceux faits par Merck sont sûrs, je voudrais absolument que mes vaccins soient faits par Merck, comme les voudraient des tonnes d’autres personnes qui s’intéressent aux preuves scientifiques. C’est ce à quoi on pourrait s’attendre d’une conspiration. Les compagnies de médicaments devraient se faire la guerre entre elles. Au lieu de ça, on voit article après article que les vaccins sont sûrs, quelle que soit la compagnie qui les fabrique.

Finalement, je voudrai retourner la situation et regarder un peu les finances des opposants à la vaccination. Contrairement à la plupart des scientifiques faisant de vraies recherches sur les vaccins, les antivaxx ont souvent de clairs conflits d’intérêts. Le très célèbre Andrew Wakefield par exemple (l’homme par qui est venu le mythe des vaccins à l’origine de l’autisme), s’est montré coupable de falsification de données et d’avoir reçu des fonds d’avocats qui avaient l’intention de poursuivre des compagnies fabriquant des vaccins. Néanmoins, beaucoup d’antivaxx continuent de suivre Wakefield et avancent que les compagnies pharmaceutiques essaient simplement de le réduire au silence. Voyez un instant comme ce double standard est fantastique. Les antivaxx considèrent quiconque s’oppose à eux comme un shill, et ils insistent régulièrement sur le fait de « suivre l’argent », mais quand on le fait vraiment, et qu’on constate que Wakefield a été soudoyé, ils ignorent subitement leurs propres règles et clament que Wakefield est un héros muselé pour avoir osé dire la vérité. C’est à la fois un beau cas d’école d’argumentation ad hoc et de raisonnement inconstant.

Wakefield est certes un exemple extrême, mais beaucoup d’autres cas extrêmes existent. N’avez-vous jamais commencé à « suivre l’argent » des nombreux sites et blogs antivaxx qui pullulent sur le net ? Si non, vous devriez commencer, car la plupart des gros sites comprennent une boutique en ligne pour vous vendre les produits que vous devriez consommer à la place des vaccins. GreenMedInfo, Natural News, Mercola, Modern Alternative Mama, etc., ont tous des boutiques qui vendent leurs produits et leurs livres. Similairement, de fameux médecins antivaccinistes comme Sherri Tenpenny font plutôt pas mal d’argent avec leurs livres et leurs conférences. C’est vrai bien au-delà des seuls vaccins. Vous retrouvez ce schéma à travers toute la nébuleuse des pseudo-médecines alternatives, et c’est en fait une brillante stratégie commerciale quand vous y pensez. D’abord vous faites peur aux gens avec l’horreur vacciniste et la traditionnelle médecine « occidentale », puis vous leur parlez des supers produits « naturels » que Big Pharma ne veut pas que vous connaissiez parce qu’ils peuvent tout guérir de la rougeole à l’infertilité. Finalement, vous les redirigez vers votre boutique en ligne qui vient juste de mettre en vente des produits miracle. Il n’y a clairement aucun conflit d’intérêt ici (notez l’énorme sarcasme).

Mon avis sur tout ça est assez simple : si nous acceptons le challenge logiquement invalide de la mouvance anti-science consistant à suivre l’argent, les choses finissent vraiment mal pour eux-mêmes. Les décisions doivent être prises sur la base des faits, et non pas des gens qui soutiennent ces faits, mais si nous acceptons de jouer avec les règles de l’anti-science, alors nous constatons un manque de motivations pour les scientifiques pour falsifier des données et a contrario de fortes motivations financières pour l’anti-science à inventer des conspirations fictives pour s’opposer à la science. Si les partisans de la mouvance anti-science suivaient leurs propres règles, ils devraient éviter la plupart des pages internet et blogs qu’ils chérissent tant, lisent et diffusent.

Liste des articles:

Anders, H., M. Stellfeld, J. Wohlfahrt, and M. Melbye. 2003. Association between thimerosal-containing vaccine and autism. JAMA 290:1763–1766.

Anders, N., E. Miller, A. Grant, J. Stowe, V. Osborne, and B. Taylor. 2004. Thimerosal exposure in infants and developmental disorders: a retrospective cohort study in the United Kingdom does not support a causal association. Pediatrics 114:584–591.

Destefano, F., T.K. Bhasin, W.W. Thompson, M. Weargin-Allsopp, and C. Boyle. 2004. Age at first measles-mumps-rubella vaccination in children with autism and school-matched control subjects: a population-based study in metropolitan Atlanta. Pediatrics 113:259–266.

Madsen, K.M., A. Hvid, M. Vestergaard, D. Schendel, J. Wohlfahrt, P. Thorsen, J. Olsen, and M. Melbye. 2002. A population-based study of measles, mumps, and rubella vaccination and autism. New England Journal of Medicine 347:1477–1482.

Price, C.S., W.W. Thompson, B. Goodson, E.S., Weintraub, L.A. Croen, V.L. Hinrichsen, M. Marcy, A. Roberston, E. Eriksen, E. Lewis, P. Bernal, D. Shay, R.L. Davis, and F. DeStefano. 2010. Prenatal and infant exposure to thimerosal from vaccines and immunoglobulins and risk of autism. Pediatrics 16:656–64.

Smeeth, L., C. Cook, E. Fombonne, L. Heavey, L.C. Rodrigues, P.G. Smith, and A.J. Hall. 2004. MMR vaccination and pervasive developmental disorders: a case-control study. Lancet 364:963–969.

Taylor, B., E. Miller, C.P. Farrington, M.C. Petropoulos, I. Favot-Mayaud, J. Li, and P.A. Waight. 2009. Autism and measles, mumps, and rubella vaccine: no epidemiological evidence for a causal association. Lancet 353: 2026–2029.

Taylor, L.E., A.L. Swerdfeger, and G.D. Eslick. 2014. Vaccines are not associated with autism: and evidence-based meta-analysis of case-control and cohort studies. Elsevier 32:3623-3629.

Uchiyama, T., M. Kurosawa, and Y. Inaba. 2007. MMR-vaccine and regression in autism spectrum disorders: negative results presented from Japan. Journal of Autism and Developmental Disorders 37:210–217.

Verstraeten, T., R.L. Davis, F. DeStefano, T.A. Lieu, P.H. Rhodes, S.B. Black, H. Shinefield, and R.T. Chen. 2003. Safety of Thimerosal-Containing Vaccines: A two-phased study of computerized health maintenance organization databases. Pediatrics 112:1039–1048.

Liste des agences de financement :

  • America’s Health Insurance Plans
  • Autism Speaks
    Centers for Disease Control and Prevention
  • Danish National Research Foundation
  • Harvard Medical School
  • Health Resources and Service Administration
  • Kaiser Permanente Northern California
  • Medicines Control Agency
  • National Alliance for Autism Research
  • National Institute of Mental Health
  • National Vaccine Program Office and National Immunization Program
  • Statens Serum Institute, Copenhagen, Denmark
  • UK Medical Research Council
  • University of California Los Angeles
  • World Health Organization

Listes des affiliations des auteurs :

  • Abt Associates Inc.
  • Centers for Disease Control and Prevention
  • Danish Epidemiology Science Center
  • Department of Statistics, Open University
  • Group Health Cooperative of Puget Sound, Seattle, Washington
  • Harvard Pilgrim Health Care Institute, Harvard Medical School
  • Health Protection Agency, Communicable Disease Surveillance Centre
  • Immunization Division, Public Health Laboratory Service Communicable Disease Surveillance Center
  • Immunization Safety Office
  • Institute of Psychiatry, Kings College, London
  • Juntendo University School of Medicine
  • Kaiser Permanente Northern California, Oakland, California
  • London School of Hygiene and Tropical Medicine, London, UK.
  • McGill University, Montreal Children’s Hospital, Canada
  • Morbidity and Health Care Team, Office for National Statistics, London, United Kingdom.
  • National Center for Chronic Disease Prevention and Health Promotion
  • Otsuma Women’s University
  • Royal Free Campus, Royal Free and University College Medical School, University College London
  • Statens Serum Institute, Copenhagen, Denmark
  • University of Washington
  • Whiteley-Martin Research Centre, Discipline of Surgery, The University of Sydney, Nepean Hospital
  • Yokohama Psycho-Developmental Clinic

Vous avez résisté à la canonnade des faits, à l’assaut de la dissonance cognitive et vous avez tenu assez longtemps pour poser votre regard sur nos vraies couleurs ? Allons, c’est de bonne guerre. Attrapez donc cette main tendue qui vous invite à abandonner la carcasse en flamme de vos croyances infondées, sautez au dessus de la Mer de Bullshit sur laquelle vous naviguez depuis trop longtemps, embarquez sur La Théière, et découvrez le monde merveilleux du scepticisme scientifique.

[Trad] Débunké : le vaccin contre la polio à l’origine du VIH

Article posté sur The History of Vaccines.

Figure 1 Le Dr. Koprowski, à l’origine du vaccin OPV

Quand le virus de l’immunodéficience humaine a été découvert dans les années 80, le public s’est immédiatement demandé d’où il venait et comment il pouvait se manifester ainsi chez tant de personnes. Parmi les différentes conjectures émises dans les années 90, l’une d’elles jetait le blâme de cette émergence sur une mesure de santé publique : le vaccin contre la polio.

A la fin des années 50, différents groupes de chercheurs essayaient de développer un vaccin contre la poliomyélite qui était alors toujours épidémique autour du monde. L’un de ces vaccins, développé par le médecin Hilary Koprowski (1916-2013), a été testé en Afrique après avoir d’abord été testé aux USA. Le virus du vaccin était cultivé sur des tissus de macaques avant d’être administré à environ 1 million de personnes au Burundi, au Rwanda et en RDC.

En 1992, le magazine Rolling Stone publia un article à propos du vaccin OPV de Koprowski comme cause possible de l’émergence du VIH. Koprowski poursuivit Rolling Stone et l’auteur de l’article, qui durent publier une clarification en décembre 1993, disant notamment :

« Les éditeurs de Rolling Stone souhaitent préciser qu’ils n’ont jamais eu l’intention de suggérer dans cet article qu’il existe la moindre preuve scientifique du lien OPV/VIH, ni qu’ils n’en connaissent aucune, que le Dr. Koprowski, un scientifique illustre, était en réalité responsable de l’introduction du SIDA dans la population humaine ou encore qu’il est le père du SIDA… Le travail pionnier du Dr. Koprowski sur le développement d’un vaccin anti polio a contribué à réduire la souffrance et la mort de centaines de milliers de victimes potentielles de paralysies dues à la poliomyélite et est peut être l’une de ses plus grandes contributions d’une vie de productions de haut niveau et largement reconnues ».

Malgré la clarification de Rolling Stone, le journaliste Edward Hooper publia un livre intitulé The River, Un voyage à la source du VIH et du Sida, en 1999, basé sur la conjecture d’un lien OPV/VIH. Hooper arguait que les cellules animales utilisées pour la culture du virus vaccinal étaient des cellules de rein de chimpanzés locaux endémiques des zones où les vaccins étaient utilisés, et que ces chimpanzés avaient été infectés par le Virus de l’Immunodéficience Simiesque (VIS). Selon Hooper, un vaccin créé à partir de telles cellules aboutirait à l’infection des humains par le VIH.

Bien que largement diffusées, les preuves de Hooper ne soutiennent pas (voire même contredisent directement) l’idée d’un lien entre OPV et VIH.

Des restes des anciens stocks du vaccin ont été examinés par des laboratoires indépendants, et ont confirmé d’abord qu’ils n’avaient pas été cultivés à partir de cellules de chimpanzés comme Hooper le prétendait. De plus, aucun échantillon ne contenait de traces de VIH ou de SIV. Ces données renforcent les déclarations des développeurs du vaccin selon qui ce dernier avait bien été produit à partir de cellules de macaque et non de chimpanzé.

En 2004, une étude publiée dans Nature montra que les souches de SIV infectant les chimpanzés dans la zone décrite par Hooper comme étant le vivier des spécimens ayant servi à la confection du vaccin, étaient génétiquement différentes des souches de HIV. Cela réfutait les allégations de Hooper sous un autre angle : même si des cellules de chimpanzés infectés par le SIV avaient été utilisées pour fabriquer le vaccin, elles ne pourraient pas avoir été la source du HIV chez les humains.

Des études épidémiologiques soulignent également un sérieux problème dans les allégations de Hooper à propos du lien OPV/VIH : le VIH-1 (la première souche connue de VIH, plus infectante et violente que la deuxième souche, VIH-2), est probablement passée à l’espèce humaine avant 1940 et ce dans une toute autre région de l’Afrique que celle où a été testé le vaccin anti polio, probablement via des chimpanzés infectés au Cameroun. Les essais congolais du vaccins commencèrent à la fin des années 50, au moins une décennie après le début de la radiation du VIH au sein de l’espèce humaine, et probablement encore plus loin que ça selon de récentes estimations (Worobey 2008). Le vaccin ne pourrait pas avoir été la source d’un virus qui avait déjà infecté les humains depuis de nombreuses années.

Hooper de son côté, reste campé sur ses positions et prétend à une tentative organisée d’étouffer l’affaire, mais cet argument a largement été relégué au statu de théorie du complot débunkée. Bien que ses arguments aient été démontrés sans valeur, ils ont tout de même été nocifs aux efforts d’éradication de la polio. Les rumeurs actuelles de la contamination volontaire du vaccin OPV avec des drogues causant la stérilité et des virus à l’origine du VIH et du SIDA ont conduit au refus d’accepter ce vaccin dans certaines parties de l’Afrique. Il est probable que ces rumeurs soient corrélées aux allégations originales à propos du lien OPV/VIH. Conséquemment, certaines parties de l’Afrique ont été exposées à des flambées de polio alors que l’éradication était en bonne voie.

Sources et informations supplémentaires

  1. Cohen J. Forensic Epidemiology: Vaccine Theory of AIDS Origins Disputed at Royal Society. Science. 2000; 289(5486):1850-1851.
  2. Jegede A. What Led to the Nigerian Boycott of the Polio Vaccination Campaign? PLoS Med. 2007; 4(3): e73.
  3. Korber B, Muldoon M, Theiler J, et al. Timing the ancestor of the HIV-1 pandemic strains. Science. 2000; 288(5472): 1789–96.
  4. Offit PA. Vaccinated: One Man’s Quest to Defeat the World’s Deadliest Diseases. New York: Harper Perennial; 1988.
  5. Worobey M, Santiago M, Keele B, et al. Origin of AIDS: contaminated polio vaccine theory refuted. Nature . 2004; 428(6985): 820.
  6. Plotkin SA. CHAT oral polio vaccine was not the source of human immunodeficiency virus type 1 group M for humans. Clin. Infect Dis.  2001; Apr 1;32(7): 1068-84.
  7. Plotkin SA. Untruths and consequences: the false hypothesis linking CHAT type 1 polio vaccination to the origin of human immunodeficiency virus. Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci. 2001: June 29: 356(1410) 815-23.
  8. Sharp PM, Hahn BH. The evolution of HIV-1 and the Origin of AIDS.  Philos traqns R Soc Lond B Biol Sci. 2010 Aug 27:365(1552) 2487-94.
  9. Worobey M, Gemmel M, Teuwen DE et al. Direct evidence of extensive diversity of HIV-1 in Kinshasa by 1960. Nature. 2008 Oct 2 ; 455(7213) : 661-664.

    Last update 31 July 2014

Vaccins = Danger, les preuves scientifiques

VACCINATION, DANGER, AUTISME, THIOMERSAL, MERCURE, ALUMINIUM, FORMALDEHYDE, PETITION, BIG PHARMA, DOUREIOS HIPPOS !!!!!!

Il y a quelques semaines a été lancée une pétition contre les vaccins. En effet, beaucoup de dangers planent sur ceux-ci, et ils sont très bien connus et évalués par la communauté scientifique. Le consensus scientifique à leur propos est clair et massif. Voyons ce qu’il en est.

Les vaccins causent l’autisme

En 1998, un chirurgien britannique, Andrew Wakefield, a publié une étude dans The Lancet, prestigieux journal médical, qui faisait un lien entre le vaccin ROR et l’autisme.

Évidemment, la communauté scientifique alertée s’est penchée sur le danger supposé. Il s’est assez rapidement avéré que personne à travers le monde ne pouvait reproduire les résultats de Wakefield. Et pour cause, son étude à la méthodologie déjà très mauvaise et présentant de très graves problèmes d’éthique, était en outre l’objet de falsifications produites dans le but d’en tirer des bénéfices commerciaux.

Aucune étude entreprise par la suite n’a jamais confirmé de lien supposé entre la vaccination et l’autisme. Les causes de l’autisme sont encore assez mal connues, mais on sait désormais que les signes de syndromes autistiques apparaissent chez les enfants avant la prise du vaccin, et que l’augmentation présumée des cas d’autisme n’est pas corrélée à l’introduction vaccinale, mais d’abord et avant tout à l’amélioration des capacités diagnostiques à ce propos.

En conclusion : en l’état actuel des connaissances, le consensus scientifique est très clair et massif sur le sujet, la vaccination ne cause pas l’autisme, pas plus qu’aucune autre maladie grave souvent alléguée comme Alzheimer ou différents types de cancers.

L’immunité naturelle est plus efficace que la vaccination

Être exposé à une maladie peut en effet donner une immunité très forte. Mais cela n’en demeure pas moins dangereux. En étant exposé naturellement à la rougeole au motif d’acquérir l’immunité contre cette maladie, vous avez 0,1 à 1 chance sur 1000 de mourir (c’est beaucoup ! dans les pays en développement, ce risque est encore plus grand, de l’ordre de 7,5 décès en moyenne pour 1000 cas, et peut atteindre des pics importants). Avec la vaccination, ce risque tombe à 0%, et sans développer les symptômes de la maladie. Au final, la vaccination nous évite en France 76 à 760 décès annuels pour cette seule maladie.

En conclusion : l’état actuel des connaissances scientifiques nous apprend que comme pour tout médicament, un vaccin peut présenter des effets secondaires. Dans l’exemple du vaccin contre la rougeole, si les effets secondaires bénins (fièvre, rougeur au niveau de la piqure…) sont relativement fréquents (10-15%), les effets secondaires graves sont beaucoup plus rares, et leur fréquence est bien inférieure à celle des complications graves liées à la maladie. In fine, la balance risques/bénéfices reste positive pour la vaccination.

Les vaccins contiennent des « toxines »

Beaucoup de peurs sont agitées au motif que les vaccins contiennent des produits apparemment nocifs, comme le mercure, l’aluminium, et le formaldéhyde. Certains de ces produits ont effectivement un effet potentiellement nocif, tout comme le monoxyde de dihydrogène. Ce dernier est pourtant largement ignoré du grand public, alors qu’il cause la mort de nombreuses personnes chaque année, et que la population mondiale y est fortement exposée à chaque instant.

En réalité, il ne faut pas oublier le principe de Paracelse. La dose fait le poison. Ces produits sont bien connus et évalués en permanence, et s’ils se trouvent dans les vaccins, c’est parce qu’ils y sont bien utiles en plus d’y être inoffensifs.

Ces trois produits sont contenus dans une dose extrêmement faible dans les vaccins, bien en dessous de tout seuil de toxicité. Pire encore, le formaldéhyde par exemple, s’y trouve très en dessous du taux de formaldéhyde contenu naturellement dans notre corps ou dans certains fruits et légumes comme les poires. Le taux de formaldéhyde naturellement et continuellement présent dans le sang est ainsi d’environ 2,74 mg par litre. Un jeune enfant possédant un volume sanguin d’environ 2 à 3 litres porte donc naturellement 5 à 9 mg de formaldéhyde sanguin. Si on prend l’exemple du vaccin anti grippal Fluzone de Sanofi-Pasteur qui a fait l’objet de memes sur internet mettant en avant le fait qu’il contienne du formaldéhyde en quantités traces, c’est environ 1 000 000 (1 million) de fois plus que la dose se trouvant dans le vaccin. Pour tout juste arriver à augmenter ce niveau naturel, il faudrait injecter d’un coup 10 millions à 20 millions de doses de vaccins à l’enfant. Le seuil de toxicité potentielle du formaldéhyde étant de 0,2 mg par kg et par jour, un jeune enfant de 20 kg pourra absorber 4 mg de formaldéhyde par jour sans que cela soit encore dangereux, soit l’équivalent de 1 million de doses de vaccin par jour. Il s’agit ici de répondre à des inquiétudes dénuées de toute base critique, comme ça peut l’être dans le cas de peurs fondées sur une mauvaise interprétation du concepts de trace et des ordres de grandeurs. Mais dans tous les cas, quel que soit le vaccin considéré, le niveau de formaldéhyde circulant naturellement dans le corps d’un jeune enfant serait toujours 50 à 70 fois plus élevé que la quantité contenue dans le vaccin, et donc très en dessous des seuils toxiques.

On retrouve les mêmes principes pour les autres produits incriminés.

En conclusion : une connaissance scientifique très basique (savoir reconnaître des unités de mesures simples) et la compréhension du principe de Paracelse permettent de saisir l’inanité des allégations sur le danger des produits contenus dans les vaccins. Par ailleurs, ces produits sont perpétuellement évalués, leurs dangers sont connus, et le consensus scientifique est extrêmement clair : ces produits, aux doses présentes dans les vaccins, ne présentent aucun risque pour la santé, notamment en ce qui concerne les allégations infondées de risques d’autisme et le thiomersal.

L’amélioration de l’hygiène et de la qualité de vie explique la disparition des maladies infectieuses

L’amélioration de l’état pathologique des populations est évidemment poly factorielle. Du XIXe au XXIe siècles, la vaccination n’a pas été la seule avancée médicale, bien qu’elle fut absolument majeure. On a également fait quelques progrès notables du point de vue de l’hygiène publique, de l’urbanisme, de la prise en charge médicale, de la chirurgie… Tous ces éléments jouent bien entendu à différents niveaux sur le taux de mortalité des maladies infectieuses. Il est cependant possible d’isoler chaque paramètre et d’évaluer l’importance de chacun. On voit dès lors que la vaccination reste l’élément central et essentiel permettant l’éradication des infections.

Si l’on reprend l’exemple de la rougeole aux USA par exemple, on voit qu’avant 1963, la date d’introduction du vaccin, la prévalence de la maladie était de plus de 400 000 cas par an. Les standards d’hygiène étaient alors très semblables à ceux que nous connaissons aujourd’hui. En 1970, cette prévalence n’est plus que de 25 000 cas par an, 71 en 2009.

En conclusion : si nos conditions de vie actuelles rendent la maladie moins insupportable que par le passé, elles ne permettent pas de l’éviter. Les effets de l’introduction de la vaccination sont très bien connus, majeurs, et seuls responsables des véritables éradications que nous connaissons aujourd’hui.

Les risques de la vaccination sont supérieurs à ses bénéfices

Comme on l’a déjà évoqué plus haut, tout médicament quel qu’il soit comporte des risques secondaires. Ceux liés à la vaccination sont rarissimes en plus d’être bénins dans la plupart des cas. Quoi qu’il en soit, ces risques sont incomparablement plus faibles que ceux encourus en l’absence de vaccination, dont les complications et issues fatales sont parfois assurées.

En conclusion : en l’état actuel des connaissances, la vaccination n’est associée à aucun risque grave ou courant. Ces risques dérisoires sont par ailleurs à mettre en rapport avec les bénéfices écrasants de la vaccination, par exemple en ce qui concerne le vaccin contre la grippe.

Le vaccin peut donner la maladie contre laquelle il est supposé protéger

Parmi les rares effets secondaires des vaccins (tous les médicaments ont des effets secondaires), certains peuvent rappeler les symptômes provoqués par la maladie contre laquelle doit protéger le vaccin. En ce qui concerne les vaccins désactivés, c’est-à-dire ceux dans lesquels le microbe a été tué, c’est tout simplement impossible. Pour les vaccins vivants, c’est théoriquement possible, mais les symptômes observés sont provoqués par le vaccin, et non pas la maladie réellement entrain de se développer. Dans ce dernier cas, la réaction montre tout simplement de façon visible que la réaction immunitaire attendue a bien été provoquée. En effet, le gonflement, la rougeur et la sensation de chaleur sont les premiers signes visibles d’une réaction immunitaire localisée, exactement comme à l’endroit d’une piqure d’insecte.

On ne connait qu’un seul cas supposé de risque (toujours extrêmement faible), de maladie développée à la suite d’un vaccin devant la prévenir, celui de l’OPV qui a été retiré de la circulation par précaution, et ce malgré des bénéfices énormes pour la santé des enfants à travers le monde.

En conclusion : la sécurité des vaccins notamment au regard du risque de provoquer la maladie contre laquelle ils doivent combattre est très strictement évaluée. Certaines de ces peurs reposent sur des non-sens biologiques (cas des microbes désactivés), et restent dans tous les cas infondées au regard des contrôles stricts et massifs pré et post introduction.


Pétition DTPolio : du Pr. Peter au Pr. Joyeux, plus de 100 ans d’anti-vaccinisme pseudoscientifique

Figure 1 Michel Peter et Louis Pasteur se faisant face à l’Académie de Médecine en juillet 1885, image tirée du téléfilm Louis Pasteur, portrait d’un visionnaire.

En mai dernier a été initiée une nouvelle campagne anti-vacciniste. La chose serait grotesque si elle n’était pas mortifère. Toutes les postures pseudoscientifiques sont plus ou moins dangereuses, ou bien pour la raison, ou bien pour la vie. Mais c’est bien d’un péril mortel dont il est question ici. L’estocade a été portée par un habitué de ce combat pour l’obscurantisme morbide, le Pr. Joyeux, en soutien de l’IPSN. Du Pr. Michel Peter, défenseur patenté de la génération spontanée qui présentait en 1887 devant l’Académie de Médecine un réquisitoire aux données falsifiées, des appels à l’émotion et autres anecdotes contre le vaccin antirabique de Pasteur et fabriquant de toutes pièces des preuves de son inefficacité et dangerosité ; au Pr. Henri Joyeux, adepte de positions pseudoscientifiques et manipulant toujours, quelques 130 ans plus tard, les mêmes sophismes criminels, on serait tentés de se dire que bien peu de choses ont changé. Pourtant, plus d’un siècle les sépare. Les sycophantes chantent, et la meute aboie, toujours. Lire la suite

Conspirationnisme médical et rejet de la médecine scientifique

Depuis quelques jours est diffusée sur le net francophone une nouvelle pétition anti-vacciniste. Celle-ci émane des piliers habituels du mouvement en France, dont les sophismes et manipulations courantes trouvent échos dans la rigueur du fact-checking de quelques rationalistes bien esseulées. C’est qu’en effet, si les mythes anti-vaccinistes se répandent comme une trainée de poudre, leur débunking, et au-delà de ça, la simple communication scientifique et médicale, ont eux beaucoup plus de peine à se faire entendre. On sait bien pourtant à quel point les réseaux sociaux ont fait exploser la diffusion de tels mythes pseudo-scientifiques comme j’ai pu en parler ici et . La diffusion de ces mythes serait risible si hélas elle n’était pas dramatique. Car oui, aujourd’hui, en Occident (pas en Afghanistan, en Occident !), des enfants souffrent et meurent d’infections pourtant évitables par la vaccination. Ils sont tués par des pathogènes contre lesquels leurs parents ont refusé de les protéger, abusés qu’ils étaient par quelques discours anxiogènes et proprement criminels. Le mouvement a pris une telle ampleur en Australie par exemple, qu’une série de mesures fortes et bipartisanes ont été entreprises par le gouvernement pour l’enrayer.

Aujourd’hui, il ne peut plus être question de diffuser ces allégations infondées voire mensongères sans assumer la très lourde responsabilité des conséquences funestes que cela pourra engendrer. La faute serait en outre double pour les scientifiques qui relaieraient des mythes pseudo-médicaux niant purement et simplement le consensus scientifique qu’ils sont pourtant formés à consulter, interroger et comprendre, quelle que soit leur spécialité. Faute triple pour les professionnels de santé qui se parjurent en recourant à des prescriptions fantaisistes n’ayant pas fait leurs preuves face aux standards scientifiques, et au mépris le plus total de leur patientelle.

Car c’est bien là que je veux en venir : aux conséquences du conspirationnisme médical en termes d’attitudes de soins, l’occasion pour moi de revenir sur un article publié en mai 2014 dans le JAMA Internal Medicine en open access.

Cet article intitulé « Medical Conspiracy Theories and Health Behaviors in the United States », par J. Eric Oliver et Thomas Wood fait l’état du conspirationnisme médical aux USA et de ses conséquences en termes d’attitude de soins. Il convient d’emblée de souligner que les pseudo-sciences n’ont pas la même puissance en termes de représentation dans la population générale ou d’assise académique de part et d’autre de l’Atlantique. Le recours à l’homéopathie est par exemple une spécialité française. On rappellera que celle-ci est par ailleurs bien mise à mal ces dernières semaines dans le monde anglo-saxon, en dépit des efforts du Prince de Galles. Il ne s’agit donc aucunement de transférer les chiffres et les attitudes de la population étasunienne à la population française. Mais les mêmes causes ayant les mêmes effets (comprendre que les mêmes SCAM provoquent les mêmes souffrances), il est intéressant d’observer le cas américain.

Ces dernières décennies, de nombreuses théories du complot médical sont apparues, parfois dramatiquement relancées et popularisées avec l’apparition des réseaux sociaux. Empoisonnement délibéré de l’eau du robinet au fluor, danger caché des ondes électromagnétiques, et bien entendu, danger caché des vaccins, quand il ne s’agit pas également d’un empoisonnement délibéré de la population, entre autres. Les tenants de ces conspirations sont très bruyants sur le net, mais on peut se demander ce qu’il en est dans la population générale, et si l’adhésion à ces théories du complot médical peut avoir un impact sur le comportement des patients vis-à-vis de la médecine scientifique.

Pour recueillir des informations sur l’assise des théories du complot médical dans la population, les auteurs se sont reposés sur un questionnaire rempli sur Internet par 1351 personnes adultes en 2013 et représentatives de la population nationale (des USA donc).

Ils ont ainsi pu mesurer la quantité de personnes ayant connaissance d’au moins six théories du complot médical, dont les remèdes miracles contre le cancer cachés au public, le danger caché des vaccins, et le danger caché des téléphone portables, qui étaient les théories les plus répandues dans l’échantillon. Ces trois théories bénéficiaient également d’une forte adhésion au sein de la population. Pour 37% des personnes interrogées, la FDA (une agence de régulation des médicaments du « ministère » de la santé étasunien) cachait intentionnellement au public américain l’existence de remèdes naturels contre le cancer du fait de la pression orchestrée par les compagnies pharmaceutiques ; 20% de la population adhéraient également à l’idée que l’industrie cachait au public des données probantes en faveur du lien cancer-téléphone portable, et le fait que les médecins continuent de faire vacciner les enfants alors qu’ils sauraient que cela peut être dangereux.

Figure 1 Adhésion des américains à différentes théories du complot médical en 2013.

Les théories du complot à propos de l’empoisonnement intentionnel de l’eau du robinet au fluor, de la nocivité des produits alimentaires génétiquement modifiés, ou encore l’orchestration de l’épidémie de SIDA par la CIA sont moins bien connus. Rappelons qu’on parle ici des USA, où le mythe de l’empoisonnement au fluor est certes plus faible que d’autres, mais semble-t-il plus répandu qu’en France. Cette dernière observation est empirique : le mythe de la fluoridation de l’eau nous vient effectivement des USA et ses tenants sur le web francophone semblent moins bruyants que leurs pendants américains. Par ailleurs, toujours pour relativiser ce classement, les tenants anti-OGM arriveraient probablement en France en tête de cette liste.

Concernant ces trois dernières théories dans l’échantillon qui nous intéresse ici, moins d’un tiers de la population en avait entendu parler et seulement 12% des personnes interrogées déclaraient adhérer à chacune d’elles. Au final 49% de l’échantillon de citoyens étasuniens interrogés adhéraient au moins à une théorie du complot médical et 18% adhéraient à trois ou plus d’entre elles. Cette répartition corrobore nettement celle de l’adhésion aux théories du complot politique.

La deuxième partie de l’enquête portait sur les attitudes de soins des personnes ayant répondu. Celles-ci étaient classées en faiblement conspirationnistes lorsqu’ils n’adhéraient à aucune, une, ou deux théorie du complot médical, et en fortement conspirationnistes lorsqu’ils adhéraient à trois ou plus de ces théories.

L’enquête a ainsi pu montrer que la croyance dans les théories du complot médical est corrélée avec certaines attitudes de soins, à savoir un plus grand recours aux pseudo-médecines dites « naturelles » ou « alternatives » et un plus grand évitement de la médecine scientifique. Les grands conspirationnistes étaient plus portés à la consommation de produits BIO et de suppléments d’herbes prétendument médicinales. Par ailleurs, cette même catégorie était moins portée à utiliser de la crème solaire et à procéder à la vaccination annuelle contre la grippe.

Ainsi, alors que 20% de l’ensemble de l’échantillon déclaraient consommer des suppléments, 35% des grands conspirationnistes déclaraient le faire également, et alors que 45% de l’échantillon total déclaraient passer une visite médicale annuelle, seulement 37% des grands conspirationnistes déclaraient le faire également.

Figure 2 Attitudes de soins en fonction de l’adhésion aux théories du complot médical, Oliver et Wood 2014.

Des analyses multivariées supplémentaires permirent d’observer que l’adhésion au conspirationnisme médical demeurait un indicateur solide prédisant ces attitudes de soins en rupture avec la science.

Il est assez courant de classer arbitrairement les tenants de théories du complot comme une frange de la population sujette à des syndromes de désillusion ou de paranoïa, mais cette enquête montre qu’en ce qui concerne au moins l’adhésion aux théories du complot médical, celles-ci sont largement répandues dans la population avec une forte adhésion. Par ailleurs, l’adhésion est fortement corrélée à des attitudes de soins particulières et en rupture avec la médecine scientifique, conduisant ces personnes à s’éloigner de traitements efficaces qui ont fait la preuve de leur sécurité, au profit de médecines dites « alternatives » (qui ne sont pas valides scientifiquement), inefficaces jusqu’à preuve du contraire, et aux conséquences souvent dramatiques.

Il ne s’agissait pas dans ce billet rapide de faire l’état des lieux de ces conséquences dramatiques, mais d’observer la répartition de ce type de mythes dans une population occidentale, et les conséquences bien réelles en termes de comportements vis-à-vis de sa propre santé et bien souvent de celle de ses enfants.

Lorsque l’on connait les conséquences funestes de certaines de ces adhésions à l’échelon individuel (dont la presse est beaucoup moins friande que des cas infondés nourrissant les théories du complot médical) et leur répartition à l’échelon de la population, il n’est pas anodin de prendre conscience de sa propre responsabilité à relayer avec légèreté ce type de mythes.

[EDIT  24/05/2014 : alors même que je viens de publier ce billet, je vois que plus tôt dans la soirée, la plateforme internet d’un média mainstream s’est fendue d’un bon petit article sur la question de la dernière pétition antivaxx. Ô joie ! on y déboulonne l’initiative antivacciniste, et en se basant sur l’article du blog Rougeole épidémiologie cité au tout début du présent billet et dont les rédactrices ont fait un travail aussi prompt qu’efficace. Les SkeptiGirls sont à fond ! et nous montrent accessoirement que la communication sceptique n’est pas vaine]

[Trad] « Pas de piqûre, pas d’alloc »

Article publié par Steven Novella sur Neurologicablog le 13 avril 2015.

Tony Abbott, le premier ministre australien, vient d’annoncer une nouvelle mesure politique, dite « pas de piqûre, pas d’alloc » qui prendra effet en janvier 2016. Cette mesure prévoit la déchéance des exemptions fiscales des couples avec enfants pour les parents refusant de faire vacciner leurs enfants. Cela pourrait leur coûter jusqu’à 11000$ par an (voire même 15000$) et par enfant.

Cette nouvelle politique est semble-t-il bipartisane et est soutenue par l’Association Médicale Australienne.

Elle ne s’appliquerait pas aux exemptions médicales et religieuses, mais renforce l’extrême rareté de cette dernière.

Bien entendu, les parents anti-vaccinistes protestent, arguant que cela enfreint leurs droits parentaux. Est-ce seulement exact ? La communauté anti-vacciniste brandit souvent cet argument selon lequel les parents ont le droit de prendre des décisions médicales pour leurs enfants et que le gouvernement ne peut pas les forcer à les faire vacciner.

Dans le contexte plus large du droit parental, il est clairement établi que l’Etat a le droit et la responsabilité de protéger les enfants des abus et négligences de leurs parents. Les parents ne peuvent pas, éthiquement ou légalement, négliger médicalement leurs enfants et ne pas les protéger contre les maladies transmissibles constitue raisonnablement une négligence médicale. Le consensus scientifique et médical sur l’efficacité et la sécurité des vaccins est absolument écrasant, et en l’absence de toute controverse pertinente à ce sujet, les parents anti-vaccinistes n’ont pas non plus d’argument éthiquement valable à revendiquer.

Par ailleurs, les vaccins permettent l’immunité grégaire, incluant celle des membres vulnérables de la société qui ne peuvent pas être vaccinés pour diverses raisons. Nous ne donnons pas le droit aux gens de conduire à toute vitesse sur l’autoroute pas plus que nous donnons le droit aux restaurateurs d’élever des poulets dans leur cuisine. Il y a de nombreuses restrictions personnelles au nom de la santé et de la sécurité publiques.

La question éthique est la suivante : comment comparer la restriction des libertés individuelles à la protection de la santé publique ? Le gouvernement est-il en conflit d’intérêt ? Dans le cas de la vaccination, je pense que la réponse est que le gouvernement et le public ont clairement un conflit d’intérêt, et la restriction de la liberté est justifiée par le risque pour la santé publique.

De plus, il n’y a pas de pays autant que je sache (corrigez moi si je me trompe), qui forcent les enfants à être vaccinés. Aucun enfant n’est pris de force par des agents du gouvernement et vacciné contre la volonté de ses parents. Les pays qui rendent la vaccination obligatoire comme les USA exigent simplement la présentation du carnet médical attestant des vaccinations pour l’entrée dans certains services publics ou appliquent certaines pénalités en cas de manquement. Aux USA par exemple, les vaccins sont exigés pour entrer à l’école publique. Les parents cependant peuvent toujours refuser la vaccination et faire l’école à domicile ou encore inscrire leurs enfants dans certaines écoles privées.

L’Australie est entrain d’amorcer une politique plus agressive qui repose cependant toujours sur le même paradigme. Les parents se voient refuser un bénéfice s’ils refusent de vacciner leurs enfants. Les parents peuvent toujours choisir de ne pas vacciner, mais ils perdront des exemptions fiscales s’ils le font. Le gouvernement est en son plein droit d’user des exemptions fiscales pour encourager ou décourager certains comportements dès lors que ce n’est pas discriminatoire. Dans ce cas, le gouvernement encourage un comportement dans l’intérêt de la santé publique.

L’augmentation des prix des soins de santé pour les fumeurs repose sur le même principe. Vous êtes libre d’adopter ce comportement néfaste à votre santé, mais la communauté ne payera pas le prix de votre choix mais c’est vous qui en payerez les conséquences. Dans le même temps, vous n’êtes pas libre de fumer dans certains lieux publics et donc d’imposer votre comportement néfaste à la santé aux autres membres de la société.

Il est raisonnable de penser que les parents qui choisissent de ne pas vacciner leurs enfants mettent les enfants des autres en danger et imposent un coût supplémentaire à la société. La société dès lors a le droit de répondre à leurs mauvais choix (et nous avons suffisamment de preuves et de consensus pour les appeler effectivement des mauvais choix) en leur restreignant l’accès à certains lieux publics et bénéfices.

Je pense dès lors que l’Australie se place sur un terrain solide en termes d’éthique et de droit et je les applaudis pour avoir le courage de soutenir une politique aussi audacieuse. Il est à espérer que ces actions serviront d’exemple à d’autres pays, et je soutiendrai une loi similaire aux USA.

L’épidémie de rougeole de Disneyland a semble-t-il fait peser la balance de l’opinion publique contre les mouvements anti-vaccinistes et le temps est venu de soutenir les lois protégeant la santé publique contre ces derniers.

[Trad] «Pourquoi la négation des consensus scientifiques sur les OGM et la vaccination devrait être traitée de la même façon ».

 

Caricature par James Gillray, 1802 : « La variole, ou les effets merveilleux de la nouvelle inoculation ! ». Cette caricature dépeint les allégations qui circulaient à l’époque selon lesquelles l’inoculation de la variole bovine (une procédure précurseuse de la vaccination que nous connaissons aujourd’hui) conduisait au développement de caractères bovins chez les inoculés. La proximité de telles représentations avec les allégations caricaturales qui peuvent encore irriguer les discours anti-OGM au 21e siècle sont assez frappantes (cette illustration et son commentaire ne figurent pas dans la version originale de l’article ici traduit).

Article publié par Keith Kloor sur Discover le 7 août 2014.

Plus tôt dans le courant de l’année [ndtr : en 2014], deux auteurs ont écrit dans Mother Jones :

« C’est facile de trouver de mauvaises informations à propos de la sûreté des vaccins sur internet ».

Ça c’est vrai. C’est aussi facile de trouver de mauvaises informations à propos de la sûreté des OGM sur internet.

Ce qui m’intrigue, c’est pourquoi les journaux libéraux [ndtr : aux USA, comprendre « progressistes »] reconnaissent les « mauvaises informations » sur les vaccins mais pas sur les OGM (Grist est dorénavant une exception notable, après avoir diffusé des informations biaisées sur les OGM pendant des années). Pour que ce soit clair, la science sur les OGM est aussi solide et reconnue que sur les vaccins. Alors pourquoi les journaux libéraux comme le Huffington Post, qui acceptent le consensus scientifique sur les vaccins, n’acceptent pas celui sur les OGM ?

Je vais présenter un exemple illustrant ce Lire la suite

[Trad] « Pourquoi les anti-vaccinistes sont persuadés d’avoir raison »

Article publié par Thom Scott-Phillips sur The Conversation le 23 mars 2015.

Les croyances anti-vaccination peuvent causer de réels et substantiels problèmes de santé comme on a pu le voir avec la récente épidémie de rougeole aux USA. Ces évènements sont aussi choquants et inquiétants que leurs conséquences sont prévisibles. Mais si ces conséquences sont si prédictibles, pourquoi les croyances persistent-elles ?

Ce n’est pas simplement que les anti-vaccinistes ne comprennent pas comment les vaccins fonctionnent (certains peut-être, mais pas tous). Ce n’est pas non plus que les anti-vaccinistes sont opposés à toute la médecine moderne (je suis certain que beaucoup d’entre eux prendront tout de même des antidouleurs s’ils en ont besoin). Donc le problème ne se résume pas à une stupidité crasse. Certains anti-vaccinistes ne sont pas à ce point stupides, et certaines personnes à ce point stupides ne sont pas anti-vaccinistes. Il y a quelque chose de plus subtil à l’œuvre.

Les théories naïves

Nous avons ce que les psychologues appellent les théories « populaires » ou les théories « naïves » quant à notre vision de la façon dont le monde fonctionne. Vous n’avez pas besoin d’apprendre les lois de Newton pour croire qu’un objet tombera sur le sol s’il ne repose sur aucun support. C’est une partie de notre physique naïve qui nous donne une bonne capacité de prédiction pour des objets de taille moyenne sur Terre.

La physique naïve n’est en revanche pas un si bon guide en dehors de cet environnement. Les physiciens professionnels qui travaillent sur des objets microscopiques et gigantesques ainsi que l’univers au-delà de notre planète, produisent souvent des connaissances agressives pour le sens commun.

Aussi bien qu’en physique, nous avons des théories naïves du monde naturel (la biologie naïve) et du monde social (la psychologie naïve). Un exemple de biologie naïve est la « causalité vitaliste », la croyance intuitive qu’un pouvoir vital ou une force de vie acquise grâce à la nourriture et à l’eau que nous consommons est à l’origine de l’efficacité de l’être humain, le prémunissant de la maladie et lui permettant de grandir. Les enfants acquièrent cette croyance très jeunes.

Des théories naïves en tous genres tendent à persister même face à des preuves et à des arguments contradictoires. De manière encore plus intéressante, elles persistent même chez des personnes qui, à un plus haut degré de compréhension, savent qu’elles sont fausses.

Dans une étude, des adultes ont été questionnés très rapidement sur l’état « vrai » ou « faux » d’assertions scientifiques qui leur étaient présentées. Ces assertions pouvaient être scientifiquement vraies et naïvement vraies (« une balle en mouvement perd de la vitesse »), scientifiquement vraies mais naïvement fausses (« une balle en mouvement perd de l’altitude »), scientifiquement fausse mais naïvement vraie (« une balle en mouvement perd de la force »), ou scientifiquement fausse et naïvement fausse (« une balle en mouvement perd du poids »).

Les adultes avec un haut degré d’éducation scientifique trouvaient les bonnes réponses, mais étaient significativement plus lents à répondre quand la théorie naïve contredisait leur compréhension scientifique. La compréhension scientifique ne remplace pas les théories naïves, elle les supprime.

Les idées fixes

Au fur et à mesure que des idées se répandent dans une population, certaines se fixent et deviennent communes et d’autres non. La science de ces phénomènes est appelée épidémiologie culturelle. De plus en plus de résultats dans ce domaine montrent comment les théories naïves jouent un rôle majeur dans le fait de rendre des idées plus fixes que d’autres. De la même manière que certains d’entre nous ont une vulnérabilité biologique naturelle à certaines bactéries alors que d’autres ne l’ont pas, nous avons une vulnérabilité psychologique naturelle à certaines idées et pas à d’autres. Certaines croyances, bonnes ou mauvaises, sont tout simplement infectieuses.

Voici un exemple : la saignée a persisté en Occident pendant des siècles, alors même que c’était très souvent dangereux pour le patient. Une revue récente des données ethnographiques a montré que la saignée a été pratiquée d’une manière ou d’une autre dans beaucoup de cultures sans rapports les unes avec les autres tout autour du monde.

A la suite de ça, une expérimentation a montré comment les histoires qui n’ont originellement aucun rapport avec la saignée (par exemple une coupure accidentelle), peuvent, quand elles sont répétées encore et encore, devenir des histoires à propos de la saignée même chez des individus sans aucun rapport avec cette pratique.

Ces résultats ne peuvent pas être expliqués par l’efficacité médicale de la saignée (qui est dangereuse) ou par la perception qu’on se ferait des médecins occidentaux (puisque beaucoup des populations concernées par cette étude n’avaient aucun rapport avec eux). En fait, le succès culturel de la saignée vient de ce qu’elle consonne avec notre biologie naïve et en particulier notre idée intuitive de la causalité vitaliste.

La saignée est une réponse naturelle à une croyance naïve selon laquelle la force vitale de l’individu a été polluée d’une manière ou d’une autre et que cette pollution doit être extraite. Les croyances anti-vaccination en sont un complément naturel : les vaccinations sont des poisons potentiels qui doivent être retirés du corps à tout prix.

A un niveau naïf, intuitif, nous pouvons tous nous identifier à ces croyances. C’est pourquoi on peut les voir tournées en ridicule dans les divertissements.

Dans Dr. Strangelove de Stanley Kubrick, le général américain Jack D. Ripper explique à Lionel Mandrake, capitaine de la Royal Air Force, qu’il boit uniquement de l’eau distillée, de l’eau de pluie et de l’alcool pur malt, car, croit-il, l’eau du robinet est délibérément empoisonnée par les communistes pour « ruiner et corrompre tout nos précieux fluides corporels ». Cette blague fonctionne car la paranoïa de Ripper porte sur quelque chose que nous reconnaissons tous : le besoin de garder notre corps pur de toute agression de substances étrangères. Les anti-vaccinistes pensent qu’ils font de même.

[Trad] « Du droit de challenger un consensus médical ou scientifique »

Trad. « Du droit de challenger un consensus médical ou scientifique »

Article publié par David Gorski le 23 mars 2015 sur Science-Based Medicine.

Jenny McCarthy faisant étalage de son "expertise" lors d'un meeting "Green Our Vaccines", Washington, 2008.
Jenny McCarthy faisant étalage de son « expertise » lors d’un meeting « Green Our Vaccines », Washington, 2008.

Le thème majeur du blog Science-Based Medicine, c’est l’application de la bonne science en médecine pour maintenir et améliorer la qualité des soins aux patients. De fait, on passe un temps considérable à disséquer les traitements médicaux basés sur les pseudo-sciences, la mauvaise science, la non-science, et à essayer de prévenir leur contamination de la médecine par leurs assertions et leurs traitements non scientifiques. Souvent, ces assertions et traitements sont décrits comme challengeant le consensus scientifique et finissent par être présentés aux médias – voire malheureusement parfois dans la littérature scientifique – comme des alternatives valides à la médecine [ndtr : à la médecine scientifique]. Pensez à l’homéopathie. Pensez aux points de vue anti-vaccination. Pensez aux divers traitements anti-cancer alternatifs. Quand une telle médecine pseudo-scientifique est critiquée, la réaction fréquente de ses tenants est d’attaquer le consensus scientifique. En effet, j’ai [ndtr : David Gorski] montré dans un autre article que le chiffon rouge de tels charlatans est une est une hostilité envers le concept même de consensus scientifique.

J’ai même cité comme exemple de cette attitude un tweet de Jane Orient, MD, directeur de l’American Association of Physicians and Surgeons (AAPS). C’est une organisation de médecins franc-tireur dans l’action de rejeter le consensus scientifique sur l’innocuité de la vaccination, son absence de lien avec l’autisme ou le syndrome de mort subite du nourrisson (SIDS, Sudden Infant Death Syndrome), que le VIH est la cause du SIDA et que l’avortement ne cause pas le cancer du sein, pour n’en citer que quelques uns. On voit également l’AAPS embrasser quelques points sérieusement farfelus et très à droite [ndtr : on parle des USA] comme l’inconstitutionnalité du Medicare ou encore le fait que les médecins ne devraient pas être liés à la déontologie les forçant à une pratique basée sur les connaissances scientifiques qui seraient un affront à la relation privilégiée médecin-patient et à la liberté d’un praticien de faire à peu près ce qu’il veut pour traiter un patient.

Je poste à nouveau le tweet du Dr. Orient :

« Le scepticisme est l’essence de la science ; le consensus est sa mort »

Comme je l’ai dit à cette époque, en surface, cela semble plutôt raisonnable, mais, comme je l’ai discuté à de nombreuses reprises, la science consiste en fait à aboutir à un consensus provisoire à propos de la façon dont l’univers fonctionne. De tels consensus sont challengés en permanence par les scientifiques. Parfois, ils se révèlent incorrects et nécessitent une révision, et parfois ils sont renforcés. C’est ainsi que la science fonctionne.

La raison pour laquelle j’ai soulevé ce problème, c’est que je suis tombé sur quelques articles à propos de ce sujet. Le premier est de John Horgan, intitulé « Everyone, Even Jenny McCarthy Has the Right to Challenge Scientific Experts ». Ayant une tendance au sarcasme, ma première pensée à été de renvoyer ça comme un homme de paille (du moins le titre), car je sais qu’aucun défenseur de la science (moi le dernier) ne dirait qu’un non expert –oui, même Jenny McCarthy- n’a pas le droit de challenger les experts. Quand on se plaint à propos du faux équilibre, ce n’est pas parce que nous pensons que les anti-vaccinistes, par exemple, n’ont pas le droit de challenger des experts supportant le consensus scientifique. C’est plutôt parce que nous argumentons –correctement, je pense- que les médias présentent bien trop souvent ces challenges comme faussement équivalents au véritable consensus scientifique alors challengé et à mettre en substance quelqu’un comme Jenny McCarthy sur le même plan que de vrais scientifiques. Les exemples abondent et ont été discutés sur ce blog même, embrassant beaucoup de sujets d’importance, comme Influenza, les traitements douteux pour le cancer, l’homéopathie, l’innocuité et l’efficacité des vaccins, la psychose alimentaire de Vani Hari (alias The Food Babde) et beaucoup d’autres sujets.

Voyons donc ce qu’en dit Horgan :

« Il y a des années, j’étais entrain de donner un cours de science à l’école de journalisme de Columbia sur les difficultés à couvrir les médicaments psychiatriques quand un étudiant, qui , je me rappelle, était médecin, leva la main. Il dît qu’il n’avait pas compris le problème, que je devrais simplement rapporter les faits que les pharmacologues rapportent dans les journaux scientifiques.

J’étais tellement ébahi par une telle naïveté que je l’ai simplement fixé, en essayant de comprendre comment répondre poliment. J’ai eu une réaction similaire en tombant sur le texte récent du journaliste Chris Mooney : « This is Why You Have No Business Challenging Scientific Experts ».

Mooney est affligé, assez clairement, que tant de gens rejettent le consensus scientifique sur les causes anthropiques du réchauffement climatique, l’innocuité des vaccins, la cause virale du SIDA, l’évolution des espèces. Mais la solution proposée par Mooney pour les non scientifiques de céder à l’opinion des « experts » est bien trop drastique ».

Assez bizarrement, l’article de Chris Mooney cité par Horgan n’est pas particulièrement récent. Quasiment 10 mois. Quoi qu’il en soit, oui, cet étudiant malchanceux avait une attitude assez naïve, mais ce qu’il dît alors n’était pas vraiment relatif à ce que Mooney argumentait, nonobstant le rapprochement qu’en fait Horgan. Il y a une différence non négligeable entre dire « vous n’avez pas d’intérêt à challenger les experts scientifiques » et « vous n’avez pas le droit de challenger les experts scientifiques ». Le premier est un avertissement donné aux gens n’ayant pas l’expertise appropriée pour challenger un consensus scientifique sans dire pour autant qu’ils n’aient pas le droit d’entreprendre un tel challenge. Ce à quoi appelle Mooney, c’est la reconnaissance que concernant le challenge d’expertise, il faut bien plus qu’une recherche Google.

L’article de Mooney reposait largement sur le point de vue du Pr. Harry Collins de Cardiff University, qui dirige le Centre For The Study Of Knowledge Expertise Science de la faculté de sciences sociales. Plus spécifiquement, Mooney parlait d’un livre de Collins intitulé Are We All Scientific Experts Now? Dans ce livre, Collins livre une solide défense de l’expertise scientifique. D’après Mooney, Collins est connu pour son enquête pour laquelle il fut immergé pendant une dizaine d’années dans la communauté des physiciens des ondes gravitationnelles au point qu’il devint si familier de leur culture qu’il parvenait à piéger les physiciens en leur faisant croire qu’il était l’un d’entre eux. Pendant cette période il réfuta plusieurs mythes à propos de la science, comme « l’instant eureka » et l’idée selon laquelle les scientifiques suivent toujours les données où elles mènent quand en fait parfois ils s’accrochent à maintenir des paradigmes à la face de nouvelles preuves contraires. Comme Mooney le souligne, tout ça fait que « pendant que le processus scientifique se poursuit dans le long terme, le court terme est vraiment désordonné, plein de fariboles, d’erreurs, de confusions, et de personnalités ».

J’ai dit presque exactement la même chose moi-même plus de fois que je ne peux m’en souvenir. A court terme, la science peut être incroyablement désordonnée. Les résultats préliminaires prometteurs révèlent souvent un effet déclin, et apparaissent moins solides. En médecine, en particulier, les praticiens et les scientifiques s’accrochent parfois à d’anciens paradigmes plus longtemps qu’ils ne devraient en dépit des données nouvelles. D’un autre côté, parce que des vies humaines sont en jeu, c’est assez compréhensible. Parc qu’avoir tort en médecine à propos de nouvelles découvertes peut causer de véritables dommages aux êtres humains, les praticiens tendent à être plutôt conservateurs dans leur pratique et exigent des preuves très solides. Parfois, cette tendance va trop loin. En effet, un trait d’humour circulant en médecine affirme qu’aucun traitement n’est jamais vraiment abandonné tant que le dernier lot de médecins qui y ont été formés n’est pas retraité ou mort. En fait, ce n’est pas si mal, et les médecins sont attentifs aux études négatives. Il y a beaucoup de choses que nous faisions comme chirurgiens dans les années 90 pour traiter le cancer du sein, par exemple, que l’on ne fait plus et des choses qu’on ne faisait pas alors (et auxquelles on avait pas encore pensé) que l’on fait maintenant. Il y a aussi une tendance compensatoire chez les médecins à sauter sur le train en marche de nouveaux traitements avant leur validation totale, parfois pour des avantages commerciaux, parfois simplement pour faire partie des pionniers. La cholecystectomie laparoscopique au début des années 90 vient immédiatement en tête comme exemple de cette tendance.

De même, aussi désordonnée que soit la science, je suis d’accord avec Mooney lorsqu’il dit que dans le long terme, le processus scientifique fonctionne. J’aime aussi le concept de Tableau Périodique des Expertises de Collins, décrit par Mooney :

« Lisez tout ce que vous voulez en ligne, dit Collins, ou même, lisez la littérature scientifique professionnelle comme un outsider ou un amateur. Vous allez intégrer beaucoup d’informations, mais vous n’aurez toujours pas ce qu’il appelle l’expertise interactionnelle, qui est l’expertise résultant de la fréquentation intime d’une communauté scientifique et de l’échange d’opinions avec ses membres.

‘Si vous tenez vos informations uniquement de journaux, vous ne pouvez pas dire si un papier est pris au sérieux par la communauté scientifique ou pas’, dit Collins. ‘Vous ne pouvez pas avoir une bonne image de ce qui est entrain de se dérouler en science depuis la littérature’. Et bien entendu, les commentaires internet biaisés et idéologiques sur cette littérature sont encore plus dangereux. »

L’expertise interactive requière une solide expérience avec une spécialité du genre de celle qui ne peut s’acquérir seulement en lisant la littérature et implique par essence, dans une certaine mesure, une véritable expérience dans l’étude et la recherche pour la spécialité concernée. Nos professeurs en faculté de médecine soulignent souvent que la moitié de ce que nous étudions sera obsolète dans dix ans. Que l’estimation exacte soit juste ou non n’est pas le point important qui est que la médecine et la connaissance médicale changent assez rapidement au gré des nouvelles découvertes scientifiques et que nous, les médecins, devons apprendre à nous adapter et à intégrer ces nouveautés dans notre pratique. Il n’est pas inhabituel pour gérer toutes ces nouveautés de s’en remettre à la société des médecins et des scientifiques. Une façon de faire cela est d’assister à des conférences médicales et scientifiques relevant de notre spécialité. (Par exemple, je vais à Houston plus tard cette semaine pour assister au colloque de la Society for Surgical Oncology, et en avril je vais assister au colloque annuel de l’American Association for Cancer Research à Philadelphie). Nous formons des sociétés de professionnels qui rassemblent des groupes d’experts ensemble pour régulièrement produire et actualiser les guidelines basées sur les meilleurs données existantes.

Pour montrer la différence entre la connaissance de la littérature et la connaissance interactionnelle, Collins utilise cette analogie :

« L’étape suivante après la compréhension populaire est le genre de connaissance venant avec la lecture de la littérature de première main ou de quasi première main. On appellera ça la ‘source de connaissance primaire’. De nos jours, internet est une ressource puissante pour ce type de matériel. Mais même les sources primaires fournissent seulement une étroite ou laborieuse appréciation de la science dans ses zones profondément discutées bien que cela soit loin d’être évident : lire la littérature primaire peut être si difficile, et le matériel peut être si technique que cela donne l’impression qu’un véritable mystère technique est entrain de s’accomplir.

Il se peut que les niveaux de certitude qui viennent avec la littérature primaire soient un facteur nourrissant la ‘sagesse des peuples’ [le point de vue selon lequel les gens ordinaires sont sages dans les domaines de la science et de la technologie]. Mais n’importe quel amateur essayant d’appliquer les connaissances acquises dans un manuel de réparation automobile finira bien assez tôt par apprendre que beaucoup moins peut être fait en ayant seulement lu que ce qui pourrait réellement l’être en la matière. Le même principe s’observe chez les doctorants en science. Leur première expérience de véritable recherche scientifique est généralement un choc bien qu’ils soient habitués à lire la littérature scientifique et à reproduire des expériences. Mais même les scientifiques expérimentés ont tendance à ne pas mesurer la masse de connaissance tacite dont dépend leur activité. Ainsi, les études sur la transmission des connaissances tacites montrent, entre autres, que les scientifiques vont s’embarquer en confiance dans un projet expérimental en ayant rien fait de plus que lire la littérature et, seulement plus tard, découvrir le degré de pratique associée et d’échanges verbaux nécessaires au succès de l’expérimentation (pour générer la capacité à faire la chose plutôt qu’à en parler). Étant donné le manque de recul sur leurs propres connaissances tacites des scientifiques, ce n’est pas une surprise que le public naviguant sur des publications scientifiques ou le net puisse facilement en venir à penser qu’il a trouvé une source de compréhension directe.

Une image familière de nos jours est celle du patient informé visitant son médecin, armé d’une pile de documents imprimés et trouvés sur internet. Alors que ces informations rassemblées, spécialement dans le contexte d’une discussion de groupe, peuvent être intéressantes, il est important de ne pas perdre de vue ce que les sociologues ont mis en évidence : une solide formation et expérience est nécessaire pour évaluer de telles informations. Les sociologues de la science semblent oublier les leçons de leur propre sujet assez facilement. »

Exactement.

Rien de cela ne revient à dire que ceux qui n’ont pas atteint ce niveau de connaissance interactionnelle sur un sujet n’ont pas le droit de critiquer le consensus scientifique sur ce sujet. En revanche, cela avertit ceux qui voudraient être critiques d’éviter l’orgueil de penser que leur science populaire ou même leur connaissance de la littérature primaire est suffisante.

C’est également important de se rappeler qu’il y a des consensus scientifiques, et que donc il y a des consensus scientifiques. Ce que je veux dire, c’est que certains consensus sont plus forts que d’autres, chose qu’Horgan semble ignorer ou minorer. Par exemple, il semble assez content de lui-même lorsqu’il fait quelque chose de bien que Stephen Hawking a fait de mal. L’année dernière, les cosmologistes ont entrepris un projet appelé Background Imaging of Cosmic Extragalactic Polarization (BICEP2) ayant rapporté la première preuve directe d’inflation cosmique, une théorie selon laquelle l’univers est passé par une période extrêmement rapide d’expansion tout de suite après le Big Bang. Hawking a fait un pari avec un autre scientifique, un cosmologiste, Neil Turok, directeur du Perimeter Institute au Canada, que les ondes gravitationnelles des premiers instants après le Big Bang seraient détectés par BICEP2. Il a même crié victoire sur la BBC, conduisant quasiment Horgan à l’énervement avant qu’Hawking ne se révèle avoir tort :

« Rien de moins qu’une autorité comme Stephen Hawking a déclaré que les résultats de BICEP2 présentaient ‘une confirmation de l’inflation’. J’ai néanmoins anticipé Hawking et les experts de BICEP2, réitérant mes doutes acquis de longue date sur l’inflation. Et devinez quoi ? Hawking et l’équipe de BICEP2 avaient tort.

Je ne suis pas entrain de me vanter. Ok, peut être, un peu. Mais mon opinion est que je faisais ce que les journalistes sont supposés faire : questionner les assertions même si –spécialement si- elles viennent de sources faisant autorité. Un journaliste qui ne fait pas ça n’est pas un journaliste. Il est un agent de presse aidant les scientifiques à colporter leur production ».

Là est le problème. Il y a une différence énorme entre le consensus scientifique bien établi et l’avant-garde de la cosmologie. Oui, Stephen Hawking est indéniablement un expert, mais il exprimait une opinion scientifique sur un sujet qui n’était pas (et n’est toujours pas) du tout une science établie. Son erreur n’est pas honteuse. Il s’est avéré que l’équipe de BICEP2 s’est fondue avec un autre groupes de scientifiques de l’Agence Spatiale Européenne (ASE) pour analyser les données de BICEP2 et du satellite Planck de l’ASE et ils trouvèrent que les précédentes analyses avaient négligé des facteurs pouvant produire de faux positifs. Encore une fois, c’est le genre de retournement qui n’est pas inhabituel quand les chercheurs sont à la pointe des découvertes scientifiques.

C’est une chose vraiment différente lorsque la science nous dit que l’homéopathie ne peut pas marcher, que les vaccins sont sûrs et efficaces, que les traitements énergétiques relèvent plus de la magie que de la science. De plus, comme un commentateur l’a fait remarquer à Horgan, les « tout premiers doutes raisonnables (c’est-à-dire basés sur de vrais arguments scientifiques) à propos des résultats de BICEP2 étaient postés sur des blogs de cosmologistes professionnels, et non pas par les questions soulevées par les journalistes eux-mêmes (bien que oui, ils aient été relayés plus tard par les journalistes) ». Aussi, comme un autre commentaire l’a souligné, le fait que l’équipe de BICEP2 avait tort à propos de l’interprétation de leur expérimentation ne signifie pas nécessairement qu’elle avait tort à propos de l’inflation cosmique. Ce commentaire soulignait aussi (comme je viens de le faire), que l’inflation n’est pas encore une théorie faisant consensus.

Horgan continue en disant que « c’est précisément parce que nous, journalistes, sommes des outsiders, que nous pouvons parfois juger un domaine plus objectivement que des insiders ». Bien, oui et non. Il pourrait bien être possible pour un outsider comme Horgan de juger des conflits d’intérêt, divulgués ou non, plus aisément que ne pourraient le faire des « insiders », comme dans le cas des financements pharmaceutiques et l’influence sur le développement des médicaments. En effet, compulsez simplement par exemple l’un des excellents travaux de Brian Deer exposant la fraude scientifique d’Andrew Wakefield. Regardez simplement ce que Ben Goldcare a accompli. A moins qu’Horgan n’atteigne le niveau de connaissance interactionnelle, ses avis sur un domaine scientifique, en particulier sur le consensus dans ce domaine là, ne devraient pas être traités comme étant équivalents à ceux des vrais experts.

Malheureusement, Horgan loupe ce point dans sa conclusion :

« Google est entrain de travailler sur des algorithmes pour évaluer la crédibilité des sites web basée sur leur contenu factuel. Mais il n’y aura jamais le moindre moyen de déterminer a priori si un consensus scientifique donné est correct ou non. Vous devez faire le travail compliqué d’investigation et peser les pours et les contres. Et n’importe qui peut faire ça, moi y compris, Mooney et même Jenny McCarthy.

Au passage, je pense que Jenny McCarthy surestime grossièrement les dangers des vaccins –je suis content que mes enfants soient vaccinés- mais j’ai moi aussi des inquiétudes à propos de quelques vaccins ».

L’article d’Horgan référencé dans la dernière phrase (Michele Bachmann Wasn’t Totally Wrong about HPV Vaccines) m’a fait bondir sur ma chaise. Bien qu’Horgan souligne qu’il ne croyait pas les inepties de Bachmann à propos du Gardasil causant des retards mentaux, il semble agglomérer les questions sur la stratégie marketing de Merck pour le Gardasil pour savoir si une vaccination de masse en vaut la dépense avec des propos jetant le discrédit sur le Gardasil par la critique de ce marketing pharmaceutique plutôt qu’en se concentrant sur l’analyse de la balance scientifique risques-bénéfices du vaccin.

Beaucoup de commentateurs ont d’excellentes répliques à opposer à l’argument d’Horgan selon lequel n’importe qui, y compris Jenny McCarthy, Chris Mooney, et biensûr, John Horgan, peut faire le « travail compliqué d’investigation dans » un consensus scientifique et « peser les pours et les contres » : et n’importe qui peut jouer au Basket, y compris moi, Michael Jordan, et Stephen Hawking.

Ou encore :

« Les gens peuvent prétendre être des scientifiques. Ça ne fait pas d’eux des scientifiques. Ils peuvent oublier qu’ils ont échoué en mathématiques au collège, réussi en histoire de l’art à la faculté, et sont devenu acteurs. Je peux aussi oublier que je n’ai pas joué au Real ou à Manchester, mais le foot, c’est quand même cool. L’expertise nécessite beaucoup de travail difficile. Les gens prétendant avoir de l’expertise quand ils n’en ont pas sont arrogants. James Inhofe lançant une boule de neige n’est pas expert en climatologie. Appelez ça un coup de com’ si vous voulez, mais c’était un coup de com’ qui a montré qu’il ne connaissait pas la différence entre climat global et temps local. Oui il a le droit d’avoir ses croyances, mais les autres ont le droit d’en rire si ses croyances relèvent d’une profonde ignorance ».

Précisément. C’est là que Horgan loupe encore le problème. Ce n’est pas à propos des gens sans expertise qui n’auraient pas le « droit » de questionner le consensus scientifique. Clairement, une lecture honnête de cet article indique que même Mooney n’entend pas ça lorsqu’il dit « vous n’avez pas d’intérêt » à questionner le consensus scientifique. (Ceci dit, comme je l’ai récemment appris en publiant sur Slate.com, c’est habituellement l’éditeur qui choisit le titre, non l’auteur). Ça concerne plutôt la façon dont ce concensus est interrogé. Quand il est interrogé comme Jenny McCarthy et les anti-vaccinistes le font, usant de désinformation, de pseudo-science, de cherry-picking et d’interprétations erronées d’autres études scientifiques, un tel challenge se mue en négationnisme et devrait être exclu. En d’autres termes, ce qui compte, c’est comment on questionne les découvertes scientifiques. Vraiment.

Finalement, c’est aussi de savoir comment le questionnement d’un consensus scientifique par un non expert devrait être évalué. Quelqu’un comme Horgan devrait avoir un minimum de crédibilité pour questionner un consensus scientifique basé sur son expérience comme journaliste scientifique, particulièrement lorsqu’on parle de quelque chose qui n’est pas un consensus fort (l’inflation cosmique), et si encore il s’agit bien d’un consensus. Quelqu’un comme Jenny McCarthy, sans aucune expertise pertinente même en atteignant le niveau de connaissance de la littérature primaire, n’a pas de crédibilité du tout. Des gens comme moi ou Mooney disant qu’elle n’a « pas d’intérêt » à faire de telles déclarations est simplement le prix qu’elle paye pour étaler son ignorance devant le monde entier, particulièrement quand son ignorance contribue à de réelles dégradations de la santé publique par l’augmentation du nombre de parents na vaccinant pas leurs enfants. Ultimement, ce que semble défendre Horgan, c’est que l’on devrait prendre les pseudo-expertises au sérieux. Je ne suis pas d’accord.