[Trad] Une scientifique démonte l’étude de Séralini sur les OGM à paraître dans PLoS One : « une tentative infructueuse de rédemption »

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Article publié par Alison Bernstein sur Genetic Literacy Project le 18 juin 2015

Gilles-Eric Séralini, un biologiste moléculaire de l’université de Caen, espère obtenir la rédemption avec un nouvel article sur l’effet des pesticides et de la nourriture génétiquement modifiée (OGM) des rats et souris de laboratoire. Il n’a pas obtenu cette rédemption.

Il y a quelques années, Séralini a été exposé à la pire humiliation possible pour un scientifique. Le Journal Food and Chemical Toxicology a rétracté son étude. Les éditeurs ont passé en revue les données brutes de cette étude et en ont déduit qu’elles n’étaient pas significatives et ne permettaient pas de tirer les conclusions qui étaient largement répandues dans les gros titres des grands médias. Les auteurs eux-mêmes ont finalement admis que l’étude souffrait de sérieux manquements, et relevaient dans une déclaration de presse que « les données ne sont pas significatives du fait de la sorte et du nombre de rats utilisés ».

D’autres études à long terme, financées sur des fonds publics, n’ont pas pu démontrer de problèmes de santé causés par le maïs OGM ou l’herbicide glyphosate [Ndtr : le Roundup étant la formulation commercialisée par Monsanto du glyphosate]. Le département japonais de toxicologie et santé environnementale a réalisé une étude de 52 semaines sur l’alimentation à base de soja OGM en 2007, et n’a pas pu relever « d’effets nocifs apparents chez les rats » ainsi nourris. En 2012, une équipe de scientifiques de l’école de biosciences de l’université de Nottingham à réalisé une revue de 12 études à long terme (jusqu’à deux ans) et 12 études multi-générationnelles (jusqu’à 5 générations) sur l’alimentation OGM dans le même journal que celui qui a publié l’étude de Séralini. Cette étude a conclu qu’il n’y avait aucun danger apparent pour la santé. Conséquemment, il y a eu une pression croissante sur le journal pour rétracter l’étude de Séralini depuis sa publication en 2012, ainsi que d’autres critiques et un échange de courriers au sein du journal.

Maintenant Séralini a prévu de publier une nouvelle étude, à paraître dans PloS (mais qui n’a pas encore été publiée car le journal à indiqué que l’article nécessitait certains changements éditoriaux) et dans lequel les auteurs ont mesuré les niveaux de différents pesticides, produits chimiques industriels et produits OGM dans 13 marques d’aliments pour rongeurs de laboratoire (remarque : une version antérieure de l’article sous embargo à été distribuée à de nombreux journalistes et sur le site même de Séralini, brisant ainsi l’embargo). Les résultats en eux mêmes ne semblent pas surprenant étant donné l’usage actuel des cultures OGM et pesticides.

Les auteurs prennent ces résultats attendus et posent la question de la validité de toutes les autres études existantes. La conclusion, comme expliqué dans un communiqué de presse, n’est pas fondée : « Il apparaît dès lors que la cause des maladies et troubles observés chez les rats de laboratoires ont été trop rapidement attribués aux caractéristiques génétiques des espèces utilisées » [Ndtr : en 2012, on avait reproché à Séralini d’avoir utilisé une espèce de rats qui présentait naturellement un fort taux de cancer qui ne pouvait donc pas être distingué de l’impact qu’il attribuait à la nourriture OGM à ce propos]. En d’autres termes, les rats meurent à cause des OGM et autres pesticides comme le glyphosate contenus dans les aliments.

En tant que neurologue qui travaille régulièrement avec des animaux de laboratoire, je trouve ces allégations déconcertantes.

Ces résultats ne signifient pas grand chose, étant donné l’absence de toute donnée suggérant une corrélation entre la diète et le phénotype [Ndtr : quelque chose de visible sur les rongeurs dans leur aspect général], une caractéristique, chez les rongeurs de laboratoires. Ils n’ont présenté aucune preuve dans leur propre travail ou travail préalablement publié selon laquelle la contamination de la nourriture est un problème pour la santé des animaux de laboratoire. Ils ne présentent aucune donnée sur la santé animale ni sur quels aliments, donnés à quelle variété produit quel état pathologique visible. Ils ignorent aussi complètement le fait que les différentes sortes de rats ont différents profils pathologiques dont différents taux de développements pathologiques spontanés. Les auteurs ont fait un énorme saut logique en concluant que ces données remettent en question toutes les autres données utilisées comme contrôles externes.

Heureusement, les données mêmes que les auteurs essayent de discréditer ne supportent probablement pas leur conclusion.

Je voudrai aussi souligner que si de tels changements phénotypiques de rongeurs de laboratoires bien connus arrivaient, les scientifiques qui travaillent avec ces animaux le remarqueraient. Lorsque vos animaux de contrôle ne se comportent pas comme ils le devraient (dans leur façon d’être, leur état de santé, leur durée de vie, leur capacité reproductrice, ou quoi que ce soit), c’est un gros signal d’alarme. Si il y avait un problème avec l’alimentation qui causait significativement des pathologies chez les rongeurs de laboratoire, ça serait remarqué dans tous les laboratoires autour du monde.

Si on voulait fouiller les données existantes pour éclaircir ces inquiétudes, on pourrait poser quelques questions sur ces produits OGM et produits chimiques dans l’alimentation des rongeurs pour savoir s’ils ont un impact sur eux.

Quand les cultures OGM ont été introduites dans les années 90, les souris de contrôle ont-elles changé de comportement ? On peut extraire les taux de pathologies spontanées des études publiées avant et après l’introduction des OGM dans l’alimentation des animaux et les comparer. S’il n’y a pas de différence chez les animaux de contrôle avant et après cette introduction, alors l’alimentation de laboratoire composée d’OGM n’a pas eu d’effets sur les animaux de laboratoire.

Une étude publiée l’année dernière à l’université de Californie par Alison Van Eenennaam, spécialiste de génétique animale, a exactement suivi ce principe pour le bétail. Son équipe a examiné presque 30 ans d’études sur le bétail, plus de 100 milliards d’animaux, en comparant leur santé avant et après l’introduction de leur nourriture OGM. Elle n’a trouvé aucune différence chez les animaux.

  1. Plusieurs sortes d’animaux de laboratoire ont été communément utilisées pendant plus de 70 ans. Les résidus de pesticides trouvés dans l’alimentation de laboratoire reflètent l’utilisation des pesticides à ce moment là. Donc, une question évidente est : les phénotypes de ces souris ont-ils changé au fur et à mesure que les pesticides changeaient ? Lorsque les organochlorés ont été bannis en 1970 et remplacés par les organophosphates, a-t-on observé un changement concomitant chez les animaux de laboratoire ? Lorsque le glyphosate a remplacé les herbicides plus toxiques, a-t-on observé des changements dans la santé des animaux de laboratoire ? Encore une fois, on peut répondre à ces questions en comparant les animaux de contrôle à chaque décennie. Si l’état des animaux de laboratoire est resté constant, alors ces changements dans les résidus de pesticides trouvés dans l’alimentation de laboratoire n’ont pas eu d’effet sur leur santé.
  2. Dans l’article de Séralini, les deux aliments utilisés en Italie avaient le plus haut niveau de contaminants, selon les auteurs. Cela soulève une question : est-ce que les animaux dans les laboratoires italiens ont un comportement différent à cause de cette alimentation spécifique ? Une façon plus générale de poser cette question est de savoir si les mêmes sortes d’animaux alimentées avec des aliments qui présentent un niveau différent de contamination ont un comportement différent.

On peut aisément fouiller les données pour répondre à ces questions. Regardons l’exemple des rats Sprague-Dawley pour répondre aux deux premières questions. Ces rats ont été croisés en 1925 et ils ont donc été utilisés expérimentalement pendant assez de temps pour répondre aux questions 1 et 2 posées plus haut. Si on regarde dans les données historiques et actuelles pour ces animaux, on peut voir si il y a eu un quelconque changement chez eux. Cela a déjà été fait dans une lettre de réfutation à l’article précédant du groupe de Séralini. Ces informations sont toujours valables.

« Ce croisement de rat en particulier est bien connu pour être prédisposé à développer des cancers avec l’âge et spécialement en l’absence de restrictions alimentaires. Par exemple, l’étude de Prejean et al., en 1973 a montré une incidence de tumeurs spontanées de 45% chez 360 rats Sprague-Dawley (179 mâles et 181 femelles) dans une série d’études sur 18 mois lors d’expériences sur la cancérogenèse. Le pourcentage de femelles avec une tumeur était presque le double de celui des mâles. Durbon et al., ont rapporté en 1966 une incidence moyenne de 71%, le pic d’incidence chez les rats vieillissant normalement était corrélé à l’âge avec de fortes augmentations dans le développement des tumeurs mammaires, l’une apparaissant autour du 500ième jour après la naissance, et l’autre autours du 660ième, avec un âge médian de 671 +/- 41 jours. Harlan, la compagnie qui a breveté ces animaux, décrit la haute incidence de 76% de tumeurs des glandes mammaires (essentiellement des fibroadénomes) chez les femelles. Keenan et al., ont décrit en 1995 des tumeurs spontanées jusque chez 87% des femelles et jusqu’à 71% des mâles alimentés à volonté. Une restriction alimentaire réduisait significativement l’incidence des tumeurs.

3) Pour répondre à la troisième question, on peut comparer les données des animaux de contrôle dans les études faites dans différents pays. Bien entendu, la meilleure façon de répondre à ces problèmes est une méta-analyse complète de tous les animaux de contrôles dans ces études, séparés par taxons. Cependant, une revue rapide de la littérature pour l’incidence des pathologies spontanées ne semble pas justifier un tel effort. Basiquement, si des changements chez différentes sortes de rongeurs utilisés communément dans les laboratoires arrivaient, nous pourrions les voir dans les données existantes. Si des effets nocifs arrivaient chez les animaux de contrôle, une étude correctement faite devrait rapporter ces effets et nous pourrions voir ces changements chez les animaux de contrôle dans la littérature. Il y a aussi des obligations éthiques et légales à rapporter de tels effets aux équipes vétérinaires et institutions d’éthique de la recherche. De plus, la question de savoir pourquoi les souris de contrôle se comportent de manière différente que toutes les autres souris de contrôle devrait être une question de recherche très intéressante dont les scientifiques voudraient suivre les avancées.

Les auteurs de cette nouvelle étude cherche des réponses à un problème qui n’existe pas. Tout ce que Séralini avait à faire était une recherche bibliographique pour déterminer si c’était effectivement un problème ou non. Ils essaient d’incriminer des facteurs exogènes (contaminations de produits OGM et chimiques) pour des problèmes génétiques. On peut en réalité répondre à beaucoup de questions en fouillant vraiment les données dont Séralini et ses collègues veulent se débarasser. Mais ils n’ont pas cherché à répondre à ces questions et ne peuvent donc faire aucune conclusion excepté que les cultures OGM et des traces de ces pesticides existent dans l’alimentation de laboratoire.

Les auteurs concluent également qu’en raison des graves conséquences pathologiques (non démontrées ici), les recommandations d’étudier plus de groupes d’animaux sont invalides. Ce n’est pas ainsi que les statistiques fonctionnent. Si votre variation est plus importante, vous devez prendre une groupe plus important pour distinguer les tendances. Si il y a effectivement des tendances nettes, la seule chose que cela montre est l’importance de choisir une sorte de souri appropriée pour l’étude.

En fin de comptes, cet article est une tentative à peine voilée d’attaquer le consensus scientifique critique à l’égard du travail précédant de Séralini. Ce nouveau papier ne l’aide aucunement dès lors que ses critiques ne sont pas valides.

Alison Bernstein est une scientifique qui étudie la maladie de Parkinson et vit à Atlanta avec son mari, ses 2 enfants et leurs 2 chats. Suivez là sur sa page FB Mommy PhD et sur Twitter @mommyphd2.

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