[Trad] Changement climatique : encore une étude surinterprétée

Ce billet a été posté par Steven Novella sur le blog Neurologicablog le 21 septembre 2017.

Quoi qu’il arrive, c’est la preuve de la conspiration. Du moins du point de vue d’un conspirationniste.

Mais revenons un peu en arrière. Nous sommes en train de parler de scientifiques qui essaient de comprendre le changement climatique, et plus particulièrement les effets du carbone relâché dans l’atmosphère. Comme on pourra s’en douter, cette question complexe recouvre plusieurs niveaux d’analyse.

Le premier de ces niveaux est plutôt basique : les rayons solaires atteignent la Terre, qui en réfléchit une partie dans l’espace sous forme d’infrarouges. Le CO2 (dioxyde de carbone) présent dans l’atmosphère, réfléchit certains de ces infrarouges vers la Terre, emprisonnant ainsi une partie de la chaleur dans l’atmosphère terrestre. Ce phénomène est communément connu comme l’effet de serre, et le CO2 comme un gaz à effet de serre. En somme, plus il y a de CO2 dans l’atmosphère, plus grand sera l’effet, et plus chaude sera la planète en moyenne. Lire la suite

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Pensée unique : La publication scientifique est-elle interdite aux dissidents ? [Difficulté : facile] (4500 mots / ~20 mins)

Des bactéries, La Main du Créateur, l’homéopathie qui marche, et autres OGM-poisons…

J’ai récemment traduit un billet de Massimo Pigliucci car il parlait de l’accusation de scientisme qui est souvent assénée par des tenants de pseudosciences (ici l’homéopathie) à l’endroit de personnes leur demandant de se conformer aux standards scientifiques de base. Matt McOtelett me faisait remarquer que ce billet était aussi une excellente illustration de l’inanité d’une autre accusation généralement partagée par différents tenants : celle de la publication scientifique aux ordres, verrouillée, interdite d’accès aux chercheurs dissidents vis à vis du consensus scientifique admis.

En effet, lors de n’importe quelle discussion que vous pourrez avoir avec un tenant, que ce soit un internaute lambda qui a vaguement intégré la croyance que les OGM, les pesticides, le gluten et les vaccins, c’est poison, ou un militant violent du milieu associatif, il vous sera retourné qu’on ne peut faire aucune confiance au consensus scientifique, car il ne reflète de toute façon qu’une pensée unique qui ne tolère pas les avis contraires. Bien entendu, selon la croyance des tenants auxquels vous serez confronté, cette pensée unique pourra être diamétralement opposée : un anti-RCA ? bien entendu que la publication scientifique reflète la pensée unique gaucho-bobo-décroissante du moment ! un anti-OGM ? Bien entendu que la publication scientifique représente la pensée unique ultra-capitalo-scientiste du moment !

Il n’en allait pas autrement dans le billet de M. Pigliucci, où les contradicteurs scientifiques (dont Pigliucci) des homéopathes étaient accusés d’être des scientistes fascistes conformément à la pensée dominante en science. Pour rappel, Pigliucci et Smith ne demandaient qu’une chose : que les critères basiques de scientificité soient appliqués systématiquement en sciences biomédicales, notamment en ce qui concerne l’homéopathie dont ils rappelaient ici que non contente de violer l’éthique, elle besognait aussi salement la méthode scientifique. Lire la suite

[Synth] Sur la viabilité des croyances conspirationnistes [difficulté : facile] (2000 mots / ~12 mins)

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[EDIT  01/02/2016 : quelques jours sont passés depuis cette publication, et des critiques ont pu émerger sur une faiblesse méthodologique de cet article de D. R. Grimes. Vous pouvez lire le court billet de Nicolas Gauvrit à ce propos ici. La critique est hautement pertinente, et je vous invite à vous souvenir avant d’aller plus loin de ne pas faire dire à cette synthèse -non critique- ce qu’elle ne dirait pas. A mon sens, l’erreur méthodologique pointée par N. Gauvrit est contenue dans les limitations évoquées par Grimes, qui rendent de toute façon toute interprétation trop enthousiaste sujette à caution. Je vous suggère néanmoins de lire cet article, au moins pour sa revue bibliographique sur le sujet, sinon pour les bases qu’il jette d’un moyen d’estimer à la louche la plausibilité d’un complot à grande échelle.]

Le 26 janvier 2016 a été publié dans le journal open access et peer-reviewed PLOS ONE un article intitulé « On the Viability of Conspiratorial Beliefs » par David Robert Grimes. Ce billet en est une synthèse.

Introduction

Les croyances conspirationnistes qui attribuent des événements à des manipulations secrètes d’individus puissants sont largement répandues dans la société. La croyance en une théorie du complot particulière est souvent corrélée avec l’adhésion à d’autres de ces théories dont certains aspects sont très ubiquistes chez différents groupes sociaux. Lire la suite

Obsolescence programmée : ce qu’on ne nous dit pas (4500 mots / ~20 min)

Tout le monde vous le dira, nos appareils modernes durent moins longtemps que leurs homologues d’antan. On connaît tous un frigidaire increvable, une Mercedes dont on ne compte plus les kilomètres parcourus, de même qu’on a tous un jour acheté cette “sous-marque” d’électroménager qui a cassé au bout de 3 mois.
Tout le monde – ou presque – le dit, et semble se dégager alors une implacable conclusion : « on » veut que nos appareils se dégradent rapidement pour nous forcer à acheter plus souvent, et donc à « les » enrichir encore d’avantage. Qui sont-« ils », ça ma brave dame, personne n’est d’accord là dessus, mais « on » en veut à notre porte-feuille, c’est certain.

C’est bien joli tout ça, mais en tant que sceptique, ça me fait tiquer, cet argumentum ad populum ; prenons donc un petit temps ensemble pour regarder plus précisément ce qui se cache derrière ce qu’on appelle bien vite « obsolescence programmée ».

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Le Marteau des Sorcières

Gravure sur bois montrant des sorciers suppliciés, Tengler’s Laienspiegel, Mainz, 1508.

En février dernier a été créé un nouveau groupe américain d’activistes anti-OGM, US Right To Know (USRTK), conduit par un ancien activiste de la campagne californienne de labellisation des produits OGM. Au lieu des activités habituelles de désinformation, le groupe s’est porté vers l’intimidation et la calomnie en initiant une procédure de FOIA capable de forcer les fonctionnaires US visés par cette demande citoyenne à rendre publiques des informations privées au motif du « droit de savoir ». Cette procédure n’a à donner aucune preuve en guise de justification d’une telle coercition comme on pourrait s’y attendre pourtant dans le domaine judiciaire, et ne semble reposer que sur la sagesse du peuple. Là-bas comme ici, sous couvert de science citoyenne, les bonnes intentions de surface ont rapidement laissé place aux motivations profondes : le carnet du naturaliste amateur a laissé place au marteau des sorcières.

Face à la réalité du consensus scientifique et à l’impossibilité pour eux d’argumenter sur le terrain des preuves factuelles, les activistes ont depuis longtemps systématisé le recours à la shill card, la carte de la complicité, comme l’explique Steven Novella. C’est simple : si un scientifique (ou toute autre personne), se conforme à l’avis de la science en ce qui concerne les OGM, la vaccination, l’homéopathie… c’est forcément que c’est un complice, un agent secret de l’industrie, payé et/ou formé par elle. Ainsi, nul besoin d’argumenter. C’est évidemment un sophisme odieux. Ce recours est tellement fréquent que c’est devenu un running gag au sein des communautés sceptiques : nous nous traitons volontiers de shills entre nous.

C’est là toute la stratégie appliquée par l’USRTK par cette demande de FOIA en forçant arbitrairement des chercheurs du public à fournir des données personnelles, en espérant pouvoir y cueillir et déformer quelques informations qui permettraient d’étayer l’accusation a priori portée (et déjà jugée !) de complicité avec l’industrie. Choisis pour être coupables.

La première victime de cette chasse aux sorcières a été Kevin Folta, chercheur public en biologie végétale, en poste à l’Université de Floride et travaillant sur les molécules à l’origine de la saveur des fraises, sujet qui n’intéresse pas vraiment les firmes de biotechnologies végétales. Mais K. Folta, biologiste avisé, connaissant le consensus scientifique et les potentialités merveilleuses des biotechnologies végétales (qui le concernent donc directement), a toujours été un défenseur de celles-ci en organisant des cycles de conférences à ce propos. Qu’il défende les biotechnologies parce que le consensus scientifique à propos de leurs produits est très clair, qu’elles présentent des applications incroyables à venir dans les domaines de la santé et de l’alimentation étaient choses inconcevables. Ça ne pouvait être qu’un shill.

Folta face à la procédure administrative s’est donc exécuté, et il a fourni quelques 5000 pages d’emails personnels. Inutile d’expliquer comment, en 5000 pages, il est possible de sortir quelques phrases bien catchy, sorties de leur contexte, pour leur faire dire n’importe quoi. Et c’est ce qui a été fait.

Les e-mails contenaient notamment les échanges entre Folta et Monsanto. Rien de scandaleux, rien d’anormal, c’était même couru d’avance : n’importe quel scientifique du public entretient des rapports avec le secteur privé de son domaine. C’est en effet une source de débouché certain pour ses étudiants, et de collaborations scientifiques. Les spécialistes en recherche biomédicale, les spécialistes en archéologie, etc., sont nécessairement en contact avec le secteur privé de leur domaine.

La messe était cependant dite, il suffisait d’agiter ce chiffon rouge pour que le bucher commence à être dressé en place publique. Par chance, les « preuves » étaient accablantes : non seulement Folta était en contact avec Monsanto, mais il y était question d’argent. En effet, cette correspondance contenait les échanges entourant un don fait par Monsanto à un fond public de l’Université de Floride pour encourager le cycle de communications et vulgarisation sur le thème des biotechnologies et dont Folta est responsable. Le fait que ce don était connu préalablement, publiquement déclaré, fait à l’Université et non pas à Folta lui-même, qu’il ne finançait pas les recherches de Folta, ni même de recherche du tout, et qu’il ne servait, de manière contrôlée, qu’au défraiement de conférences publiques qui existaient déjà avant ce don, n’entrent pas en ligne de compte. Le fait que ces conférences portaient sur les biotechnologies et n’étaient aucunement une promotion ou un lobbying pour Monsanto ni aucune firme privée n’entre pas en ligne de compte. Non, tout ce qui comptait, c’était que Folta était en relation avec Monsanto, et qu’il avait touché de l’argent à cette occasion. Si on pouvait faire croire qu’il avait personnellement touché cet argent pour son propre compte, de manière secrète et illicite, pour le récompenser de son lobbying, c’était encore mieux.

Ainsi, en plus de son bucher, Folta le sorcier aura droit à une mort lente après avoir été promené en public à travers les rues de la cité, livré à la vindicte de la populace.

Que son accusateur et calomniateur, l’USRTK, reçoive lui-même un financement de 114 000 dollars de l’Organic Consumers Assiciation, un groupe de lobbying de l’industrie du bio, pour son propre (et vrai) lobbying, n’entre pas en ligne de compte. Que les « preuves » agitées contre Folta soient inexistantes ou fabriquées, cela n’entre pas en ligne de compte. Que là où un universitaire comme Folta n’est pas payé pour sa communication scientifique, un gourou anti-OGM comme Vandana Shiva touche 40 000 dollars par conférence, cela n’entre pas en ligne de compte. Pour le juteux créneau du lobbying antiscience à propos des biotechnologies, on pourra s’informer ici, mais cela n’entre pas en ligne de compte. La réalité des faits n’intéresse pas les idéologues.

Et après la procédure inquisitoriale vînt le châtiment : le lynchage public utilisant sa mère décédée contre lui, le traitant entre beaucoup d’autres choses de putain, de menteur et bien évidemment de shill, les attaques aussi crasses n’étant pas réservées aux anonymes du net. Ainsi Nassim Taleb déjà bien connu dans le milieu anti-OGM s’est fendu d’une petite création :

Une tentative de publication a même été faite sur PLOS One, heureusement retirée. Il ne fallait pas attendre d’attitude moins indigne des grands médias sur un tel sujet, le New York Times et Le Monde, plus crasseux que jamais.

Quand le lynchage s’est –rapidement- transformé en menaces de violences physiques, par la publication sur Facebook de son adresse personnelle (on connait ces méthodes de fanatiques), Folta a décidé de rendre l’argent dont son programme avait bénéficié (ce que Monsanto a refusé, l’Université ayant alors décidé de le reverser à une banque alimentaire) et de rembourser ce qu’il avait déjà utilisé.

Des frais d’essence et des sandwichs.

[Trad] Débunké : le vaccin contre la polio à l’origine du VIH

Article posté sur The History of Vaccines.

Figure 1 Le Dr. Koprowski, à l’origine du vaccin OPV

Quand le virus de l’immunodéficience humaine a été découvert dans les années 80, le public s’est immédiatement demandé d’où il venait et comment il pouvait se manifester ainsi chez tant de personnes. Parmi les différentes conjectures émises dans les années 90, l’une d’elles jetait le blâme de cette émergence sur une mesure de santé publique : le vaccin contre la polio.

A la fin des années 50, différents groupes de chercheurs essayaient de développer un vaccin contre la poliomyélite qui était alors toujours épidémique autour du monde. L’un de ces vaccins, développé par le médecin Hilary Koprowski (1916-2013), a été testé en Afrique après avoir d’abord été testé aux USA. Le virus du vaccin était cultivé sur des tissus de macaques avant d’être administré à environ 1 million de personnes au Burundi, au Rwanda et en RDC.

En 1992, le magazine Rolling Stone publia un article à propos du vaccin OPV de Koprowski comme cause possible de l’émergence du VIH. Koprowski poursuivit Rolling Stone et l’auteur de l’article, qui durent publier une clarification en décembre 1993, disant notamment :

« Les éditeurs de Rolling Stone souhaitent préciser qu’ils n’ont jamais eu l’intention de suggérer dans cet article qu’il existe la moindre preuve scientifique du lien OPV/VIH, ni qu’ils n’en connaissent aucune, que le Dr. Koprowski, un scientifique illustre, était en réalité responsable de l’introduction du SIDA dans la population humaine ou encore qu’il est le père du SIDA… Le travail pionnier du Dr. Koprowski sur le développement d’un vaccin anti polio a contribué à réduire la souffrance et la mort de centaines de milliers de victimes potentielles de paralysies dues à la poliomyélite et est peut être l’une de ses plus grandes contributions d’une vie de productions de haut niveau et largement reconnues ».

Malgré la clarification de Rolling Stone, le journaliste Edward Hooper publia un livre intitulé The River, Un voyage à la source du VIH et du Sida, en 1999, basé sur la conjecture d’un lien OPV/VIH. Hooper arguait que les cellules animales utilisées pour la culture du virus vaccinal étaient des cellules de rein de chimpanzés locaux endémiques des zones où les vaccins étaient utilisés, et que ces chimpanzés avaient été infectés par le Virus de l’Immunodéficience Simiesque (VIS). Selon Hooper, un vaccin créé à partir de telles cellules aboutirait à l’infection des humains par le VIH.

Bien que largement diffusées, les preuves de Hooper ne soutiennent pas (voire même contredisent directement) l’idée d’un lien entre OPV et VIH.

Des restes des anciens stocks du vaccin ont été examinés par des laboratoires indépendants, et ont confirmé d’abord qu’ils n’avaient pas été cultivés à partir de cellules de chimpanzés comme Hooper le prétendait. De plus, aucun échantillon ne contenait de traces de VIH ou de SIV. Ces données renforcent les déclarations des développeurs du vaccin selon qui ce dernier avait bien été produit à partir de cellules de macaque et non de chimpanzé.

En 2004, une étude publiée dans Nature montra que les souches de SIV infectant les chimpanzés dans la zone décrite par Hooper comme étant le vivier des spécimens ayant servi à la confection du vaccin, étaient génétiquement différentes des souches de HIV. Cela réfutait les allégations de Hooper sous un autre angle : même si des cellules de chimpanzés infectés par le SIV avaient été utilisées pour fabriquer le vaccin, elles ne pourraient pas avoir été la source du HIV chez les humains.

Des études épidémiologiques soulignent également un sérieux problème dans les allégations de Hooper à propos du lien OPV/VIH : le VIH-1 (la première souche connue de VIH, plus infectante et violente que la deuxième souche, VIH-2), est probablement passée à l’espèce humaine avant 1940 et ce dans une toute autre région de l’Afrique que celle où a été testé le vaccin anti polio, probablement via des chimpanzés infectés au Cameroun. Les essais congolais du vaccins commencèrent à la fin des années 50, au moins une décennie après le début de la radiation du VIH au sein de l’espèce humaine, et probablement encore plus loin que ça selon de récentes estimations (Worobey 2008). Le vaccin ne pourrait pas avoir été la source d’un virus qui avait déjà infecté les humains depuis de nombreuses années.

Hooper de son côté, reste campé sur ses positions et prétend à une tentative organisée d’étouffer l’affaire, mais cet argument a largement été relégué au statu de théorie du complot débunkée. Bien que ses arguments aient été démontrés sans valeur, ils ont tout de même été nocifs aux efforts d’éradication de la polio. Les rumeurs actuelles de la contamination volontaire du vaccin OPV avec des drogues causant la stérilité et des virus à l’origine du VIH et du SIDA ont conduit au refus d’accepter ce vaccin dans certaines parties de l’Afrique. Il est probable que ces rumeurs soient corrélées aux allégations originales à propos du lien OPV/VIH. Conséquemment, certaines parties de l’Afrique ont été exposées à des flambées de polio alors que l’éradication était en bonne voie.

Sources et informations supplémentaires

  1. Cohen J. Forensic Epidemiology: Vaccine Theory of AIDS Origins Disputed at Royal Society. Science. 2000; 289(5486):1850-1851.
  2. Jegede A. What Led to the Nigerian Boycott of the Polio Vaccination Campaign? PLoS Med. 2007; 4(3): e73.
  3. Korber B, Muldoon M, Theiler J, et al. Timing the ancestor of the HIV-1 pandemic strains. Science. 2000; 288(5472): 1789–96.
  4. Offit PA. Vaccinated: One Man’s Quest to Defeat the World’s Deadliest Diseases. New York: Harper Perennial; 1988.
  5. Worobey M, Santiago M, Keele B, et al. Origin of AIDS: contaminated polio vaccine theory refuted. Nature . 2004; 428(6985): 820.
  6. Plotkin SA. CHAT oral polio vaccine was not the source of human immunodeficiency virus type 1 group M for humans. Clin. Infect Dis.  2001; Apr 1;32(7): 1068-84.
  7. Plotkin SA. Untruths and consequences: the false hypothesis linking CHAT type 1 polio vaccination to the origin of human immunodeficiency virus. Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci. 2001: June 29: 356(1410) 815-23.
  8. Sharp PM, Hahn BH. The evolution of HIV-1 and the Origin of AIDS.  Philos traqns R Soc Lond B Biol Sci. 2010 Aug 27:365(1552) 2487-94.
  9. Worobey M, Gemmel M, Teuwen DE et al. Direct evidence of extensive diversity of HIV-1 in Kinshasa by 1960. Nature. 2008 Oct 2 ; 455(7213) : 661-664.

    Last update 31 July 2014

La conspiration scientifique du SIDA

Ce billet repose essentiellement sur l’article publié par Steven Novella dans Plos Medicine en 2007 et n’a été augmenté que de quelques mises à jour. Il ne consiste pas en un débunking des mythes concernant le SIDA, les propos de Edward Hooper ne sont pas abordés. Au lieu de cela, il revient sur les traits saillants de la position alternative sur le SIDA.

Cela fait plus de 30 ans que le virus du SIDA a été identifié. Pourtant, de manière cyclique, on voit régulièrement ré émerger telle ou telle forme de négation de l’existence de ce virus. Cette négation a largement été portée au pinacle en 2000, lorsque le président sud-africain himself, Thabo Mbeki, organisa un colloque afin de discuter des origines du SIDA à propos desquelles il n’était pas convaincu. Ses idées étaient alors largement issues de ce qu’il avait pu lire sur internet. Bien qu’il accepta ensuite de se mettre en retrait du débat, il proposa par la suite une ré évaluation des dépenses de santé au détriment du SIDA.

Dès lors ce type de négation à pris racine au sein du grand public et a montré ses potentialités néfastes en terme d’enraillement des politiques publiques de sensibilisation et de financement de la recherche. Par exemple, la AIDS Coalition to Unleash Power (ACT UP) a durant de nombreuses années été en première ligne sur la prévention et la sensibilisation. Mais dans les années 2000, la section San Franciso d’ACT UP s’est jointe au mouvement de négation, arguant sur son site web que « le VIH ne cause pas le SIDA […] les tests de dépistage du VIH sont inefficaces et dangereux […] les médicaments contre le SIDA sont des poisons ». En 2000, la section a écrit une lettre à chaque membre du Congrès américain leur demandant d’arrêter la recherche sur le VIH. Cette section a été condamnée par d’autres, notamment ACT UP Philadelphie. Des rock stars ont également pesé dans le sujet : les membres du groupe The Foo Fighters est à l’origine d’une bande son produite pour le documentaire « The Other Side of AIDS » [ndtr : piraté au moment de ce billet], qui remet en question le VIH comme étant la cause du SIDA. Le groupe a répandu son message de négation durant ses concerts et reconnait l’association Alive and Well comme une cause justifiée sur son site web. [ndtr : les pages internet d’ACT UP et des Foo Fighters portant ses allégations ne sont aujourd’hui plus en ligne].

Dans la mesure où ces théories alternatives se sont largement répandues à partir du grand public et en dehors de la communauté scientifique, les médecins et les chercheurs l’ont généralement ignorée ou considérée comme une croyance très marginale et sans conséquences. En effet, internet a servi de terreau fertile et de support privé de tout arbitrage pour la diffusion de ces croyances. Le Groupe pour le rééxamen de l’hypothèse VIH/SIDA (Reappreaising AIDS), a ainsi relevé : « grâce à l’émergence d’internet, nous sommes maintenant capables de relancer notre campagne d’information ». Internet est un outil efficace pour harponner des jeunes gens et répandre de fausses informations dans une population à risque.

Deux excellents fact checkings ont été mis en ligne pour contrer les arguments les plus couramment utilisés par les négateurs, aussi nous n’en discuterons pas dans ce billet. Il s’agira plutôt ici de passer en revue les différentes stratégies intellectuelles utilisées par les négateurs. Ces stratégies se retrouvent classiquement dans beaucoup de mouvements de négation, quel que soit le sujet.

Trois négateurs et groupes de négation importants

Au milieu des années 2000, l’un des groupes les plus importants est celui de Christine Maggiore, « Alive and Well », dont le récit de la vie est au centre de la constitution de ce groupe. Diagnostiquée séropositive en 1992, elle déclare n’avoir connu aucun symptôme durant les années qui ont suivi et ce sans utiliser aucun médicament antirétroviral. Elle a gagné en notoriété et alimenté la controverse, notamment en donnant naissance à deux enfants allaités, Charles et Eliza Jane, et en refusant de les faire tester contre le VIH et de prendre des antirétroviraux pendant sa grossesse et la période d’allaitement. Eliza Jane est décédée à 3 ans en septembre 2005 d’une pneumonie induite par le VIH. Maggiore demeura néanmoins convaincue que cela n’avait rien à voir avec le VIH, et continua de prêcher ses croyances aux mères séropositives. Elle est décédée en en décembre 2008 à l’âge de 52 ans d’infections multiples causées par le VIH. La prise de médicaments antirétroviraux l’aurait sauvée.

Peter Duesberg quant à lui initia le mouvement de négation en 1987 par un article suggérant que le VIH ne cause pas le SIDA. Bien qu’il ne soit plus actif dans le mouvement, d’autres continuent d’utiliser son article comme source.

Celia Faber est une journaliste ayant essentiellement consacré sa carrière au SIDA. Elle est à l’origine d’un article d’Harper reprenant les arguments de Duesberg, et est également l’auteur sur « L’Histoire sombre du SIDA ».

Ces trois personnalités ont véritablement façonné le milieu. Il n’en demeure pas moins porteurs de profondes inconsistances, les différents groupes ne s’accordant généralement pas sur les points les plus basiques de la controverse comme l’existence du VIH (qu’il cause ou non le SIDA). Peu importe, ces désaccords profonds et auto-annulant sont mis de côté afin de présenter un front uni.

Théories du complot et cherry-picking

Le fait que le VIH soit la cause du SIDA est un consensus très fort dans la communauté scientifique, basé sur plus de 20 ans de recherche solide. Les négateurs doivent dès lors rejeter ce consensus, soit en dénigrant la notion d’autorité scientifique en général, soit en arguant que la communauté mainstream est largement corrompue. Ce n’est alors pas surprenant que la littérature des négateurs reflète une défiance basique des autorités et institutions scientifiques et médicales. Dans son livre, Christine Maggiore dit ainsi : « je remercie mon père de m’avoir enseigné à questionner les autorités et à rechercher la vérité ». Similairement, la mathématicienne Rebecca Culshaw, négateur du VIH également, déclare : « Ayant été élevée depuis mon plus jeune âge à ne pas croire à quelque chose au motif que ‘tous les autres l’acceptent comme vérité’, je ne peux rester assise plus longtemps à ne rien faire sauf contribuer à cette folie ». [ndtr : cette déclaration n’est aujourd’hui plus disponible en ligne sur sa page d’origine].

Défiants vis-à-vis des professionnels de santé mainstreams, beaucoup de négateurs du VIH se tournent vers les pseudo-médecines à la recherche de traitements. L’un de ces praticiens alternatifs, le Dr. Mohammed Al-Bayati, suggère ainsi que des « toxines » et des médicaments, causent le SIDA, et non pas le VIH. Al-Bayati tire profit de sa position pseudo-scientifique : pour 100$ de l’heure, il accorde des consultations en rapport avec le SIDA, des effets secondaires des vaccins et autres médicaments, l’exposition aux produits chimiques ménagers… De la même manière, le vendeur de vitamines allemand et négateur du VIH Matthias Rath non seulement propose ses vitamines comme traitement contre le SIDA, mais son porte parole refuse d’être interviewé par Nature Médecine à ce sujet au motif que le journal est financé par l’industrie du médicament.

Les négateurs affirment que puisque les scientifiques reçoivent des bourses de recherche, des honneurs et du prestige grâce à leurs travaux, il est dans leur intérêt de maintenir le statu quo. Ce type de raisonnement est très pratique pour les négateurs en leur permettant de choisir quelle autorité ils vont suivre ou ne pas suivre pour soutenir l’échafaudage de leur conspiration. En plus d’être sélective, leur pensée souffre de graves incohérences logiques. Par exemple, ils refusent les études sur le VIH qui seraient financées par l’argent des médicament, tout en acceptant sans aucune analyse critique celles produites par les négateurs ayant un très lourd conflit d’intérêt financier par la promotion de traitements alternatifs dont ils sont à l’origine.

La science comme foi, le consensus comme dogme : une caricature bien utile

Dans la mesure où les positions niant la relation VIH-SIDA ne sont pas basées sur des standards scientifiques rigoureux, elles ne peuvent pas espérer entrer en compétition avec les théories mainstreams. Elles ne peuvent pas élever leurs croyances au niveau des standards scientifiques ; elles cherchent donc logiquement à inverser le processus en abaissant les standards scientifiques au niveau de la foi religieuse en caractérisant le consensus scientifique comme un dogme. Comme le relève un négateur dans le livre de Maggiore :

« Il y a la science classique et la façon dont elle est supposée fonctionner, et puis il y a la religion. J’ai retrouvé mes esprits quand j’ai réalisé que la science du SIDA était un discours religieux. La seule chose que je ne comprendrai jamais, c’est pourquoi les gens sont-ils prompts à croire aussi rapidement ce que le gouvernement le décrit comme étant la vérité, tout particulièrement en ce qui concerne le mythe central : la cause du SIDA est connue. »

D’autres suggèrent que l’ensemble dans la médecine moderne tient de la religion.

Les négateurs se décrivent eux-mêmes comme des sceptiques travaillant à détruire les croyances profondément enracinées. Les arguent que lorsque des scientifiques s’expriment contre l’orthodoxie scientifique, ils sont persécutés et renvoyés. Ils font par exemple grand cas de la carrière avortée de Peter Duesberg, clamant qu’il a été critiqué et mis au ban à partir du moment où il a remis en cause l’origine du SIDA. Le président sud africain est allé plus loin en déclarant que « dans le passé, de tels dissidents auraient été brûlés sur le bucher ! ».

Les négateurs du VIH accusent les scientifiques de museler la dissidence à propos des causes du SIDA, et de ne pas autoriser les prétendues solutions « alternatives ». Cependant, ces allégations pourraient être appliquées à n’importe quel consensus scientifique challengé par des motivations politiques motivées par des notions pseudoscientifiques, comme c’est le cas par exemple des créationnistes. De plus, la position des négateurs du VIH pouvant avoir de dramatiques conséquences en termes de santé publique, il est normal que la communauté scientifique et médicale soit peu encline à promouvoir sa visibilité (car comme l’a dit de manière percutante un éditorialiste, il s’agit d’un « charlatanisme mortel »). Dans la mesure où la négation du VIH n’a pas de valeur scientifique, une telle exclusion est normale, mais alimente dans le même temps le discours victimaire de ses tenants.

Opinion d’expert et promesse de reconnaissance prochaine

Bien que les négateurs rejettent les autorités médicales et scientifiques ainsi que le consensus, ils ont travaillé à réunir leurs propres autorités, scientifiques et autres professionnels de santé qui soutiennent leurs idées. De fait, les négateurs affirment qu’ils sont proches d’une plus large acceptation à venir de la part de la communauté scientifique et qu’ils restent marginalisés du fait d’une orthodoxie bien établie représentée par les scientifiques qui pensent que le VIH cause le SIDA.

Dans un effort pour soutenir ces allégations selon lequel un nombre croissant de scientifiques ne croient plus que le VIH cause le SIDA, Reappraising AIDS dont il était question plus haut dans ce billet, a publié une liste de signataires reconnaissant la déclaration suivante :

« Le grand public croit largement que le rétrovirus appelé VIH cause un groupe de maladies appelées SIDA. Beaucoup de biochimistes questionnent à présent cette hypothèse. Nous proposons un réexamen complet des preuves existantes venant en soutien ou en opposition de cette hypothèse, conduit par un groupe indépendant. Nous proposons ensuite que des études épidémiologiques critiques soient entreprises ». [ndtr : la page d’origine de cette déclaration n’est plus en ligne en juin 2015].

Ces signataires ne précisent pas cependant qui devrait constituer le « groupe indépendant » de réexamen, mais probablement de scientifiques ayant été endoctrinés par ce mouvement (et de fait, beaucoup des signataires de cette déclaration n’ont pas la moindre qualification en virologie, épidémiologie, ou même de bases en biologie). Ils ignorent également des milliers d’études épidémiologiques qui ont déjà été publiées dans la littérature scientifique, et ils échouent à fournir le moindre preuve convaincante qu’il y a dans la communauté scientifique une acceptation généralisée de leur position marginale.

Néanmoins, Farber a écrit dans un article de 1992 que « de plus en plus de scientifiques commencent à questionner l’hypothèse selon laquelle le VIH est la seule cause du chaos créé dans le système immunitaire qui conduit au SIDA ». [ndtr : la page d’origine n’est plus en ligne]. De la même manière, en mars 2006, un article du site web négateur « New AIDS Review » alléguait à propos du consensus scientifique sur le VIH que « […] la fabrique de ce manteau théorique est sur le point de se désintégrer ». Les scientifiques mainstreams bien entendu ne croient pas à la désintégration imminente du consensus, mais continuent de produire de nouvelles recherches pour la prévention et le traitement du VIH en publiant des milliers de nouveaux articles chaque année.

Par ailleurs, les négateurs exploitent le sens du fair play présent chez la plupart des scientifiques mais également dans le grand public, spécialement dans les sociétés démocratiques. Ils appellent en effet à une juste discussion, au débat contradictoire, à l’analyse indépendant des preuves et à l’ouverture aux alternatives, arguments susceptibles d’obtenir du soutien en dépit du contexte. Mais il s’agit d’une désinformation de la part du mouvement négateur que de suggérer qu’il y a un réel doute sur la cause du SIDA.

Déplacer les buts

De toutes les caractéristiques du discours négateur, le déplacement des buts –ou l’augmentation infinie des preuves nécessaires selon eux pour accepter le point de vue opposé- est souvent la plus éloquente. La stratégie derrière le déplacement des buts est assez simple : toujours demander plus de preuves qu’il ne peut à ce moment en être fourni, comme si, chaque fois une équipe de foot marquait un but, l’équipe adverse déplaçait les cages en arguant que pour être accepté, le point aurait du être marqué à cette nouvelle position. Si la demande de preuve est finalement satisfaite (le but marqué), il suffit donc de déplacer les cages en refusant les preuves fournies et en en demandant d’autres à la place.

Dans les années 80, les négateurs du VIH affirmaient que les médicaments contre le SIDA étaient inefficaces, ne prolongeaient pas l’espérance de vie et étaient en fait toxiques et endommageaient le système immunitaire. Cependant, après l’introduction de nouveaux médicaments plus efficaces dans les années 90, l’espérance de vie augmenta de manière impressionnante. Les négateurs du VIH dès lors n’acceptèrent plus ce critère comme une preuve suffisante de l’efficacité des médicaments ni que le VIH était à l’origine du SIDA. Des placards entiers d’articles et de traités sur la question ne suffisaient pas à les convaincre. Christine Maggiore écrit ainsi dans son livre : « Depuis 1984, plus de 100 000 papiers ont été publiés sur le VIH. Aucun de ces articles, individuellement ou collectivement, n’a été capable de montrer raisonnablement ou prouver de manière factuelle que le VIH cause le SIDA ».

Les négateurs rejettent arbitrairement certaines catégories de preuves, même lorsque celles-ci sont acceptées dans diverses disciplines scientifiques. Par exemple, ils rejettent la preuve inférentielle que le VIH cause le SIDA, incluant les preuves phylogénétiques et vétérinaires reliant le VIH humain et sa forme simiesque le VIS. De la même manière, ils rejettent les corrélations fortes comme preuves de causalité. Cependant, de multiples corrélations indépendantes et pointant toutes de manière cohérente vers la même cause –que le VIH est à l’origine du SIDA- est une preuve légitime et généralement acceptée dans les études épidémiologiques comment étant une preuve suffisante pour établir une relation de causalité. Le même type de corrélations a été utilisé par exemple pour établir que le tabagisme est à l’origine de certaines formes de cancers du poumon.

Quelles sont leurs alternatives ?

Après tant de critiques contre les théories des négateurs, on pourrait penser qu’ils ont quelque chose de consistant à offrir comme alternative au VIH comme cause du SIDA. Cependant, les alternatives qu’ils proposent sont bien plus spéculatives que les théories mainstreams qu’ils décrivent comme n’étant pas assez solides. Par ailleurs, ils souffrent d’une faille logique supplémentaire : la fausse dichotomie. En effet, ils supposent que s’ils prouvaient la fausseté de la position mainstream, cela validerait de facto la leur.

De manière intéressante, les causes alternatives au SIDA dépendant de l’endroit où le patient vit. En Afrique, les négateurs attribuent le VIH à une combinaison de malnutrition et de détresse sanitaire, c’est-à-dire qu’ils pensent que le SIDA est simplement le nouveau nom de maladies préexistantes. En Amérique et dans d’autres pays développés, ils affirment que le SIDA est causé par les médicaments et la promiscuité. Duesberg à longtemps soutenu que l’utilisation du poppers importante dans la communauté homosexuelle y expliquait la forte prévalence du SIDA. Avec l’identification de malades n’ayant jamais utilisé ce produit, cette argument a été élargi par les négateurs pour y inclure un certain nombre de drogues comme la cocaïne, le crack, l’héroïne et les méthamphétamines aussi bien que des médicaments comme les antibiotiques ou les stéroïdes. Ils ont critiqué l’idée selon laquelle l’immunodépression pouvait résulter dans toutes les différentes infections qui caractérisent le SIDA, et soutiennent ainsi l’idée selon laquelle le poppers et d’autres produits –dont beaucoup n’ont jamais montré qu’ils causaient de sévères immunodéficiences- pourraient causer le SIDA. Ces dernières années, les médicaments utilisés pour traiter le SIDA sont passés sous le feu des négateurs qui ont suggéré que la prise en charge médicale elle-même était la cause du SIDA.

Conclusion

Parce que ces allégations sont faites dans des livres grand public et sur internet plutôt que dans des publications scientifiques, beaucoup de chercheurs ne sont même pas au courant de l’existence de groupes de déni organisés, ou bien pensent qu’ils peuvent simplement les ignorer comme des marginaux discrédités. Et en effet, beaucoup des arguments des négateurs disposaient depuis longtemps des réponses solides des scientifiques. Cependant, une large part du grand public ne dispose par des connaissances scientifiques pour critiquer les assertions mises en avant par ces groupes, et non seulement les accepte mais participe également à leur diffusion. Un éditorial de Nature Médecine alertait ainsi de la nécessité de contrer cette désinformation.

Alors que la description précédente de ce déni reflète plutôt des campagnes relativement organisées, on observe d’autres tendances, moins orchestrées. Une étude montre par exemple qu’un large pourcentage des afro-américains est suspicieux vis-à-vis de la position mainstream du fait d’une défiance accrue dans cette population vis-à-vis des autorités gouvernementales. Les arguments des négateurs ont pu jouer un rôle dans l’émergence de cette opinion. L’effet de ces groupes sur la perception publique de l’infection du VIH est un champ d’études crucial dans la mesure où ces mouvements peuvent avoir des conséquences dramatiques, de la même façon que les mouvements antivaccinalistes [ndtr : la comparaison avec les antivaxx ne figure pas dans l’article de Steven Novella]. Dans cette étude, une forte adhésion aux théories du complot était significativement associée avec des attitudes à risque de rejet des recommandations officielles comme l’usage du préservatif.

Dans quelle mesure ce déni persistant peut-il être associé aux déclarations originelles des scientifiques et des médias faisant du diagnostic du SIDA une sentence de mort universelle ? Bien que cette idée ne soit plus possible dans la littérature scientifique, cette perception de la maladie par le public demeure. Il est très difficile de communiquer de manière nuancée à la fois sur la gravité de la maladie et les véritables motifs d’optimisme permis par la recherche scientifique (notamment à propos des individus présentant une résistance naturelle au virus). Trop simplifier la science du SIDA au public participe à la récupération par les négateurs du VIH. Ainsi, ces inquiétudes doivent être balancées entre le désire d’alerter raisonnablement sur la gravité de la situation et de motiver les malades à suivre leur traitement. Un programme difficile à suivre.

La balance, en fait, mérite une attention croissante des professionnels de santé à l’époque où internet prévaut dans la diffusion de l’information et où l’élargissement du fossé entre les connaissances scientifiques et la compréhension des sciences par les grand public accélère. L’éducation efficace du public sur les questions de santé repose sur la présentation d’un message clair et simple soutenu par un solide consensus scientifique. Ainsi, la réalité derrière la scène est souvent assez différente de celle-ci. Tous les champs médicaux où leurs controverses légitimes et autres complexités, et le processus scientifique est souvent désordonné. Dès lors, les groupes de déni exploitent le fossé entre le niveau d’éducation du public et la réalité scientifique.

Par ailleurs, contrer la désinformation sur le VIH nécessite la conduite dans un contexte social plus large d’une contre attaque face aux mouvements anti-science et pseudo-scientifiques. Les stratagèmes des négateurs du VIH, comme dans beaucoup d’autres cas de déni scientifique, cherchent à miner les principes de base de la science même, afin de déformer la perception que le publique a du processus scientifique et de provoquer la défiance vis-à-vis des institutions scientifiques. Des alternatives pseudomédicales ont ainsi pu faire un chemin significatif au sein des institutions médicales grâce à des pressions politiques et en dépit d’un manque permanant de légitimité scientifique : les vaccins sont ainsi considérés comme dangereux plutôt que sauvant des vies, la psychiatrie est moquée par des célébrités ayant l’oreille du grand public. Pendant ce temps, beaucoup de leaders scientifiques et politiques s’inquiètent du recul des USA aux marges des centres de production scientifique.

Il reste le problème profond d’une ignorance scientifique généralisée dans ce pays comme dans d’autres, créant un terreau fertile à ceux désirant répandre de la désinformation scientifique. La communauté scientifique doit collectivement défendre et promouvoir le rôle de la science dans la société et combattre le problème croissant de l’ignorance scientifique. Nous devons tous nous efforcer de faire notre part afin de rendre la science accessible au grand public et d’expliquer le processus par lequel les preuves scientifiques sont réunies, analysées, et finalement acceptées. Les institutions académiques devraient motiver leurs chercheurs à augmenter le temps passer à un tel effort. Une connaissance solide de la méthode scientifique ne devrait pas éliminer totalement le déni de la science, mais il pourrait accroitre la résilience contre de prochaines diffusion de telles croyances.