Glyphosate : comment en est-on arrivé là ?


Je fais dans ce billet une traduction synthétique de l’article publié dans la revue open access Journal of Public Health and Emergency (JPHE) en octobre 2017.

J’y ajoute certaines observations marginales. Il s’agit d’un éditorial dont la compréhension est aisée et les notions claires. Je vous invite ainsi à le lire directement en anglais. Dans leur déclaration de conflits d’intérêt, les auteurs affirment n’avoir reçu aucun financement pour la rédaction de cet édito, mais précisent avoir travaillé par le passé sur le glyphosate dans des recherches financées par l’industrie. [1] Ceci étant dit, ils concentrent dans cet article un certain nombre d’éléments absolument fondamentaux pour toute personne estimant avoir une opinion sur le sujet : corpus de données utilisé dans l’évaluation de la substance, principe actif vs. formulations, danger vs. risque, etc.. Ces rappels sont fondamentaux et simples de compréhension, mais force est de constater qu’ils ne semblent pourtant pas dominer le « débat » public. On peut facilement imaginer que si c’était le cas, ce « débat » n’existerait pas, ou du moins, pas dans ces proportions et formes là.

Médias, dénis et réalité

L’accès à l’information est de plus en plus aisé. Les médias sont nombreux, et à ceux d’entre eux qu’on pourrait qualifier de « traditionnels » (presse écrite, radio, télévision) se sont ajoutés les médias en ligne et la diffusion d’informations via les réseaux sociaux. Ce contact avec l’information, indépendamment de sa pertinence ou de sa véracité, permet une bien meilleure appropriation par le public de problématiques relatives à sa santé, ou à l’environnement. Hélas, l’information accrocheuse, sensationnaliste, basée sur l’émotion ou le raisonnement motivé, se trouvent Lire la suite

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Docteur Chimique et Mister Synthèse : ce qui est « naturel » est-il « bon » ?


~1500 mots / ~3 mins [difficulté : facile]

Parmi les non-sens scientifiques les plus communément colportés dans les médias, les réseaux et autres conversations courantes, se trouve l’allégation selon laquelle les « produits chimiques » seraient moins bons que les produits dits « naturels ».

De manière toute aussi systématique, faire remarquer l’inanité d’une telle posture entraîne souvent le shift de l’argument vers sa forme « naturel vs. synthétique ». Cette seconde posture est tout aussi bancale. Il est fort probable qu’à l’évocation de cet état de fait, certains défenseurs de cette idée shiftent à nouveau vers la posture « naturel vs. fait par des humains ». Comme vous le devinez aisément, ce critère de démarcation pour déterminer ce qui serait « bon » ou « mauvais », a fortiori pour déterminer que ce qui est « naturel » serait toujours bon par opposition à ce qui ne le serait pas (que ça soit défini comme « chimique », « synthétique », ou « créé par les humains »), n’a aucune pertinence dans aucune de ces configurations. Lire la suite

[Trad] Changement climatique : encore une étude surinterprétée

Ce billet a été posté par Steven Novella sur le blog Neurologicablog le 21 septembre 2017.

Quoi qu’il arrive, c’est la preuve de la conspiration. Du moins du point de vue d’un conspirationniste.

Mais revenons un peu en arrière. Nous sommes en train de parler de scientifiques qui essaient de comprendre le changement climatique, et plus particulièrement les effets du carbone relâché dans l’atmosphère. Comme on pourra s’en douter, cette question complexe recouvre plusieurs niveaux d’analyse.

Le premier de ces niveaux est plutôt basique : les rayons solaires atteignent la Terre, qui en réfléchit une partie dans l’espace sous forme d’infrarouges. Le CO2 (dioxyde de carbone) présent dans l’atmosphère, réfléchit certains de ces infrarouges vers la Terre, emprisonnant ainsi une partie de la chaleur dans l’atmosphère terrestre. Ce phénomène est communément connu comme l’effet de serre, et le CO2 comme un gaz à effet de serre. En somme, plus il y a de CO2 dans l’atmosphère, plus grand sera l’effet, et plus chaude sera la planète en moyenne. Lire la suite

Glyphosate : une désinformation que vous avalez dès le matin

désinformation

L’info est tombée aujourd’hui : nos céréales matinales ainsi que plusieurs légumineuses sèches seraient envahies par le glyphosate. Le rapport Glypho 2 de Générations Futures d’où sort le scoop est repris rapidement à la radio, sur 2 chaînes TV d’information en continu et 15 journaux et magazines dont 4 au niveau national franco-belge.
Doit-on avoir peur du petit déjeuner ? A-t-on empoisonné nos enfants et nos proches pendant tout ce temps ? Non.

Avons-nous déjà employé quasiment mot pour mot cette introduction l’année dernière ? Bien entendu, oui. Et on ne va pas s’arrêter là.

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Le Hussard sur le toit

Plaidoyer pour le courage de la raison.

Image tirée du film « Le Hussard sur le toit », 1995

Alors qu’il vient de rejoindre Manosque après bien des aventures, le colonel de hussards, Angelo Pardi, se trouve face à des convives qui le fuient. L’air terrifié, ils reculent au fur et à mesure qu’il avance vers eux. Tournant autour de la table qui les séparent, dans la salle à manger où ils se trouvent, les personnages exhortent le héro de ne pas aller plus loin. Face à leur terreur, le jeune officier lance : « n’ayez pas peur ! c’est la peur qui tue ! ». Lire la suite

La guerre des vaccins : entre peurs et persuasion.

Couverture du journal Science, avril 2017.

[Niveau : facile] (~2200 mots / ~12 mins) Les vaccins sauvent des vies, mais quelle est la meilleure façon de le communiquer aux parents inquiets pour leurs enfants ?

Le volume d’avril 2017 de la revue scientifique américaine Science comporte un dossier sur les vaccins, non pas sous l’angle de l’infectiologie, mais sous celui du scepticisme, à savoir à l’aune de l’antivaccinisme [1]. On y lit d’ailleurs abondement Paul Offit, sceptique bien connu. Les différents articles de ce dossier sont accessibles librement, mais sont bien entendus rédigés en anglais. Ces articles reviennent notamment sur la quantification de l’effet clairement bénéfique de l’introduction vaccinale illustrée par le cas états-unien [2] ; sur quelques mythes antivaccinaux parmi les plus répandus au premier chef desquels ceux portant sur le ROR depuis 1998 et la fraude Wakefield [3] ; sur les risques réels et fantaisistes de la vaccination (massivement favorables à la vaccination) [4] ; et sur la manière de communiquer des informations scientifiquement fondées (aka non anxiogènes) sur la vaccination comme sur d’autres sujets de déni scientifique (changement climatique, OGM, darwinisme…) [5].

C’est sur cette dernière partie, par Kai Kupferschmidt, que nous allons revenir ici en la synthétisant pour le public non anglophone et en y ajoutant quelques informations marginales. Lire la suite

Tests de radiesthésie : l’échec des expériences de Munich

Ce billet est une traduction de « Testing Dowsing: The Failure of the Munich Experiments » publié par J.T. Enright sur le site du Committee for Skeptical Inquiry.

4000 mots – environ 14 minutes.


L’idée que certains individus ont un don pour trouver de l’eau sous terre grâce à ce qu’on appelle la « radiesthésie » (ou « sourcellerie ») est généralement considérée par les scientifiques comme rien de plus qu’une superstition émanant du Moyen Âge. Aucun mécanisme physique ou physiologique plausible n’a été proposé pour expliquer une telle détection. Néanmoins, le fait que cette pratique ait perduré à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui peut pousser les plus ouverts d’esprit à se demander s’il pourrait y avoir quelque vérité derrière le folklore. Après tout, certains éléments de la pharmacopée moderne sont dérivés de remèdes populaires, prouvant que le folklore n’est pas nécessairement pure superstition.

Préparation d’une étude expérimentale

En Allemagne, de nombreux sourciers pensent que les stimuli auxquels ils se disent sensibles (les « rayons E », une prétendue forme de rayonnement inconnue des scientifiques) peuvent être dangereux pour la santé, voire potentiellement cancérigènes. Par conséquent, au milieu des années 80, le gouvernement allemand a réuni un comité pour discuter de la mise en place d’une étude afin d’investiguer la possibilité que la radiesthésie soit un véritable talent. Si les sourciers peuvent effectivement détecter des rayonnements (dangereux ?), peut-être pourraient-ils contribuer à la recherche sur des sujets de santé publique. Lire la suite