[Trad] Une revue systématique du néant (~9 mins)

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Ce billet est une traduction d’un article publié par Scott Gavura sur le blog Science-Based Medicine. Il y parle d’une revue systématique sur les effets secondaires de l’homéopathie et en profite pour expliquer les principes fondamentaux de cette pratique critiquée.

PubMed contient des infos douteuses, difficiles à trouver si vous ne les cherchez pas, à moins de tomber dessus par inadvertance. Le domaine des médecines alternatives se trouve entièrement compilé là, à côté de la vraie littérature médicale. Dans ce monde à part, l’impossible est accepté comme un fait, et les articles se penchent sur les équivalents médicaux de la question du nombre d’anges pouvant danser sur une tête d’épingle. Ces derniers temps, j’ai préféré éviter d’écrire à propos des pratiques alternatives comme l’homéopathie parce que ce sont de véritables impasses scientifiques. Il n’y a pas de nouvelles données ou de recherches intéressantes à décrire parce que la science est tout simplement absente des débats. La recherche en homéopathie est cependant intéressante en soi lorsqu’on veut comprendre comment des effets placebo peuvent donner l’illusion d’être réels. Mais plus important, ces recherches et études cliniques en homéopathie mettent en évidence les challenges, erreurs et biais qu’on peut rencontrer dans l’évaluation de la vraie médecine. Aujourd’hui, j’ai eu envie de revenir sur une revue systématique récemment publiée, sur les effets secondaires associés à l’homéopathie. Le lecteur occasionnel pourrait ne pas voir les multiples problèmes rencontrés dans cette recherche. Mais une fois qu’on comprend bien les bases de l’homéopathie, les conclusions que l’on peut tirer sont bien différentes de celles des auteurs. Et si des pilules de sucre inertes peuvent donner l’illusion d’avoir un effet, y compris des effets secondaires, alors nous pouvons apprendre à mieux contrôler ces biais lorsque nous étudions de véritables médicaments.

L’homéopathie : la poupée vaudou de la médecine

De toutes les formes de médecine alternative, l’homéopathie est la moins plausible de toutes. L’homéopathie est basée notamment sur la « loi des similaires », l’idée que de petites doses d’une substance causant un symptôme peuvent en fait soigner ce symptôme. La loi des similaires n’est rien d’autre que de la magie sympathique, une croyance pré-scientifique décrite en premier par l’anthropologue Sir James George Frazer dans son livre de 1890, The Golden Bough. Dans son bouquin, Fraser souligne deux aspects de la magie sympathique :

En analysant les principes de pensée sur lesquels repose la magie, on trouvera probablement qu’ils se décomposent en deux parties : la première, c’est qu’une chose produira une chose semblable, autrement dit un effet ressemble à sa cause; la seconde, c’est que deux choses ayant été en contact continuent à interagir à distance après que le contact physique ait été coupé. Le premier principe peut s’appeler la Loi des Similaires, et le second, la Loi du Contact ou de la Contagion.

J’ai déjà discuté de cette « Loi de la Contagion » auparavant, laquelle sous-tend nos intérêts pour les idées pseudoscientifiques comme le « détox » ou « manger clean« . Le système de croyance homéopathique repose entièrement sur la magie sympathique :

  • La loi des similaires : une substance qui provoque un symptôme est diluée pour traiter le même symptôme. Toute substance est un remède potentiel si elle est suffisamment diluée : cancer, testicules de sanglier, pétrole brut, oxygène, lait écrémé, et même la poussière d’aspirateur ou la lumière de lune. Pour déterminer quelles substances permettent de soigner quel symptômes, on applique le principe de l’expérimentation pathogénétique, également sans aucun fondement scientifique. (Vous pourrez trouver ici les expérimentations pour le remède mur de Berlin, et la lumière solaire reflétée par Saturne, pour vous donner une idée du niveau scientifique du domaine).
  • La mémoire de l’eau : plus vous diluez une substance, plus son effet est puissant, même si mathématiquement il ne reste plus une seule molécule. Et quand je dis diluer, je veux dire : diluer. La dilution 30C est courante – c’est une dilution de 10-60. Vous devriez donner 2 milliards de doses d’homéopathie par seconde à 6 milliards de personnes pendant 4 milliards d’années pour fournir une seule molécule du produit original. Par conséquent, la plupart des remèdes homéopathiques sont parfaitement inertes. Qu’ils soient liquides en bouteille, ou aspergés sur des tablettes de lactose, ce ne sont rien d’autre que des placebos.

La croissance de l’homéopathie : Dilutions de grandeur

Samuel Hahnemann a inventé l’homéopathie au début du 19e siècle. Hahnemann a voulu faire de l’homéopathie une forme de médecine à part, plus sûre et efficace que les pratiques médicales conventionnelles. Vu que l’homéopathie est un système élaboré de placebos, l’homéopathie était fort certainement plus sûre que les pratiques médicales de l’époque, lesquelles étaient encore basées sur le concept des quatre humeurs. Mais la théorie des germes finit par être développée, faisant disparaître les quatre humeurs tout comme d’autres éléments de vitalisme et de magie, et la médecine est petit à petit devenue un modèle scientifique basé sur des observations objectives. Les pratiques alternatives comme l’homéopathie ne se sont jamais départies de leurs conceptions vitalistes originales. Comment le pourraient-elles, d’ailleurs? Elles ne sont pas fondées sur un standard scientifique, donc les preuves scientifiques n’ont aucun poids sur la croyance en leur efficacité.

Malgré l’implausibilité totale de l’homéopathie, elle a pu jouir d’une modeste popularité depuis son invention, avec une résurgence lors des dernières décennies en tant que système de médecine dite alternative, vendue comme « douce » et plus « holistique » que le méchant Big Pharma avec ses vilains produits chimiques. Il va sans dire que si l’homéopathie fonctionne telle que l’avait imaginé Hahnemann et les homéopathes d’aujourd’hui, alors le reste de la médecine ne peut pas fonctionner. Et c’est précisément ce que les preuves montrent. Les études cliniques les plus rigoureuses confirment les prédictions des sciences fondamentales : les effets de l’homéopathie ne peuvent être distingués des effets placebos. Bien qu’il y ait une multitude d’études cliniques montrant que l’homéopathie est associée à des effets cliniques positifs, ceux-ci sont toujours faibles, mal contrôlés et souvent biaisés. Les deux revues systématiques les plus exhaustives des preuves cliniques sont « Evidence Check from the United Kingdom’s House of Commons Science and Technology Committee » de 2010, et « Australian National Health and Medical Research Council » de 2014. Cette dernière concluait ainsi :

Suite à l’évaluation des preuves sur l’efficacité de l’homéopathie, le NHMRC conclut qu’il n’y a aucune condition de santé pour laquelle il existe des preuves fiables en faveur de l’efficacité de l’homéopathie. L’homéopathie ne devrait pas être utilisée pour traiter des conditions chroniques, graves ou pouvant le devenir. Les personnes choisissant l’homéopathie peuvent mettre leur santé en danger si elles rejettent ou retardent les traitements pour lesquels il existe des preuves de sûreté et d’efficacité. Les personnes qui envisagent de recourir à l’homéopathie devraient se renseigner auprès d’un médecin reconnu. Celles qui utilisent de l’homéopathie devraient en parler auprès de leur médecin et devraient continuer à suivre tout traitement prescrit. Le National Health and Medical Research Council espère que les citoyens australiens se verront proposer des traitements et thérapies basées sur les meilleures preuves disponibles.

Des effets secondaires de pilules de sucre?

Ayant accepté que des pilules de sucre n’ont pas d’effet clinique, on pourrait bien se demander comment l’homéopathie pourrait avoir des effets secondaires. Mais l’homéopathie peut être dangereuse de plusieurs manières :

C’est dans cette dernière catégorie que l’homéopathie cause le plus de dégâts. Edzard Ernst, dans la discussion de sa propre revue systématique des risques de l’homéopathie, note :

Comment donc une thérapie reposant sur de simples placebos peut se révéler dangereuse? La plupart des patients ayant souffert de l’homéopathie ont été victimes d’un retardement voire d’un remplacement des traitements efficaces. Dans notre livre Trick or Treatment, nous décrivons le cas d’une homéopathe qui a collaboré avec notre équipe de recherche dans la conduite d’une étude clinique sur l’homéopathie; elle est décédée d’un cancer avant de voir la fin de l’étude simplement parce qu’elle s’est elle-même soignée avec de l’homéopathie et a ainsi perdu du temps précieux pour de vraies thérapies qui auraient pu lui sauver la vie. Je l’ai souvent dit et je le dis à nouveau : lorsqu’elle est utilisée en tant qu’alternative à un traitement efficace, même les remèdes les plus bénins peuvent mettre votre vie en danger.
Dans d’autres cas, des effets secondaires peuvent apparaître lorsque les remèdes ne sont pas suffisamment dilués. La plupart des produits homéopathiques ne contiennent pas de molécules actives, mais ce n’est pas le cas de tous. Les homéopathes prescrivent des préparations à base d’arsenic et d’autres substances hautement toxiques; si ces préparations ne sont pas fortement diluées, elles peuvent facilement tuer ceux qui auront la malchance de les prendre.

Comment des pilules de sucre peuvent donner l’impression d’aider (ou de nuire).

L’homéopathie peut aussi donner l’impression de causer des nuisances qui ne sont pas dues au remède en soi. Les homéopathes ont observé qu’au début d’un traitement homéopathique, l’état des patients pouvait parfois s’aggraver avant de s’améliorer. Ils appellent ça une « aggravation » et nous assurent que c’est tout à fait normal. Vu sur un site d’homéopathe :

Une aggravation est l’apparition temporaire de nouveaux symptômes, ou une intensification temporaire de symptômes existants, suite à la prise d’un remède homéopathique. Ces aggravations sont sans danger, d’habitude légères et courtes en durée. Elles arrivent parfois après la première prise d’un remède, faisant partie de l’effet initial de rééquilibrage, ou lorsque le remède a été pris plus longuement que nécessaire, ou encore si la personne est inhabituellement sensible à ce remède particulier.

Il y a pourtant une explication bien plus simple et évidente pour ces aggravations homéopathiques. Prenons en exemple quelqu’un qui voudrait soigner des douleurs chroniques mais peu intenses, comme de l’ostéoarthrite. Dans le schéma ci-dessous, j’ai représenté dans le temps la douleur que pourrait rapporter un patient sur base d’une échelle visuelle analogique. Vous pouvez voir qu’il y a toujours un fond de douleur, mais son intensité change d’un jour à l’autre.

Douleur chronique en fonction du temps, mesurée par une échelle visuelle analogique.

Imaginez que le patient a un pic de douleur en t1 et décide de prendre un remède homéopathique. La douleur redescend ensuite et le patient peut attribuer cela à l’homéopathie. Mais si le patient avait attendu t2 pour commencer sa cure homéopathique? Il y a eu 2 épisodes douloureux durant les jours suivants, quoique plus faibles en intensité que celui de t1. On pourrait les décrire comme une « aggravation homéopathique » vu que les symptômes semblent s’aggraver. Mais le patient n’a en fait aucun moyen de savoir si le remède a eu le moindre effet sur les fluctuations naturelles de la douleur. La seule façon de savoir si l’homéopathie a un effet est de la comparer à un placebo dans une étude clinique contrôlée.

Toute intervention a également le potentiel d’induire des effets nocebo, où une substance inerte semble causer des symptômes désagréables. De tels effets sont communément observés lors d’études cliniques randomisées contrôlées avec de vrais médicaments. Leur existence signifie que les effets secondaires du médicament sont en principe les effets indésirables qui sont absents du bras placebo. Le nombre et l’intensité des effets indésirables rencontrés dans le bras placebo peuvent parfois être remarquablement élevés.

Que savons-nous de l’homéopathie? Nous en savons assez.

Après cette longue introduction, jetons maintenant un œil à cet article intitulé « Effets secondaires de l’homéopathie : que savons-nous? Une revue systématique et méta-analyse des essais randomisés contrôlés« . Son auteur est Trine Stub, et il a été publié dans un journal spécialisée en médecines alternatives, Complementary Therapies in Medicine. L’objectif de cet article était d’investiguer la façon dont les effets secondaires et les aggravations dues à l’homéopathie sont rapportées dans la littérature, de classer ces rapports selon des critères reconnus et enfin de comparer les risques pour les patients par rapport aux contrôles.

1129 essais randomisés contrôlés (ERC) ont été initialement identifiés. Après filtrage, 41 ERC comprenant 6055 patients ont été inclus. Sur les 41 essais, seulement 68% ont rapporté des effets secondaires. Plus de deux tiers de ces événements ont été classés comme « mineurs » et un tiers comme modérés ou sévères. Les effets secondaires étaient rapportés par le médecin ou le patient, et dans 3 essais, on discutait des liens de causalité. Cinq ERC ont spécifiquement rapporté des « aggravations ». Comme le précise l’article :

Les aggravations homéopathiques ont été rapportées comme une intensification des symptômes du patient, tels que l’exacerbation d’allergies, asthme, eczéma, céphalées et bouffées de chaleur.

En termes de fréquence des effets secondaires et aggravations, l’article rapporte ce qui suit :

  • Homéopathie contre contrôles : une comparaison générale a été faite entre homéopathie et contrôle. Trente-neuf essais (5902 sujets) ont fait cette comparaison et aucune différence significative n’a été trouvée entre homéopathie et contrôle (426/2947 contre 246/2955), avec un OR [NdT: Odds Ratio, une mesure statistique du risque relatif; proche de 1 signifie qu’il n’y a pas de différence] de 0.99, et un IC [NdT: intervalle de confiance] de 95% entre 0.86 et 1.14.
  • Homéopathie contre placebo : une comparaison a été faite entre homéopathie et placebo. Trente-et-un essais (4836 sujets) ont fait cette comparaison, et aucune différence significative n’a été trouvée entre homéopathie et placebo.
  • Homéopathie contre médecine conventionnelle : Aucune différence significative entre homéopathie et médecine conventionnelle dans une méta-analyse de cinq essais (43/355 contre 71/401), OR 0.82 et IC 95% de 0.56 à 1.21.

Conclusion: Placebo contre placebo?

Les auteurs de la revue systématique concluent ainsi :

Les effets secondaires, y compris le concept d’aggravations homéopathiques, sont couramment rapportées dans les essais cliniques. Cette méta-analyse a démontré que la proportion de patients souffrant d’effets secondaires était similaire pour les patients randomisés dans le bras homéopathique, par rapport à ceux du bras placebo et du bras médecine conventionnelle.

Il existe une réponse simple à cela. Les pilules de sucre auront des effets secondaires en raison de l’histoire naturelle de toute condition, et de la tendance à associer l’amélioration (ou l’effet négatif) au traitement choisi. Les résultats de cette revue sont exactement ceux auxquels on s’attendrait si on donnait aux patients des pilules de sucre. Les « aggravations homéopathiques » n’existent pas, pas plus que les véritables effets secondaires associés à l’homéopathie. Cette revue systématique confirme la position solide de l’homéopathie comme l’air guitar de la médecine.

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14 commentaires sur “[Trad] Une revue systématique du néant (~9 mins)

  1. Merci pour cet article qui complète bien les précédents. Je me permets juste de vous soumettre une petite correction: The Golden Bough de Sir James George Frazer est paru en 1890 et non en 1980 😉

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  2. Je n’ai aucun avis sur l’homéopathie et la médecine n’est pas mon domaine. Pour autant, je suis un biologiste plutôt confirmé qui ne demande qu’à comprendre et exercer un avis critique. Mais là, ce texte n’est pas à ma portée. Quelques critiques sur la forme:

    – Il est dommage de ne pas avoir donné de définition claire de ce qu’est l’homéopathie et de quelles sont les pratiques homéopathiques classiques. Je n’ai jamais entendu parler d’illuminé cherchant à guérir un cancer par l’homéopathie. A mon avis, c’est l’exception. Parcontre je connais plein de monde qui essaie de soigner des maladies bénignes type rhume de cette façon. A mon sens, la pratique est raisonnable car au mieux ça marche et au pire, il ne se passe rien. Bon, sauf dans le cas du Zimac apparemment. Une personne m’a indiqué préférer prendre une préparation homéopathique plutôt que de la cortisone que l’on retrouve dans n’importe quel décongestionnant nasal. Vu les effets potentiellement puissants de la cortisone sur un organisme, je peux entendre l’argument.

    – Il est également dommage de n’avoir rien dit d’autre sur la composition de ces préparations que « c’est du sucre ». Déjà, c’est faux, ces préparations sont bien souvent à base de plante et ce n’est pas à un auteur de la théière que je vais apprendre que les plantes sont bourrées de substances à activité biologique. Il existe un classeur tenu par les pharmaciens qui permet en fonction des symptômes de proposer les préparations traitant (d’après celui-ci) les symptômes. Je pense que ce point aurait pu être abordé car ça me semble central dans l’homéopathie.

    – Je n’ai pas bien compris comment on passe de 1129 essais identifiés à seulement 49 retenus. L’échantillon me paraît très faible.

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    • Merci pour ce commentaire. Quelques réponses:

      – il n’y a pas de définition explicite et claire de l’homéopathie parce que ce n’est pas le scope de l’article. Il y a cependant quelques éléments fondamentaux (loi des similaires, dilutions).

      – il existe bien des illuminés cherchant à guérir le cancer par l’homéopathie. J’ai moi-même rencontré des cas dans l’hôpital spécialisé en oncologie où je travaille. Je n’ai pas de chiffres, mais je suppose également qu’ils sont rares.

      – néanmoins, cet exemple personnel illustre le plus grand danger de l’homéopathie: retarder un traitement prouvé ou même carrément le remplacer. Il n’y a pas que le cancer où c’est dangereux (nosodes homéopathiques, allergies). Si tu veux des exemples, il y a le site whatstheharm.net. Il s’agit majoritairement de risques indirects, mais cet article se concentre plutôt sur la question des risques directs, quoique non-spécifiques.

      – le choix des patients quant au traitement qu’ils veulent est libre. Il y a peu de sceptiques je pense qui voudraient carrément faire disparaître l’homéopathie tout court. Mais les données scientifiques (fondamentales et cliniques) sont ultra solides. En se basant sur elles, la moindre des choses est de ne pas rembourser par la sécu, et perso j’irais même jusqu’à interdire leur vente en pharmacie. Dans un monde aux ressources limitées, la priorité financière va à ce qui est scientifiquement plausible.

      – votre commentaire sur le sucre et les plantes montre que vous ne connaissez probablement pas bien le sujet. L’homéopathie utilise indifférement des substances provenant de plantes, d’animaux (humains y compris), de minéraux et d’autres choses beaucoup plus fantaisistes encore (lumière lunaire, radiation provenant d’uranium). Mais cela a peu d’importance puisque ces substances sont diluées à tel point qu’il en reste trop peu pour avoir un quelconque effet clinique, voire qu’il n’en reste plus du tout (typiquement à partir de 12 CH, càd une dilution 1:10^24). La dilution finale est ensuite aspergée sur des pilules de sucre, d’où le raccourci que ce n’est rien d’autre que du sucre. C’est pas tout à fait exact, puisqu’il peut s’agir aussi de pilules de lactose, ou bien le produit reste liquide, et la dilution peut se faire parfois dans de l’alcool.

      – des 1129 à 49, c’est le résultat de l’application de critères de qualité méthodologique. C’est un standard quand on fait une revue systématique: on pêche au filet pour ratisser large avec quelques mots-clés, puis on applique des critères stricts et prédéfinis pour ne conserver que les études dont la qualité méthodologique dépasse un certain niveau. Ce qui est intéressant ici, c’est le taux de passage et typique de la littérature sur l’homéopathie: la grande majorité est tellement de faible qualité méthodologique qu’on peut les ignorer purement et simplement.

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    • Bonjour,

      Je précise avant toute chose que je ne suis ni médecin ni biologiste et que je n’ai absolument rien à voir avec le milieu de la santé en général. Simplement, j’ai pris le temps de m’intéresser à quelques sources scientifiques et sceptiques dans ce domaine.
      Prenez donc mon avis comme celui du péon lambda qui lit des choses sur internet au fond de son canapé 🙂
      Cependant, il me semble qu’un certain nombre de confusions se sont glissées dans vos critiques de fond et de forme, ce qui m’invite à réagir:

      Tout d’abord, donner une définition concise d’une pratique telle que l’homéopathie risque de mener à une phrase engagée contenant beaucoup de raccourcis (et donc serait trompeuse). C’est pourquoi l’auteur a choisi directement de rappeler les principes fondamentaux de l’homéopathie afin d’avoir une base solide sur laquelle appuyer son article. (cf loi des similaires et dilution. Par contre, il et vrai qu’on ne parle pas ici de dynamisation, c’est regrettable d’ailleurs)

      Pour ce qui est de guérir le cancer par homéopathie, le net foisonne de sites de désinformation pouvant avoir cette prétention. un petit échantillon est disponible ici:

      http://initiativecitoyenne.be/article-l-homeopathie-denigree-par-le-kce-mais-efficace-contre-le-cancer-108154750.html

      La position des laboratoires Boiron est beaucoup plus ambigüe et en voici un aperçu:

      http://www.leparisien.fr/economie/business/laboratoires-boiron-developper-l-homeopathie-en-france-et-dans-le-monde-23-11-2015-5304237.php

      Je me suis laissé dire que l’un des frères Boiron avait déclaré en conférence récemment qu’il était tant que l’homéopathie « s’attaque au cancer et au sida » ce qui peut vouloir dire se passer des thérapies conventionnelles. Cela dit, je n’ai vérifié ni l’information ni le contexte, du coup c’est à prendre avec des pincettes et à mettre entre beaucoup de guillements 😉
      Et si quelqu’un a un enregistrement ou une source fiable à ce propos, je le prierai de ne pas la garder pour lui 🙂

      Pour ce qui est des rhumes, un pointeur pour en apprendre plus:
      http://www.tatoufaux.com/le-rhume-mal-soigne/

      Si vous suivez les sources de cet article, vous apprendrez (ou pas, si vous le savez déjà) qu’en médecine, « soigner » une maladie est une simplification assez grossière. De ce que j’ai retenu, on ne « soigne » pas une maladie, mais on la « traite », et il y a deux façons de traiter une maladie: traiter les causes et traiter les symptômes. Dans le cas du rhume, on ne sait pas à l’heure actuelle traiter les causes (qui sont exclusivement virales si j’en crois ma vue de la littérature à ce sujet). Cela veut dire que l’organisme se débrouille tout seul pour éliminer le virus, et une fois celui-ci éliminé les symptômes disparaissent progressivement.
      Par contre, on sait traiter les symptômes (par exemple avec des anti-inflammatoires pour éviter les maux de gorge ou autres). Cependant, si cela ne comporte pas de risque pour le patient on peut complètement s’affranchir de tout traitement (c’est mon cas par exemple).
      Dans le cas de l’homéopathie, vous dites, je cite: « la pratique est raisonnable car au mieux ça marche et au pire, il ne se passe rien ». Dans le cadre d’un soin, je trouve ça dramatique de dire cela car en pratique, si l e médicament ne marche pas à tous les coups, il y a de fortes chances qu’il ne serve à rien (ok, il y a toujours des cas exceptionnels où un vrai médicament ne marche pas, mais en principe ça fonctionne chez 90% des gens), d’autant plus qu’il faut bie garder à l’esprit que si il n’y a pas d’effet secondaire, alors il n’y a pas non plus d’effet primaire.
      Ceci me permet d’enchaîner sur votre autre remarque « Déjà, c’est faux, ces préparations sont bien souvent à base de plante ». Je pense que vous faites ici la confusion entre homéopathie et phytothérapie (thérapie par les plantes si je traduis pas trop mal mot à mot). En effet la phytothérapie est efficace, mais elle n’a rigoureusement rien à voir avec l’homéopathie.
      Les « médicaments » homéopathiques sont bien uniquement des granulés de glucose ou de saccharose (du sucre pour simplifier, cf wikipedia) sur lesquels on vaporise de l’eau (avec 1 chance sur 10^6 d’avoir une molécule active dessus en principe et en fonction de la dilution). Pour exemple (vous auriez tort de me croire sur parole), voici une demande de brevet couvrant un petit nombre de préparations homéopathiques (il contient des pointeurs vers d’autres brevets, le fact-checking complet serait un peu long ici). Vous pourrez y trouver les techniques de dilution et de vaporisation en détail:

      https://www.google.fr/patents/WO2012175379A1?cl=fr

      En conclusion, il est chimiquement (et statistiquement, biologiquement etc) impossible que l’homéopathie ait un effet différent de celui du placebo. Sauf qu’un carré de sucre c’est beaucoup moins cher que les 5 granulés à 30CH d’oscillococcinum ou d’aconit composé.
      Et en plus, comme ce bel article le suggère, on n’est même pas absolument certain qu’il n’y ait que du sucre, et c’est pointer là fort pertinemment un problème bien ennuyeux.

      Pardon d’avoir été un peu long, merci de m’avoir lu jusqu’au bout.

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  3. Merci pour votre réponse. Il est en effet très probable que j’aie confondu phytothérapie et homéopathie. Je pensais que la phytothérapie était une branche de l’homéopathie. Ce n’est pas le cas ?

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    • Non, pas du tout, c’est même assez distinct, mais c’est une confusion extrêmement courante (l’industrie homéopathique entretient d’ailleurs cette confusion).
      La phytothérapie repose sur les plantes et les principes actifs qui peuvent s’y trouver. C’est tout à fait légitime, bien que je préfère la pharmacopée scientifique. Quand cette dernière utilise les plantes prometteuses, elle recherche parmi les centaines ou milliers de molécule qui s’y trouvent celle qui est responsable de l’effet, trouve des moyens de l’extraire, la purifier, la doser précisément et étudier cliniquement ses effets. En phytothérapie, on recourt au produit brut avec tous les problèmes (quantité pas standard, présence d’autres molécules qui peuvent être toxiques).

      L’homéopathie peut utiliser des plantes, mais elle utilise également d’autres sources (animaux, minéraux). Mais ce qui distingue fondamentalement l’homéopathie de la phyto, c’est le fait de diluer. Les fameux « CH » (centésimales hahnemanniènes) sont des dilutions d’un facteur 100. On trouve typiquement des produits entre 6 et 20 CH. Le fameux Oscillococcinum est à dilution 200K (dilution korsakovienne, principe un peu différent où l’échantillon est vidé puis re-rempli d’eau, puis re-vidé, etc. 200 fois, avec l’hypothèse que le produit de départ reste accroché un peu aux parois). En tant que biologiste, tu comprendras que sur les principes de base, donner un produit ultra dilué ne peut pas avoir beaucoup d’effets biologiques.

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      • Pas mieux 😉
        Merci pour toutes ces précisions.

        Je me demandais aussi si l’homéopathie est soumise à des contrôles. Je sais que les médicaments homéopathiques ne nécessitent pas d’autorisation de mise sur le marché. Mais du coup, est-ce qu’il subissent des contrôles et si oui lesquels?

        Je pense par exemple à la présence de substances dangereuses comme pour les produits alimentaires?

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      • Ça dépend des pays. En Belgique, il y a bien une AMM pour l’homéopathie, mais la procédure est simplifiée par rapport aux médicaments conventionnels. Ceci signifie que l’AFMPS (Agence Fédérale des Médicaments et Produits de Santé) a effectivement autorité de contrôle.
        Notamment, dans la procédure simplifiée de demande d’une AMM, la loi exige de recevoir les documents sur la fabrication et le contrôle de la souche, sur les méthodes de dilution, les preuves d’autorisation de fabrication, les maquettes d’emballage. Une des conditions pour accéder à cette procédure simplifiée est notamment que l’emballage (ou notice ou toute autre information liée) ne mentionne aucune indication thérapeutique.

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  4. Merci beaucoup.

    J’ai également fait deux-trois recherches de mon côté dans le cas de la France. Les contrôles ont l’air moins stricts mais c’est pas non-plus open bar.

    Quelques liens:

    http://social-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/medicaments/le-circuit-du-medicament/article/les-medicaments-homeopathiques

    http://social-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/medicaments/la-surveillance-des-medicaments/article/la-pharmacovigilance

    (j’arrête là parce qu’on sort un peu du scope de l’article)

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  5. L’homéopathie soigne tout, du désir de battre ses enfants, jusqu’au virus Ébola.

    http://www.homeopathe.org/FR/pathologie_battu.html
    http://www.homeopathe.org/FR/epidemie_ebola.html

    J’adorerais que les médecins-homéopathes acceptent leur irrationalité au lieu d’induire en erreur nombre de patients qui imaginent qu’il y a des gens sérieux derrière tout ça. Annoncer « médecin-sorcier », ou « médecin-voyant-astrologue » sur les plaques d’immeuble, ce serait plus honnête.

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