Tests de radiesthésie : l’échec des expériences de Munich

Ce billet est une traduction de « Testing Dowsing: The Failure of the Munich Experiments » publié par J.T. Enright sur le site du Committee for Skeptical Inquiry.

4000 mots – environ 14 minutes.


L’idée que certains individus ont un don pour trouver de l’eau sous terre grâce à ce qu’on appelle la « radiesthésie » (ou « sourcellerie ») est généralement considérée par les scientifiques comme rien de plus qu’une superstition émanant du Moyen Âge. Aucun mécanisme physique ou physiologique plausible n’a été proposé pour expliquer une telle détection. Néanmoins, le fait que cette pratique ait perduré à travers les siècles jusqu’à aujourd’hui peut pousser les plus ouverts d’esprit à se demander s’il pourrait y avoir quelque vérité derrière le folklore. Après tout, certains éléments de la pharmacopée moderne sont dérivés de remèdes populaires, prouvant que le folklore n’est pas nécessairement pure superstition.

Préparation d’une étude expérimentale

En Allemagne, de nombreux sourciers pensent que les stimuli auxquels ils se disent sensibles (les « rayons E », une prétendue forme de rayonnement inconnue des scientifiques) peuvent être dangereux pour la santé, voire potentiellement cancérigènes. Par conséquent, au milieu des années 80, le gouvernement allemand a réuni un comité pour discuter de la mise en place d’une étude afin d’investiguer la possibilité que la radiesthésie soit un véritable talent. Si les sourciers peuvent effectivement détecter des rayonnements (dangereux ?), peut-être pourraient-ils contribuer à la recherche sur des sujets de santé publique.

La conclusion de ces délibérations était une bourse de 400 000 marks allemands (environ 250 000 €) délivrés à des physiciens universitaires de Munich en 1986. Ce financement généreux ouvre la voie à un projet de grande échelle, de sorte que même des effets infimes puissent être mis en avant ; la réputation des chercheurs universitaires pour leur intégrité et ouverture d’esprit a permis d’apporter une certaine crédibilité dont n’aurait pas bénéficié un projet géré uniquement par des sourciers.

Pour tester ouvertement et honnêtement les affirmations de dons extraordinaires, les demandeurs méritent une vraie opportunité de réussite en leur fournissant des conditions expérimentales qu’ils considèrent appropriées, et en ce sens, les chercheurs de Munich ont sans doute fait preuve d’excès de zèle. Des expériences conçues seulement par des sceptiques pourraient bien entendu donner des prétextes faciles aux sourciers pour refuser les résultats. Des enthousiastes de la sourcellerie ont donc été impliqués dans les sessions de préparation. Dans le passé, lorsque des tests rigoureux sur des praticiens de « dons » occultes se sont montrés infructueux, ces derniers ont affirmé que les expériences ont été faites dans une ambiance sceptique (sous-entendu : hostile), ce qui aurait interféré avec leurs performances et donc invalidé les études. Ce potentiel problème ne s’est pas posé dans les expériences de Munich puisque les investigateurs principaux, de l’Université de Munich et l’Université Technique de Munich, avaient publiquement affirmé que la radiesthésie était probablement un phénomène authentique. Pas d’hostilité ici !

La sourcellerie de l’eau se fait généralement à l’extérieur, ce qui pose des difficultés pour une expérience rigoureuse puisque deux emplacements extérieurs ne peuvent être considérés comme des réplicats exacts ; or l’essence d’une bonne recherche scientifique est de faire des réplications afin d’évaluer la reproductibilité. Cependant, la plupart des sourciers allemands affirment pouvoir trouver de l’eau dans un tuyau de jardin ou à l’intérieur d’une structure, raison pour laquelle une expérience à l’intérieur a finalement été choisie.

Un autre potentiel problème dont il faut tenir compte, c’est que parmi ceux qui pensent avoir un don de sourcier, certains pourraient se tromper, voire être de véritables charlatans. Afin d’éviter cette situation, quelques 500 candidats ont été recrutés pour des tests préliminaires. Ce groupe a ensuite été réduit à 43 individus, ceux qui avaient eu les meilleurs résultats lors des tests préliminaires, pour les expériences finales les plus critiques. Ces derniers ont tous participé librement aux expériences finales contrôlées, qu’ils ont jugé adaptées à leurs capacités. Il n’y avait donc plus d’opportunité pour une plainte a posteriori sur le fait que les tests étaient inappropriés ou injustes.

Le design expérimental

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Figure 1 : Exemples hypothétiques de résultats auxquels on pourrait s’attendre des expériences de Munich, répartis selon des catégories arbitraires des performances du sourcier. S.D. = écart-type (standard deviation) des estimations autour de la correspondance exacte. Ces graphes servent de guide afin de comparer les performances réelles. A : performance parfaite ; B : excellente performance ; C : bonne performance ; D : performance modeste ; E : faible performance.

La procédure détaillée des tests était très simple. Au rez-de-chaussée d’une grande ferme vide de Munich, une ligne de test de 10 mètres est posée sur le sol. Le long de cette ligne circule une petite plateforme sur laquelle se trouve un tuyau pouvant faire circuler de l’eau perpendiculairement au mouvement du chariot. L’eau en circulation a été choisie par rapport à de l’eau statique parce que les traditions de sourciers disent que les réserves souterraines utiles d’eau sont généralement trouvées sous forme de courants, qu’ils nomment « veines d’eau », plutôt que sous forme de nappes enfouies dans de larges dépôts de sédiments comme l’affirment les géologues. L’emplacement du tuyau était décidé séparément pour chaque test grâce à un nombre aléatoire généré par ordinateur (il est apparu après coup que les emplacements finalement choisis avaient une allure pas du tout aléatoire).

À l’étage supérieur de la ferme, directement au-dessus de la ligne de test, une seconde ligne de test est installée. Lors des tests finaux, un sourcier était admis à cet étage chaque fois que le tuyau avait été repositionné, et devait deviner, grâce au bâton de son choix (ou pendule ou tout autre outil), à quel endroit le tuyau se trouvait à l’étage inférieur. Les sourciers étaient testés en séries de 5 à 15 tests individuels (typiquement 10), ce qui durait généralement une heure environ. Pendant les deux années d’étude, les 43 sourciers sélectionnés ont participé collectivement à 843 tests groupés en 104 séries. Certains sourciers n’ont participé qu’à une seule série, d’autres en ont tenté plus de dix.

Il semble que de telles conditions, en intérieur, devraient faciliter la tâche des sourciers. À l’extérieur, les stimuli attendus pourraient être perturbés ou réfractés par des couches intermédiaires de terre et de roche, mais dans la ferme, la seule obstruction était le plancher entre les deux étages. De plus, dans des conditions extérieures, la détection de « veines d’eau », telles qu’imaginées par les sourciers, requièrent une précision remarquable. Si, par exemple, un courant de 3 mètres de diamètre est situé à une profondeur de 100 mètres, le sourcier doit parvenir à une précision de moins de 1° de déflexion autour de la verticale pour trouver l’endroit de forage optimal, ce qui implique une capacité de détection de minuscules changements dans la direction et l’intensité des stimuli. Une telle précision dans le contexte de la ferme, où la distance de séparation est d’environ 5 mètres, résulterait en une imprécision de moins de 10 centimètres autour de la position réelle du tuyau.

Avant de débuter les expériences, un magicien professionnel a été appelé afin d’inspecter les conditions expérimentales pour éviter les possibilités de triche ou de découverte accidentelle de la position du tuyau. Comme précaution supplémentaire contre la triche (par exemple, tenter de regarder au travers des fêlures du sol), un observateur était présent pour surveiller les performances du sourcier, et pour enregistrer ses tentatives. Des procédures de double aveugle assuraient que ni l’observateur, ni le sourcier ne connaissaient la position du tuyau, même après avoir fait une estimation ; donc aucun feedback n’était fourni lors des tests critiques.

L’étude a compris plusieurs milliers de tests préliminaires lors desquels les contrôles stricts des expériences finales étaient quelque peu relâchés. Il arrivait souvent, par exemple, qu’un feedback était donné sur une réussite ou un échec. Parfois le tuyau contenait de l’eau claire, parfois de l’eau salée, parfois même rien du tout ; le courant était parfois turbulent, parfois non ; parfois l’eau était mélangée à du sable ou des graviers, etc. Ces tests préliminaires avaient deux objectifs : d’abord, comme mentionné plus haut, éliminer les candidats ne présentant manifestement pas de talent particulier pour la sourcellerie (ce qui était le cas pour plus de 90% d’entre eux !) ; ensuite, choisir les paramètres (fluide, courant, etc.) qui avaient donné les meilleurs résultats pour les participants sélectionnés aux tests finaux. Chaque expérience individuelle était donc adaptée à chaque participant pour produire les stimuli optimaux.

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Figure 2 : Résultats du sourcier #99 lors du second tour des 4 séries de tests. Ces résultats ont été jugés par les chercheurs comme étant les « meilleurs » des 104 séries testées au total, et représentent le seul set de données présenté graphiquement dans le rapport final. A : présentation dans le format utilisé par Wagner, Betz et König (1990); B : présentation dans le même format que la figure 1 plus haut.

Avant de commencer une série de tests critiques, on a demandé à chaque sourcier de déterminer s’il y avait la moindre position le long de la ligne de test (le tuyau étant absent) qui semblait produire des stimuli parasites (indiquant des sources naturelles de « rayons E »). Dans une majeure partie des cas, 2 à 3 positions étaient rapportées le long de la ligne. Les « rayons E » sont apparemment partout ! Lorsque de tels stimuli parasites étaient rapportés, les emplacements autour de la zone désignée (avec environ 1 mètre de marge) étaient exclus pour la série concernée. (Certains sourciers rapportaient différentes positions selon le jour ; les sources naturelles de « rayons E » sont très fugaces).

Les conditions expérimentales idéales étaient souvent compromises parce que deux sourciers arrivaient à la ferme en même temps. Plutôt que de les tester l’un après l’autre, les deux sourciers étaient testés en alternance, chaque position de tuyau étant utilisée deux fois. Il était supposé que leurs tentatives pouvaient être traitées comme des événements indépendants parce que les deux sourciers n’étaient jamais en même temps présent dans la zone de test.

Si un sourcier sentait que sa concentration fluctuait durant l’expérience, la série pouvait être interrompue ou avortée, ce qui est arrivé apparemment assez souvent. Il semble donc que de nombreuses accommodations ont été faites pour satisfaire les souhaits et caprices des sourciers et chercheurs. Néanmoins, de nombreuses composantes d’un design expérimental robuste étaient non négociables : protocole en double aveugle, pas de feedback sur une réussite ou échec, randomisation (ou presque !) des positions du tuyau, tests répliqués d’un même sourcier sur plusieurs jours, et un programme de grande échelle (843 tests critiques) de telle sorte que de faibles résultats puissent être détectés.

On peut concevoir que le bruit des turbulences de l’eau (comportant parfois des graviers) puisse fournir une indication auditive de l’emplacement du tuyau durant les tests. Il également possible que l’observateur supervisant les sourciers n’ait pas été correctement aveuglé lorsque la même position était utilisée deux fois pour des sourciers travaillant en alternance. Si des réussites hors du commun avaient été observées, de telles inquiétudes auraient dû être investiguées. Cependant, les résultats négatifs suggèrent que des défauts résiduels dans le design expérimental n’avaient probablement pas un impact mesurable sur les résultats.

Attentes

Une préparation adéquate exige que l’on considère à l’avance le type de résultats qui puisse être produit à la suite des expériences, sous l’hypothèse que la sourcellerie est un phénomène réel et reproductible. Plusieurs exemples de résultats hypothétiques sont montrés à la figure 1. Un don « parfait » (l’équivalent d’utiliser la vision RX de Superman pour regarder à travers le sol) donnerait une corrélation parfaite entre les tentatives des sourciers et la position du tuyau (figure 1a) ; une mauvaise performance (une déviation standard de 3 mètres sur les 10 mètres de la ligne) donnerait des points éparpillés autour de la diagonale (figure 1e), et tous les niveaux intermédiaires donneraient un éparpillement plus ou moins serré autour de la diagonale. Notez que les résultats d’une mauvaise performance ont beau être éparpillés, ils ne sont pas pour autant distribués aléatoirement (r = 0.57, p < 0.001), à cause des régions vides dans les coins supérieur gauche et inférieur droit. Nous y reviendrons.

Résultats et interprétations des chercheurs

Dans le rapport final de leurs expériences de radiesthésie soumis à l’agence qui fourni la bourse (Wagner, Betz, and König 1990), les chercheurs sont arrivés à la conclusion que la plupart des sourciers n’avaient pas de dons particuliers. Ce rapport a toutefois fait passer un message bien différent de ce que laissaient prévoir les résultats. Le passage suivant est traduit de l’allemand :

Quelques rares sourciers, lors de tâches particulières, ont montré un taux de réussite extraordinairement haut, ce qui peut difficilement s’expliquer par la chance… le noyau dur du phénomène de sourcellerie peut être considéré comme empiriquement démontré…

Les données fournies pour soutenir cette interprétation consiste en un graphique des résultats d’une série unique (sur les 104 disponibles), montré en figure 2 ; et une table résumant la significativité statistique des 104 séries de tests. (Ce résumé se base sur des méthodes statistiques non standard, qui semblent avoir été suspicieusement collées aux données. Des tests statistiques plus conventionnels suggèrent des conclusions bien moins intéressantes [Enright 1995].) Le graphique particulier de la figure 2a donne une impression visuelle d’une très bonne correspondance entre les résultats observés et attendus. Une remise en graphique, figure 2b, montre les données sous un jour différent. La moitié des résultats de la figure 2b (5 tests sur 10) ressemble effectivement à un résultat idéal (figure 1a ou 1b), mais il est important de rappeler que la figure 2 ne peut pas être considérée typique des résultats généraux puisqu’il s’agit des meilleurs résultats, comprenant seulement 10 tests sur 843, provenant d’une série sur 104. (Avec 843 tours de roulette, au moins une séquence de 10 résultats dont certains semblent exceptionnels peut se produire par pur hasard.)

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Figure 3 : Résultats de l’ensemble des 843 tests dans la ferme munichoise, mis en graphique comme dans la figure 1. Les symboles plein représentent deux points de données aux mêmes coordonnées.

Un regard plus large sur l’ensemble des données

La figure 3 présente un graphique des 843 résultats. L’œil humain est particulièrement apte à repérer des patterns dans de tels ensembles. Remarquez comme certains points semblent suivre des courbes dans plusieurs régions du graphique. La figure 3 ne ressemble pas le moins du monde aux attentes de la figure 1. On a plutôt une impression générale d’une distribution aléatoire. Pour vérifier cette interprétation, les résultats réels peuvent être comparés avec les résultats d’une véritable randomisation. Pour ce faire, les choix des sourciers ont été aléatoirement associés à des emplacements de tuyau d’autres séries de tests (les valeurs x et y des points de la figure 3 ont donc été aléatoirement déplacés). Les résultats de deux de ces randomisations sont montrés en figures 4a et 4b. Il serait difficile de prétendre que les vrais résultats (figure 3) montrent une meilleure concordance avec les attentes (figure 1) que les randomisations en figure 4.

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Figure 4 : A et B : Deux ensembles de résultats tirés aléatoirement. Les prédictions des sourciers ont été aléatoirement associées aux emplacements de tuyaux d’autres séries de tests. Les symboles plein représentent deux points de données aux mêmes coordonnées.

Se baser sur une impression visuelle peut sembler une approche peu rigoureuse. Pour introduire un minimum de quantification, on peut diviser le graphique en carrés de 2,5 mètres de côté et compter les points à l’intérieur. Certains comptages sont présentés en figure 5. Nous rappelons que même des performances mauvaises devraient donner peu d’observations dans les régions supérieur gauche et inférieur droit d’un tel graphe (figure 1e). En sommant les points de ces deux régions, le total (90) se trouve être même supérieur à la somme des carrés sur la diagonale (87). Quelqu’un de peu scrupuleux pourrait aller jusqu’à parler de don anti-sourcier.

Quelques individus exceptionnellement doués ?

Les chercheurs de l’étude de Munich voudraient certainement protester contre un tel traitement de leurs données, en faisant remarquer que des performances exceptionnelles comme celles de la figure 2 sont noyées par les résultats des mauvais candidats. Une affirmation qui perd un peu du poids lorsqu’on se rappelle que la figure 3 contient les résultats des 43 sourciers (sur 500) qui avaient été sélectionnés comme les plus talentueux sur base des tests préliminaires. Néanmoins, la possibilité d’un don hors du commun par quelques rares individus mérite une plus grande attention.

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Figure 5 : Nombre de prédictions en quadrats sélectionnés sur base de la figure 3, subdivisées en carrés de 250 centimètres de côté.

Dans le rapport final, deux autres séries de tests (en plus de ceux de la figure 2) ont été jugées particulièrement impressionnantes par les chercheurs eux-mêmes. Les résultats des trois séries sont présentés dans la figure 6a. Il y avait également quatre autre séries (de trois autres sourciers) dont les chercheurs ont jugé qu’elles indiquaient des performances moindres mais tout de même remarquables ; ces résultats sont repris dans la figure 6b. Ces deux graphes des « meilleures » séries présentent les résultats de l’expérience entière sous leur jour le plus favorable. Malgré de nombreuses erreurs, il y a effectivement un bon nombre d’essais qui se trouvaient très proches de la vraie position du tuyau.

Mais ces résultats justifient-ils l’affirmation du rapport final, selon laquelle « quelques rares sourciers » étaient exceptionnels ? Certainement pas ! Chacun des 6 sourciers dont les données sont en figures 6a et 6b ont participé à d’autres séries de test, et ces auto-réplications (figures 6c et 6d) sont pour le moins banales : tout aussi éparpillés que les résultats généraux (figure 3). Ce que cela veut dire, c’est que parmi les 104 séries de tests, quelques-unes semblaient intéressantes, mais les sourciers responsables pour ces dernières se sont révélés incapables de reproduire de tels résultats dans des tests identiques. Et sept séries sur 104 (chacune avec une probabilité inférieure à 0,05 selon les statistiques douteuses des chercheurs) n’est pas foncièrement différent de ce à quoi on s’attendrait par chance avec des statistiques ordinaires. Les « dons » de sourcier des expériences de Munich se sont révélés non reproductibles parmi 500 candidats, ni dans le groupe des 43 sélectionnés pour leur bonne performance lors de tests préliminaires (figure 3) ; ni non plus par les 6 individus spéciaux qui ont montré à une occasion ou l’autre des réussites plutôt frappantes.

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Figure 6 : Morceaux choisis des performances des sourciers. A : résultats des trois sets de données que les chercheurs considéraient comme les « meilleurs » des 104 séries ; B : résultats des 4 séries de tests de trois sourciers, également considérés par les chercheurs comme étant exceptionnellement réussis ; C : résultats des autres séries de tests des sourciers de la sous-figure 6A ; D : résultats des autres séries de tests des sourciers de la sous-figure 6B ; Dans A et C, les cercles plein représentent le sourcier #99 (dont les résultats sont également présentés en figure 2), les cercles vides représentent le sourcier #18, et les triangles vides représentent le sourcier #108. Dans B et D, les cercles plein représentent le sourcier #23, les cercles vides représentent le sourcier #110, et les triangles vides représentent le sourcier #89. Des graphiques supplémentaires de ces six sourciers sont présentés en figures 2 et 3 dans Enright, 1995. Il est difficile de déceler dans ces graphiques le moindre indice d’une performance supérieure au reste des sourciers.

Une stratégie alternative simple

Il y a une autre façon d’évaluer les résultats des sourciers ayant fourni les « meilleurs » résultats de la figure 6. Supposons qu’ils aient à chaque fois laissé leur équipement de sourcier à la maison, dans le placard, et aient systématiquement choisi lors des tests la position du milieu de la ligne. Comme montré dans la figure 7b, chacun des six « meilleurs » sourciers auraient eu de meilleurs résultats avec cette stratégie plutôt qu’en utilisant leur matériel, selon l’erreur moyenne quadratique, une mesure courante de fiabilité (similaire à la déviation standard).

L’erreur moyenne quadratique donne beaucoup de poids aux erreurs les plus grandes, mais ces résultats peuvent aussi être analysés par un différent critère qui n’a pas cette propriété : l’écart moyen absolu (les valeurs absolues sont préférables : une simple moyenne d’une erreur 2 mètres à gauche et d’une autre 2 mètres à droite donnerait un résultat parfait). Avec cette mesure, montrée dans la figure 7a, cinq des six « meilleurs » auraient commis moins d’erreurs avec la stratégie du milieu. Quant au sixième, dont les tentatives étaient légèrement meilleures que cette stratégie du milieu, l’avantage n’est que de 4 millimètres. Une amélioration moyenne de 4 millimètres par un sourcier sur six (ou sur 43, ou sur 500) le long d’une ligne de 10 mètres permet très difficilement de justifier le temps et l’effort fourni par les chercheurs et sourciers investis dans ce projet, sans parler des 400 000 marks pris sur les deniers du contribuable allemand.

Sur base de ces résultats (figures 3, 5, 6 et 7), les expériences de Munich représentent un échec aussi complet qu’on puisse imaginer sur les prétendus dons des sourciers.

Un épilogue pathétique

Le Professeur Betz (principal porte-parole de l’étude de Munich) et ses collègues ont publié une réponse (Bets, H.-D., König, H. L., Kulzer, R. Trischler, R. and J. Wagner 1996) à mes critiques (Enright 1995). C’était une défense plutôt faiblarde (Enright 1996), mais de tels échanges font partie du processus normal des controverses scientifiques.

À la suite de cela, le Prof. Betz (1997) a publié un article dans un journal de seconde zone qui a franchi les limites éthiques de l’activité scientifique. Dans cet article, il a affirmé que, suite à une correspondance scientifique soutenue, j’avais concédé la validité de ses propres analyses et interprétations des données de Munich.

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Figure 7 : Erreurs des sourciers (moyenne des valeurs absolues dans les carrés plein) comparées aux erreurs obtenues en choisissant systématiquement le milieu de la ligne d’essai (également en moyenne des valeurs absolues sur les traits horizontaux). B: Erreurs moyennes quadratiques des sourciers comparées aux EMQ obtenues en choisissant le milieu de la ligne d’essai, avec symboles identiques qu’en A.

C’est une affirmation totalement et catégoriquement fausse. Ma seule correspondance avec le Prof. Betz (ou toute autre personne de son laboratoire) depuis la publication de ma première critique (Enright 1995) consistait en un email envoyé en juillet 1997, et qui traitait uniquement d’une demande de documentation à propos de procédures statistiques qui lui avaient été attribuées et qui me semblaient non plausibles. Il n’a pas répondu à ce message, que j’ai renvoyé en août 1997, et qui est de nouveau resté sans réponse. Deux e-mails sans réponse ne constituent pas une « correspondance scientifique soutenue ». Que ce soit dans les articles publiés, dans une correspondance ou même dans une conversation occasionnelle, je n’ai jamais même suggéré que j’acceptais les analyses et interprétations de Betz sur les données de Munich. Les résultats présentés ici ainsi que dans la littérature scientifique (Enright 1995, 1996) fournissent une démonstration tellement claire de l’inefficacité de la radiesthésie qu’affirmer que j’ai retiré mes critiques est une accusation aussi insultante que fausse.

Conclusion

Les expériences de radiesthésie de Munich représentent le test le plus exhaustif jamais entrepris sur l’hypothèse d’une mystérieuse capacité qui permettrait à des sourciers de détecter des sources cachées d’eau. L’expérience a été faite dans une atmosphère bienveillante, sur un groupe de candidats précautionneusement sélectionnés, avec des contrôles rigoureusement mis en place sur de nombreuses variables d’intérêt. Les chercheurs eux-mêmes ont conclu que les résultats avaient démontré avec succès des capacités de sourcellerie, mais une ré-examination des données indique qu’une telle interprétation ne peut être considérée comme rien de plus qu’un vœu pieux. En réalité, il est difficile de concevoir un ensemble de résultats qui soit une plus forte réfutation de cette capacité que s’attribuent les sourciers. Ces expériences peuvent et doivent être considérées comme un échec décisif des sourciers.

Il semble peu probable qu’une étude expérimentale future rigoureuse puisse produire des résultats plus favorables que ceux de l’étude de Munich. Une atmosphère encore plus bienveillante, avec encore plus de concessions pour satisfaire leurs souhaits, est difficile à imaginer. Vu les résultats de cette expérience, il est peu probable qu’un sponsor puisse vouloir financer une étude encore plus grande pour détecter des capacités extrêmement faibles (qui pourraient avoir été noyées dans le bruit statistique). Il est intéressant de noter que le US Geological Survey avait conclu bien plus tôt [Ellis 1917] que les tests des sourciers « … représentaient une mauvaise utilisation des fonds publics ». Il semble opportun de réitérer ici la conclusion générale tirée de ces analyses (Enright 1995) :

(Ces)… expériences sont non seulement la plus exhaustive et rigoureuse étude scientifique sur le sujet jamais faite, mais – si la raison l’emporte – elles représentent également la dernière grande étude de la sorte à être entreprise. (Enright 1995, 369).

Mais étant donné la vigueur avec laquelle Betz et collègues ont défendu leurs conclusions positives (Bets et al. 1996), et au vu de l’histoire déprimante d’autres affirmations du domaine de l’occulte, on est en droit de se demander si, en effet, la raison l’emportera (Enright 1996).

Remerciements

Cette recherche a été soutenue par la National Science Foundation via la bourse BNS 93-13038. L’essence de cet article a été présentée en conférence lors du deuxième congrès mondial des sceptiques, à Heidelberg, Allemagne, en juillet 1998.

Références

  • Betz, H.-D. 1997. Neue Ergebnisse der Rutengängerforschung. Wetter-Boden-Mensch (Zeitschrift für Geobiologie) 5: 55-59.
  • Betz, H.-D., H. L. König, R. Kulzer, R. Trischler, and J. Wagner. 1996. Dowsing reviewed — the effect persists. Naturwissenschaften 83: 272-275.
  • Ellis, A. J. 1917. Water-supply Paper 416, Department of the Interior, U.S. Geological Survey, Washington, D. C.: Government Printing Office.
  • Enright, J. T. 1995. Water dowsing: The Scheunen experiments. Naturwissenschaften 82: 360-369.
  • Enright, J. T. 1996. Dowsers lost in a barn. Naturwissenschaften 83: 275-277.
  • Wagner, H., H.-D. Betz, and H. L. König, 1990. Schlußbericht 01 KB8602, Bundesministerium für Forschung und Technologie.
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5 commentaires sur “Tests de radiesthésie : l’échec des expériences de Munich

  1. Merci pour ce billet. Il est étonnant que le critique n’ait pas pris la peine de calculer la probabilité que le résultat 6a n’arrive pas hasard.en prenant par exemple une erreur acceptable de plus ou moins 10 cm. Il aurait alors calculé que la probabilité que ce score arrive par hasard, même avec 43 sourciers indépendants, est de l’ordre du dix-millième. C’est troublant. Je précise: je ne crois pas une seconde aux sourciers.

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  2. Regardons la figure 6a, « best of the best ». On note qu’il y a au total 26 points. On note que la surface comprise entre les deux droites qui délimitent les + ou – 10% de la première bissectrice représente 17% de la surface totale. On note qu’il y a 15 points dans cette surface. La loi binomiale indique que la probabilité pour un sourcier de placer au moins 15 points dans cette surface par hasard parmi 26 est de 3.3*10^-6. Si l’on considère 43 sourciers indépendants, on en déduit que la probabilité qu’au moins un sourcier parmi 43 parvienne à placer 15 points dans la surface parmi 26 par hasard est d’environ 1.4*10^-4. Soit un peu plus d’un dix-millième. Je peux détailler davantage les calculs, mais le format des messages ne s’y prête pas vraiment. Si c’est nécessaire, je peux essayer cependant. A vous de me dire.

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  3. Il y a, il me semble, plusieurs problèmes dans ce calcul :
    1) avec une marge d’erreur considérée comme acceptable de 10 cm, je compte une surface de 19%, pas 17%. Ces 2% de différence, ça me fait quand même monter d’un ordre de grandeur pour la proba selon la loi binomiale: j’obtiens 1.37*10^-5.

    2) tu parles d’un sourcier sur 43, mais les résultats présentés en 6a concernent trois sourciers. Or, il y a 12341 façons différentes de tirer 3 sourciers parmi 43. Du coup, j’obtiens une probabilité de 0.17. Je ne suis pas certain cependant que je puisse simplement multiplier ces deux résultats.

    3) mais surtout le plus important: il faut tenir compte de l’ensemble des données disponibles. Si on fait la cueillette des données qui nous arrangent, alors oui, il faut pas s’étonner que ça donne de bons résultats. Ici, non seulement les 3 meilleurs ont été choisis après coup, mais en plus on ignore dans la figure 6a le reste de leurs tentatives qui, régression vers la moyenne oblige, sont beaucoup moins spectaculaires (cf figure 6c).

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