[Debunking] Créationnisme dans une école hors contrat des Yvelines (difficulté : moyenne) (8600 mots / ~30 mins)

Darwin as monkey on La Petite Lune.jpg

Résumé lapidaire de ce long billet :

Too Long ; Didn’t Read …

  • Le propos tenu dans la conférence analysée dans ce billet est une présentation réductrice de l’historique de la théorie darwinienne de l’évolution
  • Il attribue par erreur des concepts à des scientifiques qui n’en ont pas la paternité, avec plusieurs décennies de décalage
  • Il ne comprend pas les concepts de micro et macro évolution
  • Il rejette sans motif valable le concept de macro évolution
  • Il ne semble pas comprendre les bases génétiques de la vie et l’unité du vivant
  • Pas plus que la correspondance entre génotype et phénotype
  • Ni le concept d’espèce biologique, qu’il confond (volontairement ?) avec le concept non scientifique de « race »
  • Tous ses exemples sont approximatifs et utilisés à mauvais escient et prouvent souvent le contraire de ce qu’il essaye d’expliquer
  • Il fait une présentation erronée sur le plan philosophique du néo-darwinisme, et inexistante sur le plan scientifique
  • Le niveau général de connaissance et de maîtrise des concepts présentés est plus que médiocre et ne peut en aucun cas constituer un enseignement ou un complément d’enseignement dans le cadre d’un cours de SVT en collège ou en lycée toutes filières confondues
  • L’illettrisme scientifique et les biais de raisonnement ici mis en évidence sont également à la base de mouvances anti scientifiques et rétrogrades très répandues dans le public et les médias : pseudo-médecine, spiritualités New-Age, anti-vaccinisme, pseudo-écologie… et justifient ce débunking.

Si par hasard vous accordiez du crédit au contenu de la conférence ici critiquée, vous gagneriez probablement à lire ce billet dans son entièreté.

Accéder directement à la deuxième partie de cette analyse.

Le 3 janvier 2015 a été mise en ligne par le site Médias-Presse-Info une vidéo intitulée « La théorie de l’évolution dans les manuels de SVT – Analyse de l’abbé Frament ». On la retrouve sur la chaîne Youtube du média, intitulée « L’évolution selon les manuels de SVT : ils sont inexcusables ! ».

On apprend dans les descriptions qui accompagnent les vidéos que la personne que nous allons écouter est monsieur l’abbé Jean-Baptiste Frament, professeur au Lycée hors contrat Saint-Bernard de Bailly, et qu’il donne cette conférence organisée par le prieuré de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X de Versailles et enregistrée par Médias-Presse-Info TV. La description nous apprend également qu’il a analysé le contenu des manuels de SVT des classes de terminale sur la théorie de l’évolution et qu’il présente là le détail et les conclusions accablantes de son « étude ».

Dans cette conférence d’un peu plus d’une heure, l’abbé Frament parle donc de l’évolutionnisme. Il s’attèle d’abord à introduire son sujet, le pourquoi de cette conférence, puis à faire une présentation historique de l’évolutionnisme. Il expose ensuite les principes clefs de la théorie de l’évolution, puis s’attache à la façon dont ceux-ci sont présentés dans les manuels scolaires, tout en expliquant en quoi la théorie de l’évolution est fausse et mensongère.

Dans ce premier billet d’une série de plusieurs, je vais m’attacher à passer en revue les 10 premières minutes de cette conférence. Je m’arrêterai temporairement à ces 10 mins car cela correspond au découpage de la conférence par son auteur : ici l’introduction et la présentation de la théorie darwinienne de l’évolution. Par ailleurs, le discours de l’abbé Frament est déjà très fourni à ce stade là et nous aurons fort à faire avec ça. Vous n’êtes pas obligés de lire chaque paragraphe pour comprendre les autres. Il s’agissait pour ce premier billet au moins, de tendre vers l’exhaustivité afin de mettre en lumière le cumul des biais et d’y répondre de manière pédagogique.

La longueur importante de ce billet ne tient qu’au fait de devoir totalement réexpliquer ce qui se révèlera mal digéré à la base et ne pourra donc qu’être mal présenté par l’enseignant. L’inconsistance ici mise en lumière des connaissances fondamentales nous épargnera plus tard de revenir avec un tel soucis de pédagogie sur la qualité des arguments anti-évolutionnistes présentés dans la suite de la vidéo, dès lors qu’ils ne sont basés sur aucune connaissance fiable, et que la plupart ne seront que des redites d’arguments éculés et déjà discutés par ailleurs (ctrl+f ‘critiques adressées à la théorie’).

Au cas où vous ne me croyiez pas quand je cite le contenu de la conférence, vous pouvez vous référer au time code de la vidéo youtube, indiqué au format 1m30s.

Les citations du conférencier sont grisées pour bien les distinguer de mes réponses. Elles se trouvent également entre « guillemets », mais dans la mesure où il s’agit de la retranscription d’une conférence, d’un langage parlé, cela ne correspond pas exactement à des citations littérales. J’ai en effet souvent repris légèrement les formulations pour faciliter leur compréhension à l’écrit. Au cas où vous constateriez des différences trop importantes entre l’audio et l’écrit, n’y voyez aucune malhonnêteté et n’hésitez pas à me le signaler.

N’hésitez pas à vous rendre directement à la conclusion résumée (TL ; DR) à la toute fin de ce billet.

Vous pouvez également visionner cet épisode de Tronche de Fake, de la chaîne Youtube La Tronche en Biais, analysant cette même conférence de l’abbé Frament et mise en ligne ce même jour :

Introduction de la conférence

Nous apprenons à 0m55s que cette conférence est donnée aux élèves, qu’elle l’a déjà été l’année dernière (en 2014 j’imagine) et qu’elle le sera probablement chaque année (1m10). A 2000 voire 3000 euros l’année, comme l’indique le prédécesseur de l’abbé Frament dans cette vidéo de présentation de l’école, l’abbé Bernard de Lacoste, il est à espérer que cette conférence sera digne du Collège de France.

L’abbé Frament explique que la « réponse à l’évolution » est déjà donnée du point de vue philosophique en cours de philosophie, et du point de vue théologique en cours de doctrine (1m05), mais qu’il lui a été demandé dans le cadre de cette conférence de voir la question plutôt du côté des « arguments scientifiques » (1m10).

Il est donc clair que le conférencier va s’avancer sur le terrain de la science, et que nous allons lui répondre sur le même terrain. Pas question ici donc d’anticléricalisme de principe ou de faith bashing. J’invite donc tous les croyants, catholiques ou non, qui souhaiteraient porter un regard critique sur cette conférence, à se décrisper et à rester parmi nous pour cette revue : nous ne parlerons que de faits scientifiques, à l’invitation de l’abbé Frament, et chacun est le bienvenu sur cette page, quelle que soit son opinion en matière de religion.

Le conférencier détaille rapidement le contenu de sa présentation et finit par évoquer les « impasses et les problèmes que posent la théorie générale de l’évolution » qu’il ne détaille pas encore (2m10). A ce propos, il évoque les élèves qui, lorsqu’il leur expose cela, « demandent pourquoi les évolutionnistes enseignent encore l’évolution, ou pourquoi s’obstinent-ils » (2m15).

Cette dernière question pleine de candeur trouvera une réponse extrêmement claire à la fin de ce billet, et je vous invite à vous en souvenir dès à présent.

La présentation de la théorie de l’évolution

Une définition abusivement approximative de ce qu’est une théorie scientifique

Comme on l’attend dans une bonne présentation, l’abbé commence par définir les termes :

« une théorie […] c’est un ensemble d’hypothèses et une hypothèse n’est valable que dans la mesure où elle est confirmée par les faits. Les scientifiques fontt des hypothèses pour expliquer la nature, et éventuellement ils vont confirmer ces hypothèses par les expériences ou par les faits, et quand on a un ensemble d’hypothèses, on appelle ça une théorie » 2m40.

On comprend aisément au travers de cette définition qu’une théorie, en l’occurrence une théorie scientifique, est donc quelque chose d’extrêmement fragile, fondamentalement hypothétique. Car l’abbé ne précise pas effectivement dans quelle mesure les hypothèses à la base d’une théorie doivent être valides pour étayer cette théorie. Il ne précise pas d’ailleurs qu’on teste contre une hypothèse, qu’on la met à l’épreuve, et non pas qu’on « essaye de la confirmer ». Non. Il n’insiste pas sur le processus de validation d’hypothèse en science, mais sur la simple notion d’hypothèse.

A l’évidence, il nous est servi ici, sans échauffement, le bon vieil argument du « ce n’est qu’une théorie », sous entendant qu’une théorie scientifique est quelque chose d’hypothétique. Il n’en est évidemment rien : une théorie scientifique est un modèle explicatif constitué de très nombreuses et très solides preuves indépendantes et convergentes, venant de différents champs disciplinaires et pointant toutes de manière cohérente dans la même direction. Ces preuves sont d’ordre expérimental aussi bien qu’observationnel, et confèrent à la théorie une très forte capacité de prédiction. C’est-à-dire que ce que l’on sait est tellement solide, le modèle est tellement puissant, qu’il nous permet de prédire des choses que nous n’observons pas encore. Quand ces choses deviennent observables, on s’aperçoit qu’elles confirment les prédictions permises par le modèle.

Une théorie scientifique est donc quelque chose d’extrêmement solide sur le plan des connaissances. Celles-ci représentent l’ossature de la science moderne. On peut citer par exemple la théorie atomique, la théorie cellulaire, la théorie microbienne, la théorie de la tectonique des plaques

Dans le cas de la théorie de l’évolution, nous avons entre autres choses des preuves anatomiques, des preuves embryologiques, des preuves moléculaires… Les preuves venant de ces différentes disciplines se confirment indépendamment les unes des autres, c’est-à-dire que les connaissances que nous apporte l’anatomie comparée par exemple sont confirmées par ce que nous dit l’étude de l’ADN de manière indépendante, cohérente, et non contradictoire comme nous le verrons plus loin. Cette réalité de ce qu’est une théorie scientifique est bien entendu en totale contradiction avec l’affirmation que fait l’abbé à 3m05, qu’une théorie serait assimilable à une chaîne dont la robustesse serait fonction du plus faible de ses maillons. Par définition, une théorie scientifique n’est pas assimilable à un tel objet, et la rupture de l’un de ses maillons faibles ne permet pas nécessairement de faire vaciller la théorie.

L’abbé joue donc ici sur l’acception courante du terme théorie, qui renvoie plutôt à quelque chose de faible, hypothétique, peu réfléchi, en ignorant la véritable définition d’une théorie scientifique.

Cette entrée en matière me pose bien entendu question. Soit l’abbé ne connait pas la définition d’une théorie scientifique, et cela est très problématique venant de quelqu’un qui entend présenter devant un public une analyse critique d’une telle théorie ; soit il trompe intentionnellement son auditoire en faisant mine d’ignorer la définition dont il est véritablement question ici, ainsi que le fait qu’il s’agit là d’un argument créationniste éculé ignorant la réalité. Dans les deux cas, nous ne pouvons que difficilement concevoir que quelqu’un ayant fait une étude critique honnête et sérieuse du sujet puisse commettre d’emblée un tel contresens.

Conformément au rasoir d’Hanlon, nous privilégierons la première hypothèse, celle de l’ignorance. Mais de fait, nous devons constater que la toute première assertion de cette présentation, à 2m40, est déjà fondamentalement fausse et trompeuse (même si cela n’est pas intentionnel). Nous sommes donc avertis pour la suite.

Un non-historique de la théorie de l’évolution

L’abbé présente rapidement l’origine de la théorie. Il ne parle en fait que de Lamarck et Darwin pour cela (3m40) en expliquant que Jean-Baptise Lamarck a été le premier à proposer cette théorie (3m54).

Il est vrai que Lamarck a proposé le premier véritable modèle évolutionniste via l’héritabilité des caractères acquis en 1809. On sait aujourd’hui que ce modèle est erroné, comme le précise d’ailleurs le conférencier (4m30). Cependant, la reconnaissance de la nature dynamique de la vie dans le passé par Lamarck a été un jalon important dans le développement de la théorie de l’évolution.

Toutefois, il faut souligner que les sciences de l’évolution qui naissent à cette époque là ne sont pas nées ex nihilo. En effet, cela n’a été possible que sur la base des avancées d’autres disciplines et savants, dont les observations tendaient toutes dans la même direction, factuellement opposées à la conception théologique du monde d’alors.

Ainsi, la science de l’évolution reposait également sur les travaux de James Hutton qui en 1788 déterminait que l’âge de la Terre s’évaluait en millions d’années, ce qui ouvrait la voie aux preuves géologiques permettant de calculer le temps nécessaire aux processus de l’évolution des organismes. Ces travaux de Hutton ont été redécouverts et très enrichis par Charles Lyell en 1830 qui a produit encore plus de preuves géologiques. Ces données géologiques étaient à mettre en relation avec les fossiles auxquels elles étaient corrélées. En cela, les travaux de Robert Hooke en 1665 ayant permis de montrer que les fossiles étaient des restes d’organismes et que cela permettait d’observer l’histoire de la vie passée sont également fondamentaux. Sur cette base, Georges Cuvier pouvait, en 1796 étudier de manière extensive le registre fossile et démontrer sa très grande variation en fonction des strates géologiques dans lesquelles ils se trouvaient. John Ray en 1660 et Carl von Linné en 1735 allaient jeter les bases de la classification des êtres vivants, essentielle à la compréhension du processus de l’évolution. En 1798, Thomas Malthus fondait la démographie et développait le concept de caractère avantageux à la survie. Enfin, Erasmus Darwin, le grand père de Charles Darwin, pouvait avancer en 1794 la notion de changement physique des organismes dans le passé, et Lamarck produisait en 1809 le premier véritable modèle d’héritabilité des caractères physiques.

Voilà pour les jalons minimalistes de l’historique pré-darwinien de la théorie de l’évolution. Bien entendu, il n’est aucunement exhaustif. Ils permettent de se faire une idée plus honnête du caractère transdisciplinaire des sciences de l’évolution naissantes, de la géologie à la paléontologie en passant par l’anatomie, la démographie et la taxonomie. De nombreuses disciplines et savants ont contribué par leurs observations indépendantes et convergentes à la naissance de la théorie de l’évolution.

Sans parler d’erreur, nous serions en droit d’attendre, dans une conférence sur la théorie de l’évolution, un historique, même lapidaire, qui rende effectivement compte du processus à l’origine d’une branche fondamentale de la biologie actuelle, ce qui n’est pas le cas ici.

L’attribution erronée de concepts scientifiques à Darwin

Le conférencier poursuit : « Darwin est arrivé ensuite et il a donné deux théories » 5m15, « la première qu’on appelle habituellement la théorie de la micro évolution (l’évolution à l’intérieur des espèces) connue par ses études sur les pinsons des Galápagos, suite à des mutations génétiques dues au hasard ou à une sélection naturelle ou à un isolement géographique de telle ou telle partie de la population, on arrive à un changement d’espèce et cette théorie est assez exacte ».

Nope.

Il est vrai que Darwin est « arrivé ensuite », puisqu’il publie L’Origine des Espèces en 1859 (ses travaux étaient cependant largement connus bien avant). En revanche, il ne propose pas deux théories dont l’une serait la théorie de la micro évolution, et on le devine même si l’abbé ne l’a pas encore précisé, l’autre serait la théorie de la macro évolution.

D’abord parce que ce ne sont pas deux théories différentes, c’est le même processus, décrit par la même théorie, à deux échelles différentes.

Ensuite parce que Darwin n’est pas à l’origine de ces concepts, qui ont été forgés en … 1927 par Yuri Filipchenko, entomologiste, qui, paradoxalement, n’était pas darwinien. Ces concepts seront popularisés dans la communauté scientifique internationale par Theodosius Dobzhansky dans une publication de 1937 qui sera fondamentale dans la formulation de la théorie synthétique de l’évolution quelques années plus tard. Dobzhansky que vous connaissez peut être pour cette phrase célèbre : « Rien n’a de sens en biologie, sinon à la lumière de l’évolution ».

En l’espace de quelques secondes, et toujours sur des fondamentaux, on peut donc considérer ici une volée de deux nouvelles erreurs factuelles majeures de la part du conférencier.

Incompréhension de termes simples ?

L’abbé ajoute : « donc il y a une certaine évolution, mais on reste dans la même espèce » (6m54).

Nope.

S’il cite les pinsons des Galápagos (maintenant on dit « géospizes ») étudiés par Darwin en 1835, alors il ne parle pas de micro évolution, puisqu’on parle bien d’espèces différentes d’oiseaux, à savoir différentes espèces de pinsons (différents géospizes), à savoir donc un processus observé au dessus du rang de l’espèce, donc au-delà de l’échelle micro évolutive, ou ayant permis divers évènements de spéciation, à l’échelle macro évolutive.
L’abbé illustre cela par un exemple qu’on devine être celui de la phalène du bouleau, une espèce de papillons dont l’évolution de la couleur est connue pour être soumise à la pression de sélection exercée par leurs prédateurs en fonction d’un contexte de pollution atmosphérique changeante dans le temps et l’espace : « C’est du à une sélection naturelle, et petit à petit, comme les clairs vont se reproduire entre clairs et les sombres entre sombres, et bien on aura une espèce différente. Donc il y a une certaine évolution, mais on reste dans la même espèce ». (6m35). Oui, l’abbé vient bien de dire tout et son contraire dans la même phrase.

En clair, l’abbé illustre malgré lui le concept de macro évolution par celui de micro évolution pour expliquer que la macro évolution n’existe pas.

Cela n’est pas si idiot que cela, car effectivement, comme on l’a dit plus haut, micro et macro évolution ne sont pas deux processus différents : c’est le même processus observé à deux échelles différentes. Il est donc extrêmement précaire de prétendre accepter l’un et refuser l’autre sans s’emmêler les jambons.

Et de plus belle, à propos des pinsons : « c’est qu’avec le temps ils n’ont plus été capables de se reproduire entre eux, non pas pour des raisons génétiques de chromosome ou autre, mais pour des raisons physiques » (7m10). Il illustre cela par l’exemple des races canines créées par l’Homme qui va : « sélectionner des critères particuliers, mais à force de sélectionner ces critères, bah il est clair qu’un chihuahua aura du mal à se reproduire avec un danois, question de taille, et pourtant c’est la même espèce […] On a le même patrimoine génétique, on a sélectionné certains critères accidentels, mais de fait, si on regarde certaines définitions de l’espèce on à faire à deux espèces de chiens différents, mais actuellement pour les chiens on parlera de race et non d’espèce. Alors que pour les pinsons des Galápagos, ah bah non, c’est deux espèces différentes, elles ne se reproduisent pas entre elles. Il y a un glissement de sens, parce que, ils le disent maintenant, la notion d’espèce est mal définie » (7m36).

Il est nécessaire de démêler clairement ce fouillis dont la nature anti-scientifique ne fait plus de doute à ce stade.

D’abord, il semble une nouvelle fois accepter la spéciation (donc la macro évolution), ce qui est en contradiction même avec ce qu’il essaye d’expliquer.

La première affirmation de l’abbé porte sur les raisons de l’isolation reproductrice des différentes populations de pinsons et ayant abouti à leur spéciation. Il semble postuler –cette assertion devra trouver son utilité plus tard- que cette isolation n’a pas de cause génétique, seulement morphologique.

On pourra lui demander, selon lui, par quoi sont codés les caractères morphologiques des êtres vivants (réponse : par les gènes). On peut renouveler la question à propos des caractères sélectionnés chez les chiens : selon lui, par quoi sont déterminés les caractères physiques sélectionnés et transmis de génération en génération ? Pourtant, à 7m36 il dit bien « on a le même patrimoine génétique, on a sélectionné certains critères accidentels ». Je ne sais pas exactement ce que sont des critères accidentels, mais il a bien intégré l’existence d’un  patrimoine génétique. Mais apparemment il ne fait pas de corrélation entre ce génotype, et le phénotype morphologique qui est la manifestation physique de l’expression de ce génotype.

Pourtant, c’est à un moine augustinien, Gregor Mendel, que l’on doit la découverte en 1865 de la notion de gène et a fortiori des véritables mécanismes de l’hérédité. Cette découverte lui a été permise par l’observation de la transmission de génération en génération de différents caractères physiques de pois. Mendel à découvert que lorsqu’il sélectionnait des caractères physiques particuliers, il sélectionnait en fait les gènes responsables de l’expression de ces caractères.

Larsen, 2010.
Larsen, 2010.

Cette affirmation imprécise semble en l’état assez inutile. C’est que l’argumentation, dont on sait désormais qu’elle est au mieux approximative, au pire totalement erronée, va également devenir de plus en plus confuse et illustrer une troisième sorte d’écueil : la non maîtrise des éléments les plus basiques, qui n’excèdent pas le niveau du programme de Lycée, que le conférencier va pourtant s’attacher à critiquer plus tard. Nous n’en sommes pas encore à 10 minutes de visionnage, et nous pouvons déjà être scandalisés par la médiocrité de l’information et la très faible maîtrise de celle-ci par celui qui la diffuse. Entendons-nous bien, ce n’est pas grave de ne pas savoir, ce n’est pas grave de ne rien y connaître en sciences de l’évolution ou en science en général. Ce n’est en rien répréhensible ni honteux. Néanmoins, nous avons ici à faire à quelqu’un qui fait cette conférence au titre de son rang d’enseignant, conférence dont on apprend qu’elle est également dispensée à des enfants, et non seulement à des adultes non spécialistes dans le cas de cet enregistrement.

Il pourra se justifier plus tard de ne pas être spécialiste et d’avoir le droit à l’erreur. Mais dans ce cas, pourquoi endosser la responsabilité d’une telle conférence ? Sur quelles bases sérieuses et honnêtes est supposée se baser cette « étude » ? Comment l’abbé a-t-il travaillé ? Comment fait-il une recherche documentaire ? Comment se familiarise-t-il avec des concepts scientifiques qu’il ne maîtrise pas à la base ? Comment accepter de présenter ainsi une conférence alors que la non maîtrise du sujet par son auteur crève les yeux ?

Utilisation erronée des concepts d’espèce biologique et de race

La question de la définition de la notion d’espèce arrive comme pour donner l’illusion de renforcer la solidité du propos. Tout se passe comme si ce flou allégué de la notion d’espèce devait étayer l’allégation de faiblesse de la théorie de l’évolution. Il n’en est rien.

L’abbé Frament s’attache à expliquer laborieusement le concept d’espèce biologique, qui définit une espèce par l’inter fécondité potentielle ou effective des individus qui la composent.

L’exemple des races de chien ne vient en rien entamer le concept d’espèce biologique, et encore moins la théorie de l’évolution comme il semble l’affirmer. En effet, le concept de « race » n’a rien de scientifique, c’est un terme forgé par les éleveurs canins pour définir différentes lignées comportant des caractères purs. Les différentes races de chiens sont bien interfécondes, et leur croisement donne des « batards », ou des chiens de « race mixte », ce qui est un abus de langage car un chien peut ne pas avoir de race particulière. Il appartiendra pourtant toujours à l’espèce biologique naturelle Canis lupus. Il suffit de visiter quelques forums de passionnés pour constater les possibilités offertes par le croisement de races très différentes, la taille ne changeant rien à l’affaire.

D’ailleurs, chez nombre d’espèces, il existe un très fort dimorphisme sexuel de stature entre les mâles et les femelles, comme chez les gorilles (parfois un écart de plus de 100 kg). Cela ne fait pas des mâles et des femelles de ces espèces, des espèces différentes incapables de s’accoupler.

L’abbé enchaîne : « on voit donc qu’on se sert de cette notion floue pour affirmer qu’il y a de nouvelles espèces mais qui viennent génétiquement de la même souche et sont tout à fait compatibles ».

Nope.

On vient de voir que selon la définition de l’espèce biologique, sur laquelle il se repose lui-même, les différentes races canines appartiennent bien à la même espèce. Qu’est ce que « on » essaierait de faire croire à qui ? Il est le seul à avoir prétendu que le concept de race, qui n’est pas un concept scientifique, et n’est pas un synonyme de l’espèce biologique, avait la moindre utilité dans ce propos. Je ne connais pas de terme pour définir ce qui est à la fois un propos confus et une erreur factuelle. Mais nous pouvons acter que cela deviendra la norme dans cette conférence.

A la décharge de l’abbé Frament, il faut reconnaître qu’il avait intégré l’idée que le concept d’espèce pouvait, en biologie, recouvrir plusieurs définitions. L’espèce biologique, qu’il ne comprend que très relativement et sur la quelle il se fonde, l’espèce morphologique, l’espèce écologique, l’espèce paléontologique, ou encore l’espèce phylogénétique.

Pour ne pas alourdir ce billet, je resterai schématique, mais il faut savoir que ces différentes définitions ne servent qu’à définir et comprendre le continuum que représente la vie sur Terre. Elles sont toutes correctes, ont toutes leur utilité et leurs limites et leur existence parallèle s’explique par la difficulté de ranger dans des petites cases intelligibles des phénomènes continus dans la nature et qui n’ont pas de séparations très précises. Ce qu’il faut retenir, c’est que contrairement aux allégations du conférencier, ces définitions, bien qu’elles puissent se recouvrir marginalement, sont cohérentes entre elles et ne sont en rien contraires à la théorie de l’évolution.

Prenons l’exemple de la définition paléontologique de l’espèce. Cette définition ne peut pas se baser sur le critère central d’interfécondité, comme la définition biologique de l’espèce, puisqu’elle repose sur la classification de fossiles d’espèces aujourd’hui disparues. Néanmoins, lorsque l’on classe des espèces selon cette définition, la classification obtenue est cohérente avec la classification des mêmes espèces conduite selon la définition de l’espèce phylogénétique par exemple. Quels que soient les ajustements propres à telle ou telle définition, le sens général de la classification n’est en rien changé et n’est en rien contraire à la théorie de l’évolution.

Imaginons un instant que nous sommes des paléontologues du futur. Nous découvrons sur des sites paléontologiques datés du deuxième et du troisième millénaire après J.-C., différents squelettes de chiens. Précisons que nous avons perdu toute trace historique de la domestication des chiens par l’Homme à cette époque. Ces squelettes sont classés selon leur ressemblance morphologique, sans que l’on puisse préjuger de l’interfécondité des individus de leur vivant (car nous supposons aussi que ces chiens n’existent plus dans le futur). Les paléontologues pourraient être portés à classer ces différents squelettes de chiens dans différentes espèces. Ils constateront que selon les strates archéologiques et les lieux où sont découverts les squelettes, la répartition de chaque espèce n’est pas la même. Ainsi, même en classant ces spécimens dans différentes espèces paléontologiques, alors qu’elles pourraient être réunies dans une même espèce biologique, les paléontologues du futur seront capables de voir et d’archiver l’évolution de ces squelettes dans le temps et dans l’espace. Remontant encore de quelques milliers d’années dans leurs fouilles archéologiques, ils s’apercevront probablement que toutes les espèces semblent descendre d’une espèce unique, qui, passée une certaine époque, est la seule à exister dans le registre fossile : le loup.

Ici, que ces paléontologues du futur regroupent ou scindent leur collection de spécimens en un seul ou plusieurs groupes cohérents, qu’ils appellent ces groupes « espèces », « races » ou « globurghs » ne changera rien à la nature du phénomène qu’ils décriront.

Aujourd’hui, parmi les scientifiques qui étudient l’évolution des fossiles, on distingue les lumpers  et les splitters , c’est-à-dire « ceux qui regroupent » et « ceux qui scindent ». Cela reflète simplement la tendance des uns ou des autres à créer plus ou moins d’espèces différentes dans le même genre de cas de figure que celui de nos paléontologues du futur. Néanmoins, les groupes créés dans les différentes classifications des lumpers et des splitters ne changent rien au sens de ces classifications. Schématiquement, cela consiste simplement à créer plus ou moins de groupes intermédiaires. Cela s’est observé très récemment, lors de la publication du fossile Homo naledi, dont les découvreurs et une partie importante des spécialistes estimaient qu’il était correcte d’en faire une espèce à part entière (ils l’ont donc scindée du reste des fossiles), et ceux qui, plus marginalement, y voyaient une variation d’une espèce déjà existante, en l’occurrence Homo erectus (et donc regroupaient tous ces fossiles ensemble).

Illustrons tout cela par la classification de la superfamille des hominoïdes, à laquelle appartiennent les humains :

Larsen, 2010.
Larsen, 2010.

 

Nous voyons ci-dessus la même classification faite selon deux méthodes différentes, selon les critères anatomiques ou les critères génétiques, soit la correspondance entre les concepts d’espèce morphologique ou phylogénétique. Là où la classification morphologique permet une meilleure compréhension des dynamiques adaptatives selon la sélection naturelle de différents critères anatomiques, la classification génétique permet un meilleur détail des relations de parenté entre les différentes espèces. En effet, cette dernière classification a permis de constater la très grande proximité entre les orang-outans et les autres grands singes non humains que sont les gorilles et les chimpanzés, ainsi qu’une proximité accrue entre les chimpanzés et les humains. De fait, dans cette classification, des sous groupes intermédiaires ont été constitués pour rendre compte de cette plus grande proximité. Chaque arbre évolutif à son utilité et sa limite en terme d’informations dégagées, mais les deux racontent la même histoire évolutive.

On peut souligner que le fait que deux champs disciplinaires différents, utilisant des données différentes, aboutissent indépendamment à des conclusions cohérentes et convergentes est un signe de très grande solidité de ces conclusions, et non pas de faiblesse. Cela en totale contradiction avec l’analogie de la chaîne et du maillon faible faite en introduction par l’abbé. Pour rester dans l’idée, une corde d’amarrage serait probablement une analogie beaucoup moins inexacte : la rupture de l’une de ses fibres entremêlées ne ferait pas céder l’ensemble.

L’unité du vivant : un fait incompris ?

Revenons à l’abbé : « on voit qu’on se sert de cette notion floue pour affirmer qu’il y a de nouvelles espèces mais qui viennent génétiquement de la même souche et sont génétiquement tout à fait compatibles » (8m15).

Nope.

Différentes espèces sont le fruit de l’isolation de deux populations auparavant unies dans une même population mère de sorte à ce que la rupture des échanges de gènes entre ces deux populations conduise à la perte de leur interfécondité. De fait, l’argument laborieux de l’origine génétique commune de deux espèces mis en avant par l’abbé Frament pour justifier l’inexistence des espèces ou la faiblesse de leur définition ne fait aucun sens. C’est bien parce que des espèces sont proches génétiquement qu’on peut affirmer leur parenté commune proche, donc l’évolution. Deux espèces peuvent être très proches génétiquement, car proches parentes, sans être interfécondes, comme les humains et les chimpanzés.

En effet, il est bon de rappeler que l’ADN est le support universel de l’information chez tous les êtres vivants. C’est pour cette raison que la transgénèse fonctionne : le code génétique est identique chez un poisson ou chez une tomate. C’est la raison pour laquelle on parle d’unité du vivant, et c’est même une preuve extrêmement solide de la parenté de tous les êtres vivants existant, en dépit de leur très grande diversité. Le monde vivant est ainsi à la fois caractérisé par sa très forte unité, et sa très forte diversité. Bien entendu, ce fait s’explique par le processus de l’évolution. De fait, tous les êtres vivants actuels viennent d’une souche génétique commune, et partagent une plus ou moins grande partie de leur patrimoine génétique en fonction de l’ancienneté de leur divergence évolutive.

Droits réservés - © 2008 Adapté de Cicarelli et al. (2006, Science), version française par Dosto
Droits réservés – © 2008 Adapté de Cicarelli et al. (2006, Science), version française par Dosto

Je ne sais pas si le conférencier ignore réellement ces éléments, où s’il les omet volontairement. Les deux possibilités sont en tout cas aussi graves l’une que l’autre.

Néanmoins, il continue : « c’est la première théorie de Darwin qui est assez exacte effectivement » (8m30). Le conférencier prête à nouveau ici le concept de micro évolution à Darwin, dont on a déjà vu que c’était une erreur, et en fait une théorie distincte et séparée de ce que serait la deuxième théorie et dont il n’a pas encore parlé, à savoir la macro évolution. Cela constituera un nouveau doublet d’erreurs, puisque Darwin n’est pas non plus à l’origine du concept de macro évolution, et que celle-ci ne constitue toujours pas une théorie distincte de celle que serait la micro évolution.

Un exemple très approximatif : l’évolution de la stature chez l’espèce humaine

Il précise dans la foulée : « l’espèce évolue en fonction des circonstances. On sait par exemple que nos ancêtres étaient plus petits, question de nourriture, question de travaux physiques certainement, le fait de faire des efforts physiques tôt ralentit la croissance et quand on regarde les armures du Moyen-Âge, on voit qu’ils étaient tout petits par rapport à nous. Mais bon, ça reste des hommes, et il n’y a pas de différence spécifique particulière ».

L’espèce évolue en fonction des circonstances. On va admettre volontiers que l’abbé Frament comprend cette phrase et sait pourquoi elle est correcte, mais précisons-le tout de même : les espèces évoluent en fonction des pressions de sélection environnementales.

Imaginons qu’une population de bactéries soit exposée durablement à un antibiotique. Un individu quelconque de cette population de bactéries présente un jour une mutation génétique lui octroyant, d’une manière ou d’une autre, une plus grande résistance à cet antibiotique. Alors que les autres individus souffrent grandement au contact de l’antibiotique, ils ont moins de chances d’arriver à se multiplier. A contrario, l’individu mutant et résistant a plus de chances de se reproduire et donc de transmettre son gène de résistance de génération en génération. Ainsi, au fil des générations, nous verrons ce gène augmenter en fréquence dans la population de bactéries concernée. On dira que cette population évolue. En l’occurrence, c’est le mécanisme qui est à l’origine de l’antibiorésistance.

Le mécanisme que je viens de décrire est celui de l’adaptation génétique. Ces changements génétiques adaptatifs sont une mesure de l’évolution au sein d’une population, caractérisée par la modification de la fréquence des gènes (allèles) disponibles dans cette population de génération en génération.

On sait que la taille des humains est sous un fort contrôle génétique. Notez que cette association gène / caractère physique est de nouveau en contradiction avec les explications de l’abbé concernant la sélection de caractères physiques uniquement, comme s’ils n’étaient pas codés par des gènes. Par ailleurs, il semblerait que les allèles impliqués dans la taille des individus montrent des signes de sélection naturelle.

Mais est-ce bien de cela que parle l’abbé Frament ?

De fait, la capacité génétique maximum des individus quant à leur taille, c’est-à-dire leur capacité à grandir jusqu’à la taille maximum autorisée par leur génétique, est fortement contrainte par les facteurs environnementaux, au premier chef desquels, la mal et la sous nutrition dont les conséquences sont dramatiques. Que nous dit l’histoire récente de la variation de stature dans différentes populations humaines ?

Larsen, 2010.
Larsen, 2010.

Costa et Steckel ont étudié les registres militaires américains afin de connaître la variation de stature des hommes américains d’origine européenne du début du 18e siècle jusqu’en 1960. Le schéma mis en évidence est marqué comme on le voit ci-dessus par d’importantes variations au cours du temps, d’environ 171,45 cm (67,5 pouces) au début des années 1700 à 174 cm (68,5 pouces) en 1830, avant d’entamer une brutale diminution durant les 70 années suivantes. A la fin des années 1800, la taille des soldats augmente à nouveau pour avoisiner son maximum actuel. On constate que cette courbe est tout a fait corrélée à l’accroissement lent et progressif des conditions de vie du 18e siècle, suivi de l’urbanisation rapide et massive des deux derniers tiers du 19e siècle, et de la promiscuité, l’insalubrité, du faible accès à la nourriture et du fort accroissement des maladies infectieuses qui y sont associés. A la fin du 19e siècle, les rapides progrès technologiques et scientifiques en termes d’épuration des eaux usées, d’accès aux denrées alimentaires et de la médecine sont marqués par une très forte augmentation de la taille des soldats.

Cette tendance propre au 20e siècle est appelée tendance séculière, et s’observe partout dans le monde où ces mêmes conditions environnementales sont réunies. A contratio, les populations exposées à des contraintes environnementales comparables à celles rencontrées avant le 20e siècle dans les pays occidentaux sont caractérisées par un développement suboptimal de leur stature.

J’aimerais dès lors connaître exactement les sources sur lesquelles se base l’abbé Frament pour parler de la variation de taille des populations humaines depuis le Moyen-Âge comme d’un marqueur de l’adaptation évolutive. Et de quelles populations ? Où ça ? Quelle période du Moyen-Âge ? Il est vrai que la tendance générale dans la lignée des hominidés ayant conduit à l’Homme, est au gain de taille et son pattern de variation au sein de cette lignée évolutive humaine est encore discuté. L’environnement peut exercer une pression de sélection certes, et pourquoi pas profitable aux individus porteurs de gènes leur octroyant une grande taille. Mais l’environnement exerce également une contrainte développementale faisant pression sur l’expression phénotypique des gènes dès lors suboptimale. C’est d’ailleurs bien de cela que semble parler l’abbé lorsqu’il évoque la « croissance » réduite du fait des facteurs de stress environnementaux. Mais je ne pense pas hélas que l’abbé Frament ne se tracasse de ce genre de détails, et je redoute qu’il n’ait parlé de « Moyen-Âge » qu’au hasard de n’importe quelle époque ancienne qui aurait pu lui passer par la tête à ce moment là pour étayer son propos. Je dois être honnête, je ne m’enquière par de ces questions par candeur : des indices très concrets tendraient à démentir l’abbé Frament. Il semblerait par exemple que les européens d’Europe du nord étaient, durant le Haut Moyen-Âge, au moins aussi grands que les habitants actuels des mêmes régions.

Mais peut-être le problème vient-il des méthodes auxquelles se fie l’abbé pour évaluer ces variations. Il faut savoir que dans tous les exemples donnés ci-dessus, la taille des individus est ou bien connue via des registres, des documents historiques, ou bien via différentes méthodes ostéométriques d’estimation de la stature des individus sur la base de leurs restes squelettiques. On parle respectivement des méthodes forensiques et biologiques de restitution de la stature d’individus. Les méthodes forensiques consistent à rechercher des documents renseignant la taille d’un individu antemortem, comme son passeport ou son carnet de santé. Il existe plusieurs méthodes biologiques mais la plus fiable et utilisée est basée sur la corrélation existant entre la longueur des os des jambes et la stature des individus à travers toutes les classes d’âge. Hélas cette corrélation est très imparfaite et accuse de fortes variations inter populationnelles, ce qui rend l’estimation de la stature de populations très anciennes (médiévales par exemple) sur la base d’équations de régression à partir de la stature connue de populations actuelles, très difficilement généralisable.

Si on a pu utiliser des proxy parfois surprenants pour estimer la stature d’individus anciens, je ne connais clairement pas de méthode fiable, ni de méthode tout court, qui consisterait à estimer la stature de populations anciennes sur la base des dimensions de pièces d’armures plus ou moins bien conservées en guise de proxy. Je pense que même sans esprit particulièrement scientifique, de très nombreux biais possibles vous viendront en tête en imaginant cette éventualité.

Mais au fait, à quoi était supposé servir cet exemple de la stature chez l’espèce humaine ? Probablement à montrer que les populations évoluent mais que ça ne crée pas de nouvelle espèce. Manque de chance, il se sert ici d’un marqueur très mal maîtrisé pour rejeter une nouvelle fois le concept de macro évolution. Mais qui a dit que l’évolution infraspécifique donnait nécessairement lieu à des évènements de spéciation ? Personne, à part lui.

Nous en sommes à peine à 9 minutes d’une conférence durant une grosse heure, et le festival des approximations ne fait que commencer, j’aime autant vous le dire tout de suite, au cas où ce n’était pas encore assez clair.

Une vision simpliste de l’évolution 

Vous connaissez le fameux épisode de South Park mettant en scène Richard Dawkins ? En guise d’entracte dans ce long billet, je vous propose d’en savourer cette scène culte :

Hilarant non ?

L’abbé introduit finalement le concept de macro évolution : « ensuite il y a la deuxième théorie de Darwin qui est l’extension de cette théorie de la micro évolution à ce qu’on appelle la macro évolution » (9m03). Je vous renvoie aux paragraphes précédents concernant la double erreur factuelle que constitue cette explication. Il continue : « par suite de petites modifications successives, on arrive à changer carrément, on passe du poisson au lézard, du lézard au dinosaure, etc.. », il passe une slide montrant l’habituel schéma réducteur et trompeur de l’évolution humaine en expliquant « et on arrive au singe et à l’Homme ».

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Ok, je suis peut être un tout petit peu moqueur, mais c’est sans penser à mal.

Cette description ultra réductrice de la macro évolution que fait l’abbé Frament est bien entendu grotesque. Cette vision naïve d’une évolution linéaire n’a même jamais été celle de Darwin (car je vous rappelle qu’il est supposé présenter là la théorie darwinienne de l’évolution) qui voyait déjà un modèle buissonnant de l’évolution (il parlait de corail de la vie).

Droits réservés - © 2014 Laetoli Production, conception Samba Soussoko, montage photo : PIerre Thomas
Droits réservés – © 2014 Laetoli Production, conception Samba Soussoko, montage photo : PIerre Thomas

On ne passe pas « du poisson au lézard », pas plus que du « lézard au dinosaure » (WTF ?!) et on précisera contre toute attente que l’être humain est un singe.

Les preuves de l’évolution : une présentation partielle et approximative

L’abbé poursuit : « les arguments qu’il apporte [Darwin], c’est ce qu’on appelle l’anatomie comparée. On va comparer les squelettes et on constate que tous les êtres vivants qui respirent ont une cage thoracique, tous les êtres vivants qui marchent ont des jambes, des pattes, et on va comparer ces jambes et ces pattes on va dire, ‘tiens, effectivement, c’est la même fonction, il est possible que l’os se soit déformé sous l’action de ceci et ait donné une nouvelle espèce ». (9m45)

On rappellera d’abord que la théorie de Darwin n’est pas fondée que sur l’anatomie comparée et la paléontologie (que l’abbé cite quelques secondes plus tard). On précisera aussi que « tous les êtres vivants qui respirent » n’ont pas forcément de cage thoracique, comme les végétaux ou les insectes. Je sais, il a l’air de parler spécifiquement des vertébrés, mais c’est tellement peu clair qu’on ne sait jamais.

L’illustration de l’anatomie comparée par le raisonnement de l’os qui se déforme et donne une nouvelle espèce est au mieux très approximative. En fait, on ne comprend pas vraiment –à nouveau- ce qu’il explique, et on peut craindre qu’il ne soit en réalité entrain d’expliquer le modèle lamarckiste, dont il a pourtant dit au tout début qu’on savait aujourd’hui qu’il était erroné. En effet, comment comprendre cette image de l’os qui se déforme et donne une nouvelle espèce ? par l’héritabilité des caractères acquis ? Ou bien doit-on reconstruire une explication cohérente à partir des bribes grossièrement approximatives que l’abbé veut bien nous donner et imaginer qu’il parle très éventuellement de la descendance avec modification (qui est la théorie darwinienne, la vraie) ?

Comment les personnes assistant à cette conférence sont-elles supposées comprendre ça ? Comment les enfants recevant la même conférence sont-ils supposés le comprendre ? Comment sont-ils supposés acquérir une connaissance solide, cohérente et bien maîtrisée avec ça ? Et les gens sur youtube, facilement conquis par l’aspect dissident de ce genre de conférence ?

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Conclusions et observations : une vision erronée de la démarche scientifique

Frament : « la paléontologie, donc la recherche de fossiles, on va chercher des formes qui vont des plus simples aux plus complexes » (10m05).

Nope.

En fait, quand on cherche des fossiles, on observe que les premiers à apparaitre dans les plus anciennes couches géologiques sont d’une certaine manière moins complexes que les moins anciens : on a d’abord des êtres unicellulaires, puis des pluricellulaires. Il faut cependant savoir que l’évolution ne conduit pas nécessairement vers un gain de complexité. Les gènes fossiles ou les organes vestigiaux sont là pour témoigner de structures anatomiques ou génétiques autrefois présentes dans la lignée évolutive de leur porteur et ayant disparu. Les baleines sont ainsi issues de mammifères terrestres quadrupèdes ayant progressivement perdu leurs membres postérieurs. Cela ne représente pas un gain constant de complexité.

Ce qu’il est important de comprendre ici, c’est qu’on ne cherche pas des preuves sélectionnées de manière à correspondre à des conclusions préétablies. Si le registre fossile montre une complexification, très bien. S’il n’en montre pas, c’est pareil. Il me semble qu’il y a là une différence fondamentale entre ce qui définit souvent une démarche créationniste par rapport à une démarche scientifique : alors que la première semble considérer qu’il est normal de chercher des preuves pouvant coller à une conclusion acceptée à l’avance et projette cette manière de penser sur la science, cette dernière rassemble toutes les preuves solides et non sélectionnées qui sont disponibles, et seulement à l’aune de celles-ci, tire une conclusion temporaire si cela est possible.

L’abbé conclut enfin sa partie en ouvrant sur la suivante : « on verra donc les innombrables objections voire même les impossibilités que ces hypothèses soulèvent » (10m35), et on en salive déjà.

Une présentation non scientifique du néo-darwinisme

Il poursuit en évoquant l’évolutionnisme actuel (comme si il avait effectivement évoqué l’évolutionnisme selon Darwin avant cela) : « donc ça c’était Darwin. Actuellement on a un néo-darwinisme avec deux tendances avec les vitalistes, ceux qui affirment l’existence d’une force de complexification chez le vivant […], un organisateur qui va organiser la matière ; et puis les mécanistes qui vont dire non, ce sont des phénomènes mécaniques ou physicochimiques qui expliquent l’évolution » (10m55) qu’il agrémente de quelques références savantes à la philosophie grecque.

Le vitalisme et le mécanisme font référence à deux tendances philosophiques que l’abbé résume ici respectivement comme le rejet de la réduction matérialiste de la matière qui serait mue par une force vitale ; et a contrario une conception matérialiste de la nature, rejetant l’idée de finalisme.

Il y a beaucoup de tendances dans la biologie évolutive. Celles-ci consistent à accorder plus d’importance à tel ou tel aspect du processus par exemple. Ainsi, en 1972, deux fameux paléontologues ont proposé la théorie des équilibres ponctués, qui fournissait une explication cohérente et testable expérimentalement de la répartition des fossiles dans les strates géologiques. Par leur modèle pertinent, ces paléontologues montraient la moindre importance du concept de gradualisme face à celui des stases marquant les équilibres ponctués. De manière générale, on sait aujourd’hui que le gradualisme et les équilibres ponctués sont tous les deux corrects, l’évolution pouvant se dérouler selon l’un ou l’autre des processus. Selon leurs disciplines ou leurs problématiques, les biologistes de l’évolution peuvent être portés à donner plus d’importance à l’un ou l’autre modèle, et ainsi caractériser des tendances au sein du néo-darwinisme. Il s’agit là d’un exemple typique, mais on pourrait donner d’autres exemples de tendances. De fait, on comprend aisément que les tendances sont basées sur de solides arguments scientifiques et que ce ne sont pas simplement des préférences philosophiques.

L’abbé Frament évoque le vitalisme comme une tendance importante, l’une des « deux », du néo-darwinisme, comme si cette partition était effective et pertinente. Il faut savoir que le néo-darwinisme est à la base la synthèse opérée par la théorie darwinienne et l’évolution et la génétique mendélienne dont il a été question au début de ce billet. Cette synthèse était donc, elle aussi, le fruit de deux corpus de preuves scientifiques, et non pas la rencontre de deux philosophies. Depuis les années 50, de nombreuses augmentations ont été apportées à cette théorie synthétique de l’évolution. Mais en quoi le vitalisme serait une tendance effective du néo-darwinisme ? Si, marginalement, certains évolutionnistes pouvaient par ailleurs être vitalistes, à l’image d’un abbé Frament acceptant l’échelle micro évolutive (comme si cela excluait l’échelle macro évolutive) et recherchant une force vitale à l’œuvre dans ce processus ; en quoi cette posture dont on est en droit de douter de la cohérence et de la pertinence, serait-elle représentative du néo-darwinisme comme l’abbé semble le prétendre ? Je crois que lui seul sait à quoi il fait allusion ici.

Quoi que, j’ai comme un doute.

Ernst Mayr, l’un des fondateurs du néo-darwinisme dont l’abbé est supposément entrain de parler ici, écrivait dans les années 80 à propos de la biologie moderne :  « Le vitalisme sous toutes ses formes a été totalement réfuté et n’a pas bénéficié d’adhésions sérieuses depuis plusieurs générations ».

A la question « pourquoi s’obstinent-ils ? »…

L’abbé conclut : « voilà pour l’origine de cette théorie de l’évolution » (11m38). Alors que son historique inexistant de la théorie ne permet de se faire aucune idée de sa réalité à aucun moment de son histoire, et qu’il n’a à aucun moment présenté de manière qui ne soit pas gravement erronée ou très approximative la théorie darwinienne de l’évolution, cette conclusion parait des plus ironique, sinon scandaleuse.

Ce qui me ramène à la question que nous avions laissée ouverte en introduction de ce premier billet sur le sujet :

L’abbé évoque les élèves qui, lorsqu’il leur expose cela, « demandent pourquoi les évolutionnistes enseignent encore l’évolution, ou pourquoi s’obstinent-ils » (2m15).

Mais la réponse est limpide : parce que vous leur expliquez n’importe quoi, et surtout rien de compréhensible. Animés de bon sens, ils ne peuvent que vous interroger sur l’incohérence de la présentation grotesque que vous leur faites. Le respect à leur enseignant et/ou l’esprit critique encore bourgeonnant, ils n’osent peut être pas émettre l’hypothèse que l’incohérence et le grotesque ne viennent pas de la science en question, mais bien de leur abbé.

Conclusion partielle

Faux et approximations hasardeuses.

Voilà qui résume objectivement les 10 premières minutes de cette conférence sur l’évolution et diffusée auprès d’élèves d’un Lycée hors contrat. Il y a encore 50 minutes à traiter, et vous comprenez pourquoi je partitionne ce commentaire critique ainsi. Quasiment chaque affirmation, chaque phrase de l’abbé Frament, est bourrée d’erreurs factuelles et d’approximations grossières. Comment les auditeurs peuvent-ils espérer avoir une image correcte de la théorie de l’évolution après ça ? Il est donc non seulement nécessaire de débunker, mais également de vulgariser, c’est-à-dire corriger les erreurs, et réexpliquer les concepts déformés. Dès lors que tout est mauvais, toute entreprise de correction est vouée à prendre un temps fou. C’est là qu’est le drame du débunking et du scepticisme scientifique : dire et diffuser une ânerie à la quelle adhéreront des quantités de personnes ne coûte aucune énergie et se fait très rapidement. Corriger ces âneries demande en revanche une débauche d’énergie.

Alors pourquoi lutter ? Il ne s’agit évidemment pas de pointer du doigt les croyants, les communautés traditionnalistes et leurs institutions pour le plaisir de le faire. Il ne s’agit pas de faire la chasse aux « tradi », il ne s’agit pas d’inquisition moderniste, anticléricale, progressiste, républicaine, ou quoi que ce soit de ce genre là.

Non seulement ces écoles hors contrats sont assez peu répandues, mais encore comptent-elles très peu d’élèves en général. Mais bien entendu ce n’est pas un argument recevable pour leur dédaigner l’intérêt du rationnalisme. Par ailleurs, aussi limitée et acculée que puisse être cette communauté religieuse dans la société d’aujourd’hui, le discours à bien été diffusé par internet, dont les capacités de désinformation sont tout simplement massives. Cela dépasse donc bien la seule communauté représentée ici par la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X et les jeunes gens qui y grandissent, même si j’ai espoir que certains d’entre eux mettent la main sur ce modeste billet.

Par ailleurs, il faut bien voir que le type de méconceptions et de désinformations ici tenues sont en fait à la base de mouvances antiscience et rétrogrades aux effets néfastes très tangibles sur la société et les individus, et qui jouissent d’une bien plus grande visibilité et acceptation dans la sphère publique : pseudo-médecines, anti-vaccinisme, spiritualités New Age, pseudo-écologie…

Nulle chasse « laïcarde » en ces lignes donc, ce ne sont pas les personnes qui sont visées, mais les propos. En l’occurrence, des propos faux et approximatifs au regard de la réalité scientifique.

 

Too Long ; Didn’t Read …

  • L’abbé Frament fait une présentation réductrice de l’historique de la théorie darwinienne de l’évolution
  • Il attribue par erreur des concepts à des scientifiques qui n’en ont pas la paternité, avec plusieurs décennies de décalage
  • Il ne comprend pas les concepts de micro et macro évolution
  • Il rejette sans motif valable le concept de macro évolution
  • Il ne semble pas comprendre les bases génétiques de la vie et l’unité du vivant
  • Pas plus que la correspondance entre génotype et phénotype
  • Ni le concept d’espèce biologique, qu’il confond (volontairement ?) avec le concept non scientifique de « race »
  • Tous ses exemples sont approximatifs et utilisés à mauvais escient et prouvent souvent le contraire de ce qu’il essaye d’expliquer
  • Il fait une présentation erronée sur le plan philosophique du néo-darwinisme, et inexistante sur le plan scientifique
  • Le niveau général de connaissance et de maîtrise des concepts présentés est plus que médiocre et ne peut en aucun cas constituer un enseignement ou un complément d’enseignement dans le cadre d’un cours de SVT en collège ou en lycée toutes filières confondues

 

Accéder à la deuxième partie de cette analyse.

 

Références scientifiques citées dans le texte :

Berger et al., Homo naledi, a new species of the genus Homo from the Dinaledi Chamber, South Africa, eLIFE, 2015

Louis et al., Signatures of natural selection on genetic variants affecting complex human traits, Applied & Translational Genomics, 2013

Lettre, Recent progress in the study of the genetics of height, Human Genetics, 2011

Costa et Steckel, Long-Term Trends in Health, Welfare, and Economic Growth in the United States, Historical Working Paper, 1995

Grabowski et al., Body mass estimates of hominin fossils and the evolution of human body size, Journal of Human Evolution, 2015

Ousley, Should we estimate biological or forensic stature?, Journal of Forensic Sciences, 1995

Porter, Estimation of body size and physique from hominin skeletal remains, HOMO – Journal of Comparative Human Biology, 2002

Dingwall et al., Hominin stature, body mass, and walking speed estimates based on 1.5 million-year-old fossil footprints at Ileret, Kenya, Journal of Human Evolution, 2013

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25 commentaires sur “[Debunking] Créationnisme dans une école hors contrat des Yvelines (difficulté : moyenne) (8600 mots / ~30 mins)

    • Merci ^^

      Je suis souvent confronté au même dépit, et je refuse durablement de regarder des news ou des vidéos dont je sais qu’elles vont me faire perdre foi en l’humanité. Comme quoi, nous sommes des êtres sensibles nous autres sceptiques ^^

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  1. Quel boulot, bravo !

    Mais à la base, c’est quand tu dis « Comment les auditeurs peuvent-ils espérer avoir une image correcte de la théorie de l’évolution après ça ? » que tu es à côté de la plaque : ils n’espèrent pas avoir une image correcte de l’évolution.

    Quand des parents envoient leurs enfants dans une telle école, c’est pour leur « inculquer des valeurs » (catholiques, religieuses, morales, etc. cocher ce qui convient) mais différentes de celles de la société laïque et scientifique, sinon ils iraient à l’école publique…

    Plus j’y pense et plus je suis convaincu que la valeur la plus fondamentale des religieux est le « finalisme » : nous sommes là pour un certain But ( voir http://www.drgoulu.com/2009/01/04/pourquoi-pour-quoi/ ) . Ils ne peuvent tout simplement pas comprendre l’évolution parce qu’elle requiert une « inversion de la pensée », comme l’a très bien noté un opposant contemporain de Darwin ( voir http://www.drgoulu.com/2009/03/25/pourquoi-on-aime-le-joli-le-sexy-le-sucre-et-le-drole/ )

    Donc voilà, ton boulot magnifique (et le mien et celui de toute la science) ne peut convaincre que les gens déjà « causalistes » qui admettent que les choses ont une cause, pas forcément un but. Et « l’inversion de la pensée » requise n’est possible, à mon humble avis qu’avant 7-8 ans ou très exceptionnellement, souvent à la suite d’un drame personnel… Pour l’inversion de « causaliste » à « finaliste », il faut un véritable miracle 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Je ne suis pas d’accord avec un point de ton commentaire : je suis athée, mes parents sont (bien que baptisés) profondément athées (et anticléricaux). Néanmoins j’ai été scolarisé dans un lycée privé catholique, parce que c’était le plus proche de chez moi, que l’enseignement catholique n’influençait pas les programmes (pas d’interdiction de l’évolutionnisme, de la théorie du big bang, neutralité dans le traitement de Dieu en philosophie, etc, vraiment.). Les raisons de scolariser son enfant dans ce genre d’institutions sont diverses, et d’expérience je peux t’affirmer que dans mon lycée peu d’élèves y étaient pour cette raison précise. La plupart par praticité (le prochain lycée étant à vingt kilomètres d’ici), certains parce que leurs parents croyaient que l’enseignement privé était meilleur que l’enseignement public (ce qui, j’en conviens, n’est pas une meilleure raison). Voilà, ma précision est terminée, bonne journée !

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      • En fait je suis pratiquement dans le même cas 😉 je suis allé dans un très bon lycée catholique suisse.
        Tout comme ton lycée et celui dont il est question dans l’article, il n’y était pas interdit d’enseigner l’évolution, le big bang et la philo. Ca aurait été une erreur trop manifeste. Non dans mon cas c’était beaucoup plus subtil : d’excellents professeurs (bien meilleurs que cet Abbé Frament) présentaient ces sujets de façon apparemment parfaitement objective. Mais ils mentionnaient aussi les critiques, les aspects non encore parfaitement vérifiés (c’était il y a 35 ans…), instillait un léger doute sous prétexte de développer le sens critique etc.
        Alors sur le Big Bang notre prof de philo a sorti au moins 100x « ex nihilo nihil fit » en de multiples occasions. En biologie on a passé un trimestre sur les petits pois de Mendel et comme ça l’évolution se résume à la sélection artificielle, et comme la sélection naturelle est liée au hasard, cours de philo sur « le hasard et la nécessité » de Monod… Plus quelques cours sur la triosomie 21 et les maladies génétiques induites par consanguinité, comme ça implicitement, si quelque chose se passe au niveau de génome, ça se passe mal, pas bien. Etc.
        Comme moi, tu avais certainement un esprit critique provenant de tes parents qui t’as permis de comprendre que les choix de sujets et de références de tes profs religieux étaient forcément un peu biaisés, et de contre-balancer ce biais. Mais les élèves qui venaient de familles religieuses sont fortement confortés dans leur convictions.

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    • Salut Dr. Goulu, merci beaucoup du feedback =)

      « Mais à la base, c’est quand tu dis « Comment les auditeurs peuvent-ils espérer avoir une image correcte de la théorie de l’évolution après ça ? » que tu es à côté de la plaque : ils n’espèrent pas avoir une image correcte de l’évolution »

      Je dois cultiver un espoir de fou =)

      Plus sérieusement, on sait effectivement que la plupart du temps, ce type de débunking ou de conversations publiques avec des tenants ne sont pas véritablement destinées aux croyants déjà acquis, mais plutôt aux personnes en questionnement sincère justement : croyants « modérés », conspirationnistes antiscience ordinaires adhérant par principe à toute remise en cause du « discours officiel », pourquoi pas des personnes élevées dans ce milieu là, confrontées à ce type de discours sur un base quotidienne, et pourtant parfaitement réceptives à une approche scientifique, pour peu qu’on les y expose, etc…

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  2. Quand d’aucuns partent du principe que la science constitue un ensemble de croyances parmi d’autres, il est vain de pointer leurs erreurs en leur opposant des arguments scientifiques.

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  3. Une école hors contrat , je crois bien qu’elle peut enseigner ce qu’elle veut par rapport aux écoles privées sous contrat de quelques convictions que ce soit qui sont tenues pour avoir accès aux subventions publiques à respecter un programme officiel bien défini par l’Etat (à vérifier ) .

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  4. Salut les aveugles, je voulais dire les évolutionnistes crassent qui n’ont aucune preuve de l’évolution des espèces, mais qui continue à nous faire prendre des vessies pour des lanternes.
    L’évolutionnisme est une théorie qui ne repose sur aucune preuve.
    Même les évolutionnistes sérieux le reconnaisse.
    SI vraiment cette saloperie était vraie, alors on aurait trouvé depuis belle lurettes et en grande quantité des squelette hybride entre les différente forme animale ou végétale.
    Or rien, que dalle nada.
    si les soit disant expert, on trouvé sur les centaines de milliers de squelettes, que de petits fragment, qu’ils tentent de faire passer pour de l’évolution.
    C’est à crever de rire.
    La pseudo science (l’évolution) qui tente de mettre l’erreur à la place de la vérité (les êtres vivants n’évoluent pas dans le sens des macros évolutions)
    Un chien restera toujours un chien, il ne deviendra jamais un chameau ou un requin.

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    • @WHITE (intéressant pseudo… qui sont les blacks pour toi ?)

      « Un chien restera toujours un chien, il ne deviendra jamais un chameau ou un requin. »

      Non, car les chameaux et les requins sont déjà ses cousins. Mais le chien est très nettement cousin du loup :  » Darwin, dans The Variation of Animals and Plants under Domestication (1868), subodorait ainsi qu’ils provenaient d’un croisement entre des loups et des chacals. Les progrès récents en génomique ont finalement permis d’établir que le chien est plus proche génétiquement des sous-espèces actuelles de Canis lupus (le loup gris) que de tout autre canidé9, avec lequel il partage 99,9 % de son ADN » ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Domestication_du_chien#L.27anc.C3.AAtre_du_chien )

      En ~30’000 ans, les mêmes loups domestiqués ont évolué sous nos yeux pour donner le Saint-bernard et le chihuahua. Même espèce pour l’instant, bien que le croisement fasse mal … mais rien n’exclut que l’un devienne végétarien dans quelques dizaines de millénaires, et l’autre une sorte de rat …

      Pour les « squelettes hybrides » il y en a des tonnes. Ca s’appelle les fossiles. Les plus intéressants trouvés récemment sont ceux des https://fr.wikipedia.org/wiki/Dinosaures_à_plumes très complets, qui sont de plus en plus clairement les ancêtres des oiseaux.

      Mais tu ne peux pas ni le croire ni le comprendre, car tu es « finaliste ». Ta pensée ne s’est pas inversée, comme le remarquait très justement ton ancêtre créationniste Robert Beverley MacKenzie en 1868 dans une critique acerbe de Darwin. Lis https://www.drgoulu.com/2009/03/25/pourquoi-on-aime-le-joli-le-sexy-le-sucre-et-le-drole/ et regarde la géniale video de Daniel Dennett sur ce sujet, si tu oses…

      Si tu parvenais à adopter même très provisoirement le point de vue « causaliste » du scientifique, tu te poserais la question des « squelettes hybrides » dans l’autre sens (pour ne pas dire le bon…) : « comment se fait-il qu’aucun fossile ne corresponde à une espèce existante ? ». Car même les fossiles de fougères montrent des différences par rapport aux fougères actuelles. Si tu me réponds « Déluge », je te réponds que cette mythique inondation était une plaisanterie par rapport aux grandes extinctions ( voir http://kidiscience.cafe-sciences.org/articles/la-disparition-de-la-vie-sur-terre/ )

      Les preuves de l’évolution se trouvent partout autour de toi : dans les petits fossiles qui peuplent le calcaire, dans les chiens, les chauve-souris, et même chez les humains qui vivent en montagne ( https://www.drgoulu.com/2014/08/17/ladaptation-a-laltitude/ )

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  5. voir le site bibliothèque de combat,
    les articles suivant qui démontrent l’imbécilité de l’évolutionnisme

    Les darwinistes sont inexcusables [vidéo]
    Nous vivons sur la Planète des Singes !
    Une évolution due au hasard est impossible !
    La Science et l’Art se sont écartés de la Vérité
    Le darwinisme conduit au matérialisme communiste
    La théorie de l’évolution, gigantesque entreprise de subversion
    Le merveilleux roman-photo de la théorie de l’évolution (celui il me fait toujours rire)
    Le darwinisme existait avant Darwin
    La découverte de Lucy, mythe ou réalité ?
    Le darwinisme nous transforme en chasseurs de mouches
    L’Homme est une créature divine !

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    • J’ai regardé le « merveilleux roman-photo de la théorie de l’évolution » et je l’ai trouvé très intéressant. Il montre clairement que l’auteur projette sur l’évolution sa vision « finaliste » en supposant qu’il y a des êtres « plus » évolués (nous) que d’autres (les bactéries). Ce n’est pas le cas.

      La bactérie qui a réussi à s’adapter aux antibiotiques est au moins aussi « évoluée » que nous dont le cerveau a réussi à concevoir des usines produisant ces antibiotiques : le simple fait que nos deux espèces cohabitent le prouve. Au sens de l’évolution, une espèce qui n’arrive pas à s’adapter disparaît.

      (Tiens ça me fait penser à cette FANTASTIQUE video https://www.youtube.com/watch?v=plVk4NVIUh8 qui montre comment l’évolution produit de telles bactéries en quelques heures ! A voir absolument ! Si c’est pas une preuve, ça …)

      La question qui a motivé la recherche de Darwin brille par son absence dans le « merveilleux roman-photo de la théorie de l’évolution » : pourquoi y’a-t-il autant d’espèces ?

      Comment se fait-il qu’il y ait des milliers d’espèces de bactéries au lieu d’une seule ? des centaines d’espèces d’algues au lieu d’une seule ? quatre espèces de girafe pratiquement indiscernables ? des chimpanzés et des bonobos si semblables en apparence mais aux mœurs si différents ?

      Darwin a répondu à cette question là en supposant que le hasard produisait une « sélection naturelle » similaire à la « sélection artificielle » pratiquée par les éleveurs et agriculteurs et dont les effets sont indiscutables. L’origine d’Homo sapiens n’est qu’une conséquence (causalisme…) de ceci.

      En passant, regardez cette autre video géniale qui explique qu’il n’y a pas eu de premier(s) homme(s), et pourquoi il ne faut pas avoir une vision linéaire de l’évolution : https://www.youtube.com/watch?v=xdWLhXi24Mo

      Cela dit je comprends très bien votre problème : La Terre n’est pas plate, le Soleil ne tourne pas autour, notre nombril n’est pas au centre du monde et en plus nous ne sommes pas plus évolués que les bactéries… Ca fait beaucoup de baffes pour un croyant, en effet.

      Mais votre cerveau ultra complexe vous permet de faire quelque chose d’unique : changer d’avis !

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  6. c’ est cela être croyant: Continuer à évoluer ! et c’est là que ce monsieur se trompe! C’est tout à fait compatible et même plus: une evidence. La religion catholique pronne elle même l’évolution puisqu’elle  » choisie » ses « âmes » . Elle demande à ses croyants « d’évoluer » vers la perfection, vers la lumière et d’aller au plus proche du divin. Alors si on reste terre à terre, la religion elle-même est évolutioniste!

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