[Débunking] FOR THE NIGHT IS DARK, AND FULL OF BULLSHIT : créationnisme dans une école hors contrat des Yvelines, se01ep02.

Le 20 janvier 2016, j’ai publié un billet à propos d’une conférence anti-évolutionniste représentant apparemment l’état de l’enseignement des Sciences de la Vie et de la Terre dans une école hors contrat des Yvelines. Ce billet prenait le temps de réexpliquer les concepts et les faits présentés de manière gravement erronée durant les dix premières minutes de cette conférence diffusée sur Youtube. Pour rappel, en voici le Too Long ; Didn’t Read :

  • Le propos tenu dans la conférence analysée dans ce billet est une présentation réductrice de l’historique de la théorie darwinienne de l’évolution
  • Il attribue par erreur des concepts à des scientifiques qui n’en ont pas la paternité, avec plusieurs décennies de décalage
  • Il ne comprend pas les concepts de micro et macro évolution
  • Il rejette sans motif valable le concept de macro évolution
  • Il ne semble pas comprendre les bases génétiques de la vie et l’unité du vivant
  • Pas plus que la correspondance entre génotype et phénotype
  • Ni le concept d’espèce biologique, qu’il confond (volontairement ?) avec le concept non scientifique de « race »
  • Tous ses exemples sont approximatifs et utilisés à mauvais escient et prouvent souvent le contraire de ce qu’il essaye d’expliquer
  • Il fait une présentation erronée sur le plan philosophique du néo-darwinisme, et inexistante sur le plan scientifique
  • Le niveau général de connaissance et de maîtrise des concepts présentés est plus que médiocre et ne peut en aucun cas constituer un enseignement ou un complément d’enseignement dans le cadre d’un cours de SVT en collège ou en lycée toutes filières confondues
  • L’illettrisme scientifique et les biais de raisonnement ici mis en évidence sont également à la base de mouvances anti scientifiques et rétrogrades très répandues dans le public et les médias : pseudo-médecine, spiritualités New-Age, anti-vaccinisme, pseudo-écologie… et justifient ce débunking.

Si par hasard vous accordiez du crédit au contenu de la conférence ici critiquée, vous gagneriez probablement à lire ce billet dans son entièreté.

Aujourd’hui, nous poursuivons notre écoute linéaire de cette conférence, en y ajoutant les 15 minutes suivantes. Nous ne prendrons pas le temps de réexpliquer extensivement chaque erreur du conférencier sur la théorie de l’évolution, et nous contenterons de lui apporter la contradiction documentée. J’ai ajouté des sous-titres en suivant la chronologie de la conférence, afin d’identifier rapidement les notions abordées dans le passage discuté. Ce billet-ci marche également de concert avec l’épisode 2 de l’excellente émission Tronche de Fake, qui comporte pour l’occasion quelques ft bien fats.

Vous pouvez rattraper l’épisode 1 ici. Vous trouverez ici une approche complémentaire et des ressources scientifiques cliquables, ainsi, bien entendu, qu’un support texte utile à nos amis mal-entendant et non francophones natifs.

fullofbullshit

Et non, il ne sera plus jamais question de Game of Thrones dans ce billet. Désolé.

Ainsi donc, à 11m41, après avoir présenté ce qu’il estime apparemment être la théorie de l’évolution et son historique, le conférencier propose d’expliquer « ce que cela suppose ». Voyons donc ça ensemble.

Le temps nécessaire à l’évolution. Ou pas.

11m54 « qu’est ce que cela suppose pour que l’on puisse passer de quelques animaux monocellulaires à des animaux très complexes, il a fallu une multitude d’espèces intermédiaires, ne serait-ce que pour passer du poisson au lézard  il faut une multitude d’espèces intermédiaires et donc cela suppose premièrement bien sûr un temps très long, d’où l’affirmation que la Terre est ancienne de milliards d’années, normalement c’est 12,7 MiA pour l’univers et 4 ou 5 MiA pour la Terre, et puis l’affirmation qu’il y a une multitude d’espèces viables ou non, en tout cas d’espèces viables et reproductibles, qui se sont reproduites, qui se sont transformées, pour arriver à faire les différences que l’on a actuellement »

Bon. Techniquement, les animaux sont définis entre autres choses par leur organisation multicellulaire complexe, bien qu’on ait longtemps considéré les protozoa (des proto-animaux unicellulaires), comme tels, par exemple l’agent du paludisme, le Plasmodium. Mettons cela sur le compte d’un grand souci de ne pas troubler l’auditoire avec des considérations trop techniques.

L’ancienneté de la Terre est connue par ailleurs. On n’affirme pas gratuitement que la Terre est ancienne pour justifier l’évolution, et l’évolution est observable en dépit de la connaissance de l’ancienneté de la Terre. Les temps géologiques extrêmement longs peuvent effectivement être contournés par l’observation de l’évolution chez des organismes à temps de génération extrêmement rapide, comme dans le cas de l’expérience de Richard Lenski, débutée en 1988 et suivant depuis lors l’évolution de diverses colonies de bactéries de génération en génération. En 2015, l’expérience dépassait les 60 000 générations observées. Il ne s’agit que d’un seul exemple.

12m46 « donc c’est ce très long temps qui va finir par une suite très nombreuse de micro évolution d’aboutir à une macro évolution »

Oui mais pas que. On connaît les potentialités des mutations portant sur les gènes homéotiques du développement, qui peuvent induire de fortes modifications physiques en relativement peu de temps (faire apparaitre ou disparaitre des paires de membres par exemple). D’ailleurs, l’apparition des grands embranchements des différents groupes de vertébrés et leurs ancêtres directs (les cordés), sont assez systématiquement corrélés à des mutations portant justement sur des groupes de gènes homéotiques. Cette invocation des temps très longs ne doit donc pas servir à ignorer une partie des mécanismes pouvant produire des fortes modifications extrêmement rapides à l’échelle des temps géologiques, et rendre compte des observations macro évolutives dont témoignent les archives fossiles. Évidemment, ces précisions s’accordent mal avec l’allégation (fausse) précédente, concernant la nécessité pour les évolutionnistes d’inventer un temps long pour justifier l’évolution.

En somme :

  • ces temps longs sont connus indépendamment de la théorie de l’évolution et de toute observation des phénomènes de l’évolution.
  • ces temps longs sont aisément contournables pour observer l’évolution aussi bien en laboratoire qu’en milieu naturel ou anthropique (L’Origine des Espèce, de Darwin, publié en 1859, se reposait essentiellement sur des exemples de sélection artificielle chez les agriculteurs).
  • ces temps longs n’empêchent pas l’existence de phénomènes extrêmement fulgurants de modifications morphologiques importantes.

12m53 « la première chose que ça suppose c’est qu’il y a dans la nature une force prodigieuse quand on pense au nombre d’intermédiaires qu’il a fallu qui va produire des tentatives d’organes nouveaux, des modifications génétiques, des tentatives d’aniamal (sic) de nouvelle sorte, la plupart vont mourir parce qu’ils ne sont pas aptes à survivre  et quelques uns par chance vont être capables de survivre et vont se reproduire et vont donner une nouvelle espèce mais il doit y avoir dans la nature cette force extraordinaire qui produit une quantité de nouvelles choses… et c’est une force qui est naturelle, et donc c’est naturel, elle est toujours à l’œuvre actuellement, elle devrait être toujours à l’œuvre actuellement»

Oui, le facteur temps et le nombre d’individus concernés impliquent un nombre d’essais-erreurs assez vertigineux. C’est très bien de comprendre cela. Une seule femelle d’Ascaris pond environ 200 000 œufs par jour. Je prends cet exemple parce qu’il me fait sourire (je suis un grand enfant), mais il n’est même pas impressionnant au regard d’une foultitude d’autres organismes.

Tenez, pour rester dans le thème, intéressons-nous à ce qui se passe quotidiennement dans les intestins de l’Abbé Frament : la probabilité de mutation spontanée d’un gène chez une bactérie E. Coli présente en nombre dans le gros intestin du conférencier, est d’environ 1 sur 10 millions (1 x 10^-7). C’est peu, mais à mettre en regard des 2 x 10^10 nouvelles E. Coli qui naissent chaque jour dans ce même gros intestin hospitalier. Ça fait 2000 bactéries porteuses de cette mutation ((2 x 10^10)(1 x 10^-7)). Rapporté aux 4300 gènes du génome de l’E. Coli, ça fait potentiellement 8,6 millions de mutations par jour (4300 x 2000). Et tout cela uniquement dans le gros intestin de monsieur l’Abbé Frament. Pour une seule espèce parmi les centaines qu’il abrite généreusement. L’Abbé est à lui seul un véritable incubateur, un producteur d’essais-erreurs au service de l’évolution. C’est beau. Émotions. Larmes. #scienceenmarche.

Peut-on voir des espèces apparaitre ? (indice : oui).

13m42 « et le problème justement c’est que… on ne voit rien. On connait une multitude d’espèces en voie de disparition… on ne voit aucune espèce en voie d’apparition. On sait dire que les dinosaures ont disparu, on sait dire que telle ou telle espèce qui a existé a disparu »

Non. On connait de multiples exemples de spéciations, c’est-à-dire des espèces entrain d’apparaitre.  Par exemple les cichlidés (des poissons) du lac Victoria, chez lesquels l’adoption de comportements différents entre certaines populations de ceux-ci assure l’émergence et le maintien d’une barrière reproductive éthologique. Celle-ci n’est cependant pas encore suffisamment ancienne pour interdire le croisement artificiel d’individus d’espèces différentes en laboratoire. C’est, typiquement, le signe d’une spéciation récente.

13m57 « on a absolument rien comme production d’hybrides, de choses bizarroïdes ; alors des hybrides il y en a bien sûr, mais ça n’a absolument rien d’espèces vivables, même un peu boiteuses, qui sont sensées apparaître. »

Alors des hybrides, on en a, ou on en a pas. En fait on en a. Paradoxalement, un hybride, c’est précisément le témoin d’un événement de spéciation récente, où la séparation entre deux lignées d’animaux interféconds n’est pas suffisamment ancienne ou marquée pour que l’isolement reproducteur soit complet. De fait, l’hybridation est encore possible dans certaines mesures, selon les barrières reproductives déjà présentes.

14m17 « donc cette force qui est présupposée par l’évolution, on n’en trouve nulle trace dans la nature.»

En fait si. Observons le principe de charité, et considérons qu’il parle là des forces évolutives (mutations, migration, dérive, sélection) : les 4 sont bien entendu observables et observées chez de multiples modèles, en laboratoire et en milieu naturel. On a vu que le gros intestin de l’Abbé à lui seul en offrait une multitude d’exemples. Les épidémies de grippe saisonnière ou la pandémie de VIH depuis les années 80 en sont d’autres exemples. Pire : on l’observe même chez les humains où l’on peut mettre en évidence de multiples pressions de sélection exercées sur des gènes favorisant leur porteur dans certains environnements (typiquement la très haute montagne, notamment au Tibet).

14m35 « alors que nous demande l’éducation nationale, que devons nous enseigner à nos élèves, non pas cette théorie de l’évolution telle que je viens de la résumer mais des éléments, le programme s’applique à étudier on va dire quelques maillons de la chaîne simplement quelques processus qui sont sensés avoir produit l’évolution »

En effet, l’Éducation Nationale n’attend pas que vous enseigniez à vos élèves ce que vous venez d’expliquer, car ce que vous venez d’expliquer est de manière assez systématique factuellement faux, voire même contradictoire à quelques secondes d’intervalle. Monsieur l’Abbé Frament, par respect pour vos élèves et pour votre propre intelligence, vous ne devez pas enseigner ce que vous racontez là, et l’EN ne s’attend effectivement pas à ce que vous le fassiez.

15m16 « il doit savoir notamment que […] cette biodiversité a évolué selon les âges selon les périodes et on va étudier l’évolution de cette biodiversité et on va affirmer que c’est la sélection naturelle, donc le plus apte va survivre, il y a ce qu’on appelle une dérive génétique, l’exemple des papillons que je vous ai cité, des nouvelles espèces qui vont se former à partir d’une espèce originelle, on verra différents processus, des mutations ponctuelles génétiques, des duplications géniques, la polyploïdisation, le transfert horizontaux des gènes, on va voir plusieurs mécanismes qui vont apporter une modification dans le patrimoine génétique et qui seront la cause possible de cette évolution, le hasard causant des mutations génétiques et la sélection naturelle. »

Mais je croyais que « cette force prodigieuse, on n’en trouve nulle trace dans la nature ». Pourtant l’exemple avalisé par l’Abbé lui-même illustre certaines de ces forces.

Le concept d’espèce.

17m23 « et comme les espèces sont variables la définition de l’espèce est devenue très flou. On en connait plusieurs définitions différentes »

Comme nous l’avons vu précédemment, cela n’implique pas l’invalidité des phénomènes observés, comme l’existence de communautés d’organismes interféconds et leur évolution de génération en génération. La seule chose que cela reflète, c’est la difficulté d’établir une grille de lecture extrêmement compartimentée et intelligible dans sa moindre résolution sur des processus naturels qui prennent la forme d’un continuum (donc sur lequel il est difficile de mettre des limites très précises, comme si vous essayiez de placer des séparations précises dans un gradient de couleurs continu). Il est d’ailleurs utile de préciser que cette notion d’espèce est justement héritée de conceptions non-évolutionnistes du naturalisme du XVIIIe siècle. Sa commodité lui a cependant permis de persister en dépit de son peu de flexibilité. Pour rendre compte de tous les aspects de cette notion, il n’est pas surprenant que plusieurs définitions complémentaires existent.

Les 4 forces évolutives.

18m58 « donc l’évolution qui est retenue est due au hasard génétique, donc la dérive génétique, ces petites modifications qui vont s’amplifier et se cristalliser dans une espèce, à la sélection naturelle, qui va éliminer certaines parties des individus, éventuellement à des bouleversements, des cataclysmes, et puis l’isolement géographique ou reproducteur qui ne fait que reprendre la sélection naturelle ou la dérive génétique .»

Honnêtement, je ne sais pas si, élève ou simple auditeur de la conférence, je comprendrais quoi que ce soit à ce qui est expliqué. De manière moins confuse, on a 4 forces évolutives :

  • les mutations génétiques (des modifications spontanées sur le génome au niveau des cellules reproductrices des individus et transmises à leur descendance)
  • la dérive génétique (l’échantillonnage aléatoire d’une partie d’une population la privant aléatoirement d’une partie de son pool génétique : un mammouth marchant délicatement dans une étendue de pâquerettes par exemple, et supprimant ainsi aléatoirement une partie de celles-ci de leur population. Cette force évolutive est d’autant plus forte que la population soumise est petite).
  • la migration (des échanges de gènes entre populations apparentées par la reproduction entre des individus de ces différentes populations).
  • la sélection (le succès reproducteur variable de différents individus au sein d’une population en fonction des contraintes environnementales, et aboutissant éventuellement à la sélection ou contre sélection de leur patrimoine génétique à la génération suivante et la variation de la fréquence de ce patrimoine dans la population de génération en génération)

19m25 « donc on a 3 arguments surtout pour affirmer cette évolution »

Je ne sais pas exactement à quoi font références ces 3 arguments, peut être 3 des 4 forces évolutives observées. Toujours est-il qu’on a un certain nombre de groupes de preuves : paléontologiques, anatomiques, biogéographiques, moléculaires, expérimentales…

19m34 « que peut on dire de ces éléments ? Premièrement la dérive génétique, je reprend l’exemple des papillons, du point de vue génétique c’est un appauvrissement génétique, alors que « l’évolution suppose un enrichissement constant et habituel de multiples formes nouvelles, donc l’exemple même qu’on nous donne pour montrer qu’il y a une modification de l’espèce correspond en fait à une régression de l’espèce, une diminution des espèces, on avait un patrimoine riche multicolor, on se retrouve avec des couleurs claires et des couleurs sombres c’est vraiment un appauvrissement de l’espèce, c’est exactement le contraire de ce qu’on est sensé devoir trouver, et ça dans l’exemple que je prends c’est la sélection naturelle. »

Donc ces 3 arguments faisaient bien référence à une partie des forces évolutives. Pour le reste, je ne crois pas que l’évolution suppose ce qu’il prétend qu’elle suppose. Mais c’est peut être utile à sa démonstration de suggérer cela. La notion d’amélioration / régression, globalement d’un sens que devrait avoir l’évolution, n’est pas une notion tenue par la théorie de l’évolution. Là encore donc, on ne saurait répondre de ce que l’Abbé projette de factuellement faux sur la théorie de l’évolution, et qui n’en fait pas partie. Il y a aussi de façon manifeste une confusion entre mutations génétiques / dérives génétiques.

20m39 « dans la dérive génétique c’est des modifications génétiques, des mutations génétiques. Cette dérive génétique consiste encore à un appauvrissement génétique dans un petit groupe d’individus ».

Voilà. Donc non. La dérive génétique =/= mutations génétiques, comme on l’a vu plus haut. Il est vrai que la dérive génétique est marquée par une perte de diversité génétique au sein d’une population, mais cela n’entrave pas la théorie de l’évolution. C’EST précisément un mécanisme observé de l’évolution. Là encore, cela ne semble avoir du sens que selon la vision gravement erronée que l’Abbé semble avoir et enseigner de l’évolution.

20m56 « quand on parle de spéciation par isolement géographique ou reproducteur, ce sont des caractères secondaires qui vont, parce qu’ils sont interféconds s’isoler et se manifester. C’est ainsi qu’on obtient des races de chiens. Mais fondamentalement on a le même patrimoine, on a développé un aspect secondaire pour faire une nouvelle race. C’est vrai que l’animal qui apparaît est différent des autres, il a tel caractère mais on part du même patrimoine génétique initial, et on peut très bien croiser des chiens de race entre eux, on retrouvera des bâtards et on perdra ces caractères qu’on a isolé car ce sont des caractères secondaires, l’espèce canine reste la même et donc on fait un passage entre cette dérive génétique au sein d’une espèce pour affirmer qu’elle peut fabriquer de nouvelles espèces alors que en réalité il ne s’agit que de races différentes et non pas d’espèces différentes »

Ctrl+f « chiens ».

La notion d’information.

22m52  « il peut arriver de temps en temps par un accident génétique que par la polyploïdisation, on obtienne un animal fertile par un dédoublement de l’ADN, l’hybride qui normalement est infertile deviendra fécond et on trouve ça souvent chez les plantes et plutôt rarement chez les animaux voire même pas du tout. Mais si on regarde bien ici, on a PAS de mécanisme évolutif, on a un mélange de deux patrimoines génétiques on a pas apparition d’un nouvel élément, on est toujours dans nos données de base initiales, on a combiné nos gènes différemment mais il y a pas de nouveauté, donc les mécanismes qui sont présentés dans les mécanismes de sciences naturelles apportent bien des animaux différents mais on a pas a proprement parler de nouvelle espèce, on a pas d’enrichissement génétique, au contraire on a un appauvrissement »

L’élément important ici, c’est la notion d’information nouvelle, qui est niée par l’Abbé. C’est peu clair en effet, car c’est noyé dans d’autres propos décousus.

Dans un billet de blog récent, Lenski (dont j’ai parlé plus haut), disait justement à propos de cet argument que cela revient à dire que L’Origine des Espèces de Darwin ne contient aucune information nouvelle au motif qu’elle est écrite avec les mêmes lettres et mots que Hamlet.

Extinctions de masse et radiations.

22m16 « une autre cause de changement des espèces c’est les grands cataclysmes, il paraît qu’il y a 65 Ma une comète énorme a heurté la terre, séismes et éruptions volcaniques extraordinaires on en a les traces en Inde par exemple, c’est pour ça qu’ont disparu les grands dinosaures. On a une autre période (faut que je la retrouve) [cherche dans ses papiers] où on a perdu 80% de la population animale, mais ces grands cataclysmes encore une fois, qui ont apporté des modifications dans les espèces ont considérablement appauvri la différence des espèces, et non pas enrichie. Alors les prédateurs disparaissant, les proies ont pu se développer d’avantage, mais c’est des animaux qui existaient déjà. »

Pour la quatrième extinction, celle du Trias, il y a environ 250 millions d’années, 80% de la diversité spécifique. Pas 80% de la population animale. Même nuance, autour de 76% d’espèces disparues lors de la cinquième extinction de masse il y a 65 millions d’années. Et pourquoi occulter les booms de diversification spécifique (ou « radiations ») qui suivent ces extinctions de masse, par exemple celle des mammifères après l’extinction des dinosaures non aviaires. Clairement, la mégafaune mammifère du Quaternaire n’existait PAS à l’époque des dinosaures, même si les mammifères existaient déjà.

 On a là encore affaire à un argument éculé qui, je le crains hélas, relève de la manipulation consciente, et qui consiste à dire « puisque les vertébrés existaient déjà il y a 250 millions d’années, les humains (qui sont des vertébrés), existaient déjà il y a 250 millions d’années » (FYI les plus anciens fossiles connus d’Homo sapiens avoisinent les 200 000 ans, et les plus anciens hominines putatifs les 7 millions d’années…).

L’évolution poursuit-elle un but ?

25m11 « donc c’est vrai qu’il y a eu des changements dans les espèces, mais tout ce qu’on nous présente pour l’instant ce sont des changements régressifs et non pas évolutifs, et encore une fois on a aucune trace de cette force prodigieuse qui doit exister quelque part puisqu’elle a produit pendant des millions d’années des animaux en quantité incroyable »

Ces forces, citées par l’Abbé lui même, sont donc les mutations, la dérive, les migrations, la sélection. C’est comme les hybrides, il va falloir décider au bout d’un moment si ça existe ou si ça n’existe pas ou bien l’inanité de l’ensemble du discours pourrait finir par se voir.

On a par ailleurs une nouvelle fois l’affirmation de l’évolution comme étant une sorte de marche linéaire vers le progrès, vers un optimum universel. Ce n’est pas le cas. Les notions de progression ou de régression n’ont pas de sens dans la théorie de l’évolution comme le prétend l’Abbé. Au cours de l’histoire de la vie jusqu’aux temps présents, les organismes ont été soumis à différents facteurs, différentes contraintes. L’ascendance commune et la confrontation à divers environnements sont à l’origine à la fois de l’unité du vivant, et de sa diversité. Parmi les facteurs produisant cette diversité, la sélection naturelle garantit l’adaptation constante des organismes à leur environnement. La multiplicité des environnements est dès lors gage de diversité des espèces. L’adaptation est tributaire de conditions environnementales changeantes à la faveur par exemple des activités géologiques de la Terre de telle sorte que cette adaptation ne représente au mieux qu’un optimum local : l’adaptation et son apparente perfection ne sont valables qu’à un endroit donné, à un moment donné. A un autre endroit, à une autre époque, l’organisme ne sera plus du tout adapté à son nouvel environnement. Cette adaptation est également tributaire des acquis de générations et de générations d’organismes avant elle, de sorte à ce que l’accumulation de ces acquis finisse par ressembler à un grand bricolage. Pourquoi on a un appendice ? pourquoi on a un coccyx ? Pourquoi nos yeux sont si mal foutus ? …  Tout le contraire de la perfection souvent alléguée par les créationnistes. Contraint par son passé évolutif et son présent environnemental, l’organisme, à aucun moment n’aura visé un quelconque objectif d’amélioration tendant à une sorte de perfection. Toute innovation à la génération X pourra devenir un caractère extrêmement délétère à la génération Y. L’évolution n’a pas de but.

A l’issue de ces 15 minutes supplémentaires d’écoute, le constat persiste : quasiment chaque allégation, chaque phrase, chaque proposition est sujette a caution.

Chaque explication reflète les conceptions erronées de l’Abbé Frament sur la théorie de l’évolution, et repose sur des exemples utilisés à mauvais escient. A l’issue de ces 25 minutes d’écoute, il est absolument évident que nous allons écouter en boucle les mêmes redites erronées jusqu’à la fin.

Est-il dès lors, bien nécessaire de l’écouter plus longtemps ?

Accéder à la première partie de cette analyse.

Sources citées dans le texte :

O. Seehausen et J. van Alphen, The effect of male coloration on female mate choice in closely related Lake Victoria cichlids (Haplochromis nyererei complex), Behavioral Ecology and Sociobiology, 1998

Sina et al., The New Higher Level Classification of Eukaryotes with Emphasis on the Taxonomy of Protists, The Journal of Eukaryotic Microbiology, 2005

Simon et al., Evidence from detrital zircons for the existence of continental crust and oceans on the Earth 4.4Gyr ago, Nature, 2001

Fox et Lenski, From Here to Eternity—The Theory and Practice of a Really Long Experiment, Plos Biology, 2015

Lynch et Wagner, Multiple Chromosomal Rearrangements Structured the Ancestral Vertebrate Hox-Bearing Protochromosomes, Plos Genetics, 2009

Ronshaugen et al., Hox protein mutation and macroevolution of the insect body plan, Nature, 2001

Dold et Holland, Ascaris and ascariasis, Microbes and Infection, 2010

Reece et al., Campbell Biology, 2014

Sahney et Benton, Recovery from the most profound mass extinction of all time, Proceedings of the Royal Society, 2007

Pope et al., Meteorite impact and the mass extinction of species at the Cretaceous/Tertiary boundary, PNAS, 1998

Alroy, The Fossil Record of North American Mammals: Evidence for a Paleocene Evolutionary Radiation, Systematic Biology, 1999

McDougall et al., Stratigraphic placement and age of modern humans from Kibish, Ethiopia, Nature, 2005

Brunet et al., A new hominid from the Upper Miocene of Chad, Central Africa, Nature, 2002

Strohl, Lessons in hypoxic adaptation from high-altitude population, Sleep and Breathing, 2008

Beall et al., Higher offspring survival among Tibetan women with high oxygen saturation genotypes residing at 4,000 m, PNAS, 2004

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