Revue de blogs – 19 au 25/03/2018 : #FakeMed, apithérapie, rhétorique et OGM Bt.

L’apipuncture consiste à faire de l’acupuncture en utilisant la piqûre d’abeilles vivantes.

Je vous propose un petit tour non exhaustif de la semaine de la blogosphère sceptique. N’hésitez pas à suivre ces blogueurs sur les réseaux, et à dévorer (avec esprit critique) leur contenu. La langue originale des billets est indiquée entre parenthèses.

La Menace Théoriste : FakeMed – Médecines alternatives et sophismes dans les médias. (Français)

Le 18 mars 2018, 124 médecins ont co-signé une tribune dans Le Figaro afin d’alerter sur l’emprise des pseudo-médecines alternatives aussi bien chez nombre de professionnels de santé, mais, comme l’ont confirmé les réactions à cette tribune, également dans les médias.

La réaction probablement la plus emblématique s’est rapidement révélée être celle de Mathieu Vidard, animateur de l’émission La Tête au Carré sur France Inter. Dans cet édito, l’animateur déploie une collection de sophismes inouïe : presque aucune phrase n’échappe à la mal-honnêteté ou à la manipulation en défense de l’homéopathie et globalement des pratiques prétendument alternatives et contre « l’allopathie ».

Ce sont ces réactions, sur lesquelles revient Acermendax dans ce billet de blog sur LMT. L’auteur y dissèque la rhétorique employée en défense de la pensée magique, de la logique conspirationniste, et la volonté de croire de bien de défenseurs de ces pseudo-thérapies. Mais tous ces éléments étaient somme toute déjà bien connus de quiconque s’intéresse aux SCAM (So Called Alternative Medicine). La nouveauté est peut être la visibilité prise par les défenseurs médiatiques de ces SCAM à cette occasion, dont on savait leur omniprésence, mais dont on ne soupçonnait pas forcément la virulence. La psychanalyse n’est donc pas la seule pratique pseudo-scientifique à avoir ainsi pignon sur rue dans les médias français, et ce petit évènement nous fait prendre cruellement conscience du besoin urgent de culture critique et scientifique dans les médias qui ont pourtant pris pour habitude de faire leurs choux gras de la dénonciation des fakes-news.

Vous pouvez suivre le sujet sur twitter avec le #FakeMed et le compte @fakemedecine des signataires de la tribune.

Science-Based Medicine : Une femme décède d’une réaction allergique sévère lors d’une séance d’acupuncture avec des piqures d’abeilles. (Anglais)

L’apipuncture, ou apithérapie. C’est le mot que vous cherchez présentement pour « acupuncture avec des piqures d’abeilles ». Un mot probablement plus savant que « abeillo-thérapie ». Et ce n’est hélas, comme toujours avec les pseudo-médecines, pas une blague. Ce billet de Clay Jones sur le blog SBM revient sur la mort récente d’une femme en Espagne, lors d’une telle séance d’acupuncture. La patiente a malheureusement fait une réaction allergique violente à sa séance, et la clinique dans laquelle elle se trouvait alors ne disposait pas des doses d’adrénaline qui auraient pu lui sauver la vie (et aurait du, dans une clinique digne de ce nom). Le temps qu’une ambulance arrive, 30 minutes plus tard, et que l’injection lui soit enfin faite, les dommages cérébraux étaient déjà dramatiques.

Si l’acupuncture figure déjà en bonne place parmi les pratiques pseudo-médicales, les composantes de l’apithérapie ne sont pas en reste. Ce terme regroupe un ensemble de pratiques centrées sur les abeilles et leurs produits : miel, venin… L’acupuncture dans l’apithérapie consiste à piquer non plus avec les aiguilles habituellement utilisées, mais avec des abeilles. Précisons immédiatement qu’à chaque piqûre, l’abeille utilisée meurt, ce qui n’est pas très environment-friendly quand on sait que ces techniques n’ont en outre pas de valeur médicale.

Cette pratique est semble-t-il fort appréciée en Chine et en Corée, et on pourrait la voir se populariser en Occident au bénéfice du goût de bien des patients pour tout ce qui transpire l’appel à la tradition et à l’exotisme. Si l’auteur rappelle que la FDA, qui est l’agence de régulation américaine n’a pas autorisé cette pratique, il s’interroge sur le rôle néfaste des promoteurs médiatiques de tels SCAM, en l’occurrence Gwyneth Paltrow, interviewée par le New York Time en 2016 à propos de sa santé :

« J’ai été piquée par des abeilles. C’est une traitement vieux de milliers d’années appelé apithérapie. Les gens l’utilisent pour se débarrasser des inflammations. Renseignez-vous, vous verrez que c’est incroyable, mais alors, qu’est ce que c’est douloureux ».

Ce qui est incroyable, c’est l’ignorance crasse de ce genre de personnes, passées gourous dans la promotion de ce genre de pratique dangereuse en dépit de l’absence de preuves concernant leur efficacité, et la présence de preuves bien réelles de leur dangerosité, ruinant ainsi leur balance bénéfice-risque.

Skeptical Raptor : « La science fait des erreurs », débunker la rhétorique anti-science. (Anglais)

Le Raptor Sceptique, aux débunks souvent caustiques, revient sur cette ligne de défense assez systématiquement adoptée par qui veut nier la science sur tel ou tel sujet : « mais la science s’est déjà trompée par le passé ! », comme si cela devait faire admettre un doute raisonnable en l’occurrence, sinon une négation sur le sujet alors débattu.

Selon les croyances et le domaine scientifique recouvert par le déni de la personne qui vous servira cet argument, différents cas anecdotiques pourront être employés. J’avais moi même accordé un billet à l’un des plus typiques, le très fameux argument du tabagisme, que la science n’aurait pas reconnu comme dangereux avant une époque très récente, car l’industrie du tabac la manipulait. L’histoire est évidemment légèrement différente. Le Raptor revient ici sur plusieurs cas (dont celui du tabagisme), comme l’affaire de l’homme de Piltdown, tarte à la crème des créationnistes désireux de montrer que l’évolution, c’est vraiment n’importe quoi (l’idée étant de soutenir que les scientifiques évolutionnistes ont unanimement cru que l’homme de Piltdown était un véritable homonidé fossile, et donc que toute la science de l’évolution basée sur de tels fossiles, et a fortiori l’évolution elle même, n’est pas crédible).

Ces postures sont bien souvent basées non seulement sur une méconnaissance de l’état de l’art des questions abordées, mais de la science comme processus. On découvre souvent que la personne pense que la science est une sorte de croyance monolithique dont les prêtres dicteraient la bonne parole depuis une tour d’ivoir. Une conception à l’opposé du processus collectif, collaboratif, réitératif et auto-correcteur qu’est la science. Et c’est vraiment là que transpire la divergence de pensée entre les deux bords impliqués dans ce type de conversation : la personne attaquant la science, croyant elle même savoir ce qu’est et ce que dit la science, fait de la science elle même un système de croyance équivalent au sien. Dès lors, la science n’est qu’un corpus de doctrines intangibles et fixées arbitrairement. Toute modification de ce corpus est donc interprété comme une violation : ce qui était tenu pour vrai à la base devait être de bien peu de valeur, si la croyance peut ainsi être retournée du tout au tout. C’est qu’en réalité, la science n’est aucunement un corpus fixe. La science évolue, c’est un processus cumulatif : des connaissances sont ajoutées et permettent de tester, corriger, revisiter ou confirmer ses savoirs en permanence. Le fait que le savoir scientifique change ne donne pas crédit à l’idée que ce savoir serait de peu de valeur parce que changeant, mais de grande valeur parce que toujours à la pointe de la connaissance. Clairement, les personnes qui emploient cette rhétorique entendent faire de la science une croyance comme les autres pour mieux la discréditer, en somme, une croyance comme la leur.

Mais alors, est-ce que les anecdotes déployées pour défendre l’idée d’une science changeante et donc non fiable sont pertinentes ? Les personnes défendant ce point de vue pourraient très bien utiliser des exemples où le consensus à véritablement changé du tout au tout. A défaut de leur donner raison, ces exemples sont-ils pertinents ? Rien n’est moins sûr…

The Logic of Science : Les OGM Bt réduisent les pesticides et augmentent rendements et bénéfices (y compris des agriculteurs bio). (Anglais)

L’auteur de l’excellent blog TLS a commis cette semaine un nouvel article sur la science des OGM. Celui-ci fait le point sur l’impact mesuré des cultures OGM de type Bt. En effet, peu de technologies ces dernières années ont été aussi diabolisées que les biotechnologies végétales. Les poncifs sont légions à ce propos et portent le plus souvent sur l’efficacité et la sûreté des OGM, quand il ne s’agit pas de méprises plus fondamentales sur les notions de vivant, de gène ou de modification génétique.

L’auteur attire l’attention du lecteur sur la grande variété des OGM : ceux-ci peuvent avoir des buts très différents en fonction de la manière dont il auront été conçus, et il est tout à fait normal d’imaginer que certains OGM n’atteignent pas les buts espérés (comme un médicament qui, une fois testé en situation réelle, se révellerait avoir une efficacité négligeable), tandis que d’autres montreront -heureusement- des résultats tout à fait positifs, voire même au-delà de ce que l’on pouvait imaginer (comme un vaccin qui procurerait une protection accrue et inattendue contre des pathogènes pour lesquels il n’avait pas été spécifiquement conçu). Tout ceci, c’est bel et bien la démarche scientifique, le monitoring, qui permet de l’évaluer, plutôt que de s’en remettre à des croyances préconçues ou motivées.

Le blogueur scientifique illustre donc cela par l’exemple des souches dites Bt, c’est à dire des plantes ayant été modifiées génétiquement pour leur faire exprimer la toxine d’une bactérie (Bacillus thuringiensis), largement employée en agriculture biologique. La toxine n’est pas dangereuse pour les humains et les animaux non-cibles, et ne touche donc que les insectes phytophages qui se nourrissent ou vivent à l’intérieur de la plante génétiquement modifiée. A l’origine de cet exploit technique, les scientifiques cherchaient un moyen de diminuer drastiquement la quantité de pesticides utilisés sur ces cultures. L’expression par ces plantes d’un insecticide efficace, en faible quantité, qui ne toucherait que leur prédateurs, et permettrait d’éviter les épandages massifs qui touchaient fatalement tous les insectes, était une solution plus que séduisante. Je rappelle au passage que la production d’insecticide par les plantes constitue l’un de leur principaux mécanismes de défense à l’état naturel, comme c’est le cas avec la cafféine. Loin de moi l’idée de recourir à un appel à la nature, cet exemple illustre simplement ce qu’est un insecticide naturellement produit par une plante et qui ne touche pas les animaux non-cibles que sont leurs consommateurs humains.

Or donc, les résultats de la mise en place de telles cultures sont particulièrement variés et intéressants. Globalement, les cultures Bt réduisent effectivement de manière notable l’usage des pesticides sur ces cultures ; leur impact délétère sur la biodiversité est moindre que dans les cultures non Bt, y compris les cultures biologiques, du fait du ciblage précis du pesticide qui n’est plus épandu sur les cultures ; l’augmentation des rendements permet de diminuer les surfaces cultivées pour un rendement égal, diminuant ainsi la dégradation des habitats naturels par la mise en culture de nouvelles surfaces ; les bénéfices sont supérieurs pour les fermiers adoptant ces cultures, y compris pour les fermiers en agriculture biologique se trouvant a proximité de cultures Bt grâce à l’effet halo protecteur des cultures Bt environnantes et permettant en outre aux agriculteurs bio de diminuer également leurs pesticides. En définitive, les cultures Bt semblent plus intéressantes que leurs contreparties non GM et biologiques, tant d’un point de vue environnemental qu’économique.

Comme toujours sur The Logic of Science, l’article est très solidement sourcé et permet à qui s’intéresse au sujet abordé de rapidement avoir accès à l’état de la recherche.

De nombreux autres billets ont été postés cette semaine, qu’il s’agisse d’autres billets de Science-Based Medicine, de NeurologicaBlog, ou de l’excellent Science pop qui revient notamment sur la pêche électrique et la pollution atmosphérique à Paris.

4 commentaires sur “Revue de blogs – 19 au 25/03/2018 : #FakeMed, apithérapie, rhétorique et OGM Bt.

  1. Très bonne idée de faire un tour d’horizon des articles récents. Il n’est bien sûr pas exhaustif (ce qui n’est pas le but, je présume), mais il permet de découvrir de nouveaux blogs et/ou de se mettre à jour. J’aime beaucoup ce concept et tes partages, donc merci à toi.
    Cordialement,
    PPS

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  2. C’est chouette ça une revue du web sceptique, j’espère qu’il y en aura plein d’autres ! La tribune Fakemed a fait couler de l’encre (je viens d’en parler dans un article d’ailleurs), on verra bien si ça débouche ou non sur quelque chose…

    J'aime

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